Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Mon Plaisir d'écrire — Chapitre 8 · A Barcelone l'hiver.
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Mon Plaisir d'écrire
Chapitre 8 · A Barcelone l'hiver.
Le corps empli des souvenirs de notre doux ébat Lillois, nous reprenons nos échanges épistolaires. Nos mots sont à la fois toujours plus crus, et toujours plus doux. Maintenant que nous nous connaissons au sens biblique du terme, nous n'avons plus rien à cacher de nos désirs charnels. Plus rien à cacher non plus de la tendresse que nous ressentons l'un pour l'autre.
Il m'écrit : « Cher Etrenu, cher amant épistolaire qui fait qu'être votre muse me rend ému... Je me suis masturbé ce matin en pensant à toutes sortes de choses chaudes... Je m'en suis donné à cœur joie et je n'ai pas boudé mon plaisir ;) Mon orgasme a été tellement...bon. Que c'est bon de se masturber, de se donner du plaisir, d'y dire oui. Et de jouir au réveil... J'adore ça... »
Il insiste dans un second message, immédiatement après : « Au réveil, je sentais que je bandais comme ce n'était pas permis et je sentais que mes bourses étaient lourdes, pleines de sperme qui ne demandait qu'à être éjaculé. De ma main gauche, j'ai fait les mouvements de va et vient. Avec la paume de ma main droite, j'ai palpé, massé, stimulé mes couilles pour qu'elles émettent mon bon sperme crémeux... »
Pourquoi faut-il qu'instinctivement j'ouvre la bouche comme pour recueillir sa sève fruitée ? Ma béatitude me donne un air stupide. Je m'en moque. Je suis déjà en manque de lui. Je lui réponds : « Cher Plaisir d'écrire, qui ne fait que m'éblouir ! Oh que j'aurais aimé être cela, voir cela, vivre cela ! Voir votre complète érection matinale ! Admirer tout votre être en pleine masturbation, vos yeux brillants, votre corps frémissant, votre main s'activant, vos gémissement, votre majeur vous pénétrant, votre main libre vous palpant, vous massant, stimulant vos jolies couilles bien rondes et bien pleines ! M'émerveiller de votre éjaculation, votre râle de jouissance, la brusque giclée s'élevant en l'air, le jet puissant retombant sur votre ventre, votre torse, peut être votre visage ! Beauté extrême de l'orgasme !
Me pencher vers vous pour lécher sur votre peau votre bon sperme crémeux, le partager entre vos lèvres, le déguster à deux ! Et puis refermer mes lèvres sur votre gland encore baveux, encore luisant, encore recouvert de ce nectar que vous et moi aimons tant !
Alors, bien sûr, à mon tour je me masturberai devant vous, vous offrant mon plaisir avec la fougue qui nous unit...
C'est l'aveu récurrent de votre passion charnelle qui m'émeut. Ce sont vos mots qui me font vibrer !
Un dernier coup de langue sur votre anus que , sans aucune pudeur, vous me présentez. »
Sa réponse ne se fait pas attendre : « Mes esprits sont sens dessus-dessous. Vos mots, vos désirs, vos intentions...et vos attentions ne me laissent définitivement pas, définitivement plus, indifférent. Je ne suis plus qu'une petite chose perdue... »
Les messages se suivent et se ressemblent. Nous nous disons toute la passion charnelle et sensuelle que nous éprouvons l'un pour l'autre. J'ai besoin de lire ses mots. J'ai besoin d'exprimer ce que ressent mon être entier. Avant d'expulser ce que ressent mon corps. Comment ce garçon fait-il pour entretenir constamment ma libido, m'amenant à me masturber quotidiennement ?
Je lui écris : « Cher Plaisir d'écrire, Plaisir de m'accueillir... Pardon de vous remuer en tous sens comme une bouteille d'Orangina, mais vos pétillements sont délicieux ! Dessus, dessous : je ne demande pas mieux ! C'est vrai que mes désirs de vous, pour vous, ne cessent de se déployer, de se tendre, de durcir, de s'élever. Je parle de mes sentiments bien sûr… Quels que soient leur mode d'expression... Votre intérêt, votre non-indifférence est une joie pour moi. Nous avons tant de points communs, tant de différences, tant de belles choses encore à partager.
Je m'imagine parfois nu, avançant vers vous dans la pénombre. Vous, nu comme moi. Ne rien se cacher. Tout se montrer. Assurément notre premier contact sera celui de nos phallus tendus vers l'espérance d'une nouvelle communion sensuelle, charnelle, sexuelle... Notre second contact sera-t-il celui de nos lèvres ? Ou de nos mains se posant sur nos fessiers doux et ronds ? Ou de nos bras s'enroulant autour de nos hanches pour coller nos anatomies sauvages l'une contre l'autre, pour se lover l'un contre l'autre ? Vous n'êtes pas une chose mais un être vibrant émotionnellement et physiquement. Votre âme n'est pas petite. Vous n'êtes pas perdu, mais en chemin vers une expression plus libre et plus enjouée de ce que vous êtes vraiment au fond de vous.
Je dépose un baiser sur votre anus, votre si bel opus… »
La réponse fuse, une fois de plus : « Cher Etrenu, cher amant épistolaire qui me fait gémir sans retenue quand je jouis... Juste un baiser sur mon anus ??! ;) Vous connaissant progressivement, je pensais à plus...;) Vous savez que mon petit trou aime les attentions. Vos lèvres... Votre langue...
Votre doigt, deux de vos doigts...
Au petit matin, au réveil , m'éveiller , me mettre à quatre pattes , à califourchon sur vous, tendre ma bouche sur votre corps. L'honorer à l'encre de ma salive. Mes baisers et mes coups de langue... Éveiller votre corps au plaisir, petite touche par petite touche, et finir par vous réveiller en prenant votre pénis en bouche . Vous offrir une intense fellation de bon matin. Que vous jouissiez sans retenue dans ma bouche au paroxysme de votre plaisir. Hmmm ... Oui...
Puis venir à vos côtés, glousser avant de vous embrasser. Les lèvres brillantes de votre sperme, je vous demanderai d'ouvrir les lèvres. Vous le feriez. Et là, je laisserai couler votre semence en guise d'échange.
P.S. Je suis en train de me masturber...
P.S. Mon orgasme a été somptueux ! J'en ai mis partout. Merci… »
Dès lors c'est une véritable surenchère sur les plaisirs de la chair qui intensifie notre correspondance. C'est à celui de nous deux qui ira le plus loin dans l'expression de ce qui nous est cher : donner le plus intense des plaisirs à l'autre. Je ne suis pas en reste : « Cher Plaisir d'écrire. D'accord. J'ai tenté de vous tromper. En suggérant que vous écartiez vos fesses pour que je dépose un baiser sur votre anus frétillant, j'espérais qu'après un premier gémissement vous me laisseriez vous offrir un long anulingus... Que vous m'auriez sûrement supplié de prolonger par un massage intérieur de votre conduit et de votre prostate. Avant de...
Vous m'avez percé à jour ! Admirer votre fine anatomie féline grimper sur mon corps pour me lécher partout, pour embrasser chaque parcelle de ma peau... Humm... Quelle somptueuse perspective ! Me voyez-vous soulever mon bassin pour vous permettre de lécher mes testicules, mon périnée, mon anus ? Et vos lèvres se refermant sur mon sexe gluant ! Un régal ! Une merveille !
Pardon, car je doute d'être capable de résister longtemps à votre fellation passionnée. Jouir dans votre bouche ! Vous offrir mon miel ! Phénoménal ! Alors si en plus vos lèvres s'approchent des miennes pour partager ensemble ce met délicat ! Quelle perspective éblouissante ! Merci ! Vous embrasser savoureusement serait prodigieux.
Je rêve de vous admirer en pleine masturbation ! Que vous devez être beau, animal, lascif !
Cette nuit, quand je serai nu dans mon lit, avec une main me masturbant tandis que l'autre sera occupée à me peloter les fesses puis à détendre mon rectum, c'est avec la pensée de vous en identique occupation que je jouirai, me retenant le plus longtemps possible pour conserver l'image de votre félinité priapique ! Je bande déjà comme un fou ! »
Sans que notre correspondance ne s'assagisse, elle s'enrichit petit à petit de réflexions plus intellectuelles, plus culturelles. Plaisir d'écrire m'explique un jour ce qu'il entend par « je ne suis qu'une petite chose perdue » : « Quand je dis cela, c'est une expression que j'ai sortie pour un autre de mes textes 'Ô belle demoiselle ' et que j'aime bien ressortir par ci, par là. J'ai des expressions comme ça, qui me viennent. Ça équivaut à 'mettre un corps, un âme, un cœur, sens dessus dessous '. C'est typiquement moi , ça. Comme 'Avoir des Y pour une partie de Scrabble ' à savoir 'être dans une situation compliquée ' Vous avez connu Thierry Roland et Jean Michel Larqué... Leurs expressions trouvées parfois...je ne sais pas comment. Et bien parfois il m'arrive de m'exprimer comme ça. Ben... Sauf dans l'intimité. Oui. J'ai tendance à être plus direct, même parfois plus...cru. j'assume. »
Plaisir d'écrire… Qui m'émeut et m'amuse à la fois, avec ses jeux de mots, ses expressions tordues, tout droit sorties de son esprit en permanente ébullition, tous ses capteurs en veille pour attraper une phrase, un son, une idée qui, sortie de son contexte, ne veut plus rien dire…
Nous nous écrivons comme nous nous étions parlé à Lille. Des subtilités de langage succédant à des mots crus, des jeux de mots, des réflexions philosophiques, des émotions artistiques partagées. Il ne se cache pas du bonheur simple qu'il éprouve en m'écrivant : « Je me plais à me livrer comme je le fais aujourd'hui. Vous me mettez en confiance, Etrenu. Je ne le ferais pas, si je n'avais pas ... confiance.
