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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L'apprentissage du sexe — Chapitre 10 · Princesse Caramel

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L'apprentissage du sexe

Chapitre 10 · Princesse Caramel

L'apprentissage du sexe – 10 – Princesse Caramel
 
Fabrice
Espérant ne pas me faire poser un lapin, ne sachant pas du tout à quoi m'attendre, à l'heure dite j'étais près de l'entrée sud du château, me tenant en retrait de la file de touristes. Je m'étais assis sur un des bancs de la terrasse ombragée surplombant la Loire, balayant l'esplanade du regard, un peu dubitatif quand même.
Après une dizaine de minutes, je l'ai vue descendre du bus, et j'avoue que mon cœur s'est emballé. Je gardais l'image furtive d'une grande gamine en pyjama, un peu décomplexée certes, mais au vu des consignes je n'imaginais pas la revoir. Quand elle m'a glissé son petit mot, au travers de la haie, je l'ai à peine vue qu'elle repartait en courant. 
C'est une jeune femme dans toute sa beauté qui marchait vers moi, mon regard hypnotisé par son allure féline, ses longues jambes que dévoilait son short blanc, sa chevelure libre, son chemisier à fleurs et ses fines sandales. Elle aussi a balayé l'endroit du regard, et nos yeux se sont rencontrés. Un peu ému je n'ai pas bougé, c'est Laura qui s'est avancée vers moi, l'air déterminé.
-      Tu n'oses pas me faire la bise ?
-       Euh…si…si, bien sûr…
Sa peau caramel était d'une douceur incroyable, tiède sous le soleil. Elle a posé ses mains sur mes épaules, comme si on se connaissait depuis toujours.
-       Je te fais peur ? Tu es bien timide, pour un grand balèze comme toi, mais j'aime bien !
-       On ne se connaît pas, Laura, je t'ai vue deux minutes dans la salle de bain et à peine aperçue quand tu m'as donné ton bout de papier, alors…
-       La classe ! Un romantique le couvreur, d'habitude les mecs qui m'approchent ils sont plutôt directs ! On va se balader ? Et si tu m'offres une glace, je refuserai pas !
Franchement, elle était absolument craquante, belle comme le jour, gaie, enjouée, il faisait un temps magnifique…Nous sommes partis à pied, longeant le fleuve.
-       Tu pensais que je viendrais pas ?
-       Disons…que…comme j'ai reçu des consignes vachement strictes de mon patron et de ta sœur principale…
Elle a éclaté d'un rire sonore, franc, qui m'a enchanté.
-       Oh là là, si tu l'appelles comme ça tu vas en avoir, des emmerdes ! C'est la Mère Supérieure Fabrice, attention !
-       Ok, mais elle et mon boss m'ont clairement averti que les pensionnaires de Sainte-Marie de la Vertu ou de je ne sais plus trop qui, on touche pas sinon on se fait virer séance tenante.
-       Ouais ouais, on connaît leur discours, mais c'est un peu du cinéma. On n'est pas en prison quand-même, et nous, les majeures – J'ai dix-neuf ans – on a un peu de liberté, tu vois, il y a pas une frangine en civil qui nous suit planquée derrière les arbres ! Par contre faut reconnaître que la semaine, question rencontres et vie sociale, c'est zéro.
Moi aussi j'ai ri de bon cœur, elle était d'une spontanéité désarmante. Arrivés au niveau d'un petit bistrot au bord de l'eau, j'ai proposé une halte.
-       Oh oui ! J'adore boire un verre que j'ai pas besoin d'aller remplir moi-même ! Surtout si je suis accompagnée d'un beau gosse, alors là c'est le rêve éveillé ! Je peux aussi manger une glace ? Tu m'invites ?
On a discuté, de son apprentissage de fleuriste, mal payé mais qu'elle adorait, sauf que selon elle les garçons qui viennent acheter des fleurs ne la draguent jamais parce qu'ils ont une copine, justement la destinataire des roses et autres plantes.
