Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une élève presque normale — Chapitre 4 · Au bord du gouffre
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Une élève presque normale
Chapitre 4 · Au bord du gouffre
Les vacances me parurent très longues. Tout seul chez moi, je ne faisais que ressasser les récents événements, à la fois la discussion et les gestes. Mon cerveau était torturé par ma conscience professionnelle qui se livrait à un duel sans merci avec mes sentiments.
D'un côté, je savais qu'une relation entre un professeur et un élève, quelle que soit leur différence d'âge, était éthiquement et légalement impossible. Dans la mesure où je ne doutais plus de la sincérité de ses sentiments, je m'interrogeais maintenant sur les raisons pour lesquelles elle s'était éprise pour moi. Au fond, elle ne me connaissait que très peu. Un cours de physique, malgré la spontanéité que j'essayais de mettre dans mes explications, ne créé pas de relation d'amitié. De là à créer de l'amour, il y a encore de la marge.
Cependant, mon cœur me disait globalement le contraire et je sentais qu'il gagnait en puissance chaque jour. Même si j'avais du mal à me l'avouer, cette fille me plaisait. Je la trouvais à la fois belle, intelligente, agréable et, comme elle l'avait rappelé, notre différence d'âge de cinq ans n'était pas insurmontable.
Malgré tout, ma détermination à ne montrer aucune faille restait intacte, il en allait de ma crédibilité en tant que prof, de la suite de ma carrière et de mon éthique personnelle. Toute cette histoire n'était sûrement qu'un caprice d'adolescente qui passerait avec le temps.
La rentrée arriva finalement et il fut temps de de nouveau faire face à mes terminales. Cependant, je compris vite que mes angoisses étaient terminées. En effet, Laura ne faisait plus de sourires en coin ou de regards intenses. En vérité, elle ne souriait plus du tout et ne participait plus. J'avais l'impression que l'ancienne Laura vive et impliquée avait cédé la place à une Laura morose et terne.
Plus inquiétant encore, son résultat au DS suivant n'était pas dans ses standards habituels et, bien qu'elle soit encore très correcte, sa note ne lui permettait qu'une sixième place assez pâle par rapport à ses premières et secondes places habituelles. Hélas, la tendance se confirma au DS qui suivit avec une douzième place.
Je me devais d'agir, je ne pouvais pas laisser une élève aussi brillante se saborder ainsi. Malgré mes appréhensions concernant la discussion, je l'arrêtai un vendredi en fin de cours et fermai la porte pour que nous soyons tranquilles.
Plus inquiétant encore, son résultat au DS suivant n'était pas dans ses standards habituels et, bien qu'elle soit encore très correcte, sa note ne lui permettait qu'une sixième place assez pâle par rapport à ses premières et secondes places habituelles. Hélas, la tendance se confirma au DS qui suivit avec une douzième place.
Je me devais d'agir, je ne pouvais pas laisser une élève aussi brillante se saborder ainsi. Malgré mes appréhensions concernant la discussion, je l'arrêtai un vendredi en fin de cours et fermai la porte pour que nous soyons tranquilles.
— Que se passe-t-il Laura ? Tes dernières notes sont décevantes, tu ne participes presque plus et tu parais si souvent triste.
— Vous le savez bien monsieur, je vous ai déjà tout dis la dernière fois. Je me livre à vous, je vous dis que je vous aime et vous vous refusez de me parler. N'y a-t-il pas de quoi perdre la motivation ?
— Vous le savez bien monsieur, je vous ai déjà tout dis la dernière fois. Je me livre à vous, je vous dis que je vous aime et vous vous refusez de me parler. N'y a-t-il pas de quoi perdre la motivation ?
Elle ne me regardait pas directement dans les yeux mais je voyais bien qu'elle était au bord des larmes. A cet instant précis, je n'avais qu'une envie : la prendre dans mes bras et la réconforter. Malgré tout, je restais fidèle à ma résolution de ne pas céder.
