Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Garde ma fille — Chapitre 7
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Garde ma fille
Chapitre 7
Garde ma fille 7
Le lendemain matin, quand j’arrive en salle des profs, Corinne et Virginie (jeune prof d’espagnol) sont en grande discussion. Je m’approche et fais la bise aux deux femmes.
— Bonjour vous deux ; ça va ?
— Bien, merci. Et toi ?
— Super. Ça va, Virginie, pas trop tendue ?
— Je suis morte de trac, tu ne peux pas savoir. J’ai une boule dans l’estomac, c’est horrible.
— J’étais comme toi, au début ; cette année, ça va un peu mieux. Dis-toi qu’ils ont aussi peur que toi. Tu es nouvelle : ils te testent.
— J’ai le cours avant toi ; j’attendrai que tu arrives pour les laisser. Je faisais comme cela avec Milène l’année dernière.
— Ça m’a beaucoup aidée, je t’assure. Je ferai pareil quand j’ai mon cours avant toi. Je t’attendrai. Ça te dit de venir prendre un café après les cours ?
— Je veux bien ; je ne connais personne ici et je m’ennuie à mourir toute seule.
— Bien, merci. Et toi ?
— Super. Ça va, Virginie, pas trop tendue ?
— Je suis morte de trac, tu ne peux pas savoir. J’ai une boule dans l’estomac, c’est horrible.
— J’étais comme toi, au début ; cette année, ça va un peu mieux. Dis-toi qu’ils ont aussi peur que toi. Tu es nouvelle : ils te testent.
— J’ai le cours avant toi ; j’attendrai que tu arrives pour les laisser. Je faisais comme cela avec Milène l’année dernière.
— Ça m’a beaucoup aidée, je t’assure. Je ferai pareil quand j’ai mon cours avant toi. Je t’attendrai. Ça te dit de venir prendre un café après les cours ?
— Je veux bien ; je ne connais personne ici et je m’ennuie à mourir toute seule.
Elle m’attend en salle des profs ; je prends mes affaires et nous sortons. Je me dirige vers ma voiture.
— Tu as une voiture ?
— Non, je viens en bus ; je n’ai pas les moyens de me payer une voiture. Tu sais, j’ai déjà eu du mal à finir mes études…
— J’ai mes parents qui m’ont beaucoup aidée, heureusement. Où loges-tu ?
— Une petite chambre, que je loue en ville. C’est sordide, mais c’est tout ce que j’ai trouvé.
— Monte, je te raccompagnerai. Si je sais où tu habites, je peux passer te prendre, le matin.
— Je ne veux pas t’ennuyer.
— Tu ne m’ennuies pas du tout. Je vais te faire visiter ma tanière ; ça te dit ? J’ai un petit studio, dans un immeuble super sympa.
— Tu en as de la chance ! Mais toi, tu es titulaire ; pas moi.
— Ils vont te garder : Dumont ne reviendra pas de sitôt ; ça lui fait deux accidents vasculaires. Il ne reprendra pas, c’est presque sûr.
— Ils nommeront un titulaire ; je resterai remplaçante et j’irai ailleurs ou nulle part : j’ai attendu un poste trois mois.
— Le proviseur est un mec sympa, tout le monde t’apprécie, tu as les diplômes. Il n’y a aucune raison qu’ils ne te gardent pas. Surtout si tous les profs sont pour et les parents d’élèves également.
— Puisses-tu dire vrai…
— Non, je viens en bus ; je n’ai pas les moyens de me payer une voiture. Tu sais, j’ai déjà eu du mal à finir mes études…
— J’ai mes parents qui m’ont beaucoup aidée, heureusement. Où loges-tu ?
— Une petite chambre, que je loue en ville. C’est sordide, mais c’est tout ce que j’ai trouvé.
— Monte, je te raccompagnerai. Si je sais où tu habites, je peux passer te prendre, le matin.
— Je ne veux pas t’ennuyer.
— Tu ne m’ennuies pas du tout. Je vais te faire visiter ma tanière ; ça te dit ? J’ai un petit studio, dans un immeuble super sympa.
— Tu en as de la chance ! Mais toi, tu es titulaire ; pas moi.
— Ils vont te garder : Dumont ne reviendra pas de sitôt ; ça lui fait deux accidents vasculaires. Il ne reprendra pas, c’est presque sûr.