-       Mais pour les couvreurs tu sais rien, peut-être que j'ai aussi une copine ?
-       Ouais, mais si t'es là c'est que ta copine tu l'aimes pas vraiment, ou que t'es un mec qui pense qu'à baiser et qui tente sa chance, mais ça je pense pas. T'es un sentimental, toi, tu m'as donné du « Mademoiselle », tu t'es excusé, tu ne m'as pas tutoyée d'entrée, t'es pas une racaille et je m'y connais un peu !
Nous avons repris notre balade, dire qui de nous deux a saisi la main de l'autre est impossible mais de toute évidence nous en avions envie les deux. 
-       Fabrice, je dois être de retour au foyer à dix-huit heures, il va falloir que l'on fasse demi-tour si je ne veux pas rater mon bus. Si j'arrive à la bourre, je dois payer une amende et la sortie du dimanche peut être raccourcie, et ça j'ai pas du tout envie.
-       Tu as déjà des projets pour demain, alors ?
En guise de réponse, Laura m'a passé ses bras autour du cou et tendu ses lèvres, me confiant à voix basse :
-       J'en ai un tout de suite de projet, et c'est le même que pour demain. Embrasse-moi !
Comment refuser ? Sa petite langue était d'une agilité phénoménale, ses lèvres charnues d'une incomparable douceur, j'ai répondu fougueusement à son baiser, la tenant par les hanches. Je sentais ses petits seins fermes plaqués contre mon torse, son ventre plat contre le mien, et je me suis mis à bander, incapable de contrôler cette soudaine raideur. Notre baiser achevé, l'adorable métisse a laissé ses bras autour de mon cou, ses doigts caressant ma nuque et mes cheveux.
-       Tu dois penser que je suis une vraie salope, qui roule à patin à un mec qu'elle voit pour la première fois, une pute juste bonne à baiser debout contre un arbre et salut, à une autre fois !
-       Laura, je ne te connais pas, comment pourrais-je penser de pareilles horreurs ? Et puis tu embrasses divinement, et ça m'étonnerait que les femmes dont tu parles soient aussi délicates.
-       T'as jamais été voir les putes, toi ? Comment tu sais que j'embrasse bien ? Tu as une copine en ce moment ?
-       Aller voir les putes ? Oh non Laura, non, jamais…Payer pour l'amour, c'est pas pour moi. Et si je sais que tu embrasses si bien, c'est que en effet je peux comparer avec…avec…ma copine. Mais c'est un peu particulier, et j'ai pas envie de t'en parler.
Laura a pris un air déprimé, a enlevé ses bras de mon cou, avant de pousser un long soupir.
-       Fallait bien que je m'en doute…Un beau mec comme toi, tout seul, faut pas rêver…Mes copines du foyer elles ont toutes dit qu'il y a longtemps qu'elles avaient pas vu un aussi beau gosse, alors quand je leur ai dit que je connaissais ton prénom, j'ai failli me faire lyncher avant de leur expliquer comment je te connaissais.
-       Mais pourquoi tu leur as dit ? Elles savent pour la salle de bain, alors ?
-       Évidemment, j'ai un peu frimé en leur racontant que tu m'y avais embrassée, mais maintenant c'est vrai. Je pourrais même ajouter que tu as bandé pour moi, là elles vont s'évanouir. Dommage que c'est aussi pour une autre…Bon, on y va ?
Je l'ai attrapée par le bras et l'ai obligée à se retourner.
-       T'es une sacrée vipère, toi ! Et si ta…ta Mère Supérieure est aussi au courant, lundi matin je peux chercher du boulot ailleurs…
-       Mes copines elles balancent pas ! Jamais ! Mais si tu as peur, alors ce serait bien de profiter encore du dimanche. Demain je suis libre juste après la messe, disons vers neuf heures et demie. Ta copine elle habite loin ? Tu la vois demain ?
