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✦ Eosthene Entre deux livres XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Entre deux livres — Chapitre 3 · Au bout du fil

15 minutes
9.3k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Entre deux livres

Chapitre 3 · Au bout du fil

Chapitre 3 : Au bout du fil
Une porte qui s'ouvre. Des pas qui résonnent dans l'escalier central. Comme à chaque fois, des regards se lèvent pour observer la personne qui monte et s'en servir de prétexte pour ne plus travailler. Pierre en fait partie. Et cette fois, cela ne fait aucun doute, sa vision ne le trompe pas. Une magnifique créature a fait irruption dans son champ de vision. De longues bottes noires qui allongent la silhouette, des collants bas résille qui mystifient sa paire de jambes, une petite robe à fleurs qui se marie à l'atmosphère printanière et les incontournables lunettes de soleil qui viennent achever le style. Une bombe est entrée dans la bibliothèque. Pierre avait déjà eu l'occasion de voir nombre de tenues légères avec la montée précoce des températures, mais c'est sans commune mesure avec la jeune femme qu'il a sous les yeux. Une petite brune à l'allure folle qui rebat toutes les cartes. Camille est tout simplement sublime.
Lentement, détaillant une à une les marches du corridor central, elle grimpe les étages à la recherche d'un endroit où s'installer. Le bruit de ses talons attire toujours plus de curieux. Certains ne détachent plus le regard, majoritairement des hommes, mais pas que. On entend des murmures, des ricanements. Rien d'inhabituel quand une jolie fille débarque au milieu de personnes parfois immatures. Pierre, lui, ne dit rien. Il ne fait rien. Il est tout simplement pétrifié. Pourtant, lorsque la jeune femme arrive au second étage, à son étage, une pulsion vient le sortir de sa léthargie. La regardant entamer un élégant tour sur elle-même à la recherche d'une place, il réunit tout son courage et parvient à lui faire un discret signe de main. La jeune femme sourit, lui rend la pareille et se dirige vers lui. Pierre n'en croit pas ses yeux. Les observateurs baissent la tête, médusés pour la plupart.
Oser la regarder, faire mine de travailler, semblant de chercher quelque chose dans ses affaires : Pierre s'agite et oscille entre les comportements. Camille n'est plus qu'à cinq mètres. La chaleur monte le long de ses tempes. La regarder et réussir à lui parler, si possible en premier, le tout sans bégayer. Deux mètres. Son déhanché s'arrête momentanément. Elle porte sa main à son visage et ôte ses lunettes de soleil, dévoilant ses yeux marrons clairs pleins d'intensité. Le jeune homme est presque intimidé devant tant d'assurance. Heureusement pour lui, c'est elle qui chuchote la première :
— Eh salut, tu vas bien ? Ça fait super longtemps !
— Carrément ! Pourtant je t'ai cherché ...
Il y eut un blanc de quelques secondes. L'espace d'un instant, les yeux de Camille semblent s'être agrandis et son visage avoir reculé de plusieurs centimètres. Si Pierre avait voulu lui faire peur en seulement six petits mots, il aurait difficilement pu s'y prendre autrement. L'étudiante semble s'être figée dans son mouvement. Son regard plein d'assurance affiche maintenant une légère once de soupçon, tel un animal qui prend conscience qu'il est suivi d'un peu trop près.
— ... enfin je voulais dire, comme tu disais venir souvent et être pas mal en retard dans ton boulot, je me disais qu'on aurait tôt ou tard l'occasion de se croiser.
— Ah oui bien sûr, j'avais pas compris, répond-elle un peu gênée. Je pensais que ... enfin bref.
— Oui pardon ... tu veux t'asseoir à côté ? Il y a beaucoup de monde aujourd'hui.
— Avec plaisir, répond-elle en souriant, assez déstabilisée de l'échange, mais contente qu'il se termine.
Première victoire pour le jeune homme. La jeune femme tire la chaise de droite à elle et vient s'asseoir à un mètre de Pierre. Ce dernier, tout en continuant à travailler, ne peut s'empêcher de jeter un œil à sa jolie voisine qui s'installe. Il la regarde d'abord plonger les mains dans son imposant sac noir pour en sortir ses lunettes de vue, puis son petit ordinateur portable. Elle en extirpe ensuite le câble de chargement, une souris et deux livres manifestement écrits en anglais. Ses doigts viennent ensuite attraper la bretelle de son sac pour le poser au sol. Elle presse le petit bouton de son ordinateur, le fait démarrer, saisit rapidement son mot de passe et glisse un regard à Pierre pendant le démarrage. Après quelques secondes d'attente, elle ouvre son logiciel de traitement de texte, vérifie sa connexion au wifi du bâtiment et passe sa souris sur l'indicateur de batterie pour vérifier où elle en est. Vingt pour cent.