— Ils nommeront un titulaire ; je resterai remplaçante et j’irai ailleurs ou nulle part : j’ai attendu un poste trois mois.
— Le proviseur est un mec sympa, tout le monde t’apprécie, tu as les diplômes. Il n’y a aucune raison qu’ils ne te gardent pas. Surtout si tous les profs sont pour et les parents d’élèves également.
— Puisses-tu dire vrai…
Je gare ma voiture devant l’immeuble et nous montons à mon studio. Je lui fais visiter et finalement, après le café, je commande une pizza que nous dégustons ensemble. Installées sur le clic-clac du salon, nous parlons de tout et de rien. Et je pose un jalon :
— Que fais-tu pour les vacances de Toussaint ?
— Rien. Je vais rester ici ; j’en profiterai pour visiter un peu.
— Tu aimes la campagne ?
— J’adore ! Les longues promenades dans les bois, l’odeur des arbres humides après une petite pluie…
— Un vol de canards sur un étang, un cerf qui déboule au détour d’un chemin, une harde de sangliers qui traverse un sous-bois… Une biche et son faon, qu’on aperçoit au loin, un renard qui se faufile dans un buisson…
— Arrête, tu me fais rêver ; comme j’aimerais voir tout cela !
— Viens avec moi en Sologne, chez mes parents. Ils ont une petite maison au bord d’un étang. Je vais y passer mes vacances de Toussaint. Je t’invite ; ce sont des gens très agréables et très sympas. Ma mère cuisine à merveille, contrairement à moi, et chaque fois je prends des kilos.
— Ne me tente pas, Milène, je serais capable de dire oui.
— Alors, c’est oui : je t’embarque avec moi ! Maman sera ravie de faire ta connaissance.
— Ça va déranger…
— Mais non, je t’assure ; ce n’est pas une visite surprise, je les préviens. Ils seront ravis de t’accueillir. Ils aiment voir du monde : c’est rare qu’ils en aient.
— Vraiment ? Ça me ferait plaisir, je ne sais que dire…
— Dis oui. C’est oui ?
— Oui ! J’aime trop la campagne et tu es si gentille… J’aimerai mieux te connaître.
— Je t’adore, Virginie ; nous allons passer de merveilleuses vacances !
— Rien. Je vais rester ici ; j’en profiterai pour visiter un peu.
— Tu aimes la campagne ?
— J’adore ! Les longues promenades dans les bois, l’odeur des arbres humides après une petite pluie…
— Un vol de canards sur un étang, un cerf qui déboule au détour d’un chemin, une harde de sangliers qui traverse un sous-bois… Une biche et son faon, qu’on aperçoit au loin, un renard qui se faufile dans un buisson…
— Arrête, tu me fais rêver ; comme j’aimerais voir tout cela !
— Viens avec moi en Sologne, chez mes parents. Ils ont une petite maison au bord d’un étang. Je vais y passer mes vacances de Toussaint. Je t’invite ; ce sont des gens très agréables et très sympas. Ma mère cuisine à merveille, contrairement à moi, et chaque fois je prends des kilos.
— Ne me tente pas, Milène, je serais capable de dire oui.
— Alors, c’est oui : je t’embarque avec moi ! Maman sera ravie de faire ta connaissance.
— Ça va déranger…
— Mais non, je t’assure ; ce n’est pas une visite surprise, je les préviens. Ils seront ravis de t’accueillir. Ils aiment voir du monde : c’est rare qu’ils en aient.
— Vraiment ? Ça me ferait plaisir, je ne sais que dire…
— Dis oui. C’est oui ?
— Oui ! J’aime trop la campagne et tu es si gentille… J’aimerai mieux te connaître.
— Je t’adore, Virginie ; nous allons passer de merveilleuses vacances !
Je l’ai raccompagnée chez elle ; et chaque jour, nous sommes de plus en plus amies. Comme moi, elle se languit des vacances ; elle semble vraiment heureuse d’avoir une amie, et moi je le suis également. Ça me manquait, une vraie, une bonne amie, avec qui partager et parler, qui ne me regarde pas comme une gamine mais comme une femme.
J’ai préparé mes affaires ; le dernier jour de cours, mes sacs sont déjà dans la voiture. Le soir, nous sommes en salle des profs.
