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Julien, un garçon discret — Chapitre 6 · Julien, si seul
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Julien, un garçon discret
Chapitre 6 · Julien, si seul
Julien se réveilla en premier. La lumière grise du matin filtrait à travers le volet mal fermé. Pendant quelques secondes, il ne comprit pas où il était. Puis le souvenir lui revint d'un seul bloc, violent, brûlant. Alexandre. Allongé par terre, à côté du lit. Encore endormi.
Il se redressa lentement et regarda le corps du sportif : Alexandre dormait encore, à même le sol, un bras replié sous sa tête, la bouche entrouverte. Son t-shirt était remonté, laissant voir une partie de son ventre et la ligne de ses abdos. Une trace blanchâtre séchée marquait encore le coin de ses lèvres.
Julien repensa à leur fin de soirée. « Non… ça s'est pas passé... » se dit-il. Mais il se souvint aussitôt de son sexe bandé enfoncé dans la bouche humide d'Alexandre, et de son sperme qui avait empli cette même bouche. Une pipe. Alexandre lui avait taillé une pipe. Putain, cette dinguerie ! Il se rappela également de l'ivresse de son camarade, qui n'était presque plus lui-même. Après quelques secondes, durant lesquelles les images se bousculèrent dans son esprit, il se décida à se lever le plus discrètement possible, et gagna en silence le petit lavabo. Il se passa le visage à l'eau froide, longtemps. Dans le miroir, il avait l'air défait. Les yeux cernés, les joues encore un peu rouges.
Le bruit métallique de l'eau dans la tuyauterie sans âge de la résidence universitaire réveilla Alexandre. Un long gémissement s'échappa de sa gorge. Ses yeux bouffis et encore un peu soudés par le sommeil clignèrent, s'accoutumant doucement à la lumière. Ses cheveux blonds étaient en bataille, collés par endroits à son front. L'air hagard, il se passa une main lourde sur le visage.
— Putain… Qu'est-ce que je fous par terre ? murmura-t-il d'une voix caverneuse.
Julien, qui s'était retourné, ne répondit rien. Il ne savait pas quoi dire, attendant qu'Alexandre commençât ce qui pouvait ressembler à un échange. Mais celui-ci sentait sa bouche pâteuse, sa langue collante. Il avait la gueule de bois. C'était une sensation qu'il n'aimait pas. Il grimaça et se frotta énergiquement le visage des deux mains. Puis il se redressa lentement, s'appuyant sur un coude. Son regard croisé Julien. Pendant une seconde, il sembla ne pas le reconnaître. Puis un sourire fatigué, un peu idiot, étira ses lèvres.
— Hé… Salut… t'es déjà debout ?
Julien, figé près du lavabo, éprouva un étrange malaise. Il sourit. Alexandre ajouta d'une voix douloureuse :
— Merde… J'ai une de ces têtes… J'ai trop bu, putain.
Julien se crut obligé de devoir répondre. Il dit d'une voix blanche :
— Oui. T'es venu hier soir… t'étais un petit peu bourré…
Est-ce qu'Alexandre allait reparler de ce qu'ils avaient fait, ensuite ? Julien le craignait, mais l'espérait aussi. Le sportif sembla chercher dans ses souvenirs. Puis il hocha la tête, comme si ça lui revenait vaguement.
— Ouais… je m'en souviens vaguement. J'ai pété un câble à cause de la meuf là… de Chloé, non ?
Julien se contenta d'acquiescer. Le jeune sportif s'étira péniblement, faisant craquer son dos, puis se leva avec difficulté. Ses jambes semblaient encore molles. Il se passa une main dans les cheveux et regarda autour de lui.
— ‘Scuse si j'ai déconné… J'espère que je t'ai pas trop fait chier.
Julien sentit sa gorge se nouer. Il secoua la tête, trop vite.
— Non non, c'est bon. T'as rien fait, t'inquiète.
Il détourna brièvement les yeux, puis les reporta sur son ami. Son cœur s'était mis à battre plus vite. Il cherchait la moindre trace de souvenir dans le visage d'Alexandre. Un flottement, une gêne, quelque chose. Mais il n'y avait rien. Seulement la gueule de bois, la fatigue. Alexandre haussa les épaules, comme si la réponse de Julien allait parfaitement. Puis, en un instant, il sortit de la torpeur qui l'engourdissait et recouvra une vivacité étonnante. « Allez go ! » s'écria-t-il. Et rapidement, il ôta son t-shirt, sur lequel se voyaient des auréoles de sueur. Julien, distraitement, observa les pectoraux saillants de son voisin, les tétons roses sur les masses blanches. Cette vision le frappa, en en fait naître une autre : la veille, ce corps-là était à genoux devant lui, et cette bouche, rouge comme les bouts dressés de la poitrine d'Alex, avait pris sa queue jusqu'au fond. Julien sentit son sexe tressaillir sous le tissu de son pyjama. Le jeune sportif s'approcha de lui et lança, sur le ton de la plaisanterie :
— Désolé de t'imposer ma gaule dès le matin !