Elle attrape le chargeur et balaie du regard la table et ses environs. Sans succès.
La petite mise en scène s'arrête. Et pour cause : si Camille, le câble à la main, cherche désespérément une prise du regard, le sort, ou plutôt la conception ingénieuse du bâtiment, a fait que le seul emplacement disponible se trouve pile sous le bureau du jeune homme. Jouant subtilement, ce dernier attend quelques secondes avant de faire mine de s'intéresser au problème de raccordement de sa voisine, intervenant en sauveur tardif en lui désignant la solution. Galant et surtout très intéressé, il lui propose naturellement de l'aider à brancher son appareil. Trop fière, la jeune femme refuse poliment et commence à se contorsionner sous la table pour atteindre son but. Désarticulant toujours plus sa jolie épaule sous l'œil attentif de Pierre, Camille fait glisser le long câble entre ses doigts à la recherche du branchement. Tâtonnant l'espace de quelques secondes, elle finit par effleurer du bout de sa main l'entrée de la prise femelle.
Renforçant sa main mise autour de la tête plus élargie, Camille l'approche petit à petit de l'orifice désiré. Ressentant une légère résistance, elle entame un délicat jeu de doigté à la recherche du meilleur angle de pénétration. Exerçant une légère poussée, elle constate rapidement son impuissance à faire rentrer le corps étranger. A bout de force, elle tente en vain de redoubler son effort, sans succès. Contemplant le spectacle à travers ses expressions, Pierre remarque immédiatement le changement sur le visage de sa belle, passant de la concentration à la détresse. Alors, d'un geste presque chevaleresque il vient placer sa main par-dessus la sienne, lui permettant d'exercer une pression supplémentaire. Comme une barrière qui tombe, l'embout trouve la position parfaite et vient s'insérer dans la fente, dessinant un grand sourire de satisfaction sur les lèvres de Camille.
Lentement, Pierre vient rompre le contact avec la peau douce de l'étudiante en libérant sa main. Donnant le sentiment de reprendre ses esprits, la jeune femme vient se rasseoir sur sa chaise :
— Merci de m'avoir aidée en fin de compte, j'ai un peu galéré, dit-elle en rigolant.
— Ouais j'ai vu ça, ça n'avait pas l'air simple.
— Non, mais d'habitude ça rentre beaucoup plus facilement, répond-elle en zieutant du coin de l'œil son voisin.
— Elle était peut-être un peu dure celle-là, si ça se trouve elle n'a pas servi depuis longtemps, débite-t-il en essayant d'attraper, en vain, son regard.
Pierre laisse intérieurement échapper un ouf de soulagement. Lui qui était mort de stress il y a de ça cinq minutes semble avoir réussi à nouer le dialogue avec celle qu'il convoite. Si Camille est rapidement revenue à son travail, ils échangent de maintenant de temps à autre. Pierre apprend ainsi qu'elle a plus ou moins décroché de la faculté de psychologie. De son côté, Camille s'est montrée impressionnée quand Pierre lui a annoncé que son mémoire était quasiment terminé et qu'il pensait le rendre d'ici quatre à cinq jours afin de passer la soutenance au plus vite. Au-delà de ces quelques banalités estudiantines, Pierre garde en tête les échanges de regards et les traits d'humours, lui qui ose enfin la regarder dans les yeux.
Dix-sept heures quinze : Camille semble ne plus avancer dans son boulot. Pierre lui propose alors d'aller discuter dehors pour prendre une pause. Les deux étudiants laissent leurs affaires et franchissent le seuil de la BU. Ayant ouvert la porte à sa belle, il ne peut s'empêcher de poser discrètement ses yeux sur la forme allongée de ses jolies jambes. De croisillon en croisillon, il se perd à remonter un à un les nœuds de ses collants, ne s'arrêtant qu'à la lisière de sa robe fleurie. Détournant le regard pour ne pas être démasqué, il accompagne sa belle jusqu'à un banc adossé à la bibliothèque.