-       Mais je rêve…tu n'as peur de rien toi, tu veux tout savoir, tu décides pour moi…tu es toujours comme ça ?
-       Ouais, je dis ce que je pense. Ta copine, c'est une petite blanche bien comme il faut, hein ? Papa, maman, et un copain sérieux, qui travaille ? Te fatigue pas, je comprends bien qu'une basanée en foyer, c'est pas l'idéal pour un mec bien comme toi…Dommage…
De nature plutôt patiente et réservée, elle m'a fait péter un plomb, la Laura.
-       Mais bordel de merde, tu vas arrêter de dire des conneries ? Tu sais rien de moi, que dalle, et tu m'inventes une copine à la con, ajoutant encore que c'est la couleur de ta peau qui me gêne ! T'es cinglée toi, complètement dingue, faut t'enfermer ! C'est pas un foyer qu'il te faut, c'est un asile ! La seule chose vraie que tu as dite, c'est que tu m'as fait bander, et ce que tu sais pas c'est que ça continue ! Tu veux vérifier, peut-être ? Tu veux que je te baise debout contre un arbre pour être sûre et pouvoir raconter à tes copines ? Putain, j'en reviens pas…un délire pareil…
A peine mes derniers mots prononcés je m'en suis voulu, mais il était trop tard. Laura a fondu en larmes et est partie en courant. Sans réfléchir je lui ai couru après et l'ai rattrapée, mais elle m'a repoussé. Têtu, je l'ai suivi jusqu'à ce qu'elle s'essouffle et s'arrête.
-       Tu veux rentrer en courant chez ta Reine des Crucifix ? J'ai peur que tu n'y arrives pas, et que demain je reste tout seul, ce serait dommage, surtout si en plus je perds mon boulot lundi.
Elle a eu un petit sourire, mais son regard pleurait de tristesse. Sans rien dire, je l'ai prise dans mes bras et l'ai serrée, fort, attendant qu'elle arrête de pleurer.
-       Excuse-moi Laura, tu vois, moi aussi je peux dire des conneries. Ma « copine blanche » elle est en vacances à Paris, et si mes prévisions sont bonnes, elle va y rester. Longtemps. Sans moi, mais avec quelqu'un d'autre qu'elle adore. Viens, il ne faut pas que tu rates ton bus.
Cette fois c'est moi qui ai pris sa main, fermement, elle n'a pas refusé. Nous avons marché en silence un petit moment, c'est seulement en arrivant près de l'arrêt de bus qu'elle a repris voix, mais d'un ton mélancolique, presque à voix basse, les yeux baissés.
-       J'ai été conne Fabrice…mais tu sais, dans ma tête des fois c'est pas clair. Oublie-moi, beau gosse, et sois heureux.
-       J'entends bien que c'est un peu mélangé, derrière tes beaux yeux. Alors écoute-moi et regarde-moi, Beauté des îles (Un peu macho, je lui ai mis l'index sous le menton et l'ai obligé à relever la tête) Demain matin, à dix heures et demie, je t'attendrai à l'arrêt de bus Pont-sur-Loire. Si à onze heures tu n'y es pas, je débarque chez tes Sœurs du Bon Dieu et je klaxonne dans la cour jusqu'à ce que ta Mère Principale du Jésus déboule pour savoir ce que c'est que ce bordel. Tu vois, moi aussi je suis un peu fondu, des fois.
Elle a eu l'air totalement sidérée, mais a juste bredouillé.
-       Tu m'as appelée comment ?
-       Beauté des îles, je t'ai appelé. Ça te va pas ? C'est raciste ? Tu préfères quoi, Princesse Caramel ? Vahiné de la Loire ? 
Ses yeux se sont agrandis, le bus arrivait. Elle m'a sauté au cou et m'a embrassé rapidement, ses yeux avaient retrouvé leur éclat.
