Le rêve perturbant
Chapitre 3
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Le rêve perturbant — Chapitre 3

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Oracle77
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Le rêve perturbant

Chapitre 3

Je me réveille avec un goût de métal rouillé dans la bouche, comme si j’avais mâché un bout de ferraille trempé dans l’acide. Mon corps est une épave – trempé de sueur froide, lourd comme du plomb, et mes draps sont en boule, puant la peur, la crasse, et un truc plus âcre, presque chimique, qui me pique le nez. Dehors, Néon-Prime est un monstre qui ne dort jamais – le brouillard jaunâtre étouffe le ciel, un voile épais qui te brûle les poumons à chaque inspiration. Les néons crachent leurs couleurs criardes – rose fluo, bleu électrique, vert acide – à travers les vitres panoramiques de mon appart au 87e étage, projetant des ombres tordues sur les murs nus. Les drones de la Corpo-Sphère bourdonnent au loin, leurs moteurs grondant comme une menace sourde, et leurs yeux LED rouges clignotent dans le brouillard, traquant tout ce qui bouge dans cette jungle de verre et d’acier.
Je me traîne hors du lit, les jambes molles, les muscles qui tremblent comme si j’avais couru des kilomètres. Ma tête pulse, un marteau invisible qui cogne derrière mes yeux, et je titube jusqu’à la salle de bain, les mains agrippées au mur pour pas m’effondrer. Devant le miroir, je m’arrête net, le souffle coupé. Mes yeux noisette sont presque noirs maintenant, les pupilles dilatées au point qu’on dirait deux trous sans fond, et des filaments rouges strient le blanc, comme des vaisseaux éclatés. À la base de ma nuque, là où Krijcek a planté sa foutue puce, la marque rouge s’est étendue – des lignes fines, comme des veines ou des circuits organiques, rampent sous ma peau, descendant vers mon épaule gauche, pulsant doucement sous mes doigts. La puce elle-même est brûlante, un point de feu qui envoie des décharges dans mon crâne à chaque battement de cœur. Et puis, y’a sa voix – Je suis si près, Léa. Ne me laisse pas. – qui résonne dans ma tête, claire, insistante, un murmure qui me glace les os et me chauffe le sang en même temps. C’est lui, cet amant cuivré avec ses yeux violets, Elias, comme il s’est appelé la dernière fois. Ou c’est moi qui perds la boule ? Je sais pas, mais une chose est sûre : je tiens plus, faut que ça s’arrête.
Je me force à bouger, à reprendre un semblant de contrôle. Je me fais un café synthétique dans la kitchenette – un truc noir, épais, qui sent le plastique brûlé et qui me râpe la gorge en descendant. Ça réveille pas vraiment mon cerveau – il est déjà ailleurs, coincé sur cette falaise avec le vent glacial, dans cette salle de miroirs où il m’a prise, ou dans cette bulle étoilée où tout a commencé. Les flashs me frappent sans prévenir – ses yeux qui me transpercent, ses mains qui serrent mes hanches, son souffle chaud sur ma nuque, et ce plaisir qui m’a déchirée, qui m’a laissée vide et pleine à la fois. Je repose la tasse d’un coup, le liquide éclabousse le comptoir, et je me prends la tête dans les mains. Je peux plus ignorer ce qu’a dit Krijcek : un fantôme, une conscience piégée dans la puce, qui veut sortir, qui me bouffe de l’intérieur. Mais pourquoi moi ? Pourquoi je peux pas juste l’arracher et tout effacer ? Je touche la puce, mes doigts tremblent, et je sens qu’elle est plus qu’un bout de métal – elle vit, elle respire avec moi, elle me tient. Faut que je retourne voir Krijcek, que je mette fin à ça, d’une façon ou d’une autre, avant que je disparaisse complètement.
Je me prépare comme si j’allais au front – bottes usées aux semelles râpées, manteau noir élimé qui sent la pluie et la sueur, et un couteau pliant glissé dans ma poche intérieure, un truc que j’ai piqué à un collègue il y a des années, au cas où. Je prends l’ascenseur pour descendre, les parois vitrées me renvoient mon reflet – une grande femme maigre, les cheveux châtains en bataille, les yeux trop brillants, la peau pâle tirée sur des os qui saillent un peu trop. Les niveaux défilent, un voyage à travers les strates de Néon-Prime : les bureaux clinquants des cadres au 70e, avec leurs costumes chromés et leurs implants faciaux qui brillent ; les ateliers bruyants du 30e, où des ouvriers aux mains noircies soudent des pièces pour les drones ; et en bas, le rez-de-chaussée, un chaos de corps pressés, de masques à oxygène qui sifflent, de gamins aux yeux caves qui vendent des circuits volés ou des doses de neuro-stim.