— Je passe te prendre vers huit heures ; ça te va ?
— Tout est prêt : il n’y a plus qu’à.
— J’y pense : nous pouvons passer chez toi, prendre tes affaires et tu viens chez moi. Tu dormiras sur le clic-clac : ça nous fera gagner une heure de sommeil demain matin.
— Génial ! Si tu savais comme je me languis… C’est vraiment comme tu le dis, chez tes parents ?
— Mieux : c’est le paradis !
— Tout est prêt : il n’y a plus qu’à.
— J’y pense : nous pouvons passer chez toi, prendre tes affaires et tu viens chez moi. Tu dormiras sur le clic-clac : ça nous fera gagner une heure de sommeil demain matin.
— Génial ! Si tu savais comme je me languis… C’est vraiment comme tu le dis, chez tes parents ?
— Mieux : c’est le paradis !
Avant de rentrer, nous passons chez McDo prendre de quoi nous restaurer.
De retour à mon studio, nous mangeons en riant comme deux folles. Nous déplions le clic-clac, je l’aide à faire le lit. Je la laisse seule, lui donnant une serviette et un peignoir de bain. Je prendrai ma douche après elle.
Six heures trente : branle-bas de combat ! C’est l’odeur du café frais et des tartines grillées qui me réveille, mais aussi – et surtout – le bruit de l’aspirateur.
Les yeux pleins de sommeil, j’émerge de la chambre. Elle est déjà habillée et finit de passer l’aspirateur. Je suis encore en pyjama, échevelée.
— Coucou Milène… Allez, les canards nous attendent !
— Virginie, je pensais que nous dormirions une heure de plus.
— Non, non, je me languis d’y être ; déjeune.
— Oh, quelle calamité… J’ai sommeil, moi.
— Allons, paresseuse, zou ! Une douche et c’est parti !
— Virginie, je pensais que nous dormirions une heure de plus.
— Non, non, je me languis d’y être ; déjeune.
— Oh, quelle calamité… J’ai sommeil, moi.
— Allons, paresseuse, zou ! Une douche et c’est parti !
Je la regarde ; elle est en train de tout bousculer : elle range déjà la cuisinette, lave son bol, me presse pour que je finisse le mien et le laver, plie le clic-clac, va faire mon lit, fait couler la douche pour moi. Tant et si bien qu’une demi-heure plus tard, nous sommes dans la voiture. Elle prend même le volant, me voyant encore endormie.
— Bouge-toi, Milène, nous sommes en vacances !
— Dis donc, on dirait que tu y vas pour la première fois.
— Voir des canards dans un étang, des cerfs des biches, dans la forêt, c’est la première fois.
— C’est Disney, quoi…
— Mieux : c’est la campagne. La vie, la liberté. J’ai toujours habité la ville, alors que j’adore la campagne. Les rares fois où j’y suis allée, je n’ai que de bons souvenirs. Gamine, j’allais en colonie, mais toujours à la mer. Les rares fois où j’allais à la campagne, mis à part des vaches et des moutons, c’est tout ce que j’ai vu.
— Dis donc, on dirait que tu y vas pour la première fois.
— Voir des canards dans un étang, des cerfs des biches, dans la forêt, c’est la première fois.
— C’est Disney, quoi…
— Mieux : c’est la campagne. La vie, la liberté. J’ai toujours habité la ville, alors que j’adore la campagne. Les rares fois où j’y suis allée, je n’ai que de bons souvenirs. Gamine, j’allais en colonie, mais toujours à la mer. Les rares fois où j’allais à la campagne, mis à part des vaches et des moutons, c’est tout ce que j’ai vu.
Je la regarde ; je ne peux que lui sourire affectueusement. Elle ressemble à une enfant qui va pour la première fois voir la mer. Je la laisse conduire, ça a l’air de lui faire plaisir ; je lui indique la direction, une fois sorties de l’autoroute à La Motte-Beuvron.
Nous quittons la nationale rapidement pour emprunter la petite route qui nous conduit à destination.
Nous quittons la nationale rapidement pour emprunter la petite route qui nous conduit à destination.
— Là, tu tournes à droite dans le petit chemin ; nous sommes presque arrivées. Fais attention : le chemin n’est pas très praticable.
