Rose Noire
Chapitre 1 · La Capitaine et l'apothicaire
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✦ Kuro Wolfy Rose Noire XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Rose Noire — Chapitre 1 · La Capitaine et l'apothicaire

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Kuro Wolfy
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Rose Noire

Chapitre 1 · La Capitaine et l'apothicaire

Assis au petit bureau de ma cabine, je réduisais soigneusement mes herbes en une fine poudre. L'odeur du romarin et de la valériane se mêla à l'air marin qui s'infiltrait par l'étroit hublot. C'était ma vie maintenant - moi, Noah, autrefois apothicaire tranquille dans la ville portuaire de Santa Marina, aujourd'hui captif à bord de La Roseraie, le navire de l'infâme équipage de pirates, la Rose Noire.
J'aurais dû être amer, ou au moins en colère, mais au lieu de cela, je me sentais... engourdi. L'attaque sur Santa Marina eut été massive, rapide, brutale. Plusieurs dizaines de vaisseaux eurent amarré, déversant des bandits par centaines, tous armés jusqu'aux dents. La déferlante eut mis le port à feu et à sang, la Marine se fût à peine battue. Et, dans ce malstrom de violence, j'eus été capturé, puis jeté sur ce navire, et c'était tout. Personne n'eut songé à me secourir. Je ne possédais pas de famille, ni personne à qui je manquerais assez pour risquer sa vie.
Ce fût il y a un mois. Il y a une vie.
Je me rendis utile en soignant les blessés, en traitant les fièvres et en préparant des potions pour l'équipage. Ainsi au moins, je tenais mon esprit occupé. En retour, je fus assez bien traité. Mieux que ce à quoi je m'étais attendu, étant donné que je demeurais leur prisonnier. Mole, un matelot bourru mais au grand cœur, m'apportait régulièrement de la nourriture, et le reste de l'équipage me laissait en paix. Mais la liberté ? Elle était encore loin d'être acquise. Je n'étais pas autorisé à quitter le navire, ni même à monter sur les quais lorsque nous arrivions au port. Toujours sous surveillance, toujours sous clé.
Je passais la majorité de ma captivité confiné dans mes quartiers, une pièce modeste similaire à mon cabinet à Santa Marina, mais plus petite. Des étagères en bois bordaient les murs, remplies de bocaux et de fioles en verre, la plupart provenant de mon ancienne boutique. Ces roublards eurent tout pillé. Au moins, j'eus retrouvé mes outils - mortier, pilon et les divers ingrédients que j'utilisais pour soigner. Ces petits réconforts me permettaient de garder la tête froide, de me rappeler des fragments de mon ancienne vie.
Il ne restait maintenant que La Roseraie, son équipage et sa mystérieuse capitaine qui y régnait : la Capitaine Rose.
Rose. Ce nom lui allait à ravir, d'une manière que je n'arrivais pas à décrire. Je ne l'avais vue qu'une poignée de fois, et jamais sans son masque. Un masque de porcelaine blanche orné de fleurs peintes à l'encre, qui couvrait la moitié supérieure de son visage, cachant ses yeux mais laissant ses fines lèvres visibles. Ses longs cheveux rose pâle étaient toujours cachés sous un chapeau à larges bords et ondulaient en cascade dans son dos et sur sa poitrine charnue. Elle portait une cape sombre aux dorures raffinées qui, avec le pavillon du navire brodé dans le dos, représentait son autorité. Son aura imposante résonnait à chaque pas, tandis que ses hautes bottes faisaient vibrer le plancher. Il émanait d'elle une force indéfinissable, une présence qui poussait tout l'équipage à se soumettre à sa volonté sans jamais oser objecter.
Et maintenant, elle voulait me voir.
On tambourina à la porte. Je sursautai, renversant un peu de ma préparation sur la table. Avant que je ne puisse reprendre mes esprits, la porte s'ouvrit en grinçant et le visage de Bob apparut.