Et joignant le geste à la parole, il agrippa ostensiblement la grosse bosse qui déformait le haut de son pantalon. Une belle érection ! Son trait d'humour le fit rire. Déstabilisé, Julien s'efforça de garder une contenance et esquissa un sourire.
— Tu bandes pas, toi, le matin ? demanda le sportif, d'un ton égrillard. Moi toujours !
— Bah, là, je suis debout depuis longtemps… se crut obligé d'expliquer Julien.
Et aussitôt, sa justification lui parut grotesque. Qu'il était gauche ! Il se demanda également si Alexandre, à cet instant, ne jouait pas avec lui, ne cherchait à l'entraîner encore vers des terrains scabreux. Mais alors, pouvait-il vraiment avoir oublié la pipe qu'il lui avait taillé ? Mais non ! Non, ce n'était pas possible, ça ! Une partie de lui guettait le moindre signe : ce regard en coin, ces phrases ambiguës… n'était-ce pas autant de signes ? Alexandre lui lança un dernier sourire, haussa les épaules, et se dirigea vers la porte en titubant légèrement.
— Allez, je vais me mettre sous la douche, j'ai un peu la gerbe !… À plus.
La porte se referma. Julien resta seul dans le silence de la chambre, le regard fixé sur l'endroit où Alexandre avait dormi. Apparemment, le sportif se souvenait de rien.
Il se redressa lentement et regarda le corps du sportif : Alexandre dormait encore, à même le sol, un bras replié sous sa tête, la bouche entrouverte. Son t-shirt était remonté, laissant voir une partie de son ventre et la ligne de ses abdos. Une trace blanchâtre séchée marquait encore le coin de ses lèvres.
Julien repensa à leur fin de soirée. « Non… ça s'est pas passé... » se dit-il. Mais il se souvint aussitôt de son sexe bandé enfoncé dans la bouche humide d'Alexandre, et de son sperme qui avait empli cette même bouche. Une pipe. Alexandre lui avait taillé une pipe. Putain, cette dinguerie ! Il se rappela également de l'ivresse de son camarade, qui n'était presque plus lui-même. Après quelques secondes, durant lesquelles les images se bousculèrent dans son esprit, il se décida à se lever le plus discrètement possible, et gagna en silence le petit lavabo. Il se passa le visage à l'eau froide, longtemps. Dans le miroir, il avait l'air défait. Les yeux cernés, les joues encore un peu rouges.
Le bruit métallique de l'eau dans la tuyauterie sans âge de la résidence universitaire réveilla Alexandre. Un long gémissement s'échappa de sa gorge. Ses yeux bouffis et encore un peu soudés par le sommeil clignèrent, s'accoutumant doucement à la lumière. Ses cheveux blonds étaient en bataille, collés par endroits à son front. L'air hagard, il se passa une main lourde sur le visage.
— Putain… Qu'est-ce que je fous par terre ? murmura-t-il d'une voix caverneuse.
Julien, qui s'était retourné, ne répondit rien. Il ne savait pas quoi dire, attendant qu'Alexandre commençât ce qui pouvait ressembler à un échange. Mais celui-ci sentait sa bouche pâteuse, sa langue collante. Il avait la gueule de bois. C'était une sensation qu'il n'aimait pas. Il grimaça et se frotta énergiquement le visage des deux mains. Puis il se redressa lentement, s'appuyant sur un coude. Son regard croisé Julien. Pendant une seconde, il sembla ne pas le reconnaître. Puis un sourire fatigué, un peu idiot, étira ses lèvres.
— Hé… Salut… t'es déjà debout ?
Julien, figé près du lavabo, éprouva un étrange malaise. Il sourit. Alexandre ajouta d'une voix douloureuse :
— Merde… J'ai une de ces têtes… J'ai trop bu, putain.
Julien se crut obligé de devoir répondre. Il dit d'une voix blanche :
— Oui. T'es venu hier soir… t'étais un petit peu bourré…
Est-ce qu'Alexandre allait reparler de ce qu'ils avaient fait, ensuite ? Julien le craignait, mais l'espérait aussi. Le sportif sembla chercher dans ses souvenirs. Puis il hocha la tête, comme si ça lui revenait vaguement.
— Ouais… je m'en souviens vaguement. J'ai pété un câble à cause de la meuf là… de Chloé, non ?
