Inspiré du réel
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Jeux de garçons — Chapitre 11 · Petit conte bisexuel de Noël #1
Auteur
Jeux de garçons
Chapitre 11 · Petit conte bisexuel de Noël #1
La neige tombait depuis l’aube sur Orléans, épaisse et lente, comme si le ciel lui-même voulait envelopper la ville dans un manteau de coton. J’étais venu à l’invitation d’Antoine : deux heures de route, tout de même. Mais quand on aime, on ne compte pas. À Élodie, ma femme, j’avais prétexté un déplacement professionnel.
C’était la période de ma vie avec Antoine où je vivais dans une insouciance presque totale. Je ne pensais qu’à notre passion. L’amour me rendait aveugle aux risques d’explosion de ma famille. Quant à lui, son affection n’était pas exclusive ; il lui arrivait de s’envoyer en l’air avec d’autres hommes quand cela faisait trop longtemps que nous ne nous étions pas vus. Moi, en revanche, je restais sage : je n’avais d’yeux que pour mon blondinet.
J’aimais Orléans : sa vieille ville aux maisons à colombages, sa cathédrale, son festival Jeanne d’Arc et, surtout, ses bords de Loire. Je contemplais pensivement les eaux du grand fleuve qui s’écoulaient dans des tourbillons furieux. La neige se faisait plus drue, et, maintenant que les arbres avaient perdu leurs feuilles, l’hiver s’imposait pleinement.
Je me retournais pour voir les façades, décorées de guirlandes dorées et de lumières clignotantes qui ressemblaient à des cadeaux suspendus au-dessus des rues. Le parfum du vin chaud et du pain d’épices s’échappait des chalets du marché de Noël ; à chaque respiration, la cannelle, la vanille et le miel me montaient au nez. Un vrai parfum de fête flottait dans l’air.
Antoine… mon Antoine. Je ne l’avais pas vu depuis des mois, et pourtant je le connaissais mieux que n’importe qui. Son rire, ses silences, la manière dont il contenait sa joie pour ne pas déranger le monde… tout cela m’était devenu familier. À mesure que j’approchais du marché, mon cœur de guimauve se réchauffait malgré le froid.
Mais ce soir, il ne s’agissait pas seulement de le retrouver : Antoine m’avait promis quelque chose, un moment qu’il préparait depuis longtemps. Je restais sur mes gardes. À nos dernières « dates », nous nous étions adonnés à de petits jeux, toujours lubriques et souvent montés comme des traquenards pour l’autre. Qu’allait-il donc inventer cette fois ?
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Alors que les cloches de la cathédrale se mirent à sonner, je l’aperçus enfin au détour d’une allée illuminée. Qu’il était beau, mon Toinou, avec cette neige qui venait se déposer sur ses cheveux dorés. Puis je la vis, elle, Mathilde. Il lui serrait la main, et elle riait, les joues rouges de froid et de vin chaud, son bonnet de laine légèrement de travers. Ce fut une douche froide pour moi, comme si le son d’un disque rayé venait me sortir de mon rêve. Non pas que je n’aime pas sa femme — au contraire, elle avait des arguments très convaincants, si vous voyez ce que je veux dire — mais j’espérais tellement être seul avec mon chaton pour roucouler. Ce fut une désillusion.
— Ah, Gaëtan ! s’écria Antoine en me voyant, ses yeux brillants d’un éclat que je connaissais bien.
Nous nous sommes serrés dans une accolade qui dura plus longtemps qu’elle n’aurait dû, comme pour rattraper les mois perdus. Puis, nous nous sommes mêlés à la foule du marché de Noël. Les chants des enfants et les chorales s’élevaient sous les sapins scintillants, recouverts de sucre d’orge. Sur la patinoire, les gamins glissaient et se cassaient la figure en riant. Un joli petit couple patinait en marche arrière en s’étreignant.
— Vous vous êtes séparés des gosses ? C’est dommage, ils se seraient bien amusés.
— T’inquiète, copain, ils connaissent déjà par cœur la patinoire. Aujourd’hui, c’est une journée pour nous, et sans enfants, répondit Antoine en me faisant un clin d’œil.
— T’inquiète, copain, ils connaissent déjà par cœur la patinoire. Aujourd’hui, c’est une journée pour nous, et sans enfants, répondit Antoine en me faisant un clin d’œil.
Des boules de neige fusèrent alors entre deux factions rivales d’enfants qui criaient et riaient aux éclats. Une salve vint atterrir sur Antoine, tapissant son kaban noir de poudreuse.
— Presque sans enfants, rétorquais-je en lui souriant malicieusement.