-       A demain, Fabrice…moi j'ai pas autant d'imagination que toi pour les surnoms, parce que toi…
La porte du bus s'est refermée, me laissant planté sur ce trottoir, entouré de touristes bardés d'appareils photos et se bousculant pour remonter dans leurs autocars. Je suis allé faire quelques courses, de quoi manger, quelques boissons, du pain…
De retour chez moi, je me suis allongé sur mon lit, l'esprit en désordre, le cœur aussi. Rosy, à Paris, devait vivre avec Isabelle des moments forts, ces deux-là s'aimaient, sûr et certain. Mais Rosy et moi, c'est fort, aussi, elle m'a tout appris, je lui voue une admiration sans limite, mais est-ce que j'en suis amoureux ? On peut, à dix-neuf ans, être amoureux d'une femme de l'âge de sa mère ? Sûrement pas, puisque je n'ai même pas osé en parler à mon père, pourtant plutôt souple en la matière, sorte de soixante-huitard pas encore calmé, ma mère un peu moins mais quand-même assez féministe, je l'ai déjà entendue discuter du plaisir des femmes avec ses copines.
Le dimanche, à dix heures trente, j'étais sur place. Le premier bus est passé, personne. Je me suis dit que c'était foutu, tant pis, parce que je la trouvais à mon goût, la Princesse Caramel.
Elle est descendue du deuxième bus, en robe d'été longue, fluide, qui lui allait à merveille. Je l'ai laissé faire quelques pas, tourner la tête à droite et à gauche, avant de me montrer.
-      Oh Fabrice…J'ai eu peur de m'être fait avoir ! 
Elle m'a embrassé comme une femme, avec une sensualité digne de Rosy ou d'Isabelle, mes seules références en la matière.
-      Tu es magnifique Laura, quand tu descendais du bus j'entendais crépiter les appareils photo des paparazzi, voulant saisir au vol la grâce de ta démarche.
-      Toi aussi il te faut un asile, tu délires il me semble, mais je crois que ça me plait ! On va où ?
-      Tu aimes aussi manger quand ce n'est pas toi qui cuisines, et que tu n'as pas à aller chercher ton assiette ?
-      Pourquoi tu me demandes ça ?  Bien sûr que oui, mais ça m'arrive jamais. ! Au foyer, tu sais, on participe à la préparation des repas, on débarrasse, on fait la vaisselle, c'est pas l'enfer mais des fois j'en ai marre, j'ai des rêves de princesse… 
-      De Princesse Caramel, alors ?
Son regard s'est figé, sans que je puisse y discerner si j'avais dit une connerie ou pas…J'ai eu peur…D'une petite voix, elle m'a juste dit :
-      Tu…tu peux répéter, s'il te plait ?
-      Oui, je t'ai juste demandé si tu avais des rêves de Princesse Caramel. Tu n'aimes pas que je t'appelle comme ça ?
-      Fabrice…Depuis que je suis en foyer, j'ai tout entendu…La moricaude, la black, la fausse négresse…la bronzée…la basanée…c'est pas toujours facile à accepter. Mais Princesse Caramel, on m'a jamais dit, ça me fait un peu bizarre. 
-      Ok, alors je t'appelle Laura alors, c'est plus simple..
-      Non ! Enfin oui, mais…je ne sais pas…
-      Pour le moment, on s'en fout. Tu as faim ?
-      Toujours ! Tu m'invites, encore ?
-      Oui, si tu me fais confiance.
-      Fabrice, là où j'ai vécu, un voyou, un sale type se repère assez vite, et toi tu as l'air d'être ni l'un ni l'autre, alors je te fais confiance. Totalement.
Ses yeux se sont arrondis quand je lui ai ouvert la portière de la camionnette.
-      Mais…Tu peux l'employer le dimanche ?
-      Pas vraiment, mais quand c'est pour une Princesse il y a exception. Et puis c'est quand même pas un carrosse de grande tenue, pour une si jolie passagère !