Et je le fais. Vous parler. Échanger. Coquiner. Parce que... Vous, vous savez comment me parler. Vous savez me toucher. Vous savez me séduire. Et j'y prends du plaisir. »
Un soir il m'écrit sur ses goûts artistiques, m'informant que ses deux toiles préférées sont 'La Joconde' de Léonard de Vinci ex-aequo avec 'La Vénus d'Urbino' du Titien.
La Joconde, qui m'a si longtemps fasciné, j'en suis revenu. En revanche la Vénus d'Urbino, tout comme lui, provoque en moi une intense émotion.
La beauté de cette femme, la lascivité de ses courbes… La position de sa main… Son regard…
Nous nous disons combien nous aimons les femmes, leur corps, leur âme. Nous échangeons sur le plaisir de l'accouplement hétéro dont ni lui ni moi n'imaginons nous passer. L'esthétique des corps… L'esthétique des sens… Le plaisir partagé… La beauté des émotions. La beauté des pulsions. La tendresse qui devient animale. Le cri de jouissance poussé simultanément. Les corps libérés, vidés, épuisés, qui s'affaissent, qui se lovent l'un contre l'autre, encore frémissants, trempés de sueur, gluant de nos sécrétions séminales, exhalant le merveilleux parfum de l'effort physique et du plaisir mélangés. Les baisers tendres, moelleux, doux… Comme pour se pardonner mutuellement de la férocité du coït…
Je lui transmets une reproduction du remarquable tableau de Zoffany, peint à Florence vers 1772. Une œuvre représentant la tribune des Offices de Florence, cette salle qui comportait des reproductions miniatures des principaux chefs-d'œuvre de la collection des Médicis.
Au centre, la Vénus d'Urbino du Titien…
Il se moque évidemment de moi quand j'attire son attention sur un homme en jaquette grise se rinçant l'œil, comme moi, sur une statue d'un superbe nu masculin. On ne se refait pas !
Alors qu'il partage des reproductions d'artistes en tout genre, je m'amuse à parfaire son éducation homoculturelle en lui présentant des artistes qui comptent parmi la communauté gay. Je commence par un artiste américain, Paul CADMUS, né en 1904, mort en 1999, qui aura réalisé d'innombrables peintures et dessins, et aura joué un rôle important pour l'émergence et la visibilité de la vie homosexuelle pendant l'entre-deux-guerres. Je lui écris : « Cet artiste me touche car il aura été dans les premiers, dans les années 1960, à assumer son orientation sexuelle avec son œuvre franchement homoérotique composée, entre autres, des dessins de nus masculins.
Je l'ai découvert à travers le tableau "the bath" qui m'a complètement excité. C'est pour moi une magnifique scène de vie entre hommes où chacun prend soin de soi sans fausse pudeur. J'ai mis du temps à réaliser que ce qui m'émoustillait (pour utiliser votre mot fétiche) était la main du blond en train de se savonner la raie des fesses, en contraste avec les fesses bandées et plus mates du brun…
Son tableau « improbable Finistère, est pour moi d'un érotisme torride. Sans doute un effet du slip blanc de l'un et de l'orientation de la selle avec les fesses dévoilées de l'autre… »
Les mois s'écoulent lentement entre complicité artistique et (virtuellement) charnelle. Le contraste entre les deux nous amuse. Il m'écrit : « Je me sens si bien... Je me masturbe avec un œuf masturbateur avec des picots à l'intérieur qui me procurent des sensations... Ma main droite palpe, masse mes testicules bien ronds, remplis de bon sperme. Je m'en donne à cœur joie. Je soupire, je gémis... Et je vais bientôt...jouir... »
Je suis sur le même ton : « Pourquoi faut-il que je me masturbe en vous lisant ? ... Je dois vous laisser. Aller dormir. Je me lève très tôt demain. Grimpez sur mon corps nu. Mettez votre sexe dans ma bouche. Butinez-la. Avant de m'offrir vos couilles à gober et à lécher. Puis de présenter vos fesses à mon visage. Je les dégusterai. Puis je plongerai ma langue dans votre rondelle délicieuse. Bonne nuit ! »
Nous nous promettons de plus en plus fréquemment des nuits torrides. Des gémissements incessants. Un corps à corps entêtant. Des ruissellement de sueur et de sperme. Des soupirs. Des partages sensuels. Des baisers savoureux…
Un beau matin je réalise que l'hiver approche. Notre rencontre physique date de plusieurs mois déjà. Notre flamme l'un pour l'autre n'a pas faibli. Nos libidos non plus, nous conduisant à d'incessants, mais frustrants, plaisirs solitaires. Je rêve chaque nuit de son corps. De son sexe en moi. De mon sexe en lui. Nos bouches, nos fesses…
Redécouvrir ses lèvres, caresser à nouveau sa peau, palper son intimité ! L'idée de démarrer l'hivernage sans jouir à nouveau avec lui, réellement, devient insupportable. Et je sens qu'il en est de même pour lui. Alors je me lance. J'ose. A nouveau. Je l'invite pour un weekend de jolies découvertes charnelles et culturelles.
Je lâche un cri de joie en lisant, par retour, sa réponse : il est dans le même état de manque que moi. Il me donne ses dates. Elles coïncident avec les miennes. Alors je fonce, je m'organise, je mets en œuvre cette vieille idée qui me trotte depuis un moment dans la tête. Je lui donne rendez-vous sous l'horloge de la gare de Paris Austerlitz un vendredi à 18h30.
Intrigué il me demande où je compte l'amener. Je lui réponds que c'est une surprise. « Mais comment dois-je m'habiller ? » demande-t-il. Je m'amuse de ma réponse : « venez en vêtements confortables et chauds, avec votre manteau d'hiver et des chaussures confortables aux pieds (baskets). Dans votre sac vous mettrez : 2 slips, 2 paires de chaussettes, 1 tenue de rechange chic, votre trousse de toilette, vos sextoys si vous souhaitez un moment de partage, des sous-vêtements sexy si cela vous plait de m'exciter, un petit sac à dos pour des excursions. Le reste, je m'en occupe. »
Il est décidément joueur quand il réplique « Vous le savez, je ne porte pas de slip. Je vous laisse l'usage du bel emballage de vos parties ! Dois-je venir sans sous-vêtement, en dehors des accessoires avec lesquels nous jouerons, ou bien autorisez-vous les boxers ou les caleçons ? »
Je lui laisse le choix, précisant néanmoins que le port d'un boxer chaud est préférable en hiver, même si je me porte volontaire pour réchauffer ses fesses, son pénis et ses testicules avec ma bouche ou mes mains qui resteront gantées pour garder leur chaleur sensuelle…
J'arrive en avance gare d'Austerlitz. Lui aussi. Malgré la foule et la distance, nos regards s'ajustent, se trouvent, s'aimantent. Nous avançons l'un vers l'autre. Un sourire de plus en plus éclatant illumine nos visages au fur et à mesure que nous nous rapprochons.
Enfin nous sommes face à face. Nos sacs nous tombent des mains. Nous nous enlaçons comme si nous étions seuls au monde. Nos visages pivotent. Nos bouches se trouvent. Nos lèvres s'entrouvrent. Nos langues se savourent.
Un vrai baiser d'amants.
Pas un bisou déposé sur les lèvres par les amants pudiques. Pas non plus un baiser sauvage, long, profond, des amants qui se croient seuls au monde. Non. Un baiser sincère, vrai, simple, appuyé, complice.
Une vieille dame arc-boutée sur une canne passe à côté. Elle tourne la tête vers nous. D'abord un regard étonné. Puis un sourire complice. Enfin une grande tendresse.
J'imagine fort bien ce qui est passé dans sa tête : « Oh ! Des hommes qui s'embrassent ! Dans quelle société vivons-nous ! A mon époque… Mais ils sont mignons ces deux-là… Ils ont l'air de s'aimer. Sincèrement… Ma pôvre vieille ! Comment oses-tu juger ? L'amour n'a pas de sexe ! Ils ont bien raison ! Puisqu'ils s'aiment… C'est évident. Ils s'aiment… L'amour… Garçons ou filles… Seul l'amour compte… C'était si bon… C'est si loin… Puissent tous les jeunes du monde connaitre ce que j'ai connu… Ah mon Bernard ! Qu'est qu'on s'est amusés ! Tu me manques… Tu te souviens dans quel état tu me mettais quand tu m'aimais ? Mon coquin… Mon cochon… C'était bien quand nous étions jeunes… »
Elle disparait dans la foule après nous avoir lancé un clin d'œil qu'un type revêche remarque, le coupant dans sa pensée homophobe. Qu'est-ce que cela peut bien lui faire que deux hommes s'embrassent ?
Spontanément nous reprenons notre sac chacun dans une main différente. Spontanément nos mains libres se rejoignent, s'unissent, s'enveloppent, sereinement, simplement.
Nous nous dirigeons vers une brasserie. Bien que depuis des mois nous ayons échangé par écrit plusieurs fois par semaine, nous trouvons encore mille et une chose à nous dire. Tandis que nous buvons un verre la conversation est follement animée.
Je le trouve toujours aussi beau, aussi mignon. Je le lui dis. Ses beaux cheveux châtains. Ses yeux noisette qui lui donnent profondeur et sensualité. Sa bouche délicate… Ses lèvres effilées que j'ai tant envie d'embrasser, de lécher, de pénétrer… Ce sera pour plus tard.