— Ce n'est qu'une passade, lui dis-je gentiment, cela finira par s'estomper tu verras. Ce que je ne veux pas c'est que tu aies des regrets, vois-tu ? Tu as de telles capacités, tu n'as pas le droit de les gâcher.
— DEVOIR, DEVOIR, VOUS N'AVEZ QUE CE MOT-LÀ À LA BOUCHE ! me cria-t-elle dans un sanglot. Vraiment, monsieur, pourquoi devoir et jamais vouloir ? Nous ne devons pas nous aimer, je ne dois pas gâcher mes capacités, et après ? Mais si j'ai envie de vous aimer, que se passe-t-il ? Et si j'ai envie de gâcher ? J'ai l'âge de faire mes propres choix monsieur ; et savoir que l'homme dont je suis amoureuse m'ignore et me traite comme une enfant me coupe l'envie de travailler et de réfléchir à l'avenir.
— DEVOIR, DEVOIR, VOUS N'AVEZ QUE CE MOT-LÀ À LA BOUCHE ! me cria-t-elle dans un sanglot. Vraiment, monsieur, pourquoi devoir et jamais vouloir ? Nous ne devons pas nous aimer, je ne dois pas gâcher mes capacités, et après ? Mais si j'ai envie de vous aimer, que se passe-t-il ? Et si j'ai envie de gâcher ? J'ai l'âge de faire mes propres choix monsieur ; et savoir que l'homme dont je suis amoureuse m'ignore et me traite comme une enfant me coupe l'envie de travailler et de réfléchir à l'avenir.
Je dois bien l'avouer, sa tirade m'avait émue. Elle était sincère et montrait son caractère. Malheureusement, elle me montrait aussi que ses problèmes venaient bien du cœur et qu'aucun de mes arguments rationnels ne l'atteindrait. J'étais coincé, la seule solution pour l'aider était de lui répondre avec sincérité et de ne plus noyer le poisson en me cachant derrière mon métier.
— Ecoute Laura, répondis-je calmement, contrairement à ce que tu peux penser, je ne te vois pas du tout comme une enfant. Selon moi, tu es une jeune femme se démarquant par son intelligence, sa vivacité d'esprit, et en temps normal sa joie de vivre. Puisque tu m'as tant questionné à ce propos, il est vrai que je te trouve très séduisante et que j'admire la force de caractère dont tu fais preuve pour prendre des risques en voulant écouter ton cœur. Tu vois, cette fois je m'ouvre à toi et suis honnête. Cependant, que tu le veuilles ou non, je suis et resterai ton professeur et te voir dans cet état me rend malade. Quand tu te laisses abattre de cette façon, tu me fais du mal car tu t'en fais à toi. Ce n'est pas ce que tu veux ?
J'espérais vraiment que cette réponse lui conviendrait, j'avais réussi à être sincère sans m'engager dans quoi que ce soit. Je serrai les fesses quelques instants et, à mon grand soulagement, je la vis reprendre un peu de couleurs et relever ses yeux humides sur moi.
— Vraiment ? Je suis sûr que vous ne dites ça que pour que je me remette à travailler …
— Je te promets sur tout ce que je chéris le plus que j'ai été honnête avec toi Laura. Alors, je t'en supplie, reprends tes efforts comme avant. Je ne supporterai pas de te voir t'auto-détruire.
— Mouais, fit-elle avec une petite moue, si cela peut vous rendre heureux, je vais essayer de faire de mon mieux.
— Merci beaucoup Laura.
— Je te promets sur tout ce que je chéris le plus que j'ai été honnête avec toi Laura. Alors, je t'en supplie, reprends tes efforts comme avant. Je ne supporterai pas de te voir t'auto-détruire.
— Mouais, fit-elle avec une petite moue, si cela peut vous rendre heureux, je vais essayer de faire de mon mieux.
— Merci beaucoup Laura.