Quand j'ai ouvert la porte de mon petit appartement et l'ai invitée à y entrer, j'ai cru qu'elle allait défaillir de stupeur.
-      Quoi ? Tu vis dans un appartement à toi ? C'est chez toi ? Tout seul ? Je le crois pas…Fabrice, dis-moi que c'est pas vrai…
-      Mais si Laura, c'est vrai, c'est chez moi. Je ne gagne pas une fortune, mais je peux payer mon loyer. Tu sais, mon boulot c'est dur, l'hiver il fait froid, l'été on crève de chaud, alors il faut un peu de confort pour récupérer des journées de chantier. Au début mes parents m'ont un peu aidé, mais plus maintenant. C'est tout.
Sa surprise passée, sa confiance acquise, je lui ai proposé un verre de vin blanc de la région en apéritif, lui demandant d'abord si elle buvait de l'alcool.
-      Fabrice…je suis pas une oie blanche - question couleur t'avais remarqué – oui je bois de l'alcool, mais faut juste pas que je pue la vinasse en rentrant au foyer sinon c'est le bal, ils appellent ma mère, j'ai droit à une confession avec le cureton, je dois bosser une semaine à la cuisine etc.
Elle a eu l'air étonnée que je sache cuisiner et me démerder d'un appartement, me confiant, l'air un peu tristounette qu'elle aussi aimerait bien avoir un « chez elle », ce à quoi j'ai répondu par un jeu de mots misérable mais qui l'a quand même fait rire.
-      Tu l'auras, Laura, il faut être patiente.
Et puis, peut-être sous l'effet du vin auquel elle n'était pas habituée malgré ses airs affranchis, les choses ont rapidement basculé vers des propos plus intimes, me mettant mal à l'aise.
-      A voir comme ça, elle habite pas là, ta copine ?
-      Non, tu vois bien, c'est pas vraiment fait pour deux.
-      Le lit oui, moi ça me conviendrait !
-      On ne passe pas sa vie au lit, Laura, même si c'est bien agréable
-      Tu lui as déjà fait l'amour ici, alors, à ta copine ?
-      Laura, tu es bien curieuse…Je ne te pose pas ces questions-là, moi.
-      Tu as honte ? Tu veux pas me dire ? Elle a quel âge, ta copine ? Elle est mineure, c'est ça ? Tu baises une gamine ? Moi je m'en fous, c'est tes affaires…
-      Laura…Arrête de faire les questions et les réponses ! Oui on a déjà fait l'amour ici, évidemment, et non elle n'est pas mineure, je ne suis pas un pervers.
-      Tu l'as rencontrée comment ? Elle est blonde ? Brune ? Elle a des gros seins ? Elle te suce ?
-      Bon, Laura, on arrête là. Je n'ai pas envie de te raconter ma vie privée même si je t'apprécie beaucoup - sinon tu ne serais pas là - mais il y a des limites.
-      Tu pensais juste me baiser, sans rien me raconter ? Comme une pute ?
-      Par pitié Laura, ne te fais pas plus vulgaire que tu ne l'es, moi je te préfère en Princesse Caramel, en Beauté des Îles, gracieuse et souriante plutôt qu'en fliquette de la brigade des meurs, en allumeuse de trottoir ou en Mère Supérieure. Tu piges ? 
Elle a marqué un temps d'arrêt, a affiché un petit sourire en commençant à déboutonner sa robe.
-      Laura ! Mais qu'est-ce que tu fais ? Arrête ! Non Laura, pas comme ça, on se connaît à peine. Viens, on va se balader.
-      Tu es vraiment un mec pas comme les autres, toi. Pourquoi ? 
-      Comment ça, pourquoi ? Parce que je respecte les femmes ? T'as rencontré quoi comme mecs, pour en avoir une telle idée ?