– Bandez-vous ? me demande-t-il.
– Dur ! Et vous ?
– Presque une semaine sans me masturber… Mes couilles sont douloureuses… Mes nuits ont été atroces ! Je n'ai pensé qu'à vous, qu'à nos corps à corps… Qu'à ma première sodomie… Je vous choque si je vous dis que je rêve de sentir votre sexe s'agiter entre mes fesses ?
– Vous me l'avez écrit plus d'une fois…
– Mais ce n'est pas pareil ! Le fantasme épistolaire n'est pas la réalité physique… Je suis prêt, vous savez ?
– Rassurez-vous, cher Plaisir d'écrire. Je le sais, je le sens depuis des mois. J'en ai eu la confirmation quand vous avez immédiatement accepté mon invitation. Sans sourciller. Sans savoir où je compte vous amener. Votre « oui » si rapide est un appel de vos fesses à mon sexe !
– Carrément ! Un appel ! Phallus ! Phallus ! Viens me pénétrer ! Je n'attends que toi en moi ! C'est un peu exagéré, non ?
– Non, pourquoi ? Pourquoi réfuter l'idée que notre conduit anal est dans un état de manque total ? Qu'il a besoin d'être possédé, d'être butiné, d'être mitraillé ? Je suis dans le même état de manque, vous savez !
– Oui mais moi… s'inquiète-t-il.
– Je sais ! Ne dites rien ! Une fois encore je m'engage à ne faire que ce que vous voudrez. C'est vous qui déciderez de nos plaisirs… Je me plie, le plus impudiquement possible, à vos désirs ! Désirs de jouir… Désir de découvrir, de se découvrir, de se réjouir, de défaillir, de réfléchir, de s'alanguir, de rire ! Tous les rires que vous voudrez !
– Le rire fin et délicat ? Le rire gras ? Le rire sonore ? Le rire étouffé ? Le rire irrépressible ? Le rire gloussement ? Le rire contagieux ?
– Surtout celui-là : le rire contagieux… Tous les « ir » que nous pourrions vivre ensemble, qu'ils soient contagieux…
– Promis ! Mais au fait, où allons-nous ?
– Surprise !
– Il va falloir lâcher le morceau !
– Vous parlez de mon sexe ? Vous l'appelez « le morceau » ?
– Obsédé !
– Tout autant que vous, j'espère…
Cette fois c'est un baiser qui clôt la conversation, nos fessiers se levant de nos chaises pour approcher nos lèvres. Un baiser rapide, joyeux, des étoiles plein les yeux.
Le moment de monter dans le train arrive. Nous réglons nos consommations avant de nous diriger vers les quais. Cette fois sans se tenir par la main.
Sous le panneau des départs, Plaisir d'écrire lève les yeux. Il lit chaque destination, tentant de deviner laquelle est la nôtre.
Brusquement il sourit. Il se tourne vers moi.
– Ne m'avez-vous pas dit que vous appréciez Juliette Armanet ?
– Oui. me contente-je de dire en lui rendant son sourire.
– C'est quoi l'air, déjà ?
Je sifflote la chanson « A Barcelone l'hiver ». Il rigole, la chantonne avec moi.
– C'est bête, j'avais prévu de vous mettre un bandeau sur les yeux pour se diriger vers le bon quai et monter dans le train… dis-je.
– Le quai numéro cinq ? C'est vrai que c'est un fantasme chez vous, de me diriger nu, un bandeau sur les yeux, vers un océan de plaisirs…
– Sauf que là il fait trop froid pour que vous soyez nu…
– Et accessoirement il y a un peu trop de monde… Cela étant, qu'est-ce qui nous empêche de le faire ?
– Rien. Réplique-je en sortant le bandeau de ma poche.
A peine le plonge-je dans le noir qu'une multitude de sourires s'élargissent autour de nous. Que s'imaginent-ils ?
– Que c'est un enterrement de vie de garçon… suppose-t-il.
– Cela ressemble un peu à cela…
– Mon enterrement de vie d'hétéro…
– Ce n'est pas parce que vous allez découvrir le plaisir anal que vous enterrez votre vie d'hétéro !
– Allez savoir… Vous n'avez cessé de m'écrire que le plaisir anal est ce qu'il y a de plus divin à ressentir !
– Je maintiens ! Mais, pauvre humain, parfois il faut descendre de l'Olympe pour retrouver les plaisirs terrestres simples… Le coït hétéro…
– Puissiez-vous avoir raison ! Où en sommes-nous ? Toujours pas d'agent SNCF pour nous arrêter ?
– Attendez, les voilà…
Deux agents nous regardent, amusés. Je pose mon index sur mes lèvres. Ils sourient.
– Bonjour Messieurs. Vos billets pour New-York, s'il vous plait. Dit l'un.
– New… s'interroge Plaisir d'écrire à haute voix, surpris, avant de comprendre qu'il se moque de lui.
Je tends les billets qu'il scanne.
– Voiture deux. Compartiment huit. Je vous souhaite un excellent voyage messieurs.
– Merci. C'est gentil d'avoir enduit mon ami d'erreur, mais je crois qu'il sait que nous allons aux Baléares…
– Aux Bal… Mais quand va-t-on arrêter de se moquer de moi ! s'exclame-t-il.
– Probablement quand vous aurez retrouvé la vue ! réplique le second agent. Bon voyage messieurs.
Gentiment les gens s'écartent pour nous faciliter le cheminement. Devant notre train je profite qu'il soit en train de grimper dans le wagon pour lui mettre la main aux fesses.
– N'en profitez-pas Monsieur ! éructe-t-il.
– Vous ne demandez que cela, que j'en profite ! Que je profite de vous. De votre joli corps de mâle excité…
– Pas faux…
– Quelle impatience !
Nous entrons dans le compartiment. A peine ai-je refermé la porte qu'il se retourne et m'embrasse. Ce n'est qu'après un long baiser qu'il me demande :
– Nous sommes seuls, j'espère…
– Pourquoi ? Vous voulez palper mon excitation ?
– C'est une bonne idée, ça ! répond-t-il avec un large sourire tout en posant sa main sur mon entrejambe déformée par mon érection devenue incontrôlable.
– Humm… Je retrouve enfin ce beau membre bien dur…
– Il y a deux beaux garçons qui vous regardent…
– Tant mieux pour eux ! Et si ? Et si je vous déshabillais ?
– Ce ne serait pas raisonnable… Le rideau n'est pas tiré…
– Quelle importance !
Sans se soucier de notre environnement qu'il ne voit pas, il défait puis retire mon manteau, passe mon pull par-dessus ma tête, défait quelques-uns des boutons de ma chemise pour enfourner ses deux mains froides dessous et me caresser la peau du ventre et du torse.
– Votre pelage tout doux… C'est toujours aussi bon… Mes doigts se souviennent de votre peau…
– Vos mains sont froides !
– Préférez-vous que je les réchauffe sur votre torse ou en empoignant votre sexe ?
– Vu comme cela…
Toujours debout contre la porte, je le laisse redécouvrir mon corps et m'embrasser autant et où il le veut. Je vois bien qu'il bande autant que moi. Nos corps frémissent d'émotion. Le moment est délicieux. Surtout quand il défait le bouton de mon pantalon puis la braguette et que mon vêtement descend lentement le long de mes cuisses.
Il palpe ma verge bandée à travers le tissu du slip. Même si ses yeux sont cachés, je peux lire une joie intense sur son visage. Ses mains s'échappent pour venir me peloter le fessier à travers le tissu.
– Humm… dit-il d'une voix rauque. Je me demandais si vous aviez mis un jockstrap…
– Eh non… Vous auriez aimé ?
– Tôt ou tard je vous verrai ainsi, en slip, les fesses à l'air…
– Il suffit de demander…
– Je m'interroge, là… Portez-vous un de vos horribles slip blanc taille haute ouvert ?
– A vous de vérifier…
Une main passe sous le tissu arrière du slip pour caresser ma peau. Aussitôt un grognement de satisfaction accompagne le pétrissage fessier. L'autre main repasse sur le devant de mon slip, palpe mon sexe toujours plus dur, cherche une entrée latérale… Et après de longues et douces secondes coquines, la trouve, y passe la main, referme ses doigts sur ma hampe chaude.
C'est un râle de bonheur qui s'échappe de sa gorge. Je comprends son émotion : tenir enfin à pleine main ce sexe désiré depuis des mois ! Mon émotion rejoint la sienne. Nos langues s'aimantent, s'aspirent, se cajolent.
C'est bon.
Merveilleusement bon.
Mon pantalon s'affaisse d'un coup, passant sous les genoux. Plaisir d'écrire rit dans ma bouche. Je mords sa langue avec mes lèvres. Il se décide à abaisser mon slip, le repoussant en haut des cuisses avant de reposer ses mains sur mon sexe et ma fesse.
Un rire de félicité démarre, le prend tout entier, très progressivement, très profondément. Un rire total. Le rire du bonheur absolu de celui qui a enfin ce qu'il espérait : ma bouche, mon sexe, mes fesses. Et plus encore. Mon odeur, ma présence, ma soumission intégrale.
– « Sauvage », toujours, votre parfum ? demande-t-il.
– Sauvage, pour vous. Oui.
– C'est bon de sentir votre queue dans ma main… Votre fesse…
– Je vous appartiens. Je me soumets à votre bon vouloir, mon maître, ma muse…
– Qu'en pensent les deux beaux garçons présents dans le compartiment qui nous regardent ?
– Demandez-le leur directement !
Pris de panique, Plaisir d'écrire abandonne mon corps pour arracher son bandeau et scruter le compartiment tout autour de nous.
– Salaud ! Il n'y a que nous !