Bob était le lieutenant du navire, une figure imposante et indéniablement forte, qui projetait une longue ombre sur le pont. Sa seule présence était intimidante, mais pire était son regard inébranlable qui déstabilisait véritablement ceux qui l'entouraient. Il parlait rarement, mais lorsqu'il le faisait, sa voix ténébreuse ne laissait aucune place à l'argumentation. Il était constamment sur ses gardes, comme s'il était en train de calculer, de jauger tout le monde à bord. De tout l'équipage, il était clair qu'il nourrissait la méfiance la plus aiguë à mon égard. Même lorsqu'il semblait occupé par d'autres tâches du navire, ses yeux vifs ne s'éloignaient jamais trop de moi, comme un prédateur qui guettait sa proie.
— Notre capitaine veut t'causer.
Je m'essuyai les mains sur un chiffon, le cœur vibrant :
— Maintenant ?
Bob acquiesça en s'écartant pour me laisser passer :
— Elle est dans ses quartiers. J'vais t'y m'ner.
J'hésitai un instant, mais il n'y eut pas lieu de tergiverser. Je suivis donc Bob dans les passages étroits du navire, le bois craquant sous nos pieds tandis que nous montions vers les quartiers de la capitaine. Le navire se balançait doucement au rythme de la mer, me rappelant constamment à quel point j'étais loin de la terre ferme, de ma vie d'avant.
Lorsque nous atteignîmes la lourde porte en chêne de la cabine de la Capitaine Rose, Bob frappa deux fois puis recula, me faisant signe d'entrer.
Je pris une profonde inspiration, puis rentrai timidement.
La pièce était faiblement éclairée par une lanterne suspendue au plafond, projetant des ombres vacillantes sur le sol en bois. Elle était plus grande que je ne l'avais imaginé, avec un large lit drapé de velours rouge foncé à une extrémité et un bureau en acajou poli à l'autre, dont la surface était jonchée de papiers et de cartes. Des étagères bordaient les murs, remplies de livres, de bibelots et d'artefacts qui évoquaient des voyages bien au-delà du monde qui m'était connu. L'odeur du sel et d'un je-ne-sais-quoi de fruité - de la cerise, peut-être - flottait dans l'air.
Et ce fut là, debout près de la fenêtre, que se tenait la Capitaine Rose.
A ma surprise, elle ne portait ni sa cape ni son masque habituel. Au lieu de cela, elle était vêtue d'une tenue simple mais élégante : une blouse en lin blanc dont les manches étaient retroussées jusqu'aux coudes, et un pantalon sombre qui épousait ses hanches avec une grâce décontractée. Pour la première fois, je vis son visage en entier. Elle était plus jeune que je ne l'eus imaginé, pas plus âgée que moi à vrai dire, peut-être à la fin de la vingtaine. Sa peau était pâle, presque laiteuse, et ses yeux gris cendrés me surprirent par leur tendresse.
Elle était belle. Mignonne, même. Le masque n'avait jamais laissé entrevoir à quel point elle était humaine en dessous.
Rose tourna légèrement la tête à mon entrée, son regard s'attardant sur moi un instant avant qu'elle ne prenne la parole avec une voix plus mielleuse que d'habitude.
— Noah, tu peux t'asseoir.
J'obéis, m'asseyant sur la chaise en face de son bureau. Mes mains étaient moites et je les serrai l'une contre l'autre pour cacher mes tremblements nerveux. Je n'avais aucune idée de la raison pour laquelle elle m'eut convoquée, et cette incertitude rongeait mon estomac.
La Capitaine se détourna de la fenêtre et se dirigea à son tour vers son bureau. Elle s'y appuya en posant les coudes sur la surface boisée, et en croisant ses doigts fins pour former un support pour son menton.
— Je tiens à te remercier pour ton travail, commença-t-elle, ses yeux ne quittant pas les miens. L'équipage ne tarit pas d'éloges te concernant. Tu as prouvé que tu étais précieux... indispensable, même. Il demeure bien quelques matelots méfiants - dont mon lieutenant -, mais je suis satisfaite de t'avoir recruté.