-      J'aime mieux pas te dire, là c'est moi qui aurais honte. Des bons à rien, Fabrice, des paumés comme moi, tu sais quand on vit en foyer, les occasions de rencontre sont rares, faut pas faire la difficile quand ça démange. Mais toi, là, devant moi, tu m'invites, tu me sers, et tu n'as même pas essayé de me mettre la main au cul, de me tripoter les nichons…T'es pas pédé quand-même, dis ? 
J'ai dû prendre sur moi pour ne pas la virer et lui dire que je m'étais trompé sur elle, mais j'étais sur les nerfs. Il me fallait une soupape de décompression, j'ai joué gros.
-      Tu veux des questions et des réponses ? Alors moi aussi je peux jouer à ça. C'est vrai que toutes les gonzesses en foyer c'est des gouines, qu'elles se broutent la chatte toute la nuit quand les bonnes-sœurs pioncent ? Les mecs vous y connaissez rien parce que vous en voyez jamais ? T'est aussi une goudou toi ? En fait tu m'as allumé juste parce que tu veux perdre ton certificat de garantie dans mon plumard, c'est ça, et jouer les femmes en retournant chez Mère Jésus? Tu veux le drap comme preuve que tu t'es fait dépuceler ? Elles vous doigtent la moule tous les dimanches pour contrôler que vous vous êtes pas fait tringler, les Frangines Crucifix ? Si c'est que ça, je peux t'enculer, comme ça ta Sœur du Pape elle y verra que dalle, à moins qu'elle vérifie aussi l'entrée interdite, et que tu aimes ça…
Il y a eu un terrible silence, je me sentais très con, très beauf, d'avoir ainsi maltraité une aussi belle jeune fille dont la vie ne devait pas être très enviable…mais j'ai insisté, voulant la faire sortir de son personnage de femme aguerrie auquel je ne croyais pas. N'est pas Rosy qui veut !
-      Tu me réponds pas ? C'est que j'ai raison alors ? Bon, viens, je te ramène chez tes brouteuses et tes Sœurs du Bon Dieu, je veux pas d'emmerdes.
Son regard a changé, passant du défi à la peur, de l'arrogance à l'humilité, je l'ai trouvée d'une beauté inouïe, naturelle, d'une fraîcheur irrésistible. Pourtant, je n'ai pas bougé.
-      Je suis désolée, Fabrice, je ne voulais pas…Tu sais, des garçons je n'en rencontre pas beaucoup, c'est vrai, le weekend c'est court…Et puis ma couleur ne plaît pas à tout le monde, mais toi, là, que je ne connais pas, tu m'appelles Princesse Caramel, tu m'invites, tu me traites comme une vraie femme, tu ne cherches même pas à…à…
-      Laura, ta vision du monde est sûrement un peu faussée par ton parcours. Tous les mecs ne sont pas des obsédés sexuels, et ta couleur elle me fait craquer, moi ! C'est un mélange de caramel, de soleil, d'épices et de mer turquoise, des choses que je n'ai jamais vues mais que toi tu portes dans tes yeux, dans ton corps, dans ta voix…
Quand elle s'est jetée dans mes bras et m'a serré de toutes ses forces, j'ai cru qu'elle allait me briser les côtes.
-      Fabrice, je veux pas rentrer chez les Bonne-Sœurs. Garde-moi, cache-moi chez toi, je ferai tout ce que tu me demandes…
Misère…Il ne manquait plus que cela, un enlèvement !
-      Oh Laura, c'est terrible ce que tu me dis…Je…je…mais c'est impossible, tu le sais bien. Dans moins d'une année tu auras fini ta formation et j'imagine que tu pourras quitter tes Sœurs de la Vertu, que tu pourras vivre libre ! 
-      C'est pas si simple…Il y a pas que les Sœurs, il y a eu aussi un peu la DDASS, mais surtout depuis que je suis majeure, il y a ma mère. Et ça…
-      La DDASS ? C'est quoi ? 