– Il y a tout nous ! Tout nous, tout nus, si cela vous agréé !
– Evidemment que cela m'agréé ! Qu'est-ce que c'est que ce compartiment ? C'est magnifique ! Ce luxe… Cela me change de mes TER habituels !
Le décor est effectivement de qualité, avec le placage en bois, les deux couchettes l'une sur l'autre, la petite table sur laquelle repose une demi-bouteille de champagne, deux flutes, un petit bouquet de fleurs.
– Waouh ! Grandiose ! Et cette porte, là ? C'est quoi ? Le petit salon ?
– Ouvrez-donc pour voir !
La porte s'ouvre. J'éclate de rire en voyant les yeux étonnés de Plaisir d'écrire devant une minuscule salle de bain équipée d'un lavabo, d'un toilette, d'une douche.
– C'est dingue ! On peut se laver, là ?
– Bien sûr ! C'est étroit, ça bringuebale avec les mouvements du train… C'est ça qui est chouette…
– Ho là ! Petit coquin ! Une douche tous les deux, là-dedans ?
– J'y compte bien !
– Très intime ! Tout l'inverse de votre chambre d'hôtel luxueuse à Lille…
– Il va falloir se coller l'un contre l'autre…
– Avec joie ! Et pour la nuit, qui prend la couchette du haut ?
– Personne ! On peut déplier une couchette double en bas. A moins que vous ne préfériez faire lit à part…
– Hors de question ! Quand je vous vois ainsi, nombril à l'air, cul nu, queue en liberté dans ce compartiment…
Une lueur salace dans ses yeux. Je souris. Je le laisse s'agenouiller. J'approche mon sexe raide de son visage. Mon vit gluant caresse une joue puis l'autre, passe le long de ses lèvres qui s'entrouvrent pour commencer la récolte.
– Cette odeur de sperme… grogne-t-il.
– Vous en rêviez…
– Oh que oui ! affirme-t-il en élevant sa tête pour frotter son cou contre mon sexe, puis pour l'appuyer de la main contre son visage, partout. C'est bon… Le sexe de mon Etrenu… Je vous retrouve… Je le retrouve… Il m'a tant manqué…
– Vous m'avez tant manqué !
– Vous décalotter…
Ses lèvres se referment sur mon gland, le serrent, repoussent mon prépuce, me décalottent complètement. Il s'y reprend à trois fois avant que ma délicate peau ne se coince enfin derrière la couronne du gland.
Il peut enfin me sucer.
Sa fellation est ardente, maladroite, fébrile. Tout en grognant, yeux fermés, il déguste la friandise tant espérée.
Pourtant il ne me pompe que fugacement, se relevant vite pour m'embrasser, avant d'exprimer son inquiétude :
– N'importe qui pourrait rentrer… Cela pourrait être gênant qu'on me surprenne en train de sucer un beau mâle débraillé…
– J'ai mis le loquet. Nous ne risquons rien… Vous pouvez continuer, si vous en avez envie. Ou bien m'offrir votre magnifique phallus élancé à sucer. A moins que vous ne préfériez une coupe de champagne ?
– Champagne ? D'accord ! Fêtons nos retrouvailles ! Fêtons ce weekend à Barcelone l'hiver. Fêtons le retour de votre sexe dans ma bouche ! Fêtons la présence imminente de votre sexe entre mes fesses !
– Quel programme !
– Votre programme ! Comment vous remercier ?
– En étant vous-même : joyeux, simple, sans tabou, généreux, subtil, curieux, coquin…
– Cochon aussi…
– Vicieux ?
– Salace plutôt…
– Cela me va.
Je fais des petits pas, entravé par mon pantalon aux chevilles et mon slip à hauteur des genoux, restant avec délice dans mon indécente tenue, pour me saisir de la bouteille de champagne. Sous ses yeux emmourachés, avec ses mains revenant peloter les parties les plus intimes de mon anatomie, celles en général cachées, je fais sauter le bouchon et verse deux flutes d'effervescence.
Une boite de biscuits apéritif dans la main, je me recule pour m'assoir sur la banquette, sexe tendu vers le plafond. Il s'assoit tout contre moi avec les deux verres. Nos lèvres se tendent l'une vers l'autre. Nous nous bisoutons tendrement avant de trinquer et de boire les premières gorgées.
Tout en grignotant les biscuits et en sirotant nos coupes, alors que ses doigts jouent subtilement avec mon sexe, il tente de me faire parler du programme à venir. Je m'y refuse, l'informant uniquement que nous dormirons une nuit sur place dans une chambre très confortable et que nous reprendrons le train de nuit dimanche soir. De retour à 6h30 à Paris, il aura le temps de sauter dans le train de 8h pour Boulogne.
Les flutes se vidant, nos lèvres toujours plus avides, je le laisse se pencher sur mon ventre pour réemboucher mon sexe. Il joue à me sucer avec espièglerie, surveillant joyeusement chacune des réactions de mon corps.
Il ne refuse pas la fébrilité de mes doigts qui entrouvrent son pantalon pour faire jaillir son sexe. A mon tour je plonge mes lèvres affamées sur son merveilleux petit phallus. L'avoir en bouche est un régal. L'imaginer entre mes fesses me met dans un état d'excitation absolu. Je dois régulièrement m'écarter de lui et l'écarter de moi pour résister à la montée du plaisir.
La saveur métallique que je commence à avoir en bouche, et que je partage généreusement avec sa langue qui lèche mes lèvres, m'informe qu'il est comme moi en état d'ébullition avancée.
Le train est parti depuis un moment quand on frappe à la porte. Nous bondissons pour nous rhabiller, ce qui est plus long pour moi que pour lui avec mon pantalon aux pieds et ma chemise entièrement déboutonnée. Il règle le problème en m'enfilant mon pull, ce qui permet de cacher ma tenue débraillée.
J'ouvre. C'est l'agent de service qui vient nous demander si tout va bien et nous informer que le diner sera servi dans quinze minutes. Plaisir d'écrire écarquille les yeux. Je salue l'agent, referme la porte et l'informe que oui, nous aurons un diner assis.
Nous en profitons pour nous rhabiller plus sérieusement. Une envie pressante me rappelant à ma condition humaine, je passe dans la salle de bain pour aller me soulager.
Il se campe devant la porte et me regarde uriner alors que je suis concentré à anticiper les balancements du train pour ne pas en mettre partout.
Je vois son petit sourire en coin. Celui qui me fait craquer.
– Quoi ? demande-je.
– Cela ne vous dérange pas de pisser face à moi, comme ça, tranquille.
– Non. Vous avez envie aussi ? Il faut que je me dépêche ?
– Et si je n'ai pas envie de voir cela ? disent des yeux qui fixent ma verge gonflée mais molle.
– Vous vous reculeriez et vous ne regarderiez pas…
– Je ne suis pas très uro, savez-vous ?
– Vous me l'avez écrit. Je sais. Moi non plus. Je vous l'ai écrit. C'est vrai. Mais là ce n'est pas de l'uro, c'est juste votre amant qui pisse. Quoi d'indécent ?
– Tout !
– Plus indécent que d'avoir été presque une heure les fesses à l'air, en érection, la chemise défaite, le pantalon aux chevilles ?
– Non, bien sûr…
– Ah ben voilà ! dis-je en secouant mon pénis pour en faire tomber la dernière goutte. La réalité humaine de tous les jours serait indécente, mais pas les postures lubriques !
– Lubriques ?
– Oui. Je m'assume. Vous m'avez mis dans une posture lubrique !
– Moi ? J'ai fait cela ? Je vous ai mis en posture lubrique ? Mais je rêve ! C'est vous qui…
– … Avez pris grand plaisir à me laisser faire ! Ma muse s'offusque ! Vous êtes adorable comme cela ! Je vous aime !
A l'instant même où ces mots sortent de mes lèvres je deviens rouge écarlate, réalisant ce que je viens de dire. Alors que je me fige, ma main droite tenant encore mon pénis, le rouge lui monte aux joues à son tour.
– Je veux dire… Je vous aime comme cela, offusqué ! Vous êtes mignon avec cet air-là…
– Bien sûr… Mais vous l'avez dit… murmure ma muse qui approche sa main pour s'emparer de mon sexe alors que ses lèvres fondent sur les miennes.
Notre baiser ne s'arrête que quand mon sexe est à nouveau en complète érection.
– Vous êtes vraiment un excité permanent, mon Etrenu ! dit-il en me claquant joyeusement une fesse habillée.
– Et qui me met dans cet état ?
– Pfft ! Allez, bougez-vous de là. C'est à mon tour de me vider la vessie !
– Et bien sûr vous ne souhaitez pas que je vous regarde faire, vous qui n'êtes pas uro ?
– Et bien sûr je vous laisse me regarder faire, nous qui ne sommes pas uro… Juste amants… Amoureux ?
– Amoureux ? Vous croyez ? Est-ce bien raisonnable ? Je ne sais pas…
– Ce que je sais c'est que notre relation dérape de plus en plus vers le charnel… Le sentimental ? s'interroge-t-il alors qu'un flot jaunâtre commence à sortir d'un pénis merveilleusement gonflé quoique toujours souple.
– Je ne suis qu'un mec…
– Ce qui veut dire ?
– Que je ne sais faire qu'une chose à la fois…
– Le dérapage charnel ?
– L'heure du repas !
Je suis aussi surpris que Plaisir d'écrire du standing du wagon restaurant. Le diner est d'une grande finesse. Le vin est excellent. Nous passons une soirée délicieuse, échangeant continuellement sur nos vies, les yeux dans les yeux. Si au départ je cherche à cacher la réalité de notre relation, rapidement j'y renonce. Je me moque du qu'en dira-t-on.