— Ça fait du bien de prendre l'air.
— Ouais carrément, on commence à étouffer là-dedans.
— Ah ça, c'est sûr que c'est pas le meilleur endroit quand les températures grimpent. Mais personnellement, j'ai pas trouvé mieux pour réussir à me concentrer sur mes études.
Camille ne répond pas, elle semble un peu ailleurs.
— Ça va ? T'as l'air toute stressée, ou perdue dans tes pensées.
— Oh non ça va t'inquiète, c'est juste que j'ai du mal à me motiver en ce moment. C'est encore plus compliqué de s'y mettre quand on ne sait même pas pourquoi on cherche à valider tel ou tel cours. Je me suis un peu mis un coup de pied au cul pour venir ici, mais j'arrive pas à être très productive.
— Ouais je comprends. Tu sais sur quel type de cursus tu voudrais passer l'année prochaine ?
— Non, pas la moindre idée. Tout ce que je sais c'est que j'ai complètement saturé de la psychologie. Je pensais au moins réussir à tenir jusqu'à la fin du master 2, quitte à faire complètement autre chose après, mais là c'est trop. J'essaye de valider les quelques matières qui me seront utiles, quelle que soit la fac dans laquelle je m'inscris l'année prochaine, à savoir les trucs informatiques et les langues vivantes. Le plus intelligent à faire, dans mon cas, serait évidemment de parcourir les sites d'orientation, d'aller faire des salons, mais ça me stresse trop d'y penser...
— C'est sûr que dit comme ça c'est pas simple. Mais bon tu sais, si t'avais vraiment poussé jusqu'au master 2 sans avoir la moindre idée de ce que tu voulais faire derrière, ça n'aurait pas non plus été idéal. Moi par exemple je vais probablement valider avec mention, et pourtant je suis toujours autant perdu sur ce que je veux faire de ma vie professionnelle. On est tous amenés à se poser ces questions, d'une certaine manière tu te les poses même en avance par rapport à la plupart des étudiants qui vont juste essayer d'aller au bout.
— C'est une manière de voir. Toi aussi t'es un peu perdu sur l'après-étude ?
— Disons que je sais à quoi m'attendre. Étudiant avec un master en lettre classique, je vais me faire découper sur le marché du travail, ça j'en suis sûr.
— Ah la la, faites des études, et surtout dans les sciences humaines ! On s'est bien fait avoir, je crois. Tous ces sujets passionnants et très utiles sur lesquels j'ai planché pendant des semaines, je suis sûre que la société a hâte de profiter de nos exceptionnelles compétences, répond-elle pleine d'ironie. Il est sur quoi ton mémoire ?
— L'apparition des personnages dépressifs dans le romantisme allemand : une donnée nouvelle du monde ?
Camille éclate de rire, Pierre aussi.
— Ouais, c'est sûr, on ira loin. Les GAFAM vont trembler devant nos recherches à la pointe de la technologie.
— Eh, mais attends ça me dit un truc. J'y pensais la dernière fois, mais j'ai oublié de te demander. T'aurais pas participé l'année dernière à une conférence à la faculté de psycho ? Ton sujet me dit quelque chose.
— Oh mince, j'espérais justement que personne ne me rappelle ce grand moment de gêne.
— Ah non je suis pas d'accord. Déjà, personnellement, je suis ravie qu'il y ait des gens comme moi pour te le rappeler, dit-elle avec un air taquin. Et en plus c'était vraiment bien. Le fait d'avoir un intervenant extérieur à la faculté de psycho ça apportait quelque chose de rafraîchissant. La matière littéraire fournit toujours des personnages bien complexes à développer et toi tu apportais un côté professeur très posé. En vrai tu devrais faire de la formation, genre coach de vie ou autre, je suis sûre que ça pourrait marcher.
Cette fois-ci c'est Pierre qui a éclaté de rire le premier, faute d'arriver à savoir si les yeux tout ronds de son interlocutrice étaient emplis de seconds degrés ou de sérieux.
— Non, mais je te jure, c'est vrai.
— Ouais ouais, je vais y réfléchir. En attendant, je vais finir mon mémoire.
— Tu veux y retourner ? Je t'empêche de bosser là.
— Non tu m'empêches de rien du tout. Je prévoyais pas de trop m'éterniser de toute façon. Je commence à en avoir plein la tête et mon objectif n'est pas non plus de finir ce soir. Je vais encore bosser une petite heure et aller nager, ça me fera du bien.