Julien se contenta d'acquiescer. Le jeune sportif s'étira péniblement, faisant craquer son dos, puis se leva avec difficulté. Ses jambes semblaient encore molles. Il se passa une main dans les cheveux et regarda autour de lui.
— ‘Scuse si j'ai déconné… J'espère que je t'ai pas trop fait chier.
Julien sentit sa gorge se nouer. Il secoua la tête, trop vite.
— Non non, c'est bon. T'as rien fait, t'inquiète.
Il détourna brièvement les yeux, puis les reporta sur son ami. Son cœur s'était mis à battre plus vite. Il cherchait la moindre trace de souvenir dans le visage d'Alexandre. Un flottement, une gêne, quelque chose. Mais il n'y avait rien. Seulement la gueule de bois, la fatigue. Alexandre haussa les épaules, comme si la réponse de Julien allait parfaitement. Puis, en un instant, il sortit de la torpeur qui l'engourdissait et recouvra une vivacité étonnante. « Allez go ! » s'écria-t-il. Et rapidement, il ôta son t-shirt, sur lequel se voyaient des auréoles de sueur. Julien, distraitement, observa les pectoraux saillants de son voisin, les tétons roses sur les masses blanches. Cette vision le frappa, en en fait naître une autre : la veille, ce corps-là était à genoux devant lui, et cette bouche, rouge comme les bouts dressés de la poitrine d'Alex, avait pris sa queue jusqu'au fond. Julien sentit son sexe tressaillir sous le tissu de son pyjama. Le jeune sportif s'approcha de lui et lança, sur le ton de la plaisanterie :
— Désolé de t'imposer ma gaule dès le matin !
Et joignant le geste à la parole, il agrippa ostensiblement la grosse bosse qui déformait le haut de son pantalon. Une belle érection ! Son trait d'humour le fit rire. Déstabilisé, Julien s'efforça de garder une contenance et esquissa un sourire.
— Tu bandes pas, toi, le matin ? demanda le sportif, d'un ton égrillard. Moi toujours !
— Bah, là, je suis debout depuis longtemps… se crut obligé d'expliquer Julien.
Et aussitôt, sa justification lui parut grotesque. Qu'il était gauche ! Il se demanda également si Alexandre, à cet instant, ne jouait pas avec lui, ne cherchait à l'entraîner encore vers des terrains scabreux. Mais alors, pouvait-il vraiment avoir oublié la pipe qu'il lui avait taillé ? Mais non ! Non, ce n'était pas possible, ça ! Une partie de lui guettait le moindre signe : ce regard en coin, ces phrases ambiguës… n'était-ce pas autant de signes ? Alexandre lui lança un dernier sourire, haussa les épaules, et se dirigea vers la porte en titubant légèrement.
— Allez, je vais me mettre sous la douche, j'ai un peu la gerbe !… À plus.
La porte se referma. Julien resta seul dans le silence de la chambre, le regard fixé sur l'endroit où Alexandre avait dormi. Apparemment, le sportif se souvenait de rien.
Plus tard dans l'après-midi, alors que Julien essayait vainement de se concentrer sur ses cours, on frappa à sa porte. Alexandre entra sans attendre. Il avait meilleure mine qu'au réveil. Lavé, rasé, il sentait bon le parfum masculin. Il s'appuya contre le chambranle avec son sourire habitué.
— Dis Juju, y a une soirée. Y aura beaucoup de potes à moi, des gens de STAPS. Ça te dit de venir ?
Julien, assis sur son lit, un polycopié sur les genoux, releva la tête. La proposition l'étonna : d'un naturel très casanier et n'ayant que très peu - voire pas - d'amis, il n'était guère celui à qui l'on pensait à inviter. Solitaire et excessivement timide, son absence de vie sociale l'avait condamné à être une sorte de paria, et ce depuis le collège. Mais ce n'était pas une situation qui le dérangeait en rien, tant elle s'accordait avec son tempérament farouche.
— Euh, bah, je sais pas… j'ai pas vraiment la tête à ça ce soir.
— Allez, viens. T'es toujours enfermé dans ta chambre. Ça te fera du bien de sortir un peu !
Le jeune historien ne se voyait pas du tout mettre les les pieds dans une « soirée ». Une partie de lui voulait refuser nettement. L'idée de se retrouver au milieu de musiques auxquelles il ne connaissait rien, d'inconnus, avec lesquels il lui faudrait faire l'effort de discuter, de leurs rires trop forts et de leurs regards, lui serrait déjà la gorge. Mais une autre partie, plus faible, plus curieuse peut-être, n'arrivait pas à dire non.
— Oh fais pas chier, insista Alexandre. Franchement, tu viens…
— Je sais pas… j'ai plein de boulot.
— Allez merde ! Te fais pas prier !