Le retour dans notre compartiment révèle une belle surprise : le lit est fait. Un double lit recouvert d'une couette, dans une ambiance tamisée. L'agent de service a donc deviné que nous sommes amants. Et il s'en contrefout !
Il m'écrit : « Cher Etrenu, cher amant épistolaire qui fait qu'être votre muse me rend ému... Je me suis masturbé ce matin en pensant à toutes sortes de choses chaudes... Je m'en suis donné à cœur joie et je n'ai pas boudé mon plaisir ;) Mon orgasme a été tellement...bon. Que c'est bon de se masturber, de se donner du plaisir, d'y dire oui. Et de jouir au réveil... J'adore ça... »
Il insiste dans un second message, immédiatement après : « Au réveil, je sentais que je bandais comme ce n'était pas permis et je sentais que mes bourses étaient lourdes, pleines de sperme qui ne demandait qu'à être éjaculé. De ma main gauche, j'ai fait les mouvements de va et vient. Avec la paume de ma main droite, j'ai palpé, massé, stimulé mes couilles pour qu'elles émettent mon bon sperme crémeux... »
Pourquoi faut-il qu'instinctivement j'ouvre la bouche comme pour recueillir sa sève fruitée ? Ma béatitude me donne un air stupide. Je m'en moque. Je suis déjà en manque de lui. Je lui réponds : « Cher Plaisir d'écrire, qui ne fait que m'éblouir ! Oh que j'aurais aimé être cela, voir cela, vivre cela ! Voir votre complète érection matinale ! Admirer tout votre être en pleine masturbation, vos yeux brillants, votre corps frémissant, votre main s'activant, vos gémissement, votre majeur vous pénétrant, votre main libre vous palpant, vous massant, stimulant vos jolies couilles bien rondes et bien pleines ! M'émerveiller de votre éjaculation, votre râle de jouissance, la brusque giclée s'élevant en l'air, le jet puissant retombant sur votre ventre, votre torse, peut être votre visage ! Beauté extrême de l'orgasme !
Me pencher vers vous pour lécher sur votre peau votre bon sperme crémeux, le partager entre vos lèvres, le déguster à deux ! Et puis refermer mes lèvres sur votre gland encore baveux, encore luisant, encore recouvert de ce nectar que vous et moi aimons tant !
Alors, bien sûr, à mon tour je me masturberai devant vous, vous offrant mon plaisir avec la fougue qui nous unit...
C'est l'aveu récurrent de votre passion charnelle qui m'émeut. Ce sont vos mots qui me font vibrer !
Un dernier coup de langue sur votre anus que , sans aucune pudeur, vous me présentez. »
Sa réponse ne se fait pas attendre : « Mes esprits sont sens dessus-dessous. Vos mots, vos désirs, vos intentions...et vos attentions ne me laissent définitivement pas, définitivement plus, indifférent. Je ne suis plus qu'une petite chose perdue... »
Les messages se suivent et se ressemblent. Nous nous disons toute la passion charnelle et sensuelle que nous éprouvons l'un pour l'autre. J'ai besoin de lire ses mots. J'ai besoin d'exprimer ce que ressent mon être entier. Avant d'expulser ce que ressent mon corps. Comment ce garçon fait-il pour entretenir constamment ma libido, m'amenant à me masturber quotidiennement ?
Je lui écris : « Cher Plaisir d'écrire, Plaisir de m'accueillir... Pardon de vous remuer en tous sens comme une bouteille d'Orangina, mais vos pétillements sont délicieux ! Dessus, dessous : je ne demande pas mieux ! C'est vrai que mes désirs de vous, pour vous, ne cessent de se déployer, de se tendre, de durcir, de s'élever. Je parle de mes sentiments bien sûr… Quels que soient leur mode d'expression... Votre intérêt, votre non-indifférence est une joie pour moi. Nous avons tant de points communs, tant de différences, tant de belles choses encore à partager.
Je m'imagine parfois nu, avançant vers vous dans la pénombre. Vous, nu comme moi. Ne rien se cacher. Tout se montrer. Assurément notre premier contact sera celui de nos phallus tendus vers l'espérance d'une nouvelle communion sensuelle, charnelle, sexuelle... Notre second contact sera-t-il celui de nos lèvres ? Ou de nos mains se posant sur nos fessiers doux et ronds ? Ou de nos bras s'enroulant autour de nos hanches pour coller nos anatomies sauvages l'une contre l'autre, pour se lover l'un contre l'autre ? Vous n'êtes pas une chose mais un être vibrant émotionnellement et physiquement. Votre âme n'est pas petite. Vous n'êtes pas perdu, mais en chemin vers une expression plus libre et plus enjouée de ce que vous êtes vraiment au fond de vous.
Je dépose un baiser sur votre anus, votre si bel opus… »
La réponse fuse, une fois de plus : « Cher Etrenu, cher amant épistolaire qui me fait gémir sans retenue quand je jouis... Juste un baiser sur mon anus ??! ;) Vous connaissant progressivement, je pensais à plus...;) Vous savez que mon petit trou aime les attentions. Vos lèvres... Votre langue...
Votre doigt, deux de vos doigts...
Au petit matin, au réveil , m'éveiller , me mettre à quatre pattes , à califourchon sur vous, tendre ma bouche sur votre corps. L'honorer à l'encre de ma salive. Mes baisers et mes coups de langue... Éveiller votre corps au plaisir, petite touche par petite touche, et finir par vous réveiller en prenant votre pénis en bouche . Vous offrir une intense fellation de bon matin. Que vous jouissiez sans retenue dans ma bouche au paroxysme de votre plaisir. Hmmm ... Oui...
Puis venir à vos côtés, glousser avant de vous embrasser. Les lèvres brillantes de votre sperme, je vous demanderai d'ouvrir les lèvres. Vous le feriez. Et là, je laisserai couler votre semence en guise d'échange.
P.S. Je suis en train de me masturber...
P.S. Mon orgasme a été somptueux ! J'en ai mis partout. Merci… »
Dès lors c'est une véritable surenchère sur les plaisirs de la chair qui intensifie notre correspondance. C'est à celui de nous deux qui ira le plus loin dans l'expression de ce qui nous est cher : donner le plus intense des plaisirs à l'autre. Je ne suis pas en reste : « Cher Plaisir d'écrire. D'accord. J'ai tenté de vous tromper. En suggérant que vous écartiez vos fesses pour que je dépose un baiser sur votre anus frétillant, j'espérais qu'après un premier gémissement vous me laisseriez vous offrir un long anulingus... Que vous m'auriez sûrement supplié de prolonger par un massage intérieur de votre conduit et de votre prostate. Avant de...
Vous m'avez percé à jour ! Admirer votre fine anatomie féline grimper sur mon corps pour me lécher partout, pour embrasser chaque parcelle de ma peau... Humm... Quelle somptueuse perspective ! Me voyez-vous soulever mon bassin pour vous permettre de lécher mes testicules, mon périnée, mon anus ? Et vos lèvres se refermant sur mon sexe gluant ! Un régal ! Une merveille !
Pardon, car je doute d'être capable de résister longtemps à votre fellation passionnée. Jouir dans votre bouche ! Vous offrir mon miel ! Phénoménal ! Alors si en plus vos lèvres s'approchent des miennes pour partager ensemble ce met délicat ! Quelle perspective éblouissante ! Merci ! Vous embrasser savoureusement serait prodigieux.
Je rêve de vous admirer en pleine masturbation ! Que vous devez être beau, animal, lascif !
Cette nuit, quand je serai nu dans mon lit, avec une main me masturbant tandis que l'autre sera occupée à me peloter les fesses puis à détendre mon rectum, c'est avec la pensée de vous en identique occupation que je jouirai, me retenant le plus longtemps possible pour conserver l'image de votre félinité priapique ! Je bande déjà comme un fou ! »
Sans que notre correspondance ne s'assagisse, elle s'enrichit petit à petit de réflexions plus intellectuelles, plus culturelles. Plaisir d'écrire m'explique un jour ce qu'il entend par « je ne suis qu'une petite chose perdue » : « Quand je dis cela, c'est une expression que j'ai sortie pour un autre de mes textes 'Ô belle demoiselle ' et que j'aime bien ressortir par ci, par là. J'ai des expressions comme ça, qui me viennent. Ça équivaut à 'mettre un corps, un âme, un cœur, sens dessus dessous '. C'est typiquement moi , ça. Comme 'Avoir des Y pour une partie de Scrabble ' à savoir 'être dans une situation compliquée ' Vous avez connu Thierry Roland et Jean Michel Larqué... Leurs expressions trouvées parfois...je ne sais pas comment. Et bien parfois il m'arrive de m'exprimer comme ça. Ben... Sauf dans l'intimité. Oui. J'ai tendance à être plus direct, même parfois plus...cru. j'assume. »
Plaisir d'écrire… Qui m'émeut et m'amuse à la fois, avec ses jeux de mots, ses expressions tordues, tout droit sorties de son esprit en permanente ébullition, tous ses capteurs en veille pour attraper une phrase, un son, une idée qui, sortie de son contexte, ne veut plus rien dire…
Nous nous écrivons comme nous nous étions parlé à Lille. Des subtilités de langage succédant à des mots crus, des jeux de mots, des réflexions philosophiques, des émotions artistiques partagées. Il ne se cache pas du bonheur simple qu'il éprouve en m'écrivant : « Je me plais à me livrer comme je le fais aujourd'hui. Vous me mettez en confiance, Etrenu. Je ne le ferais pas, si je n'avais pas ... confiance.