La compagnie passa à l’attaque. À toute berzingue, ils fondirent sur l’ennemi, le bombardant littéralement de dizaines de projectiles dans la joie et les rires d’enfants. Tout forma une symphonie d’hiver qui sembla conçue pour ce soir précis.
— Je n’ai jamais vu le marché si beau, murmura Mathilde à Antoine. Cette année, il y a quelque chose en plus, et la neige n’y est pas pour rien.
Je vis ses yeux se perdre dans les siens, un regard chargé d’une émotion que je ne pouvais pas encore nommer. Leurs mains se frôlèrent. Moi aussi, je ressentais cette proximité, cette chaleur étrange et douce, comme si chaque flocon qui tombait sur nous nous enveloppait dans une bulle privée. J’étais outrageusement jaloux, et je ne pouvais rien dire. Mathilde, elle, se comportait le plus normalement du monde avec moi. Le petit traquenard qu’elle avait ourdi avec mon mec il y a plusieurs mois était pour la jolie rousse, d’une grande banalité. Aussi, nous n’en avions plus jamais parlé.
Le marché de Noël était pour moi un prétexte pour me gaver de marrons grillés et de vin chaud. Au milieu du village de Noël, abrités sous une tonnelle, nous buvions tant et plus dans cette ambiance féerique. Bientôt, nous passâmes aux rhums arrangés de la guinguette, si bien que l’ivresse se fit rapidement sentir.
Alors que j’allais payer une tournée de bons bretzels bien chauds, Toinou insista pour que Mathilde et moi l’accompagnions devant un stand de lanternes suspendues au bord de la Loire. Antoine semblait plus nerveux qu’à l’accoutumée. Il tenait dans ses mains une lanterne rouge et dorée, décorée de petits sapins et de flocons découpés.
— Faites un vœu…
Je sentis mes doigts frôler les siens, et je serrai mon propre souhait contre mon cœur, silencieux, secret. À côté, Mathilde fermait les yeux, la main posée sur celle d’Antoine, tandis que je devais feindre une simplicité qui masquait tout le reste.
Quand Antoine alluma la flamme à l’intérieur de la lanterne, elle s’éleva doucement dans la nuit, tremblante et fragile, comme notre amour que nous cachions au monde. Les flocons tourbillonnaient autour d’elle, et la neige brillait sous la lumière, transformant la Loire en un ruban d’argent. Je sentais mon cœur battre, et je détournais parfois le regard pour que personne ne voie l’intensité de mon émoi. La lanterne monta plus haut, éclatant en un halo chaud contre le ciel glacé, emportant nos vœux silencieux au-dessus du grand fleuve.
— Tous nos désirs vont se réaliser ce soir, dit Antoine d’une voix tremblante.
Mathilde ferma les yeux, et je fis de même, même si mon vœu ne concernait que lui, et qu’il m’était inaccessible. À force de consommer du vin chaud et du rhum, nous étions dans un état second. Nous trinquâmes de nouveau avec nos tasses fumantes, riant un peu plus fort que nécessaire, laissant l’alcool léger et les épices nous rendre légèrement étourdis alors que nous regardions les lanternes des autres badauds s’envoler entre les flocons de neige. Je sentais le monde s’effacer autour de nous, laissant place à cette sensation étrange et douce où chaque regard, chaque sourire, chaque souffle semblait amplifier nos émotions.
— Quel vœu as-tu fait, mon chéri ? demanda Mathilde.
— Celui de ne plus vivre dans le secret avec les deux êtres que j’aime, répondit-il en me fixant intensément de son regard de braise.
— Celui de ne plus vivre dans le secret avec les deux êtres que j’aime, répondit-il en me fixant intensément de son regard de braise.
Je fus saisi sur place, mon sang se déroba alors que le voile du mensonge se déchirait enfin. Pris d’un vertige, je me perdis dans les yeux verts de Toinou. J’étais dans un monde parallèle, et mon corps ne répondait plus. Seul le son des clochettes de Noël et des chants diffusés par les haut-parleurs me rappelait où j’étais.
Mais quelle folie lui avait-il pris ? Pourquoi faire ça ? Était-ce encore une de ses blagues ? Je vis dans son regard qu’il ne plaisantait nullement. Nos regards plongés l’un dans l’autre, sous cette averse de neige intense, Mathilde comprit rapidement.
Mais quelle folie lui avait-il pris ? Pourquoi faire ça ? Était-ce encore une de ses blagues ? Je vis dans son regard qu’il ne plaisantait nullement. Nos regards plongés l’un dans l’autre, sous cette averse de neige intense, Mathilde comprit rapidement.