J'acquiesça, ne sachant que répondre. Elle inclina légèrement la tête, un sourire se dessinant sur ses lèvres.
— Toutefois, je ne t'ai pas convoqué ici uniquement pour louer tes talents d'apothicaire.
Mon cœur s'emballa. Que pouvait-elle bien vouloir d'autre de moi ?
Elle laissa échapper un léger soupir, son expression devenant plus sérieuse.
— Noah, la vie en mer est... isolante. Solitaire, même pour quelqu'un dans ma position. J'ai dirigé cet équipage pendant des années, et je me suis forgé cette réputation, cette... façade.
Elle fit un geste vague vers elle-même, comme pour indiquer le masque qu'elle portait habituellement.
— Mais ce n'est pas suffisant. Plus maintenant.
Elle marqua une pause, durant laquelle j'eus du mal à comprendre où elle voulut en venir.
— Tu vois, Noah, poursuivit-elle en baissant la voix, je ne te demande pas seulement de soigner des blessures et de préparer des potions. J'aimerais avoir... plus de toi.
— Plus?
Mais que désirez-vous de plus ?
Elle soupira à nouveau en se relevant pour contourner la table.
— Je veux que tu sois quelqu'un à qui je puisse parler, quelqu'un à qui je puisse me confier. Je t'ai observé ces dernières semaines, et tu as prouvé que tu étais digne de confiance, pouvant garder un secret. Honnête et intègre. J'ai besoin de ça.
Je clignai des yeux, stupéfait par la vulnérabilité inattendue de sa voix. Ce n'était pas une facette de la Capitaine Rose que j'avais imaginé, la cheffe redoutable qui imposait le respect d'un simple regard. Elle était aussi une femme, une personne aux besoins primaires, qui cherchait une connexion au-delà du commandement.
— Je ne sais pas quoi dire, balbutiai-je, mon esprit se précipitant pour rattraper ses mots.
— Tu n'as rien à dire. J'ai juste besoin de savoir si tu es d'accord.
Avant que je ne puisse répondre, elle me prit les mains, m'invitant à me lever. Ses gestes étaient fermes mais non dénués de douceur ; elle savait parfaitement doser sa force. Ses mains, habituellement gantées, étaient à la fois élégantes et marquées par les rigueurs de la mer. Ses doigts fuselés aux ongles soigneusement vernis témoignaient d'une certaine noblesse, mais la peau de ses paumes et de ses articulations était parsemée des callosités apparues avec la rudesse de son quotidien.
L'air entre nous était chargé de quelque chose que je n'arrivais pas à situer, une tension qui n'existait pas auparavant. La voix de Rose se fit presque taquine :
— Sais-tu ce qu'il se passera si tu refuses, Noah ?
Je haussai un sourcil, ne sachant pas si elle plaisanta réellement.
— Un tour sur la planche, je suppose.
Elle sourit, une courbe espiègle sur les lèvres.
— Tu es futé.
Je n'ai pas pu m'empêcher de laisser échapper un petit rire nerveux, même si mon cœur battait toujours la chamade.
— C'est un peu dur, vous ne trouvez pas ?
Son sourire s'élargit et, pendant un instant, je vis un éclair de quelque chose d'enjoué.
— Sans doute, admit-elle, mais ta présence me manquerait.
Je me surpris à hésiter. Je sentis que ce qu'elle me demandait n'était pas seulement d'être un confident. Cela était plus profond, plus personnel, avec des implications auxquelles je fus incertain d'être préparé.
Mais en la regardant dans ces yeux de biche qui me furent si distants derrière son masque, je réalisai que je ne parlais pas à la capitaine de navire. Je me trouvais face à une personne vulnérable, entourée de murs, tout comme moi. La solitude qu'elle portait reflétait la mienne.
Après un long moment, je hochai la tête, d'une voix calme mais ferme :
— C'est d'accord.
Le soulagement s'empara de son visage. La tension qui régnait dans l'air s'atténua et, avant que je ne puisse réagir, elle se dressa sur la pointe des pieds, réduisant la distance entre nos deux visages, ses lèvres frôlant les miennes dans un baiser. Ce fut bref, timide.