Et je le fais. Vous parler. Échanger. Coquiner. Parce que... Vous, vous savez comment me parler. Vous savez me toucher. Vous savez me séduire. Et j'y prends du plaisir. »
Un soir il m'écrit sur ses goûts artistiques, m'informant que ses deux toiles préférées sont 'La Joconde' de Léonard de Vinci ex-aequo avec 'La Vénus d'Urbino' du Titien.
La Joconde, qui m'a si longtemps fasciné, j'en suis revenu. En revanche la Vénus d'Urbino, tout comme lui, provoque en moi une intense émotion.
La beauté de cette femme, la lascivité de ses courbes… La position de sa main… Son regard…
Nous nous disons combien nous aimons les femmes, leur corps, leur âme. Nous échangeons sur le plaisir de l'accouplement hétéro dont ni lui ni moi n'imaginons nous passer. L'esthétique des corps… L'esthétique des sens… Le plaisir partagé… La beauté des émotions. La beauté des pulsions. La tendresse qui devient animale. Le cri de jouissance poussé simultanément. Les corps libérés, vidés, épuisés, qui s'affaissent, qui se lovent l'un contre l'autre, encore frémissants, trempés de sueur, gluant de nos sécrétions séminales, exhalant le merveilleux parfum de l'effort physique et du plaisir mélangés. Les baisers tendres, moelleux, doux… Comme pour se pardonner mutuellement de la férocité du coït…
Je lui transmets une reproduction du remarquable tableau de Zoffany, peint à Florence vers 1772. Une œuvre représentant la tribune des Offices de Florence, cette salle qui comportait des reproductions miniatures des principaux chefs-d'œuvre de la collection des Médicis.
Au centre, la Vénus d'Urbino du Titien…
Il se moque évidemment de moi quand j'attire son attention sur un homme en jaquette grise se rinçant l'œil, comme moi, sur une statue d'un superbe nu masculin. On ne se refait pas !
Alors qu'il partage des reproductions d'artistes en tout genre, je m'amuse à parfaire son éducation homoculturelle en lui présentant des artistes qui comptent parmi la communauté gay. Je commence par un artiste américain, Paul CADMUS, né en 1904, mort en 1999, qui aura réalisé d'innombrables peintures et dessins, et aura joué un rôle important pour l'émergence et la visibilité de la vie homosexuelle pendant l'entre-deux-guerres. Je lui écris : « Cet artiste me touche car il aura été dans les premiers, dans les années 1960, à assumer son orientation sexuelle avec son œuvre franchement homoérotique composée, entre autres, des dessins de nus masculins.
Je l'ai découvert à travers le tableau "the bath" qui m'a complètement excité. C'est pour moi une magnifique scène de vie entre hommes où chacun prend soin de soi sans fausse pudeur. J'ai mis du temps à réaliser que ce qui m'émoustillait (pour utiliser votre mot fétiche) était la main du blond en train de se savonner la raie des fesses, en contraste avec les fesses bandées et plus mates du brun…
Son tableau « improbable Finistère, est pour moi d'un érotisme torride. Sans doute un effet du slip blanc de l'un et de l'orientation de la selle avec les fesses dévoilées de l'autre… »
Les mois s'écoulent lentement entre complicité artistique et (virtuellement) charnelle. Le contraste entre les deux nous amuse. Il m'écrit : « Je me sens si bien... Je me masturbe avec un œuf masturbateur avec des picots à l'intérieur qui me procurent des sensations... Ma main droite palpe, masse mes testicules bien ronds, remplis de bon sperme. Je m'en donne à cœur joie. Je soupire, je gémis... Et je vais bientôt...jouir... »
Je suis sur le même ton : « Pourquoi faut-il que je me masturbe en vous lisant ? ... Je dois vous laisser. Aller dormir. Je me lève très tôt demain. Grimpez sur mon corps nu. Mettez votre sexe dans ma bouche. Butinez-la. Avant de m'offrir vos couilles à gober et à lécher. Puis de présenter vos fesses à mon visage. Je les dégusterai. Puis je plongerai ma langue dans votre rondelle délicieuse. Bonne nuit ! »
Nous nous promettons de plus en plus fréquemment des nuits torrides. Des gémissements incessants. Un corps à corps entêtant. Des ruissellement de sueur et de sperme. Des soupirs. Des partages sensuels. Des baisers savoureux…
Un beau matin je réalise que l'hiver approche. Notre rencontre physique date de plusieurs mois déjà. Notre flamme l'un pour l'autre n'a pas faibli. Nos libidos non plus, nous conduisant à d'incessants, mais frustrants, plaisirs solitaires. Je rêve chaque nuit de son corps. De son sexe en moi. De mon sexe en lui. Nos bouches, nos fesses…
Redécouvrir ses lèvres, caresser à nouveau sa peau, palper son intimité ! L'idée de démarrer l'hivernage sans jouir à nouveau avec lui, réellement, devient insupportable. Et je sens qu'il en est de même pour lui. Alors je me lance. J'ose. A nouveau. Je l'invite pour un weekend de jolies découvertes charnelles et culturelles.
Je lâche un cri de joie en lisant, par retour, sa réponse : il est dans le même état de manque que moi. Il me donne ses dates. Elles coïncident avec les miennes. Alors je fonce, je m'organise, je mets en œuvre cette vieille idée qui me trotte depuis un moment dans la tête. Je lui donne rendez-vous sous l'horloge de la gare de Paris Austerlitz un vendredi à 18h30.
Intrigué il me demande où je compte l'amener. Je lui réponds que c'est une surprise. « Mais comment dois-je m'habiller ? » demande-t-il. Je m'amuse de ma réponse : « venez en vêtements confortables et chauds, avec votre manteau d'hiver et des chaussures confortables aux pieds (baskets). Dans votre sac vous mettrez : 2 slips, 2 paires de chaussettes, 1 tenue de rechange chic, votre trousse de toilette, vos sextoys si vous souhaitez un moment de partage, des sous-vêtements sexy si cela vous plait de m'exciter, un petit sac à dos pour des excursions. Le reste, je m'en occupe. »
Il est décidément joueur quand il réplique « Vous le savez, je ne porte pas de slip. Je vous laisse l'usage du bel emballage de vos parties ! Dois-je venir sans sous-vêtement, en dehors des accessoires avec lesquels nous jouerons, ou bien autorisez-vous les boxers ou les caleçons ? »
Je lui laisse le choix, précisant néanmoins que le port d'un boxer chaud est préférable en hiver, même si je me porte volontaire pour réchauffer ses fesses, son pénis et ses testicules avec ma bouche ou mes mains qui resteront gantées pour garder leur chaleur sensuelle…
J'arrive en avance gare d'Austerlitz. Lui aussi. Malgré la foule et la distance, nos regards s'ajustent, se trouvent, s'aimantent. Nous avançons l'un vers l'autre. Un sourire de plus en plus éclatant illumine nos visages au fur et à mesure que nous nous rapprochons.
Enfin nous sommes face à face. Nos sacs nous tombent des mains. Nous nous enlaçons comme si nous étions seuls au monde. Nos visages pivotent. Nos bouches se trouvent. Nos lèvres s'entrouvrent. Nos langues se savourent.
Un vrai baiser d'amants.
Pas un bisou déposé sur les lèvres par les amants pudiques. Pas non plus un baiser sauvage, long, profond, des amants qui se croient seuls au monde. Non. Un baiser sincère, vrai, simple, appuyé, complice.
Une vieille dame arc-boutée sur une canne passe à côté. Elle tourne la tête vers nous. D'abord un regard étonné. Puis un sourire complice. Enfin une grande tendresse.
J'imagine fort bien ce qui est passé dans sa tête : « Oh ! Des hommes qui s'embrassent ! Dans quelle société vivons-nous ! A mon époque… Mais ils sont mignons ces deux-là… Ils ont l'air de s'aimer. Sincèrement… Ma pôvre vieille ! Comment oses-tu juger ? L'amour n'a pas de sexe ! Ils ont bien raison ! Puisqu'ils s'aiment… C'est évident. Ils s'aiment… L'amour… Garçons ou filles… Seul l'amour compte… C'était si bon… C'est si loin… Puissent tous les jeunes du monde connaitre ce que j'ai connu… Ah mon Bernard ! Qu'est qu'on s'est amusés ! Tu me manques… Tu te souviens dans quel état tu me mettais quand tu m'aimais ? Mon coquin… Mon cochon… C'était bien quand nous étions jeunes… »
Elle disparait dans la foule après nous avoir lancé un clin d'œil qu'un type revêche remarque, le coupant dans sa pensée homophobe. Qu'est-ce que cela peut bien lui faire que deux hommes s'embrassent ?
Spontanément nous reprenons notre sac chacun dans une main différente. Spontanément nos mains libres se rejoignent, s'unissent, s'enveloppent, sereinement, simplement.
Nous nous dirigeons vers une brasserie. Bien que depuis des mois nous ayons échangé par écrit plusieurs fois par semaine, nous trouvons encore mille et une chose à nous dire. Tandis que nous buvons un verre la conversation est follement animée.
Je le trouve toujours aussi beau, aussi mignon. Je le lui dis. Ses beaux cheveux châtains. Ses yeux noisette qui lui donnent profondeur et sensualité. Sa bouche délicate… Ses lèvres effilées que j'ai tant envie d'embrasser, de lécher, de pénétrer… Ce sera pour plus tard.
– Bandez-vous ? me demande-t-il.
– Dur ! Et vous ?
– Presque une semaine sans me masturber… Mes couilles sont douloureuses… Mes nuits ont été atroces ! Je n'ai pensé qu'à vous, qu'à nos corps à corps… Qu'à ma première sodomie… Je vous choque si je vous dis que je rêve de sentir votre sexe s'agiter entre mes fesses ?