Cette obstination d'Alexandre acheva de convaincre le jeune homme.
_ D'accord. J'viens, finit-il par dire avec peu d'enthousiasme.
Alexandre sourit, content, et tapa deux fois sur le chambranle avant de repartir.
_ Cool. On se retrouve à vingt heures en bas.
Et il allait quitter les lieux lorsqu'une question de Julien, d'apparence anodine, l'arrêta :
_ Et euh… y aura ton pote ?
_ Lequel ?
_ Le gars qui vient des fois chez toi... Le black… Le métis…
Julien prenait l'air le plus détaché possible.
_ Ah, Terence… Nan, je crois pas… je sais pas…
— Dis Juju, y a une soirée. Y aura beaucoup de potes à moi, des gens de STAPS. Ça te dit de venir ?
Julien, assis sur son lit, un polycopié sur les genoux, releva la tête. La proposition l'étonna : d'un naturel très casanier et n'ayant que très peu - voire pas - d'amis, il n'était guère celui à qui l'on pensait à inviter. Solitaire et excessivement timide, son absence de vie sociale l'avait condamné à être une sorte de paria, et ce depuis le collège. Mais ce n'était pas une situation qui le dérangeait en rien, tant elle s'accordait avec son tempérament farouche.
— Euh, bah, je sais pas… j'ai pas vraiment la tête à ça ce soir.
— Allez, viens. T'es toujours enfermé dans ta chambre. Ça te fera du bien de sortir un peu !
Le jeune historien ne se voyait pas du tout mettre les les pieds dans une « soirée ». Une partie de lui voulait refuser nettement. L'idée de se retrouver au milieu de musiques auxquelles il ne connaissait rien, d'inconnus, avec lesquels il lui faudrait faire l'effort de discuter, de leurs rires trop forts et de leurs regards, lui serrait déjà la gorge. Mais une autre partie, plus faible, plus curieuse peut-être, n'arrivait pas à dire non.
— Oh fais pas chier, insista Alexandre. Franchement, tu viens…
— Je sais pas… j'ai plein de boulot.
— Allez merde ! Te fais pas prier !
Cette obstination d'Alexandre acheva de convaincre le jeune homme.
_ D'accord. J'viens, finit-il par dire avec peu d'enthousiasme.
Alexandre sourit, content, et tapa deux fois sur le chambranle avant de repartir.
_ Cool. On se retrouve à vingt heures en bas.
Et il allait quitter les lieux lorsqu'une question de Julien, d'apparence anodine, l'arrêta :
_ Et euh… y aura ton pote ?
_ Lequel ?
_ Le gars qui vient des fois chez toi... Le black… Le métis…
Julien prenait l'air le plus détaché possible.
_ Ah, Terence… Nan, je crois pas… je sais pas…
La soirée se déroulait dans un appartement trop petit, trop bruyant et déjà plein quand ils arrivèrent. Des groupes se formaient et se reformaient dans le salon, dans la cuisine, dans le couloir. Julien trouva la musique trop puissante, la chaleur étouffante. Des bruits de conversations ou des rires gras l'envahirent dès la porte franchie. Alexandre, de son côté, semblait dans son élément ! Il connaissait tout le monde et, dès son entrée dans l'appartement, il fut immédiatement absorbé par l'ambiance, englouti par un groupe de jeunes gens qui souriaient et parlaient fort. Des mecs lui tapèrent dans le dos, des filles lui firent la bise, quelqu'un lui tendit une bière avant même qu'il ait eu le temps d'enlever sa veste. Julien, lui, resta un pas en arrière. Alexandre, tout au contraire, était très à son aise. Il avait mis un t-shirt sombre parfaitement coupé qui collait à ses épaules et à sa poitrine, un jean clair et des baskets blanches impeccables. Ses cheveux blonds, encore un peu humides, étaient soigneusement ébouriffés. Julien l'observait : il était beau, si confiant ! Rien à voir avec lui, qui se trouvait mal fagoté. Il avait enfilé un vieux sweat trop large, « pour faire cool », un jean un peu défraîchi et des tennis sans marque. Ses lunettes lui donnaient un air encore plus gauche. Décidément, à côté d'Alexandre, il faisait tache.
Les présentations furent rapidement faites. Julien détesta cet instant, où il se trouvait au contact d'un groupe d'amis d'Alexandre, qu'il trouva tous très beaux, solaires, ou simplement à bien plus l'aise que lui. Une fille donna le change, faisant mine d'avoir la curiosité de s'intéresser à lui :
_ T'es en quoi, toi ?
_ En histoire. En L2, répondit sommairement l'étudiant.
_ Ah ouais… histoire… ça doit pas être évident…
_ Non, ça va.