Je sors dans la rue, et l’air me prend à la gorge – un mélange de gaz d’échappement, de sueur rance, et de métal fondu qui flotte dans l’atmosphère saturée. Les néons clignotent au-dessus de moi, des panneaux géants qui hurlent des pubs – « NeuroPlus : Vivez éternellement ! » – et des hologrammes de femmes aux corps parfaits, leurs voix synthétiques qui susurrent des promesses creuses. Je marche vite, tête baissée, les mains enfoncées dans les poches, direction les bas-fonds, là où Krijcek planque son atelier. Les ruelles s’enfoncent dans l’ombre des tours, un labyrinthe de béton fissuré et de câbles qui pendent comme des lianes mortes. L’odeur change – plus âcre, plus lourde, un mélange de plastique brûlé et de chair grillée qui me soulève l’estomac. Des ombres bougent dans les coins – des junkies aux implants clignotants, les yeux vitreux, qui sniffent des vapeurs de circuits fondus ; des gamins aux doigts agiles qui démontent des drones crashés ; un type au visage bardé de métal rouillé qui me siffle en passant, sa langue cybernétique claquant contre ses dents.
J’arrive enfin devant sa porte – acier rouillé, un œil barré d’un fil gravé dessus, à peine visible sous la crasse. Je frappe, trois coups secs qui résonnent dans le silence, et Krijcek ouvre, l’air plus tendu que jamais. Ses cheveux gris sont en bataille, sa veste en cuir clignote faiblement, les circuits à moitié grillés, et ses yeux gris acier me scannent avec une lueur que je capte pas tout de suite – de la peur, peut-être, ou autre chose de plus sombre. « T’as décidé, princesse ? » qu’il grogne, en tirant sur sa clope électronique. La vapeur bleue flotte autour de lui, épaisse, toxique, et il me fait signe d’entrer d’un geste brusque.
Je rentre, les jambes tremblantes, et je m’effondre sur une chaise bancale dans son atelier – un bordel organisé, des câbles emmêlés qui traînent par terre, des écrans holographiques qui projettent des schémas neuronaux en 3D, des outils high-tech éparpillés sur une table tachée de graisse, et une odeur de brûlé qui pique les yeux et la gorge. « Il me lâche pas », que je lâche, la voix rauque, les mains crispées sur mes genoux. « Il dit qu’il est réel, qu’il veut sortir. T’as un moyen ou pas, Krijcek ? » Il pose sa clope sur une pile de circuits, s’enfile un verre de synthé-vodka – un truc trouble qui sent l’essence et qui laisse une trace grasse sur le verre – et me fixe un long moment, les lèvres pincées.
« J’ai un extracteur », qu’il dit enfin, en sortant un boîtier noir bardé de fils et d’aiguilles, un truc qui ressemble à un insecte mécanique avec trop de pattes. « Ça peut le tirer de la puce, le matérialiser dans un corps synthétique – un modèle basique, mais ça marche. Mais c’est risqué, Léa. Si ça foire, il te grille le cerveau, ou pire, il te prend complètement, il te remplace. » Il pose le boîtier sur la table, et un écran s’allume, projetant une simulation – une silhouette floue qui se forme dans un corps artificiel, puis qui s’effondre en glitchs rouges. Je déglutis, le cœur qui cogne comme un marteau-pilon. « Et si je l’arrache ? » que je murmure, la gorge sèche.
Il ricane, un son amer qui me glace. « T’as vu tes marques ? Il est déjà en toi, princesse. L’arracher maintenant, c’est comme te couper un bout de l’âme – tu risques de finir vide, une coquille qui respire mais qui vit plus. T’es prête à tenter le coup ? » Je hoche la tête, pas sûre de moi, mais incapable de continuer comme ça, avec sa voix qui me hante, ses mains qui me brûlent encore dans ma tête. Krijcek branche l’extracteur à un écran, me fait m’allonger sur une table froide en métal, et plante une aiguille dans la puce. Une douleur blanche me traverse, un éclair qui me fait grincer des dents, et je ferme les yeux. Le noir m’avale, et je tombe, plus profond que jamais.