– Vous me l'avez écrit plus d'une fois…
– Mais ce n'est pas pareil ! Le fantasme épistolaire n'est pas la réalité physique… Je suis prêt, vous savez ?
– Rassurez-vous, cher Plaisir d'écrire. Je le sais, je le sens depuis des mois. J'en ai eu la confirmation quand vous avez immédiatement accepté mon invitation. Sans sourciller. Sans savoir où je compte vous amener. Votre « oui » si rapide est un appel de vos fesses à mon sexe !
– Carrément ! Un appel ! Phallus ! Phallus ! Viens me pénétrer ! Je n'attends que toi en moi ! C'est un peu exagéré, non ?
– Non, pourquoi ? Pourquoi réfuter l'idée que notre conduit anal est dans un état de manque total ? Qu'il a besoin d'être possédé, d'être butiné, d'être mitraillé ? Je suis dans le même état de manque, vous savez !
– Oui mais moi… s'inquiète-t-il.
– Je sais ! Ne dites rien ! Une fois encore je m'engage à ne faire que ce que vous voudrez. C'est vous qui déciderez de nos plaisirs… Je me plie, le plus impudiquement possible, à vos désirs ! Désirs de jouir… Désir de découvrir, de se découvrir, de se réjouir, de défaillir, de réfléchir, de s'alanguir, de rire ! Tous les rires que vous voudrez !
– Le rire fin et délicat ? Le rire gras ? Le rire sonore ? Le rire étouffé ? Le rire irrépressible ? Le rire gloussement ? Le rire contagieux ?
– Surtout celui-là : le rire contagieux… Tous les « ir » que nous pourrions vivre ensemble, qu'ils soient contagieux…
– Promis ! Mais au fait, où allons-nous ?
– Surprise !
– Il va falloir lâcher le morceau !
– Vous parlez de mon sexe ? Vous l'appelez « le morceau » ?
– Obsédé !
– Tout autant que vous, j'espère…
Cette fois c'est un baiser qui clôt la conversation, nos fessiers se levant de nos chaises pour approcher nos lèvres. Un baiser rapide, joyeux, des étoiles plein les yeux.
Le moment de monter dans le train arrive. Nous réglons nos consommations avant de nous diriger vers les quais. Cette fois sans se tenir par la main.
Sous le panneau des départs, Plaisir d'écrire lève les yeux. Il lit chaque destination, tentant de deviner laquelle est la nôtre.
Brusquement il sourit. Il se tourne vers moi.
– Ne m'avez-vous pas dit que vous appréciez Juliette Armanet ?
– Oui. me contente-je de dire en lui rendant son sourire.
– C'est quoi l'air, déjà ?
Je sifflote la chanson « A Barcelone l'hiver ». Il rigole, la chantonne avec moi.
– C'est bête, j'avais prévu de vous mettre un bandeau sur les yeux pour se diriger vers le bon quai et monter dans le train… dis-je.
– Le quai numéro cinq ? C'est vrai que c'est un fantasme chez vous, de me diriger nu, un bandeau sur les yeux, vers un océan de plaisirs…
– Sauf que là il fait trop froid pour que vous soyez nu…
– Et accessoirement il y a un peu trop de monde… Cela étant, qu'est-ce qui nous empêche de le faire ?
– Rien. Réplique-je en sortant le bandeau de ma poche.
A peine le plonge-je dans le noir qu'une multitude de sourires s'élargissent autour de nous. Que s'imaginent-ils ?
– Que c'est un enterrement de vie de garçon… suppose-t-il.
– Cela ressemble un peu à cela…
– Mon enterrement de vie d'hétéro…
– Ce n'est pas parce que vous allez découvrir le plaisir anal que vous enterrez votre vie d'hétéro !
– Allez savoir… Vous n'avez cessé de m'écrire que le plaisir anal est ce qu'il y a de plus divin à ressentir !
– Je maintiens ! Mais, pauvre humain, parfois il faut descendre de l'Olympe pour retrouver les plaisirs terrestres simples… Le coït hétéro…
– Puissiez-vous avoir raison ! Où en sommes-nous ? Toujours pas d'agent SNCF pour nous arrêter ?
– Attendez, les voilà…
Deux agents nous regardent, amusés. Je pose mon index sur mes lèvres. Ils sourient.
– Bonjour Messieurs. Vos billets pour New-York, s'il vous plait. Dit l'un.
– New… s'interroge Plaisir d'écrire à haute voix, surpris, avant de comprendre qu'il se moque de lui.
Je tends les billets qu'il scanne.
– Voiture deux. Compartiment huit. Je vous souhaite un excellent voyage messieurs.
– Merci. C'est gentil d'avoir enduit mon ami d'erreur, mais je crois qu'il sait que nous allons aux Baléares…
– Aux Bal… Mais quand va-t-on arrêter de se moquer de moi ! s'exclame-t-il.
– Probablement quand vous aurez retrouvé la vue ! réplique le second agent. Bon voyage messieurs.
Gentiment les gens s'écartent pour nous faciliter le cheminement. Devant notre train je profite qu'il soit en train de grimper dans le wagon pour lui mettre la main aux fesses.
– N'en profitez-pas Monsieur ! éructe-t-il.
– Vous ne demandez que cela, que j'en profite ! Que je profite de vous. De votre joli corps de mâle excité…
– Pas faux…
– Quelle impatience !
Nous entrons dans le compartiment. A peine ai-je refermé la porte qu'il se retourne et m'embrasse. Ce n'est qu'après un long baiser qu'il me demande :
– Nous sommes seuls, j'espère…
– Pourquoi ? Vous voulez palper mon excitation ?
– C'est une bonne idée, ça ! répond-t-il avec un large sourire tout en posant sa main sur mon entrejambe déformée par mon érection devenue incontrôlable.
– Humm… Je retrouve enfin ce beau membre bien dur…
– Il y a deux beaux garçons qui vous regardent…
– Tant mieux pour eux ! Et si ? Et si je vous déshabillais ?
– Ce ne serait pas raisonnable… Le rideau n'est pas tiré…
– Quelle importance !
Sans se soucier de notre environnement qu'il ne voit pas, il défait puis retire mon manteau, passe mon pull par-dessus ma tête, défait quelques-uns des boutons de ma chemise pour enfourner ses deux mains froides dessous et me caresser la peau du ventre et du torse.
– Votre pelage tout doux… C'est toujours aussi bon… Mes doigts se souviennent de votre peau…
– Vos mains sont froides !
– Préférez-vous que je les réchauffe sur votre torse ou en empoignant votre sexe ?
– Vu comme cela…
Toujours debout contre la porte, je le laisse redécouvrir mon corps et m'embrasser autant et où il le veut. Je vois bien qu'il bande autant que moi. Nos corps frémissent d'émotion. Le moment est délicieux. Surtout quand il défait le bouton de mon pantalon puis la braguette et que mon vêtement descend lentement le long de mes cuisses.
Il palpe ma verge bandée à travers le tissu du slip. Même si ses yeux sont cachés, je peux lire une joie intense sur son visage. Ses mains s'échappent pour venir me peloter le fessier à travers le tissu.
– Humm… dit-il d'une voix rauque. Je me demandais si vous aviez mis un jockstrap…
– Eh non… Vous auriez aimé ?
– Tôt ou tard je vous verrai ainsi, en slip, les fesses à l'air…
– Il suffit de demander…
– Je m'interroge, là… Portez-vous un de vos horribles slip blanc taille haute ouvert ?
– A vous de vérifier…
Une main passe sous le tissu arrière du slip pour caresser ma peau. Aussitôt un grognement de satisfaction accompagne le pétrissage fessier. L'autre main repasse sur le devant de mon slip, palpe mon sexe toujours plus dur, cherche une entrée latérale… Et après de longues et douces secondes coquines, la trouve, y passe la main, referme ses doigts sur ma hampe chaude.
C'est un râle de bonheur qui s'échappe de sa gorge. Je comprends son émotion : tenir enfin à pleine main ce sexe désiré depuis des mois ! Mon émotion rejoint la sienne. Nos langues s'aimantent, s'aspirent, se cajolent.
C'est bon.
Merveilleusement bon.
Mon pantalon s'affaisse d'un coup, passant sous les genoux. Plaisir d'écrire rit dans ma bouche. Je mords sa langue avec mes lèvres. Il se décide à abaisser mon slip, le repoussant en haut des cuisses avant de reposer ses mains sur mon sexe et ma fesse.
Un rire de félicité démarre, le prend tout entier, très progressivement, très profondément. Un rire total. Le rire du bonheur absolu de celui qui a enfin ce qu'il espérait : ma bouche, mon sexe, mes fesses. Et plus encore. Mon odeur, ma présence, ma soumission intégrale.
– « Sauvage », toujours, votre parfum ? demande-t-il.
– Sauvage, pour vous. Oui.
– C'est bon de sentir votre queue dans ma main… Votre fesse…
– Je vous appartiens. Je me soumets à votre bon vouloir, mon maître, ma muse…
– Qu'en pensent les deux beaux garçons présents dans le compartiment qui nous regardent ?
– Demandez-le leur directement !
Pris de panique, Plaisir d'écrire abandonne mon corps pour arracher son bandeau et scruter le compartiment tout autour de nous.
– Salaud ! Il n'y a que nous !
– Il y a tout nous ! Tout nous, tout nus, si cela vous agréé !
– Evidemment que cela m'agréé ! Qu'est-ce que c'est que ce compartiment ? C'est magnifique ! Ce luxe… Cela me change de mes TER habituels !
