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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Mon Plaisir d'écrire — Chapitre 2 · L'amour en solitaire

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Etrenu
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Mon Plaisir d'écrire

Chapitre 2 · L'amour en solitaire

Nous sommes début janvier. Je reçois un message : « Bonjour ! Bonne année et mes meilleurs vœux. J'espère que vous allez bien. ». Que répondre à cela ? Pas folichon comme première approche… Et ce pseudo, Plaisir d'écrire, original mais peu descriptif. Qui est-ce ? Un homme ou une femme ?
« Bonjour. Je suis en pleine forme ! Des idées coquines à vivre et à écrire... Et vous ? Romain ». D'accord, je ne suis pas plus original que lui. Car je découvre que c'est un homme. Un garçon de trente-et-un ans habitant dans le Nord. Il a publié plusieurs histoires. Dont « de découverte en découverte », un texte excitant, bien écrit, agréable à lire, que je termine dans un extase solitaire.
Dans la même matinée il me répond. Je souris. Son vocabulaire. Amusant. « Je vais bien, je vous remercie ! Vous avez une écriture émoustillante, je trouve. J'aime bien. ». Ecriture « émoustillante ». Il aurait pu écrire « bandante », « excitante », « croustillante », « affriolante ». Non, quand moi je bande et me masturbe, lui s'émoustille. Mignon. 
C'est bien ce terme « émoustillant » qui me pousse à poursuivre l'échange. Un garçon précieux ? Voyons voir. Poussons un peu le bouchon : « Merci. J'avoue qu'une fois avoir décidé d'oser publier ses écrits homoérotiques, avoir un retour est agréable. Et incite à poursuivre... Et pour poursuivre, il faut être créatif, donc vivre pleinement sa nature profonde. Bisexuelle pour moi. Je viens de lire "de découverte en découverte". J'avoue que je suis totalement excité ! Ah, si Jérôme ou Maxime étaient à côté de moi ! Je me ferais félin, insatiable de l'offrande de mon corps, insatiable de l'hommage de leur chair... Bravo pour ces textes superbes. A 31 ans, quelle maîtrise de l'écriture ! Vous êtes un as. Un as de la passion entre garçons. J'ai lu dans un commentaire que cette merveilleuse histoire est votre fantasme d'aventure sexuelle avec un homme. C'est toujours une joie que de découvrir ce qui excite profondément un autre homme. Là, c'est beau. Tout simplement beau.
Avez-vous vécu quelque chose d'approchant avec un garçon ? ». 
Va-t-il se dévoiler ? Qui est-il ? Pour faire parler l'autre, il faut se dévoiler un peu soi-même. Cela tombe bien, j'adore être nu au milieu d'hommes, habillés ou non…
Et pour se dévoiler, le garçon se dévoile ! Sacrément, même ! « Merci. Merci beaucoup pour votre retour qui me touche et qui m'encourage à continuer d'imaginer, de fantasmer, d'écrire. De vivre, de m'amuser, de me donner. De donner du plaisir, de faire jouir. De prendre du plaisir, de jouir. Je n'ai pas encore pu réaliser mon fantasme. Début décembre, je devais me rendre dans un club pour vivre ma première expérience, notamment sucer en Glory Hole. Mais je me suis blessé et ça ne s'est pas fait. Mais... Ce n'est que partie remise. Pour ma part, j'ai beaucoup été émoustillé par votre histoire 'Tel est pris qui croyait prendre'. Et aussi par le premier chapitre de ‘convalescence' . Sans expérience encore, je me sais passif. J'ai envie d'offrir mon corps tout entier pour qu'un homme prenne du plaisir et jouisse. »
C'en est touchant de sincérité, de désir rentré. Fraicheur. Pureté. Ce garçon me plait de plus en plus !
Je prends le temps d'analyser ce qu'il a écrit. Le gars lit et écrit des histoires homoérotiques sans jamais avoir eu de relation sexuelle avec un homme. Un fantasme. Un hétéro qui penche vers le côté homo de la force. Bandant ! Excitant ! Emoustillant, comme il dit. « émoustillant ». Ce mot me fait toujours autant sourire. Un mousse qui n'a pas encore été pris par un marin, mais qui sait qu'il va aimer cela. Il se sait passif. Comment sait-il cela ?