Alors qu'elle quittait la salle, j'avais l'impression que sa démarche était déjà plus enjouée et j'espérai l'avoir bien remise sur la bonne pente. Cela se confirma quand la semaine suivante, Laura majora l'un des plus gros DS de l'année en mettant deux points et demi d'écart à Jason, avec la note ultime de 20/20. J'étais aux anges.
La situation se stabilisa ainsi pendant un bon moment. Laura était revenue à ses notes habituelles et la fin d'année arrivait à grands pas. Le jour des résultats des affectations en postbac, Laura m'apprit avoir été acceptée en classe préparatoire dans le même lycée que moi six ans auparavant. J'accueillis cette nouvelle avec beaucoup de joie et la félicita car c'était grandement mérité. J'étais toujours convaincu qu'elle pouvait brillement y réussir. Jason avait lui été admis dans une prestigieuse école d'ingénieurs et j'étais globalement satisfait des admissions de mes élèves. En particulier, trois d'entre eux allaient en prépa.
Les dernières épreuves du bac arrivèrent à leur tour et comme tous les ans, sans même s'en rendre vraiment compte, l'année s'acheva. Les résultats tombèrent quelques jours plus tard et sans surprise, Laura fut admise avec mention très bien et la note de 18.52 soit 0.46 points de plus que son éternel rival Jason.
Pour les terminales, le lycée organisait un bal de fin d'année car beaucoup d'entre eux ne seraient plus amenés à se revoir. De nombreux profs venaient aussi, histoire de dire au revoir à leurs élèves et leur souhaiter bon vent pour la suite.
C'est ainsi que je me retrouvai dans la salle polyvalente du lycée, un verre de thé glacé à la main et discutant avec quelques-uns de mes terminales. Même si je ne le montrai pas, je n'étais pas totalement dans la discussion et suivait plutôt Laura du regard. Elle avait l'air de bien s'amuser avec ses amies et ne semblait pas du tout se préoccuper de moi. Je notais avec une pointe de tristesse que comme je l'avais prédit, elle s'était sûrement lassée.
Ma soirée fut ainsi assez calme jusqu'à ce qu'une voix enjouée me parvienne de derrière mon dos.
— Vous dansez monsieur ? me demanda Laura.
Je me retournai et la vis face à moi avec un grand sourire et la main tendue vers moi. Elle portait une robe bleu foncé qui lui allait à ravir et ses cheveux détachés tombaient sur ses fines épaules. Je la trouvai plus belle que jamais.
— Au risque de te décevoir Laura, voilà un exercice dans lequel je suis vraiment médiocre, lui répondis-je sans prendre sa main.
— Et bien pour une fois ce sera moi qui vous montrerai comment faire. Allez venez !
— Et bien pour une fois ce sera moi qui vous montrerai comment faire. Allez venez !
Complètement sous le charme, je me laissai entraîner, pris sa main et la laissa me tirer jusqu'à la piste. Sur une musique des années quatre-vingt-dix, les meilleures pour faire la fête, je commençai à essayer de bouger en rythme avec Laura. Il faut que vous sachiez que j'ai toujours été nul quand il s'agissait de danser en soirée et j'étais à ce moment-là à peu près autant à l'aise qu'un sumo devant faire du funambulisme. Malgré cela, je me pris au jeu et essayai de faire de mon mieux.
A ma grande surprise, cela ne se passa pas si mal et Laura me guida de manière à ce que nous dansions à peu près harmonieusement. Elle paraissait radieuse et bougeait en rythme avec la musique tout en m'entraînant avec elle. Je me surpris même à trouver que la musique était trop courte et quand je sortis de la piste en sueur, je vis Laura faire une petite moue mais la musique suivante étant un slow, je ne pouvais pas danser avec elle, ce serait devenu gênant vis-à-vis des gens autour.
Je m'assis donc sur une chaise avec un verre d'eau pour faire une pause et je vis Laura quitter la piste pour s'asseoir à côté de moi.
— Tu n'as pas trouvé un joli garçon pour te faire danser sur cette belle musique ?