Rose m'embrassait. La Capitaine Rose. Dès lors, sans réfléchir, je l'embrassai à mon tour. Plus profondément cette fois. Ses bras se resserrèrent autour de sa taille. Le goût de la mer persistait sur ses lèvres, un assortiment sucré-salé.
Lorsque nous nous séparâmes finalement, nous respirions tous les deux un peu plus vite, nos visages à quelques centimètres l'un de l'autre. Je la regardai fixement, encore sous le coup de ce qui venait de se passer. La Capitaine... m'avait embrassé.
Les yeux de Rose cherchaient une réaction dans les miens. Je ne pus m'empêcher de demander :
— Pourquoi moi ? Pourquoi ne pas demander à l'un des membres de ton équipage ? Ils sont avec vous depuis plus longtemps, ils vous sont loyaux.
Un petit rire presque amusé lui échappa.
— Mon équipage ? répéta-t-elle en secouant la tête. Tu es futé, mais naïf. Ils sont trop pirates pour moi. Ils vivent pour la mer, pour le frisson de la bataille et du pillage. J'ai combattu à leurs côtés, je leur ai confié ma vie... mais je ne pourrai jamais leur ouvrir mon intimité, ils ne sont pas ce que je veux.
— Et que désirez-vous ?
Elle marqua une pause, comme si elle choisissait soigneusement ses mots :
— Je veux quelqu'un qui ne me considère pas simplement comme une capitaine de navire. Quelqu'un qui ne soit pas aveuglé par le masque que je porte ou par la légende qui m'entoure. Quelqu'un qui n'appartient pas à ce monde de violence et de trésors, quelqu'un avec un cœur... comme le tien.
Je déglutis difficilement, et me sentis rougir. Pendant tout ce temps, j'eus essayé de comprendre ma place ici, à La Roseraie, pensant que je n'étais rien de plus qu'un outil utile, un guérisseur qu'ils trouvaient utile. Mais pour Rose, je n'étais pas seulement un apothicaire, j'étais son échappatoire.
Cette révélation me perturba. Je n'étais pas un pirate, ni même accoutumé au danger. Mais d'une manière ou d'une autre, dans cette vie imprévisible qui m'avait été imposée, il me sembla avoir trouvé quelque chose - quelqu'un - à qui m'attacher. Cela me terrifia autant que cela m'enthousiasma.
La main de Rose pris doucement le côté de mon visage, son pouce effleurant ma joue.
— Tu n'as pas à décider de tout maintenant. Mais je veux que tu saches que tu comptes pour moi, Noah.
Je l'observai fixement, sachant que je ne pouvais pas me détourner d'elle. Pas maintenant.
— Je reste, confirmai-je avec voix plus définitive cette fois. Aussi longtemps que vous aurez besoin de moi.
Rose m'embrassa une fois de plus, plus lentement cette fois, savourant le moment. Je fermai les yeux, me laissant perdre dans le confort de son toucher.
J'ignorais ce que mon avenir me réservait sur La Roseraie, ou avec la Capitaine. Néanmoins, pour la première fois depuis longtemps, je ressentis quelque chose de nouveau : le frisson de l'aventure.
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Kuro Wolfy
20 novembre 2024 à 06:29
Bonjour, merci pour vos retours. J'ai voulu changer mon style d'écriture pour cette histoire, alors je manque parfois de maîtrise. Néanmoins, une suite doit sortir aujourd'hui.
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Delsbs188
18 novembre 2024 à 01:25
Bon début, une suite prévue ?
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caribonex
16 novembre 2024 à 23:22
Bravo pour cette histoire de pirates, et bienvenue dans le club de ceux ayant écrit sur cette période ! Belle écriture. Le seul souci c'est le second paragraphe enfin les conjugaisons sinon passionnant
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Plumedouce
16 novembre 2024 à 22:10
Un premier chapitre d’un pur régal ! J’ai hâte de lire la suite. :)
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