Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hôte — Chapitre 4 · L'immeuble parisien
Auteur
Hôte
Chapitre 4 · L'immeuble parisien
(cette histoire est un crossover avec le récit « L'immeuble Parisien »)
Auprès des clients qui arrivent trop tôt, des propriétaires qui trouvent le ménage mal fait, des voisins que dérange dans l'escalier, des machines à café qui tombent en panne. C'est mon métier, en quelque sorte. Gérer les locations d'appartements Airbnb à Paris, c'est servir d'amortisseur entre des gens qui ne se verront jamais. Je suis poli, ponctuel, un peu distrait, et on me trouve rassurant, ce qui est une façon aimable de dire qu'on ne me regarde pas.
Ce jour-là, je faisais le ménage au sixième, dans un grand appartement du dix-huitième arrondissement, celui qu'on loue deux cents euros la nuit aux touristes qui veulent « vivre comme des Parisiens ». Un immeuble typiquement parisien de 1930 avec deux boutiques en son rez-de-chaussée, un primeur toujours aimable et une jolie poissonnerie au carrelage orné d'écrevisses et d'homard.
J'avais mis l'aspirateur à fond, un casque sur les oreilles, et je chantonnais probablement, quand j'ai senti quelqu'un derrière moi.
J'avais mis l'aspirateur à fond, un casque sur les oreilles, et je chantonnais probablement, quand j'ai senti quelqu'un derrière moi.
J'ai sursauté si fort que j'ai envoyé un coussin à l'autre bout du canapé.
Il était dans l'encadrement de la porte, grand, large, enveloppé comme un homme qui prend de la place sans s'en excuser, et ça m'a frappé tout de suite. Une barbe, des yeux rieurs, une chemise à carreaux retroussée sur des avant-bras couverts de poils sombres. Il avait l'air amusé.
— Votre vélo, a-t-il dit. Il bloque la porte du local poubelle.
Je me suis confondu en excuses, évidemment. J'ai balbutié, j'ai rougi, j'ai attrapé mes clés en me trompant de poche. Et lui souriait, patient, sans moquerie. Dans l'ascenseur, j'ai senti son odeur. Savon de Marseille, laine tiède, une note de peau d'homme, quelque chose de doux et de rassurant, une odeur de maison. Il était à trente centimètres de moi. Je fixais l'afficheur des étages comme si ma vie en dépendait.
Il m'a demandé si je gérais beaucoup d'appartements. Il avait lui-même un petit studio sous les toits, a-t-il expliqué. Il se demandait si ça pouvait se louer.
— Vous êtes à Paris, ai-je répondu, en trouvant enfin ma voix. Tout se loue. Même les placards, si vous mettez une jolie photo.
Il a ri. Un vrai rire, grave, qui a rempli la cabine. Et quelque chose en moi a fait un petit bruit, comme une serrure qui cède.
Dans la cour, j'ai déplacé mon vélo avec mille précautions. Nous avons fixé rendez-vous pour le lendemain, dix heures, pour visiter son appartement. En lui serrant la main, j'ai gardé la sienne une seconde de trop. Il ne l'a pas retirée.
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Je n'ai pas bien dormi.
Je me suis retourné dans mon lit pendant des heures, l'esprit plein de poils bruns, de carreaux, de ce rire.
Le matin, j'étais prêt à neuf heures. Je me suis dit que c'était trop tôt. Je suis passé à la boulangerie, j'ai pris quatre croissants, deux cafés, et j'ai marché lentement. À neuf heures vingt-cinq, j'étais au pied de l'immeuble. À neuf heures et demie, j'ai sonné à sa porte, sous les toits, le cœur battant comme un adolescent.
Il a ouvert dans une serviette blanche, le torse ruisselant de mousse, quelques bulles de savon accrochées aux poils de sa poitrine, de son ventre, des gouttes d'eau qui coulaient jusque dans le nœud de la serviette.
J'ai failli lâcher les cafés.
— Je suis en avance, c'est horrible, je sais, ai-je dit en levant le sac de croissants avec un air coupable. Je voulais me faire pardonner pour le vélo.
Il a ri. Encore ce rire.
— Entrez. Posez ça sur la table. Je finis de me rincer, j'en ai pour deux minutes.
Il est parti vers la salle de bains. J'ai posé le sac, les gobelets. J'ai regardé l'appartement, minuscule, lumineux, mansardé, des cartons encore empilés près de la fenêtre. J'ai entendu l'eau couler. Je suis resté debout au milieu de la pièce, les mains ballantes, comme un invité qui ne sait pas où se mettre.