— J'aurais bien aimé mais mon cavalier a quitté la piste alors je préfère faire une pause avec lui, me répondit-elle du tac au tac.
— Navré mais je ne pense pas que nous puissions danser un slow ensemble, nous n'en sommes pas à une telle proximité.
— Dommage, ça m'aurait plu. Vous dansez des slows parfois avec votre copine ? me demanda-t-elle le plus naturellement du monde.
— Très fine manœuvre pour savoir si je suis en couple ou non Laura, j'aurais imaginé que tu aurais tenté une approche plus subtile.
— C'était simplement l'hypothèse que j'avais émise pour justifier pourquoi vous m'aviez rejetée. Est-elle erronée ?
— Oui, me surpris-je à répondre, il faudra à l'avenir que tu sois plus prudente dans tes hypothèses si tu veux faire des études scientifiques.
— J'aurais bien aimé mais mon cavalier a quitté la piste alors je préfère faire une pause avec lui, me répondit-elle du tac au tac.
— Navré mais je ne pense pas que nous puissions danser un slow ensemble, nous n'en sommes pas à une telle proximité.
— Dommage, ça m'aurait plu. Vous dansez des slows parfois avec votre copine ? me demanda-t-elle le plus naturellement du monde.
— Très fine manœuvre pour savoir si je suis en couple ou non Laura, j'aurais imaginé que tu aurais tenté une approche plus subtile.
— C'était simplement l'hypothèse que j'avais émise pour justifier pourquoi vous m'aviez rejetée. Est-elle erronée ?
— Oui, me surpris-je à répondre, il faudra à l'avenir que tu sois plus prudente dans tes hypothèses si tu veux faire des études scientifiques.
Cette discussion était très artificielle mais c'était tout ce que nous avions trouvé à dire. Bien entendu, chacun de nous aurait voulu dire bien d'autres choses, mais c'était impossible. A ma droite, je voyais sa jolie main sur sa cuisse fine et je mourrais d'envie de poser la mienne par-dessus. J'aurais voulu prendre sa main, l'emmener dehors et l'embrasser en la prenant par la taille. J'aurais voulu caresser son corps, respirer son parfum, enfouir mon visage dans sa chevelure. Bien évidemment, je ne fis rien de tout ça et attendit, comme pétrifié.
Nous restâmes silencieux pendant un bon moment, au moins jusqu'à la fin de la musique suivante, chacun profitant sans le dire de ce moment avec l'autre qui était, je le savais, peut-être le dernier.
Nous restâmes silencieux pendant un bon moment, au moins jusqu'à la fin de la musique suivante, chacun profitant sans le dire de ce moment avec l'autre qui était, je le savais, peut-être le dernier.
— Vous allez me manquer, lâcha-t-elle enfin en rompant notre silence si étrange au milieu de la fête.
Je ne savais pas quoi répondre. J'avais envie de lui dire que moi aussi, que j'aimerai que nous restions en contact au moins pour savoir comment se passait sa prépa, que je ne trouverai sûrement jamais plus une élève aussi attachante qu'elle, et tant d'autres choses. Mais je ne dis rien. Je ne voulais toujours rien lui montrer de l'attachement que j'avais pour elle car ça ne lui serait pas profitable et j'étais tétanisé par la foule autour qui ne voyait rien du drame que nous jouions. Nous restâmes ainsi quelques instants encore puis elle se leva et, sans un regard derrière elle, partit rejoindre ses amies.
Je ne la revis plus jusqu'à la fin du bal et quand l'heure de rentrer arriva, je me dirigeai vers ma voiture le cœur lourd. Je m'installai, attachai ma ceinture et démarrai. Dans le crépuscule de juin, mes idées étaient encore au cœur d'une grande bataille dans mon cerveau quand, sans même m'en rendre compte, je me mis à pleurer. Pour la première fois, une pensée s'était figée de manière nette, précise et indiscutable dans mon esprit : j'avais laissé partir la fille dont j'étais amoureux sans même lui dire au revoir.
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