— C’est vraiment perdu !
— Oui, c’est dans les bois. Tu vas voir l’étang : là, tu tournes à droite et nous y sommes.
— C’est vraiment perdu !
— Oui, c’est dans les bois. Tu vas voir l’étang : là, tu tournes à droite et nous y sommes.
Elle fait au pas le kilomètre de piste avant de pousser un cri d’émerveillement en voyant l’étang où des canards s’envolent en entendant le bruit de la voiture, et la gentilhommière nichée dans le bois.
— C’est merveilleux, Milène, sublime !
— Voilà maman.
— Voilà maman.
Elle sort de la maison en nous faisant un signe de la main ; merveilleuse maman, toujours aussi adorable… Elle se frotte les mains à son tablier, un sourire de bienvenue illumine son visage. Je l’embrasse et lui présente Virginie. Papa arrive de derrière la maison ; lui aussi a ce sourire qui réchauffe le cœur et montre qu’il est heureux.
Papa regarde longuement Virginie ; il la dévisage. Je vois dans ses yeux qu’il cherche quelque chose. Et là, son regard s’illumine.
Papa regarde longuement Virginie ; il la dévisage. Je vois dans ses yeux qu’il cherche quelque chose. Et là, son regard s’illumine.
— Virginie… Virginie Delors ?
— Oui. Monsieur Vincent ? Comme je suis heureuse de vous revoir !
— Vous vous connaissez ?
— J’ai eu Virginie en seconde dans ma classe.
— Je m’en souviens : le meilleur prof que j’ai jamais eu !
— Merci ; tu étais une très bonne élève. Heureux de te revoir et de savoir que tu as réussi tes études. Tu es donc prof avec Milène ? Quel merveilleux hasard ! Mais entrez donc, les filles, ne restons pas dehors.
— Oui. Monsieur Vincent ? Comme je suis heureuse de vous revoir !
— Vous vous connaissez ?
— J’ai eu Virginie en seconde dans ma classe.
— Je m’en souviens : le meilleur prof que j’ai jamais eu !
— Merci ; tu étais une très bonne élève. Heureux de te revoir et de savoir que tu as réussi tes études. Tu es donc prof avec Milène ? Quel merveilleux hasard ! Mais entrez donc, les filles, ne restons pas dehors.
Papa est heureux et parle avec Virginie du bon temps où il était prof de lycée. J’ai eu papa une année ; c’est vrai que c’était un bon prof. Peut-être que l’envie d’être prof à mon tour vient de là.
Je fais visiter la maison à Virginie puis nous restons un peu avec maman à la cuisine, mais je vois Virginie impatiente de sortir : elle regarde par la fenêtre, je la sens nerveuse. Je lui propose une balade au bord de l’étang avant de déjeuner, mais en premier nous rentrons nos sacs ; elle n’est pas du tout choquée de partager ma chambre et mon lit. Elle me dit même que c’est bien car nous pourrons parler, que c’est comme quand elle était gamine avec ses copines. Elle est vraiment merveilleuse de simplicité.
Je fais visiter la maison à Virginie puis nous restons un peu avec maman à la cuisine, mais je vois Virginie impatiente de sortir : elle regarde par la fenêtre, je la sens nerveuse. Je lui propose une balade au bord de l’étang avant de déjeuner, mais en premier nous rentrons nos sacs ; elle n’est pas du tout choquée de partager ma chambre et mon lit. Elle me dit même que c’est bien car nous pourrons parler, que c’est comme quand elle était gamine avec ses copines. Elle est vraiment merveilleuse de simplicité.
Nous longeons le bord de l’étang ; à quelques mètres, des canards vont se cacher dans les hautes plantes aquatiques. Elle rit, essaie de mieux voir, s’avance un peu trop, et plouf ! Dans l’eau ! La berge est haute ; j’essaie de lui tendre la main, mais elle est trop loin. L’étang est profond à cet endroit. Tout à coup, je panique ; je ne suis pas assez forte pour aller l’aider, je ne peux pas l’attraper pour la secourir. Je hurle comme une folle en la regardant nager plus loin, du côté où la berge est moins haute, mais elle a du mal à avancer. Je suis en larmes ; je cours vers elle, complètement déboussolée, la peur au ventre.
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