Je me revois à son âge. Hétéro bon teint. Mon homosexualité s'est éveillée à la quarantaine. Il hésite comme j'ai si longtemps hésité. Il a failli se rendre dans un club gay. Combien de fois ai-je fait demi-tour avant d'oser pousser la porte ?
Un souvenir m'assaille : quelle terrible et magnifique période que celle au cours de laquelle j'ai été irrésistiblement attiré par le corps d'un mâle à aimer ? Ne plus pouvoir se contenter d'images, de films, d'écrits. Mais toucher enfin la chair masculine, les attributs masculins. Enfourner un phallus dégoulinant de sève entre ses lèvres !
J'ai aimé désirer ce moment. Plus que je n'ai apprécié mon premier mec. Un coup sympa, mais sans affect. Or, je suis un grand sentimental… Et lui ? Plaisir d'écrire est-il en recherche de coup de queue ou bien d'une relation plus équilibrée entre sentiment et plaisir physique ?
Une seule manière de le savoir : le faire s'exprimer.
Je l'imagine à peu près beau garçon sans être un canon digne des magazines. Bien foutu. Pas très grand. Gourmand de sexe autant que de sensualité. Me trompe-je ?
Alors je l'informe que j'aurais pu écrire son dernier message qui me ressemble tellement... Ne pas l'effaroucher. Ne pas passer pour un vieux pédé qui a envie de défoncer le cul d'un petit jeune. D'abord parce que je ne suis pas vieux ; et pas uniquement pédé. Ensuite parce que cela ne me ressemble pas du tout. 
Alors… Lui faire savoir que je suis comme lui, tout émoustillé à le lire. Mais je ne veux pas écrire ce mot « émoustillé ». C'est le sien. C'est son originalité, si enchanteresse. J'écris donc avec mes mots à moi : « Je suis en train d'écrire une nouvelle histoire; nu devant mon écran, comme j'aime à l'être; comme j'ai besoin de l'être. Les réactions de mon corps sont la meilleure critique de moi-même... Pas seulement mes érections. Aussi le frétillement de mon anus, le besoin de caresser mes tétons, mon ventre, mes cuisses; le plaisir de jouer avec mes poils pubiens... Autant avouer que cela s'est produit en vous lisant ! »
Est-il comme moi, amoureux de nudité ? Je vais bientôt le savoir. Dans l'immédiat je veux décrire les effets physiques qu'il produit sur moi. Est-ce cela sa traduction de « l'émoustillant » ?
La réponse ne tarde pas. Il se dit honoré de savoir que ses histoires comme ses messages me font de l'effet. Un smiley complice. Nous nous sommes compris en mâles « émoustillés » !
Il m'explique qu'il a exprimé son fantasme homosexuel dans sa nouvelle « de découverte en découverte ». Il est Maxime, le narrateur, qui a échangé avec Jérôme, un quadra rencontré sur un site. Tiens ? Le garçon aime les hommes plus âgés ? Bonne nouvelle pour moi qui aime les hommes plus jeunes…
Maxime et Jérôme ont longuement échangé sur messagerie. Ils ont pris du plaisir solitaire, chacun au bout de son écran. Je n'arrive pas à savoir s'ils se sont masturbés l'un devant l'autre en caméra. Cela m'excite de penser que oui, après avoir écrit tous les leurs désirs les plus intimes, ils se sont montrés l'un à l'autre.
Avant la rencontre. Car le Maxime-Plaisir d'écrire finit par connaitre physiquement son Jérôme et découvrir magnifiquement les plaisirs masculins. 
J'ai éjaculé avant d'avoir fini la lecture de son histoire. Elle est trop belle, trop forte pour moi. Je m'en suis léché les doigts, imaginant mon Plaisir d'écrire à mes côtés.
Ce texte à chapitres en dit long sur les désirs cachés de mon interlocuteur. Je le découvre à travers son fantasme. Il m'excite. Il met mon corps en feu. 
A deux heures du matin, une nuit, je me réveille en sursaut, l'imaginant là, à mes côtés. Caresser son ventre en caressant le mien, palper son sexe en palpant le mien. Le masturber en me masturbant. Embrasser sa peau en embrassant la mienne. Sucer son sexe en humectant mon majeur puis le sodomiser en me doigtant intensément.