— C’était donc lui ? demanda-t-elle. C’était Gagou que tu me cachais depuis tout ce temps.
— Oui, c’était lui ! C’est l’homme de ma vie.
— Oui, c’était lui ! C’est l’homme de ma vie.
Je ne savais plus où me cacher. Je le suppliais d’arrêter du regard alors que mon teint virait de manière incontrôlable au rouge. Mes yeux de cocker s’emplirent d’humidité devant la force de sa révélation.
— Et ça dure depuis le début ?
— Non, ma chérie, répondit-il sans me quitter des yeux. Seulement depuis notre séjour en Auvergne. Mais je ne veux plus me cacher.
— Tu l’aimes, ton copain, mon chéri ?
— Comme un fou, il me rend gaga. Tu m’entends, mec, je t’aime comme un fou !
— Non, ma chérie, répondit-il sans me quitter des yeux. Seulement depuis notre séjour en Auvergne. Mais je ne veux plus me cacher.
— Tu l’aimes, ton copain, mon chéri ?
— Comme un fou, il me rend gaga. Tu m’entends, mec, je t’aime comme un fou !
Les yeux baignés de larmes, je me jetais sur lui pour l’attraper dans mes bras, le serrer contre moi et l’embrasser avec passion. C’était bien là une scène surréaliste, où Mathilde ne bronchait pas, tant elle correspondait à leur mode de vie. Et Mathilde savait très bien que pour Antoine, sa famille c’était elle. D’un point de vue lubrique, son mari venait d’élargir considérablement le champ des possibles, cependant, il avait aussi enfreint la règle d’or du couple libre : pas de sentiments.
Alors que la nuit tombait, le trouple se dirigea vers la cathédrale Sainte-Croix, totalement enneigée. Antoine tenait sa femme d’une main, la mienne de l’autre. Quant à moi, j’étais beaucoup trop bouleversé émotionnellement pour imaginer toutes les conséquences que la déclaration de mon Toinou impliquait. C’était la première fois qu’on me faisait une déclaration d’amour, et quelle déclaration. Il m’avait offert la vérité et une bonne dose de liberté.
— Dépêchez-vous les amis, ça va bientôt commencer, nous enjoignit l’ange blond en nous tirant par les bras.
C’était un enfant le jour de Noël, jamais je n’avais vu sa mine si rayonnante, il était d’une beauté sculpturale, son sourire à lui seul illuminant la rue. J’avais tellement envie de ses lèvres.
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Puis nous arrivâmes par la rue Jeanne-d’Arc sur le parvis Sainte-Croix. Le show pouvait commencer. Sous le ciel d’hiver, le parvis me semblait baigné d’un souffle enchanté. Antoine me serrait contre lui, ses bras refermés avec douceur autour de mon torse, comme pour me protéger du froid… ou peut-être simplement pour me garder près de son cœur.
À quelques pas, Mathilde observait la scène avec un sourire tranquille. Elle savait qu’entre nous, l’amour avait trouvé une forme inattendue mais vraie. Cette jolie rousse était suffisamment raisonnable pour comprendre à quel point ce moment était précieux et rare pour nous deux. C’était une femme sage, certainement pas sainte vu sa lubricité, mais définitivement intelligente.
Lorsque la cathédrale s’illumina, la lumière fit naître sur les pierres de hautes arabesques dorées. Des éclats de rouge et de miel couraient le long des colonnes comme des lutins malicieux. Je sentis Antoine resserrer son étreinte, et je me laissai aller contre lui, lové comme une midinette, m’abandonnant à la chaleur du moment.
Mathilde levait les yeux vers le spectacle, émerveillée. Elle voyait nos trois silhouettes se mêler sur le sol, dessinant une étrange famille, tissée non par les règles mais par la tendresse. Un biscuit de pain d’épices géant s’animait sur la façade, bondissant d’un arc à l’autre, et j’éclatai d’un rire clair qui fit vibrer l’air glacé. Antoine baissa alors la tête vers moi, et dans ses yeux se reflétaient les lumières du conte qui se jouait devant nous. Il murmura :
— On dirait que la magie nous a trouvés, copain.
J’esquissai un sourire, tandis qu’à côté de nous, Mathilde glissait sa main dans celle d’Antoine, en paix. Et, sous la cathédrale transformée en château de lumière, nous restâmes là tous les trois, unis dans une douceur qui n’appartenait qu’aux nuits de Noël.
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Commentaires ()
Gagou est donc maintenant le seul à avoir des secrets vis à vis de sa femme.