Le décor est effectivement de qualité, avec le placage en bois, les deux couchettes l'une sur l'autre, la petite table sur laquelle repose une demi-bouteille de champagne, deux flutes, un petit bouquet de fleurs.
– Waouh ! Grandiose ! Et cette porte, là ? C'est quoi ? Le petit salon ?
– Ouvrez-donc pour voir !
La porte s'ouvre. J'éclate de rire en voyant les yeux étonnés de Plaisir d'écrire devant une minuscule salle de bain équipée d'un lavabo, d'un toilette, d'une douche.
– C'est dingue ! On peut se laver, là ?
– Bien sûr ! C'est étroit, ça bringuebale avec les mouvements du train… C'est ça qui est chouette…
– Ho là ! Petit coquin ! Une douche tous les deux, là-dedans ?
– J'y compte bien !
– Très intime ! Tout l'inverse de votre chambre d'hôtel luxueuse à Lille…
– Il va falloir se coller l'un contre l'autre…
– Avec joie ! Et pour la nuit, qui prend la couchette du haut ?
– Personne ! On peut déplier une couchette double en bas. A moins que vous ne préfériez faire lit à part…
– Hors de question ! Quand je vous vois ainsi, nombril à l'air, cul nu, queue en liberté dans ce compartiment…
Une lueur salace dans ses yeux. Je souris. Je le laisse s'agenouiller. J'approche mon sexe raide de son visage. Mon vit gluant caresse une joue puis l'autre, passe le long de ses lèvres qui s'entrouvrent pour commencer la récolte.
– Cette odeur de sperme… grogne-t-il.
– Vous en rêviez…
– Oh que oui ! affirme-t-il en élevant sa tête pour frotter son cou contre mon sexe, puis pour l'appuyer de la main contre son visage, partout. C'est bon… Le sexe de mon Etrenu… Je vous retrouve… Je le retrouve… Il m'a tant manqué…
– Vous m'avez tant manqué !
– Vous décalotter…
Ses lèvres se referment sur mon gland, le serrent, repoussent mon prépuce, me décalottent complètement. Il s'y reprend à trois fois avant que ma délicate peau ne se coince enfin derrière la couronne du gland.
Il peut enfin me sucer.
Sa fellation est ardente, maladroite, fébrile. Tout en grognant, yeux fermés, il déguste la friandise tant espérée.
Pourtant il ne me pompe que fugacement, se relevant vite pour m'embrasser, avant d'exprimer son inquiétude :
– N'importe qui pourrait rentrer… Cela pourrait être gênant qu'on me surprenne en train de sucer un beau mâle débraillé…
– J'ai mis le loquet. Nous ne risquons rien… Vous pouvez continuer, si vous en avez envie. Ou bien m'offrir votre magnifique phallus élancé à sucer. A moins que vous ne préfériez une coupe de champagne ?
– Champagne ? D'accord ! Fêtons nos retrouvailles ! Fêtons ce weekend à Barcelone l'hiver. Fêtons le retour de votre sexe dans ma bouche ! Fêtons la présence imminente de votre sexe entre mes fesses !
– Quel programme !
– Votre programme ! Comment vous remercier ?
– En étant vous-même : joyeux, simple, sans tabou, généreux, subtil, curieux, coquin…
– Cochon aussi…
– Vicieux ?
– Salace plutôt…
– Cela me va.
Je fais des petits pas, entravé par mon pantalon aux chevilles et mon slip à hauteur des genoux, restant avec délice dans mon indécente tenue, pour me saisir de la bouteille de champagne. Sous ses yeux emmourachés, avec ses mains revenant peloter les parties les plus intimes de mon anatomie, celles en général cachées, je fais sauter le bouchon et verse deux flutes d'effervescence.
Une boite de biscuits apéritif dans la main, je me recule pour m'assoir sur la banquette, sexe tendu vers le plafond. Il s'assoit tout contre moi avec les deux verres. Nos lèvres se tendent l'une vers l'autre. Nous nous bisoutons tendrement avant de trinquer et de boire les premières gorgées.
Tout en grignotant les biscuits et en sirotant nos coupes, alors que ses doigts jouent subtilement avec mon sexe, il tente de me faire parler du programme à venir. Je m'y refuse, l'informant uniquement que nous dormirons une nuit sur place dans une chambre très confortable et que nous reprendrons le train de nuit dimanche soir. De retour à 6h30 à Paris, il aura le temps de sauter dans le train de 8h pour Boulogne.
Les flutes se vidant, nos lèvres toujours plus avides, je le laisse se pencher sur mon ventre pour réemboucher mon sexe. Il joue à me sucer avec espièglerie, surveillant joyeusement chacune des réactions de mon corps.
Il ne refuse pas la fébrilité de mes doigts qui entrouvrent son pantalon pour faire jaillir son sexe. A mon tour je plonge mes lèvres affamées sur son merveilleux petit phallus. L'avoir en bouche est un régal. L'imaginer entre mes fesses me met dans un état d'excitation absolu. Je dois régulièrement m'écarter de lui et l'écarter de moi pour résister à la montée du plaisir.
La saveur métallique que je commence à avoir en bouche, et que je partage généreusement avec sa langue qui lèche mes lèvres, m'informe qu'il est comme moi en état d'ébullition avancée.
Le train est parti depuis un moment quand on frappe à la porte. Nous bondissons pour nous rhabiller, ce qui est plus long pour moi que pour lui avec mon pantalon aux pieds et ma chemise entièrement déboutonnée. Il règle le problème en m'enfilant mon pull, ce qui permet de cacher ma tenue débraillée.
J'ouvre. C'est l'agent de service qui vient nous demander si tout va bien et nous informer que le diner sera servi dans quinze minutes. Plaisir d'écrire écarquille les yeux. Je salue l'agent, referme la porte et l'informe que oui, nous aurons un diner assis.
Nous en profitons pour nous rhabiller plus sérieusement. Une envie pressante me rappelant à ma condition humaine, je passe dans la salle de bain pour aller me soulager.
Il se campe devant la porte et me regarde uriner alors que je suis concentré à anticiper les balancements du train pour ne pas en mettre partout.
Je vois son petit sourire en coin. Celui qui me fait craquer.
– Quoi ? demande-je.
– Cela ne vous dérange pas de pisser face à moi, comme ça, tranquille.
– Non. Vous avez envie aussi ? Il faut que je me dépêche ?
– Et si je n'ai pas envie de voir cela ? disent des yeux qui fixent ma verge gonflée mais molle.
– Vous vous reculeriez et vous ne regarderiez pas…
– Je ne suis pas très uro, savez-vous ?
– Vous me l'avez écrit. Je sais. Moi non plus. Je vous l'ai écrit. C'est vrai. Mais là ce n'est pas de l'uro, c'est juste votre amant qui pisse. Quoi d'indécent ?
– Tout !
– Plus indécent que d'avoir été presque une heure les fesses à l'air, en érection, la chemise défaite, le pantalon aux chevilles ?
– Non, bien sûr…
– Ah ben voilà ! dis-je en secouant mon pénis pour en faire tomber la dernière goutte. La réalité humaine de tous les jours serait indécente, mais pas les postures lubriques !
– Lubriques ?
– Oui. Je m'assume. Vous m'avez mis dans une posture lubrique !
– Moi ? J'ai fait cela ? Je vous ai mis en posture lubrique ? Mais je rêve ! C'est vous qui…
– … Avez pris grand plaisir à me laisser faire ! Ma muse s'offusque ! Vous êtes adorable comme cela ! Je vous aime !
A l'instant même où ces mots sortent de mes lèvres je deviens rouge écarlate, réalisant ce que je viens de dire. Alors que je me fige, ma main droite tenant encore mon pénis, le rouge lui monte aux joues à son tour.
– Je veux dire… Je vous aime comme cela, offusqué ! Vous êtes mignon avec cet air-là…
– Bien sûr… Mais vous l'avez dit… murmure ma muse qui approche sa main pour s'emparer de mon sexe alors que ses lèvres fondent sur les miennes.
Notre baiser ne s'arrête que quand mon sexe est à nouveau en complète érection.
– Vous êtes vraiment un excité permanent, mon Etrenu ! dit-il en me claquant joyeusement une fesse habillée.
– Et qui me met dans cet état ?
– Pfft ! Allez, bougez-vous de là. C'est à mon tour de me vider la vessie !
– Et bien sûr vous ne souhaitez pas que je vous regarde faire, vous qui n'êtes pas uro ?
– Et bien sûr je vous laisse me regarder faire, nous qui ne sommes pas uro… Juste amants… Amoureux ?
– Amoureux ? Vous croyez ? Est-ce bien raisonnable ? Je ne sais pas…
– Ce que je sais c'est que notre relation dérape de plus en plus vers le charnel… Le sentimental ? s'interroge-t-il alors qu'un flot jaunâtre commence à sortir d'un pénis merveilleusement gonflé quoique toujours souple.
– Je ne suis qu'un mec…
– Ce qui veut dire ?
– Que je ne sais faire qu'une chose à la fois…
– Le dérapage charnel ?
– L'heure du repas !
Je suis aussi surpris que Plaisir d'écrire du standing du wagon restaurant. Le diner est d'une grande finesse. Le vin est excellent. Nous passons une soirée délicieuse, échangeant continuellement sur nos vies, les yeux dans les yeux. Si au départ je cherche à cacher la réalité de notre relation, rapidement j'y renonce. Je me moque du qu'en dira-t-on.
Le retour dans notre compartiment révèle une belle surprise : le lit est fait. Un double lit recouvert d'une couette, dans une ambiance tamisée. L'agent de service a donc deviné que nous sommes amants. Et il s'en contrefout !
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