Ejaculer en retenant de justesse son nom que mon corps veut crier au monde entier ! Déguster mon sperme en rêvant qu'il éjacule dans ma bouche, que je nettoie son sexe dégorgé en le léchant, que je récolte chaque perle de nos semences mélangées sur nos ventres avant de les partager en bouche dans de longs baisers farouches.
Me rendormir en le sentant si près de moi, en espérant sa peau contre ma peau…
 
 Je lis son dernier message. Tout à coup ma posture de bisexuel expérimenté devant absolument donner des conseils à un jeunot en découverte prend le dessus. Stupide. Présomptueux. Suis-je si expérimenté que cela ? Est-il si novice que cela ? Ou bien joue-t-il habilement avec mes propres fantasmes .
Le savoir puceau m'excite à fond ! Non, m'émoustille à fond, car je rêve d'une lente découverte terriblement sensuelle.
Être nu devant lui, me laisser reluquer, effleurer, caresser, palper…
Je lui réponds qu'il a raison de vouloir aller en sauna gay pour sa première expérience. Je témoigne que je m'y rends de temps en temps, que j'apprécie les Glory Hole qui l'attirent, que cela me permet de sucer goulument en tentant de progresser dans l'art (car oui, c'est un art) de la fellation. Cela, sans risque de décevoir les yeux d'un partenaire. J'ajoute que j'aime abandonner mon sexe à des bouches gourmandes pour me faire sucer et ainsi découvrir d'autres manières de faire. 
Je comprends que comme tout débutant, et en toute manière, Plaisir d'écrire a peur de ne pas être à la hauteur. Il me faut donc le rassurer, l'inciter à oser. 
C'est pourquoi j'enfonce le clou en précisant que ce qui est étonnant avec la fellation c'est qu'il y a tant de manières de donner du plaisir. Il doit savoir que les variations sur ce même thème goulu sont innombrables. 
Reste à le rassurer. C'est passé quarante ans que je suis entré pour la première fois dans un sauna gay. Déjà à cet âge-là on m'avait tourné autour avec insistance. Et je me souviens de ce superbe jeune mec, au look et surtout au physique de footballeur qui avait offert son corps à caresser et son sexe à sucer à tous les gars qui le voulaient. Un amoncellement de mecs, langues pendantes, qui attendaient, nus et en complète excitation, le moment de refermer ses lèvres sur le beau sexe du splendide gars. Patron compris qui avait écarté ses clients pour prendre son tour avant d'offrir ses fesses au dieu Grec dans l'entrée. Surprenante vision !
Je lui précise donc quelques règles : « Après, dans un sauna gay, il faut savoir mettre les limites. Les hommes ne manquent pas qui souhaitent vous prendre, parfois sans ménagement, surtout si vous êtes jeune. En général la courtoisie réciproque permet de décliner tranquillement une proposition; mais encore faut-il savoir ce qu'on veut. Car une première sodomie mérite d'être faite par un homme éminemment patient et tendre, qui saura vous faire un long anulingus, un doigtage anal délicat et très progressif, une pénétration très régulière pour laisser à votre rectum le temps de s'habituer au corps étranger. Cela se trouve ! Et après c'est une apothéose de sensations ! » J'ajoute que je ne me fais pas si souvent sodomiser que cela. « Donc mon corps n'est pas "habitué" à des pénétrations franches et rapides. Mais quand un homme attentif me prend, humm, quel régal ! »
Combien de jeunes hommes ont-ils connus une première sodomie trop directe, parfois les dégoûtant à vie de remettre cela, peut-être en distillant l'idée que prendre direct et bourriner bestialement un rectum est la seule manière « digne » de s'occuper du corps d'un homme. Quel gâchis !
Je me souviens avec émotion du premier garçon à qui j'ai ouvert mes fesses. Quelle patience ! Quelle douceur ! Quel bonheur de se laisser préparer dans une impudicité totalement décidée ! Merci encore Karim…
Plaisir d'écrire s'enfonce dans notre jeu épistolaire. Il apprécie l'échange. Moi, autant que lui. Des messages brefs d'approbation se succèdent. 