La conversation tourna court, Julien ne trouvant rien à ajouter d'autre. Un grand type en chemise repassée lança alors :
_ En fait t'es un intello, quoi. T'inquiète pas : nous ici, on est tous des cons !
Tous éclatèrent de rire. Julien se força lui-même à sourire. Il aurait tant voulu être ailleurs ! Un autre mec aux épaules larges le toisa de haut en bas avec un sourire narquois et dit :
_ En histoire, c'est drôle. Moi je croyais que tu faisais des études dans le mannequinat. Ou dans la mode, genre…
_ Bah non, répondit naïvement Julien.
_ J'avoue. Je le vois trop en personal shopper ! s'exclama une fille brune, aux cheveux très longs. Une certaine Linda, que Julien trouva fort belle.
_ Grave ! Ou alors sosie de Brad Pitt !
C'était un concours de vacheries. Le jeune historien se demandait quand s'arrêterait ce jeu de massacre dont il était la victime, incapable de se défendre.
_ Après, il est mignon. Le côté nerd, en vrai ça peut plaire à des meufs, conseilla une autre fille très bronzée, bière à la main.
La bienveillance ironique amusa beaucoup : à nouveau, tous partirent du même grand éclat de rire. Alexandre lui aussi s'esclaffait, sans méchanceté apparente. Ce rire de son ami fut un coup de poignard pour Julien : Alexandre participait à la curée ! Finalement, amusé, le sportif finit par dire :
_ Laissez-le tranquille, bande de cons. Il est cool.
Mais le ton était trop léger pour être véritablement sincère ou convaincant. Les regards amusés continuaient de glisser sur Julien, le détaillant, le jugeant. Il sentit ses oreilles brûler. Il aurait voulu disparaître dans le mur. Puis, comme lassés, les amis d'Alexandre abandonnèrent l'historien et les conversations reprirent, sur d'autres sujets. Il en fut soulagé.
Finalement, il se fit servir un Orangina éventé, serra son gobelet entre ses doigts et se colla près d'un mur, à l'écart. Personne ne lui parla. Un ou deux regards polis glissèrent sur lui, un sourire vague, puis les gens repartaient vers d'autres. Il était transparent. Comme toujours. Le temps passa. Une heure. Peut-être plus. Le garçon finit son premier verre, puis une deuxième. Il se sentait de plus en plus seul, de plus en plus hors de place. Autour de lui, l'appartement vibrait. La musique était trop forte, les corps trop proches. Partout, ça parlait fort, ça riait. Par petits groupes, les gens discutaient. Mais personne ne s'intéressait à lui. Pire : il avait même l'impression que certains le regardaient, chuchotaient quelques plaisanteries et s'amusaient à ses dépens. Il eut une envie de pleurer. Il chercha Alexandre du regard, comme pour trouver son aide. Il le trouva facilement : le blond était au centre d'un petit groupe, une bière à la main, en train d'amuser l'assistance, et notamment Linda, la fille brune aux cheveux longs qui s'était moquée de lui. Le sportif riait fort, gesticulait, touchait les gens sans y penser. À un moment, Julien le vit se pencher vers la fille brune, lui parler à l'oreille. Elle rit bêtement et Alexandre posa une main dans son dos, riant encore plus fort. À cet instant, Julien trouva son ami ridicule ! « Le coquelet dans la basse-cour. Quel con... »
Puis, au bout de deux heures, l'atmosphère s'échauffa. L'air était chargé, il faisait étouffant dans l'appartement. Et l'alcool coulait à flot. Certains étaient presque bourrés ! Les conversations s'animaient, s'envenimaient même, les rires étaient bien plus bruyants. La retenue avait disparu. Julien errait parmi les silhouettes, auxquelles il restait indifférent. Curieux, il observait. Il vit un couple s'embrasser dans l'embrasure de la cuisine, sans aucune gêne. Plus loin, un mec dansait, passait son bras autour de la taille d'une fille et l'attirait contre lui, tandis que, dans le canapé, deux autres avaient les mains glissées sous les vêtements. La musique couvrait les soupirs. Julien détourna les yeux, honteux. Autour de lui, les gens se désiraient, se choisissaient et lui restait planté là. Il n'appartenait pas à ce monde.
Bousculé par les gens, Julien s'engagea dans un couloir enfumé. Ses yeux finirent par être happés par l'imposante stature d'Alexandre. Il s'était isolé avec Linda dans un coin d'une chambre à demi-éclairée. La porte restait malgré tout grande ouverte et les allées et venues des uns et des autres ne cessaient pas. Depuis le couloir, Julien sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine. Alexandre parlait maintenant tout près de l'oreille de la fille. Elle riait moins, écoutait davantage. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. La main d'Alexandre était remontée un peu plus haut dans son dos. Puis, sans prévenir, il l'embrassa. Ce ne fut pas un baiser discret, mais franc et un peu long, les lèvres d'Alexandre appuyées contre celles de la fille, ses doigts glissés dans ses cheveux. Elle répondit. Autour d'eux, personne ne semblait particulièrement surpris.