-      C'est un truc qui place les enfants mineurs en difficulté parce que les familles peuvent pas s'en occuper. J'ai été placée j'avais huit ans, parce que ma mère n'arrivait pas à m'élever correctement. D'abord en famille d'accueil, mais comme j'ai fait des conneries, à ma majorité ma mère, qui est confite en bondieuseries à la con, m'a bouclée en internat chez les religieuses pour que je termine ma formation. Je les déteste, je les hais, c'est des faux-culs, des menteuses, elles sont méchantes, jalouses…des fois elles nous frappent. Je veux plus y retourner Fabrice, je veux rester avec toi. Tu verras, je sais tout faire, le ménage, les courses, à manger, repasser, tout ! Et toi je sais que tu me protègeras, tu sais pas faire du mal toi, ça je le sens parce que j'ai de l'expérience là-dedans…
A dix-neuf ans, on n'a pas la maturité nécessaire pour affronter un cas comme ça, j'étais complètement perdu. D'un côté je me sentais capable de jouer les Zorro et de la soustraire aux vieilles garces en cornette, de les envoyer chier, mais de l'autre je mesurais les emmerdes, pour moi et surtout pour elle, me disant qu'elle en avait déjà eu son compte, d'embrouilles diverses. Une seule personne pouvait m'aider : Forézien, mon compagnon formateur. Lui, il savait écouter, il ne s'énervait jamais, un sacré bonhomme mon Compagnon sédentaire, une valeur sûre à qui j'étais certain de pouvoir me confier. Le lundi matin je téléphonerai à la boîte pour prétexter un emmerdement sur le chantier, mais pour le moment il fallait improviser avec délicatesse afin de ramener Laura à son internat.
A force de patience, j'ai réussi à la raisonner, lui promettant que l'on allait se revoir, mais elle était d'une tristesse insondable, éteinte. Quand enfin elle est montée dans la camionnette, les yeux par terre, elle a juste dit :
-      Tu peux pas comprendre, toi…Quand on vit en enfer et que d'un seul coup on t'emmène au paradis, c'est dur de retourner d'où on vient…Merci Fabrice, merci…
J'étais tout perturbé, chamboulé, je m'en voulais de lui avoir parlé de manière aussi grossière, ne réalisant pas sa fragilité sous ses dehors extravertis. Je me suis garé à quelques rues du pensionnat, ne souhaitant pas que quiconque nous voie.
-      On peut se revoir samedi, Princesse Caramel ? Tu ne m'en veux pas d'avoir été un peu…un peu con ? Un peu…pas sympa ?
Sa seule réponse à été de se jeter dans mes bras et de m'embrasser longuement avant de se blottir contre moi, sa tête au creux de mon épaule. L'heure tournait, je lui ai dit de rester prudente, calme, de ne rien raconter à ses copines et de ne pas éveiller les soupçons chez ses Sœurs du Bon Dieu en essayant de me parler sur le chantier.
-      Le samedi je ne peux pas tellement utiliser la voiture de la boîte, mais on peut se retrouver à l'entrée sud du château ? Quelle heure, ma Beauté des îles ?
-      Dix heures trente ? 
-      Parfait. Passe une bonne semaine, et sois sage, je veux te revoir 
Je l'ai regardée s'éloigner, sa robe longue fluide épousant les courbes de sa gracieuse silhouette, elle était belle, magnifique même, à la fois ouverte et secrète, dure mais fragile, brutale mais tendre, je me sentais incapable de la trahir ou de la décevoir. Elle m'impressionnait.
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Photo de profil de Frodon
Frodon
2 décembre 2025 à 06:22
C’est beau un amour naissant, la fraîcheur de la découverte de l’autre. J’adore ton style.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de LecteurNu
LecteurNu
12 novembre 2025 à 07:11
Adorable sensuel sexy un récit très excitant la suite me donne l'eau à la bouche...........
Soyez respectueux
Répondre

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