J'écris : « Là je suis tout excité ! je l'avoue... Et vous ? ». 
Lui : « Pareil, je vous l'avoue. Je bande et mes tétons percés pointent. ». 
Moi : « Et mon anus frétille... Je vais peut-être devoir attraper mon petit plug anal ! ». 
Lui : « Je me suis déjà fait jouir analement ce matin. Un bel orgasme renversant ! ». 
Moi : « Coquin ! Vous êtes-vous doigté ou bien godé ? ».
Je n'en reviens pas. Il vient de franchir un pas surprenant. Jusqu'à présent il évoquait ses désirs secrets, avouant qu'il n'avait jamais encore eu de relation homosexuelle. C'est moi qui m'engageais dans des révélations plus explicites sur les relations sexuelles entre hommes. Et voilà que le garçon reconnait qu'il pratique le plaisir anal ! Serait-il moins puceau qu'il ne le décrète ?
Sa réponse me comble de joie : « Godé. Stimulateur de prostate, en fait. Coquin, oui. Je plaide coupable ! C'était trop ...bon ! Bien lubrifié et bien dilaté, j'arrive à avoir un orgasme anal en une heure. »
Incroyable ! Voilà un jeune mâle qui, après seulement quelques échanges écrits, évoque tranquillement ses sextoys et son plaisir anal.
 
 
Il pourrait traiter d'une recette de cuisine sur le même ton tranquille. « Bien lubrifié et bien dilaté, j'arrive à avoir un orgasme anal en une heure. ». A feu doux en retournant la bête régulièrement pour l'arroser de jus, j'arrive à avoir une viande tendre et savoureuse en une heure…
C'est frais, léger, intime. Autant continuer sur ce même ton. Je luis réponds que c'est merveilleusement coquin, ça ! « Vous avez ô combien raison ! Continuez à plaider le plaisir ! Il m'arrive aussi de me lancer dans de longues séances de plaisir anal avec mon gode ventouse. Je me prépare l'anus et le rectum, je le détends, je le dilate... comme j'aime qu'on me le fasse, de plus en plus soumis aux gestes impudiques de mon amant... Et après je me gode longtemps, activement au départ, passif ensuite, quand la ventouse est fixée et que je vais et je viens contre le phallus de latex... Coquins nous sommes... »
Que c'est délicieusement pervers que d'aborder ce sujet si intime ! Nous ne nous connaissons pas. Et pourtant nous partageons tant de choses agréables dans le secret de nos alcôves. Je me réjouis de cette correspondance. Se dire ces choses-là est excitant. Les faire est réjouissant. Combien sommes-nous d'hommes, chaque soir, à jouer pareillement avec nos sextoys anaux dans le confort de nos demeures ?
Il s'amuse autant que moi. Il me confirme que oui, « Coquins nous sommes, en effet... ». Humm, j'apprécie au plus haut point cet échange. Mon anus frétille au souvenir des plaisirs qu'il a déjà connus. Que faire d'autre que de se préparer, ressortir ses jouets anaux, s'enfoncer longuement dans un magma de plaisirs interdits aux hétéros ?
Je jouis abondamment, mon esprit tentant d'imaginer son visage, son anatomie crue, le son de ses soupirs, l'intensité de son plaisir. Car oui, dans mes sens enfiévrés je me suis offert à lui pour qu'il me chevauche jusqu'au bout de la nuit. Et je me suis occupé de lui, de lui donner ce qu'il espère depuis longtemps probablement, le profond plaisir entre hommes.
 
Dans les jours qui suivent nous échangeons plus calmement, plus dignement, sur nos récits réciproques.
Il me présente « Dans le labyrinthe des plaisirs » dont le premier chapitre est publié. Je le lis. Je le reconnais bien là. Cette histoire semble tellement autobiographique ! Est-ce vrai ou bien est-il si doué qu'il se créé un personnage parfaitement crédible ?