Seul Julien restait figé. Il ne voyait plus que ces lèvres, les mêmes lèvres qui, la veille encore, avaient été autour de sa queue, qui avaient avalé son sperme, posées maintenant sur celles d'une inconnue. Une tristesse lourde lui monta à la gorge et le bruit de la soirée parut s'éloigner d'un coup. Il posa son gobelet n'importe où, se fraya un chemin entre les corps sans regarder personne, et sortit de l'appartement. Dehors, l'air frais lui frappa le visage. Il s'éloigna de quelques mètres, s'adossa contre un mur, et ferma les yeux. Des larmes coulèrent contre ses joues. Personne ne l'avait vu partir.
Les présentations furent rapidement faites. Julien détesta cet instant, où il se trouvait au contact d'un groupe d'amis d'Alexandre, qu'il trouva tous très beaux, solaires, ou simplement à bien plus l'aise que lui. Une fille donna le change, faisant mine d'avoir la curiosité de s'intéresser à lui :
_ T'es en quoi, toi ?
_ En histoire. En L2, répondit sommairement l'étudiant.
_ Ah ouais… histoire… ça doit pas être évident…
_ Non, ça va.
La conversation tourna court, Julien ne trouvant rien à ajouter d'autre. Un grand type en chemise repassée lança alors :
_ En fait t'es un intello, quoi. T'inquiète pas : nous ici, on est tous des cons !
Tous éclatèrent de rire. Julien se força lui-même à sourire. Il aurait tant voulu être ailleurs ! Un autre mec aux épaules larges le toisa de haut en bas avec un sourire narquois et dit :
_ En histoire, c'est drôle. Moi je croyais que tu faisais des études dans le mannequinat. Ou dans la mode, genre…
_ Bah non, répondit naïvement Julien.
_ J'avoue. Je le vois trop en personal shopper ! s'exclama une fille brune, aux cheveux très longs. Une certaine Linda, que Julien trouva fort belle.
_ Grave ! Ou alors sosie de Brad Pitt !
C'était un concours de vacheries. Le jeune historien se demandait quand s'arrêterait ce jeu de massacre dont il était la victime, incapable de se défendre.
_ Après, il est mignon. Le côté nerd, en vrai ça peut plaire à des meufs, conseilla une autre fille très bronzée, bière à la main.
La bienveillance ironique amusa beaucoup : à nouveau, tous partirent du même grand éclat de rire. Alexandre lui aussi s'esclaffait, sans méchanceté apparente. Ce rire de son ami fut un coup de poignard pour Julien : Alexandre participait à la curée ! Finalement, amusé, le sportif finit par dire :
_ Laissez-le tranquille, bande de cons. Il est cool.
Mais le ton était trop léger pour être véritablement sincère ou convaincant. Les regards amusés continuaient de glisser sur Julien, le détaillant, le jugeant. Il sentit ses oreilles brûler. Il aurait voulu disparaître dans le mur. Puis, comme lassés, les amis d'Alexandre abandonnèrent l'historien et les conversations reprirent, sur d'autres sujets. Il en fut soulagé.
Finalement, il se fit servir un Orangina éventé, serra son gobelet entre ses doigts et se colla près d'un mur, à l'écart. Personne ne lui parla. Un ou deux regards polis glissèrent sur lui, un sourire vague, puis les gens repartaient vers d'autres. Il était transparent. Comme toujours. Le temps passa. Une heure. Peut-être plus. Le garçon finit son premier verre, puis une deuxième. Il se sentait de plus en plus seul, de plus en plus hors de place. Autour de lui, l'appartement vibrait. La musique était trop forte, les corps trop proches. Partout, ça parlait fort, ça riait. Par petits groupes, les gens discutaient. Mais personne ne s'intéressait à lui. Pire : il avait même l'impression que certains le regardaient, chuchotaient quelques plaisanteries et s'amusaient à ses dépens. Il eut une envie de pleurer. Il chercha Alexandre du regard, comme pour trouver son aide. Il le trouva facilement : le blond était au centre d'un petit groupe, une bière à la main, en train d'amuser l'assistance, et notamment Linda, la fille brune aux cheveux longs qui s'était moquée de lui. Le sportif riait fort, gesticulait, touchait les gens sans y penser. À un moment, Julien le vit se pencher vers la fille brune, lui parler à l'oreille. Elle rit bêtement et Alexandre posa une main dans son dos, riant encore plus fort. À cet instant, Julien trouva son ami ridicule ! « Le coquelet dans la basse-cour. Quel con... »
Puis, au bout de deux heures, l'atmosphère s'échauffa. L'air était chargé, il faisait étouffant dans l'appartement. Et l'alcool coulait à flot. Certains étaient presque bourrés ! Les conversations s'animaient, s'envenimaient même, les rires étaient bien plus bruyants. La retenue avait disparu. Julien errait parmi les silhouettes, auxquelles il restait indifférent. Curieux, il observait. Il vit un couple s'embrasser dans l'embrasure de la cuisine, sans aucune gêne. Plus loin, un mec dansait, passait son bras autour de la taille d'une fille et l'attirait contre lui, tandis que, dans le canapé, deux autres avaient les mains glissées sous les vêtements. La musique couvrait les soupirs. Julien détourna les yeux, honteux. Autour de lui, les gens se désiraient, se choisissaient et lui restait planté là. Il n'appartenait pas à ce monde.