Puis je me suis mis à penser à lui sous la douche. À l'eau sur ses épaules. À la mousse qui glisse sur son ventre.
Et quelque chose en moi a basculé.
Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je suis un homme prudent. Je n'entre pas chez les gens sans y être invité. Je ne fais jamais le premier pas. Mais ce matin-là, je me suis retrouvé devant la porte de la salle de bains, entrouverte, et mes mains ont défait ma ceinture avant que ma tête ait eu le temps de protester. Ma chemise est tombée sur le sol. Mon pantalon. Mon boxer. Un homme ordinaire. Mais pour une fois, j'avais envie d'être autre chose.
J'ai poussé la porte.
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Il était sous le jet, la tête levée, les yeux fermés, l'eau coulait sur son visage, dans sa barbe, sur son torse large, sur son ventre rond. La buée enveloppait la pièce. Il ressemblait à quelque chose d'ancien, de solide, un paysage chaud. Il n'avait pas entendu.
J'ai ouvert le rideau, doucement. Il a rouvert les yeux.
Pendant une seconde, j'ai eu peur. Tout mon corps s'est raidi, prêt à s'excuser, prêt à fuir. Puis je l'ai vu sourire, lentement, d'un sourire qui a défait ma peur d'un seul coup.
— Deux personnes, dont un ours, dans une douche parisienne, ai-je dit, la voix un peu tremblante. C'est un excellent argument pour la location.
Il a éclaté de rire. Et j'ai su que tout irait bien.
Je suis entré sous l'eau. Elle était brûlante, délicieuse. Ma peau a frissonné. J'ai posé mes mains sur ses épaules, humides, larges, et je me suis mis à le caresser. D'abord le haut de son torse, dans les poils trempés, qui s'aplatissaient sous mes paumes. Puis son ventre, que j'ai pris à deux mains, avec un soupir que je n'ai pas pu retenir. Il était doux, chaud, ferme et rond à la fois. J'aimais ça. J'aimais tout ça. Chaque pli, chaque courbe, la naissance de ses hanches, le creux de ses reins, l'intérieur de ses cuisses. Je prenais mon temps, comme on découvre un pays qu'on a rêvé longtemps. Sous mes doigts, il se tendait, me répondait, respirait plus fort.
Je l'ai senti durcir contre ma main. J'ai souri, le cœur battant.
Alors je me suis agenouillé sur le carrelage mouillé, sans le quitter des yeux, et je l'ai pris dans ma bouche.
Je ne suis pas un homme sûr de lui, dans la vie. Mais dans ce genre de moments, je sais exactement ce que je fais. C'est peut-être la seule chose pour laquelle je n'ai jamais eu besoin de m'excuser. Je lui ai donné tout ce que j'avais : une bouche chaude, patiente, attentive, une langue qui apprenait chaque réaction, qui tournait, qui attendait, qui reprenait. Je ralentissais quand son souffle s'accélérait, j'accélérais quand ses doigts s'accrochaient à mes cheveux. L'eau ruisselait sur mon visage, dans mes yeux, dans ma bouche, mais je ne voulais rien voir d'autre que lui. Son ventre qui se creusait, ses cuisses qui tremblaient, sa main appuyée contre le mur carrelé pour ne pas perdre l'équilibre.
Je levais les yeux, de temps en temps. Il me regardait, le visage déformé par le plaisir, les lèvres entrouvertes, et ce regard-là me rendait plus fort que n'importe quelle parole.
Il a gémi, un son grave, venu de très loin, et j'ai senti son corps se raidir. Il a joui dans ma bouche, en longues secousses chaudes, les jambes tremblantes, un râle contre le mur. Je l'ai gardé jusqu'au bout, j'ai tout accueilli, tout avalé, avec un plaisir que je n'ai pas cherché à cacher. Il avait un goût de sel, de chaleur, de peau d'homme.
Quand il a fini, j'ai posé mon front contre son ventre, quelques secondes, le temps que nos souffles se calment. Sa main caressait mes cheveux, doucement. J'étais heureux, bêtement, simplement heureux.
Je me suis relevé. J'ai coupé l'eau. J'ai pris la serviette sur le radiateur, je me suis séché lentement sous son regard, sans le moindre embarras.
J'ai noué la serviette autour de mes hanches. J'ai ouvert la porte de la salle de bains. Et, sur le seuil, je me suis retourné vers lui.
Je lui ai fait un clin d'œil.
— Alors, ai-je dit. Je continue la visite ?
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