Je m'amuse à imaginer qu'en fait Plaisir d'écrire est un septuagénaire bedonnant et impuissant, hétéro, qui se joue d'autrui avec une maestria exceptionnelle. C'est possible. Je n'y crois pas une seconde. Je ne veux pas y croire. Je veux un Plaisir d'écrire jeune, mignon, chaud, excité, attiré vers le masculin en sachant qu'il n'y résistera plus très longtemps. Je décide pourtant d'être attentif, de guetter les contradictions. Pardon cher Plaisir d'écrire ! Vous avez raison, mon manque de confiance totale en vous mérite que vous me punissiez sévèrement…
Il me présente aussi fois 'La première fois de Kelly et d'Adrien', une histoire hétéro qui sera publiée plus tard. J'ai quelques bribes d'informations en avant-première sur ce texte. J'en suis fier. J'ai hâte de le lire.
Surtout, il m'incite à lire 'Joyeux anniversaire, mon amour !', un texte qui traite d'un anniversaire et du cadeau qu'une femme fait à son homme : une première relation sexuelle avec un autre homme. Un trio bisexuel homme-homme-femme. Je souris. J'ai écrit un texte du même genre, le cadeau d'anniversaire au sein d'un couple : l'offrande d'un superbe mâle doté par la nature d'une impressionnante virilité qui va donner un plaisir dément à l'heureux élu. La différence est que mon couple à moi est homo. Ce ne sont pas deux hommes qui forniquent devant, et avec, une femme excitée, mais devant un troisième homme ravi de ce qu'il voit, du plaisir que prend son amant.
Un trio bi ou homo reste un trio. Un fantasme que nous partageons lui et moi. Le réaliser avec lui est une perspective… « émoustillante » !
 
Il me révèle avoir beaucoup aimé 'Tel est pris qui croyait prendre' : « avec cette virilité, cette rencontre à priori anodine et puis en fait... Tout un plan qui était parfaitement planifié, organisé. ». Je médite à plusieurs reprise sur ce message. Quelque chose dans ces mots a attiré mon attention. Je n'arrive pas à savoir quoi.
Jusqu'à ce que l'évidence surgisse : « un plan planifié, organisé ». Ne m'invite-t-il pas à organiser une rencontre de ce type, à se laisser consciemment manipuler, à accepter volontairement une règle du jeu qui l'amènerai à se soumettre à mes fantaisies charnelles ?
Est-ce un bâton de garçon qu'il me tend, ou bien suis-je en plein délire fantasmagorique ?
S'il écrit sur une surprise d'anniversaire, c'est quand même qu'il aime les surprises. Aime-t-il les faire ? Comme un vieux pédé pervers et manipulateur qu'il pourrait être. Ou bien aimerait-il les recevoir, comme un garçon plein d'envies mâles qui n'attend qu'une main tendue pour franchir le pas ?
Les paroles d'une chanson de Michel Berger me reviennent en mémoire. Elles reflètent ce que j'imagine être l'état d'esprit de Plaisir d'écrire dans sa correspondance avec moi :
Pour me comprendre,
Il faudrait savoir qui je suis.
Pour me comprendre,
Il faudrait connaître ma vie
Et pour l'apprendre
Devenir mon ami.
Pour me comprendre,
Il aurait fallu au moins ce soir
Pouvoir surprendre le chemin d'un de mes regards
Triste mais tendre, perdu dans le hasard. 
Pour me comprendre
Il faudrait connaître mes nuits.
Mes rêves d'amour.
Et puis mes longues insomnies.
Quand vient le jour,
La peur d'affronter la vie.
Il y a peut-être quelque part
Un bonheur dont j'aurais eu ma part.
Dommage, dommage.
J'aimais tant certains paysages.
Quels sont les paysages qu'il aimait tant ? Le charnu d'une fesse d'homme, le sillon mystérieux que Mystérious1991, son autre pseudo, rêverait de parcourir, la beauté intrigante d'une corolle anale, le balancement sensuel de bourses mettant en exergue des testicules bien ronds, le lisse d'un gland enduit d'impatience séminale, la variété des longueurs et formes de verges qui s'ébrouent en liberté sous ses yeux ?
Tout cela un peu, probablement.
Qu'est-ce qui fait qu'un homme soit de plus en plus attiré par les corps d'homme ? Quel est l'aimant si puissant qui conduit Plaisir d'écrire à rechercher un amant ?