Bousculé par les gens, Julien s'engagea dans un couloir enfumé. Ses yeux finirent par être happés par l'imposante stature d'Alexandre. Il s'était isolé avec Linda dans un coin d'une chambre à demi-éclairée. La porte restait malgré tout grande ouverte et les allées et venues des uns et des autres ne cessaient pas. Depuis le couloir, Julien sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine. Alexandre parlait maintenant tout près de l'oreille de la fille. Elle riait moins, écoutait davantage. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. La main d'Alexandre était remontée un peu plus haut dans son dos. Puis, sans prévenir, il l'embrassa. Ce ne fut pas un baiser discret, mais franc et un peu long, les lèvres d'Alexandre appuyées contre celles de la fille, ses doigts glissés dans ses cheveux. Elle répondit. Autour d'eux, personne ne semblait particulièrement surpris.
Seul Julien restait figé. Il ne voyait plus que ces lèvres, les mêmes lèvres qui, la veille encore, avaient été autour de sa queue, qui avaient avalé son sperme, posées maintenant sur celles d'une inconnue. Une tristesse lourde lui monta à la gorge et le bruit de la soirée parut s'éloigner d'un coup. Il posa son gobelet n'importe où, se fraya un chemin entre les corps sans regarder personne, et sortit de l'appartement. Dehors, l'air frais lui frappa le visage. Il s'éloigna de quelques mètres, s'adossa contre un mur, et ferma les yeux. Des larmes coulèrent contre ses joues. Personne ne l'avait vu partir.
Presque minuit. Julien rentra vite à la résidence, courant pour ne pas rater le dernier métro. Lorsqu'il arriva enfin, lassé, les couloirs étaient silencieux, à peine éclairés par les néons blafards. Il monta les escaliers sans faire de bruit, passa devant la porte d'Alexandre sans s'arrêter, et s'enferma dans sa chambre. Il s'adossa un instant contre la porte fermée, les yeux clos. La tristesse de la soirée était encore là, lourde, mélangée à une frustration sourde qui lui serrait le ventre.
Il se laissa tomber sur le lit sans même allumer la lumière. Pendant plusieurs minutes, il resta immobile, le regard perdu dans le noir. Puis, lentement, il sortit son téléphone. L'écran s'alluma. Les anciens messages de Prince_972 étaient toujours là. Non lus depuis la veille. Julien les parcourut du pouce, le cœur un peu trop rapide. Puis, après une longue hésitation, il ouvrit la conversation et tapa.
Il se laissa tomber sur le lit sans même allumer la lumière. Pendant plusieurs minutes, il resta immobile, le regard perdu dans le noir. Puis, lentement, il sortit son téléphone. L'écran s'alluma. Les anciens messages de Prince_972 étaient toujours là. Non lus depuis la veille. Julien les parcourut du pouce, le cœur un peu trop rapide. Puis, après une longue hésitation, il ouvrit la conversation et tapa.
Quelques secondes passèrent. Puis une minute. Puis deux. Julien fixait l'écran, presque malgré lui. Enfin, les trois points de suspension apparurent.
Julien mordilla l'intérieur de sa joue. Il réfléchit quelques secondes, puis répondit :
Il y eut une courte pause. Puis :
Julien regarda le plafond sombre de sa chambre. Dehors, un peu plus loin dans le couloir, une porte claqua. Il repensa aux lèvres d'Alexandre sur celles de cette fille. Cette pute de Linda. À la chaleur de sa bouche la veille. À tout ce qu'il n'avait pas dit. Ses doigts recommencèrent à bouger sur l'écran.
La réponse arriva presque tout de suite.
Julien hésita une seconde. Puis, poussé par la frustration et par la tension, il écrivit :
Il y eut un petit temps. Puis :
Le Jeune historien glissa une main vers son sexe, qu'il trouva à moitié dure. Il lr serra lentement pendant qu'il attendait la réponse de Terence.