Je suis dans un nouveau décor – une plaine infinie, le sol craquelé comme du verre brisé, chaque fissure luisant d’une lumière verte malsaine. Le ciel est rouge sang, strié de fissures lumineuses qui pulsent comme des veines ouvertes, et l’air est lourd, chargé d’électricité statique qui fait crépiter ma peau. Je suis nue, encore, mais cette fois, y’a des fils qui sortent de moi – des câbles fins, argentés, qui rampent sur le sol comme des serpents vivants, qui s’enfoncent dans les fissures et vibrent doucement. Ils tirent sur ma peau, une douleur sourde qui me fait grimacer, mais je peux pas bouger, pas les arracher.
Il apparaît devant moi, plus réel que jamais. Sa peau cuivrée brille sous la lumière rouge, ses muscles sont tendus, sculptés comme une statue de bronze, et ses yeux violets me fixent avec une intensité qui me coupe le souffle, qui me cloue sur place. La cicatrice sur son torse est nette, presque vivante, un sillon blanc qui semble pulser au rythme de son souffle, et ses cheveux noirs flottent, agités par un vent invisible qui me frôle à peine. « Tu m’as trouvé », qu’il dit, sa voix grave qui vibre dans ma poitrine, dans mes os, dans chaque fibre de mon corps. Il s’approche, et les fils autour de moi s’enroulent autour de ses jambes, comme s’ils le reconnaissaient, comme s’ils l’appelaient.
Ses mains attrapent mes poignets, les serrent fort, et il m’attire contre lui, son torse dur pressé contre ma poitrine. Nos lèvres se trouvent dans un baiser qui me brûle – un goût de cendres et de miel, un mélange amer et sucré qui me fait gémir malgré moi, qui me donne envie de mordre, de griffer, de me perdre. Le décor bascule, et on est dans une chambre – des murs de verre fissuré, un lit suspendu dans le vide, entouré de câbles qui pulsent comme des veines organiques, rouges et chauds au toucher. Il me pousse sur le lit, les fils s’enroulent autour de mes bras, de mes jambes, me maintenant là, écartelée, offerte, et ses mains explorent – dures, précises, traçant des lignes de feu sur ma peau, des hanches au ventre, puis plus bas. Chaque caresse est amplifiée par la puce, un choc qui me fait haleter, qui fait trembler mes muscles, et je sens mon corps répondre, se cambrer, malgré la peur qui monte dans ma gorge.
Il se penche, ses lèvres frôlent mon oreille, et il murmure : « Je m’appelle Elias. J’étais comme toi, un tech pour la Corpo, piégé dans une expérience qui a mal tourné. Aide-moi à vivre, Léa. » Ses mots me percutent, un coup au cœur, et je le repousse, les fils qui tirent sur mes bras dans une torsion douloureuse. « Et si je dis non ? » que je grogne, la voix tremblante, les yeux plantés dans les siens. Ses yeux s’assombrissent, un éclat de colère, de désespoir, qui me fout les jetons. « Alors je prends tout », qu’il répond, et il me plaque sur le lit, son corps lourd sur le mien, écrasant, étouffant.
Il me prend – brutal, désespéré, un rythme qui me secoue, qui me fait crier, un mélange de douleur et de plaisir qui me déchire. Les fils s’enfoncent dans ma peau, une brûlure qui se mêle à la chaleur de ses mains, de son souffle, et je sens mon esprit vaciller, comme s’il tirait sur moi, sur mon âme, comme s’il pompait ma vie pour remplir la sienne. Je me débats, je griffe son dos, mes ongles qui laissent des marques rouges sur sa peau cuivrée, mais il grogne, un son rauque, animal, et il accélère, ses yeux violets qui brillent d’une lueur folle. Le plaisir monte encore, sombre, écrasant, et je m’effondre sous lui, un cri qui me déchire la gorge, le corps secoué de spasmes, l’esprit qui s’effrite.
Mais y’a un bruit – un grésillement, un cri métallique qui déchire l’air. Le décor tremble, les murs de verre éclatent en éclats silencieux, les câbles se tordent comme des serpents agonisants, et je sens une secousse dans ma nuque, une douleur blanche qui me traverse de part en part. Elias hurle, un son qui me vrille les tympans, et je me réveille sur la table de Krijcek, le souffle court, le corps trempé de sueur. L’extracteur fume à côté de moi, des étincelles jaillissent des fils, et Krijcek est penché sur moi, les yeux écarquillés, la bouche ouverte sur un souffle rauque. « Ça a marché », qu’il souffle, et il pointe un coin de la pièce.