S'interroger sur lui, c'est s'interroger sur soi… Je me souviens de mon adolescence entre garçons, du plaisir à être nu devant mes copains, qu'ils soient nus ou pas. Plus fortement quand j'étais le seul dans le plus simple appareil et que les regards intéressés étaient tournés sur ma virilité. Pas forcément par désir. Surtout pour se rassurer soi-même.
Se masturber les uns à côté des autres, le voir ou pas, le savoir en tous cas. Besoins impérieux de garçons plein de vie, plein de sève. Montrer son sexe bandé. Sourire devant une érection amie. Merveilleux souvenirs…
Et l'armée ? Le retour des slips blancs ringards de ma jeunesse. Que de beaux mecs en slip blanc ! Rien ne peut davantage m'exciter ! A part quand nous nous retrouvions nus dans une chambrée, sous une douche collective, ou devant un bassin de nage avant d'enfiler nos slips de bains moulants…
J'ai aimé cette jeunesse-là ! Du charnel mâle, du muscle, du poil, de l'odeur de sueur… Et au matin pas que de sueur, car il faut bien que le corps exulte…
A-t-il vécu quelque-chose de similaire qui le pousse, jeune adulte, à retrouver cette ambiance masculine ?
Je pense à lui, je l'imagine, nu et en érection. Je pense à moi, j'ai impérativement besoin de me retrouver nu et en érection. Je nous rêve face à face, bandant comme des fous, un filet séminal s'échappant de nos méats tellement nous sommes excités. 
Excité. Je le suis en permanence depuis que nous avons entamé cette correspondance. Je bande tout le jour comme je n'avais pas bandé depuis longtemps ! Et je me masturbe, comme à vingt ans, constamment.
 Plaisir d'écrire me fait rajeunir. Et jouir.
N'est-il pas temps de me livrer à lui ? Je lui révèle une vraie interrogation qui surgit périodiquement dans mon esprit quand je publie. Je l'interroge : « Si vous avez beaucoup aimé 'tel est pris… qui croyait se faire prendre', c'est que cela vous a beaucoup excité ? Ai-je réussi à vous faire jouir ? Je ne sais pas pour vous, mais, moi, l'idée que des hommes se masturbent et jouissent en lisant mes écrits m'excite... Est-ce minable d'être excité à l'idée de provoquer de longues pignolades masculines lors des lectures de nos écrits ? »
Après tout, il nous faut être lucides, nous les auteurs d'écrits érotiques : ce que nous déclenchons est, peut-être, d'abord une volonté « d'émoustiller » nos lecteurs. Mais nous savons parfaitement que pour certains cela se traduira par les gestes intimes de la masturbation, féminine ou masculine puis, secret espoir signifiant la qualité de notre œuvre, la libération du corps par un orgasme.
Mon esprit salace l'avoue : j'aimerais bien savoir combien de litres de sperme ont produit mes écrits… C'est nul, je sais. Mais laissez-moi cette petite perversité narcissique !
 La réponse de Plaisir d'écrire est à la hauteur de mes espérances secrètes : « Pas du tout ! Au contraire ! Vous devez être fier d'avoir réussi à conduire ces hommes à s'être masturbés...et à avoir joui ! Vous savez... Si les gens me disent que ça leur a fait du bien, qu'ils se sont reconnus, que ça leur a procuré des émotions, des émoustillements, voire même carrément du plaisir, alors je suis très touché. »
Bingo ! Encore un point commun. Nous aimons tous deux imaginer de beaux lecteurs en train de se masturber en nous lisant. Tout cela est délicieusement cochon…
Je prends acte de sa réponse : « Voilà qui me réconforte et me rassure ! Je n'étais pas certain que cela était, je ne sais pas, digne peut-être... que d'exciter des hommes et les amener à se masturber... A la réflexion vous avez raison : faire du bien à des hommes, leur donner des émotions, les faire bander, cela ne peut pas être négatif. Bien au contraire. Nous sommes d'utilité publique… Merci pour cette réponse ! »
 
La correspondance avec ce garçon de trente-et-un ans me ravit. Elle m'excite jusqu'à l'orgasme. Apparemment lui aussi. Et nous reconnaissons tous deux que déclencher ce même phénomène chez les autres alimente notre libido débridée.
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