Un frisson parcourut Julien. Il accéléra le mouvement de sa main. C'était bon : plus qu'une excitation, il éprouvait un soulagement de tout son être. Enfin, il respirait. Et tandis qu'il se masturbait, son interlocuteur poursuivait :
« Oh oui… Vas-y, Alexandre, songea Julien, suce-moi… Suce-moi encore comme tu l'as fait… Prends ma bite dans ta bouche ! S'il te plaît Alex... »
Ce dernier message fit gémir Julien tout bas, dans le silence de sa chambre. Est-ce qu'Alexandre aurait fait cela ? Oh oui, oui : les lèvres amoureuses du jeune blond seraient allées jusque là, jusqu'à l'intimité de Julien. Sans pudeur, celui-ci se serait offert à son amant, qui aurait embrassé et léché son anus avec une gourmandise sale. Sa main lâcha son sexe bandé et glissa plus bas, passa entre ses fesses et effleura son trou avec le bout de l'index. Il était sec, sensible. Il appuya un peu, juste assez pour sentir la pression.
Julien ferma les yeux. Son doigt, entre ses fesses, s'enfonça un peu plus, tourna autour de l'anneau. Une pointe de plaisir lui monta le long du dos. Il se mordit la lèvre. Ce n'était plus les mots de Terence qu'il lisait, mais bien la voix chaude d'Alexandre qu'il pouvait entendre. C'étaient les mains larges d'Alexandre qui l'écartaient ; sa bouche chaude qui se posait contre son trou ; sa langue qui le léchait avec la même lenteur avide qu'elle avait eue autour de sa queue la veille. L'image le frappa si fort qu'il en soupira fort. Véritablement, à cet instant, il ne dialoguait plus Prince_972, car c'était Alexandre, à genoux derrière lui, qui lui ouvrait le cul.
Le jeune homme porta deux doigts à sa bouche. Il les humecta abondamment de salive, les enduisit bien, puis les ramena entre ses fesses. Il poussa d'abord l'index, puis le majeur. Cette fois, l'entrée fut étonnamment plus facile. Il s'enfonça jusqu'à la jointure, puis encore plus loin, jusqu'à ce que ses doigts disparaissent presque entièrement. La sensation lui arracha un gémissement de plaisir. Son trou se serrait autour de ses doigts. Autour des doigts d'Alexandre, de la bite d'Alexandre.
« Vas-y Alexandre ! Fais-moi l'amour ! Baise-moi ! Encule-moi ! » Julien se doigtait maintenant à fond, sur un rythme régulier. Il se branlait le cul, mais dans son esprit, c'était le sexe d'Alexandre qui était en lui. Il l'imaginait épais, lourd, s'enfonçant lentement en lui jusqu'à le remplir complètement. Oui, Alexandre le pénétrait et chaque va-et-vient de ses doigts devenait un coup de reins du sportif. Il sentait presque le poids du corps immense de son ami contre le sien, son souffle chaud dans son cou, les mains larges qui lui tenaient les hanches. Son trou se serrait alors autour de ses doigts, comme s'il voulait vraiment retenir cette grosse queue imaginaire.
Se surprenant à soupirer le prénom d'Alexandre, Julien se branlait le cul comme un damné.Sa salive avait séché, mais il n'en avait plus rien à faire. Ses deux doigts ressortaient, puis replongeaient plus fort, plus vite. Alexandre, les mains agrippées à ses hanches, faisait claquer ses reins contre ses fesses et l'emplissait, le baisait sauvagement. Les messages de Terence tombaient les uns après les autres, de plus en plus crus, de plus en plus précis. Chaque phrase le faisait bondir, et Julien réalisa qu'il était en train de perdre le contrôle. Encore.
Julien revint à la réalité. La frustration de la soirée, les moqueries, le baiser d'Alexandre, Linda, et les jours précédents. tout remontait d'un coup. Il avait besoin de reprendre le dessus. Besoin de sentir qu'il n'était pas seulement celui qu'on humiliait. Ce n'était pas uniquement le refus de laisser faire : il éprouva un désir mauvais d'être, pour une fois au moins, celui qui tirait les ficelles, celui qui dominait et qui dirigeait la situation. Il fallait qu'il ait, à ce moment, l'ascendant sur Terence. Alors, brusquement, le cœur battant à tout rompre et les doigts encore enfoncés en lui, il s'arrêta de se toucher et sa main gauche tapa d'une traite plusieurs messages brefs :
Les trois points de suspension apparurent, disparurent, réapparurent. Julien fixait l'écran, le souffle court, le corps tendu, attendant.
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