— Ah mais oui, le fameux nageur de la bibliothèque !
— Rigole si tu veux, mais ça fait du bien. Tu devrais venir, ça permet de chasser les idées.
— C'est une proposition que tu me fais là ?
— Juste une suggestion ! Enfin, aller nager ou tout autre sport. Je te propose pas d'aller courir, j'aime vraiment pas ça. Mais pour le stress je sais que c'est tout aussi efficace. Et plus sympa de faire ça à deux.
La même décharge d'adrénaline qui avait permis à Pierre de rester calme lors de l'arrivée de Camille venait à l'instant de le trahir. Se sentant pousser des ailes, il est allé jusqu'à lui proposer d'enfiler un maillot et d'aller nager avec lui. Des palpitations se font ressentir le long de ses tempes. S'est-il définitivement grillé ? Que va-t-elle répondre ?
Aucun son ne sort de la bouche de Camille. Un silence d'environ cinq secondes pendant lequel Pierre se morfond intérieurement. Il guette les expressions de sa belle devenue muette. Si le dialogue est figé, cette dernière n'est pas totalement impassible. Un léger tressaillement apparaît le long de sa joue. Un plissement au coin des lèvres se manifeste. Quelque chose est en train de se jouer ici. Désireuse d'étudier le sérieux de la proposition, la jeune femme vient progressivement orienter son visage face au sien, croise son regard dans le sien et, d'un mouvement lent et stylisé, passe sa main sur ses lunettes pour les abaisser légèrement le long de son nez. Elle juge les intentions du jeune homme d'un air qui se veut sévère.
Néanmoins, à l'image de ses deux pommettes qui rougissent inexorablement, elle ne parvient pas totalement à masquer les pensées qui la traversent, si bien que Pierre, qui devait répondre de ses intentions devant une magistrate impartiale, s'imagine davantage être déshabillé du regard par une étudiante craquante au côté secrétaire sexy.
Manifestement plus déstabilisée qu'elle ne l'imaginait, Camille vient mettre fin à ce jeu de regard qui tourne à son désavantage :
— Plus sympa de faire ça à deux, reprend-elle avec un peu d'ironie. Est-ce que par hasard, Monsieur le professeur, qui pense subitement à mon bien, ne me proposerait pas ça juste pour me voir en maillot de bain ?
La jeune femme venait de toucher au but. Mais les intentions de Pierre devaient encore rester cachées, au moins en apparence.
— Pas du tout. Et puis tu sais, à la piscine c'est chacun sa ligne d'eau, tu vois à peine les autres, sauf quand tu les dépasses.
— Ça je te rassure ça n'arrivera pas.
— Chacun sa ligne comme j'ai dit et ça n'arrivera pas.
— Haha, je parlais pas de ça. Allez Monsieur le littéraire, tu me fais rire. Je vais accepter ta proposition. Là j'ai pas mes affaires, je vais aller les chercher. On se rejoint ici dans quarante-cinq minutes ?
Pierre regarde sa montre.
— Parfait, on se donne rendez-vous devant la BU à dix-huit heures trente. Vas-y tout de suite, je te ramènerai tes affaires.
— OK ça me va, pense juste bien à récupérer mon chargeur d'ordi et à le mettre dans la pochette. Allez, à tout de suite.
Les deux étudiants se lèvent d'un coup. Un dernier sourire et Camille entame un demi-tour. Comme au ralenti, Pierre regarde ses longues jambes remonter la rue Saint-Florent. Les papillons dans le ventre, il remonte les marches de la bibliothèque et vient s'asseoir à sa place. Il n'avancera évidemment pas le moins du monde sur son mémoire et se contentera d'attendre fébrilement l'heure fatidique, laissant libre cours à son imagination et au jeu destructeur de ses pensées.
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Quézac
27 septembre 2023 à 23:16
Très très bien écrit. On s’identifie très facilement aux personnages, aux lieux, et on ressent le stress de Pierre autant que la tension sexuelle entre les 2 personnages.

L’heure de la bascule peut-être ;)
Soyez respectueux
Répondre
ironman19191919
21 août 2023 à 11:23
Vivement la suite !
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Frederyc
Frederyc
21 août 2023 à 10:27
Très agréable histoire.
Soyez respectueux
Répondre

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