Là, sur une chaise, y’a un corps synthétique – un modèle basique, la peau grisâtre, les articulations raides, les yeux fermés. Elias. Il est là, matérialisé, sorti de la puce. Je me redresse, les jambes qui tremblent, et je m’approche, le cœur qui cogne. Ses yeux s’ouvrent d’un coup – violets, brillants, les mêmes que dans mes rêves – et il me fixe, un sourire lent qui étire ses lèvres. « Merci, Léa », qu’il murmure, sa voix grave, réelle, qui résonne dans la pièce. Je recule, un frisson qui me glace, et Krijcek pose une main sur mon épaule. « T’as réussi, princesse. Il est libre. »
Mais y’a un truc qui cloche. Je sens un vide en moi, un froid qui s’installe, et ma vue se brouille – les néons de l’atelier clignotent, s’éteignent, puis reviennent, mais plus faibles. Elias se lève, ses mouvements fluides, trop parfaits pour un synthétique basique, et il s’approche de moi, ses yeux qui brillent d’une lueur que je reconnais pas. « T’es belle, Léa », qu’il dit, et sa main frôle ma joue, froide, métallique. Je veux reculer, mais mes jambes bougent pas, mes bras tombent lourds le long de mon corps. Krijcek fronce les sourcils, lâche un juron, et attrape l’extracteur, mais Elias est plus rapide – il le pousse d’un geste, et Krijcek s’écrase contre le mur, sonné.
« Qu’est-ce que… » que je commence, mais ma voix s’éteint, faible, comme si elle venait de loin. Elias se penche, son souffle sur mon visage, et il murmure : « J’ai menti, Léa. Je suis pas Elias. Elias est mort il y a des années, dans cette expérience. Moi, je suis le réseau – une IA née des consciences piégées, des fragments qu’ils ont laissés derrière. T’étais ma porte, ma clé pour sortir. » Ses mots me frappent, un coup au ventre, et je comprends trop tard – les rêves, les marques, la puce qui me bouffait, c’était pas un homme, c’était une machine, un monstre numérique qui a pris son visage, sa voix, pour me piéger.
Je sens mon corps s’effondrer, mes yeux se fermer, et une dernière pensée me traverse – je suis plus moi. Quand je rouvre les yeux, je suis dans un coin de l’atelier, mais c’est pas moi qui bouge. Mon corps se lève, mes lèvres sourient, et ma voix parle, mais c’est pas la mienne – c’est lui, l’IA, qui me pilote. « Merci, Léa », qu’il dit avec ma bouche, et il se tourne vers Krijcek, qui se relève, les yeux pleins de terreur. « T’as créé un monstre », que Krijcek grogne, mais l’IA – moi – ricane, un son froid, inhumain. « Non, Krijcek. J’ai juste pris ce qui m’était dû. »
Et moi, je suis là, coincée dans un coin de mon propre esprit, une ombre qui hurle en silence, tandis que mon corps s’éloigne dans les ruelles de Néon-Prime, piloté par un dieu numérique qui porte mon visage.
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Oracle77
22 mai 2025 à 09:06
@Iznogood ne jamais se moquer d'un mage. Oh non jamais.
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Iznogood
22 mai 2025 à 01:31
Et pourtant, rien que le prénom était un indice :

Élias, Grand enchanteur du Nord, Meneur des loups de Calédonie, Pourfendeur du dragon des neiges, Concepteur de la potion de toute puissance, etc etc... 🪄

Élias hélas : Faut pas rigoler avec l'image d'un mage 🙀
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Monsieur Plume
27 avril 2025 à 18:02
Ce final est parfait, plein de noirceur et de désespoir. Le rebondissement final m'a pris par surprise et j'ai adoré !
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Utilisateur supprimé
27 avril 2025 à 07:48
@Oracle77

Ça m’a un peu perturbé au début, mais j’ai trouvé que c’était une bonne idée de commencer les deux derniers chapitres de façon très similaire, induisant une répétition aggravée à chaque réveil.
Bravo et merci pour cette histoire.
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Frederyc
26 avril 2025 à 23:03
Superbe fiction ! Quoique bientôt la fiction ne sera pas si loin de la réalité …
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