Lesbiennes
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Cours de droit... Privé — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cours de droit... Privé
Chapitre 2
Les cours s'enchaînent.
Et les sourires discrets aussi.
Les autres étudiants ne voient rien. Moi, je sens chaque nuance, chaque changement s'opérer à mesure de nos contacts : la tension dans sa mâchoire lorsqu'elle répond à l'une de mes questions, son regard insistant, posé sur moi quand je me penche sur un devoir sur table, le frôlement de sa main fine contre la mienne lorsqu'elle me tend un document, comme un accident, mais... avec un poids presque volontaire...
Chaque geste minime me laisse électrique.
Un jour, elle annonce une sortie au tribunal. La possibilité de visiter le palais de justice, de découvrir son architecture et le contexte historique dans lequel il a été conçu.
Tout en ayant l'occasion de pouvoir assister à de vrais procès...!
Évidemment, réaliser une telle sortie à "150 étudiants", ce n'est pas vraiment possible... Alors :
— Ceux qui veulent venir s'inscrivent sur cette feuille, nous annonce la prof en tenant au-dessus de sa tête un document imprimé. Il y aura trois sessions, donc réservez votre place. Vous trouverez la liste d'inscription sur le bureau.
Elle pose la feuille au coin de sa table, et poursuit son cours. À la fin de l'heure, quand les autres étudiants commencent à sortir, certains d'entre eux se ruent vers la prof pour s'inscrire à la sortie au tribunal. Pas tout l'amphithéâtre, mais une bonne quantité de personnes quand même.
J'essaie de me frayer un passage entre eux, mais je suis plus petite, peut-être même plus insignifiante et j'ai peur qu'on ne me remarque pas. Quand le devant du bureau se vide des étudiants, je remarque que la liste est déjà bien remplie, voire complète, et j'ai peur d'avoir perdu ma place.
— Zélie, lâche Madame Casal sans même me regarder alors qu'elle range son ordinateur portable dans sa sacoche. Vous venez, évidemment ?
— J'aurais aimé, mais je ne suis pas sûre qu'il reste la possibilité de rajouter un nom à la liste...
La prof baisse la tête et observe le document, assez satisfaite de voir l'engouement des étudiants pour cette sortie.
— En effet, dit-elle. Heureusement que le vôtre y est déjà.
J'ai un blanc, l'espace d'un instant. Un vide sidéral qui s'opère dans ma tête et me laisse sans pensée ni voix.
Et mes yeux accrochent son sourire.
Le sourire de la prof.
Je comprends qu'il y a un sous-entendu.
Machinalement, comme si mon corps parlait tout seul, je me rapproche et donne un coup d'œil à la liste.
Là, je reste stupéfaite. Incrédule. Pas uniquement parce qu'il y a mon nom en tête, mais parce que ce n'est pas moi qui l'y ai mis.
Et... Cette façon de façonner les lettres, cette écriture italique et franche, ces ''o'' un peu écrasés et cette boucle élégante du ''s''...
Je lève les yeux vers le tableaux, sur lequel la prof a écrit plus tôt.
C'est la même police cursive.
Je baisse les yeux, cette fois, dans les siens. Devant mon interrogation interminable, elle se sent obligée de se justifier.
— J'ai pensé que ça vous intéresserait, Zélie, me murmure-t-elle un peu confuse. J'ai pris cette initiative sans vous consulter avant et ceci vous embarrasse peut-être. Je peux retirer votre nom, ou vous laisser l'inscrire vous-même, si vous préférez...
— Non, non, c'est très bien ! je m'empresse de lui assurer. Je suis un peu surprise, c'est tout. Enfin... Plutôt... Flattée que vous ayez pensé à moi.
— Mais je pense souvent à vous, Zélie, me réplique-t-elle.
QUOI ?
La violence de sa remarque m'ébranle tellement que j'en frôle le malaise.
Sueurs froides.
Palpitation.
Nausées.
Vertiges.
Je cligne des yeux trois fois, le temps de reprendre mes esprits et, je lâche cette phrase, sans trop savoir pourquoi.
Ce "je pense beaucoup à vous, moi aussi" précipité qui amorce ce moment où je tourne les talons et prends mes jambes à mon cou.
Bordel... Pourquoi je la fuis...?!
...
"Rendez-vous sur place, devant l'entrée du Palais de justice''.
Ce mot est accroché depuis des jours sur le tableau d'affichage de ma promo, là où les profs et autres membres de la fac nous communiquent bon nombre d'infos.
Celui-ci, c'est Madame Casal qui l'a mis, accompagné de l'adresse du bâtiment, aussi...
... De son mail, "pour toutes questions".
J'ai pris cette affiche en photo. Elle est un peu ma boussole pour retrouver le groupe, qui attend déjà devant la façade.
Je rejoins les autres étudiants, qui discutent, fument ou scrollent sur leur téléphone.
L'ambiance est sympa. Je parle un peu avec eux, jusqu'à l'arrivée de la prof.
Fine, élégante, prestigieuse dans son trench noir et son pantalon rayé, elle avance vers nous avec cette assurance calme qui impose le silence sans jamais le demander.
— Bonjour à tous.
Sa voix est claire. Posée.
Quelques étudiants se redressent aussitôt.
Moi aussi.
Elle jette un regard circulaire sur le groupe, rapide mais précis, comme si elle nous comptait sans en avoir l'air. Puis elle enchaîne naturellement :
— On va commencer doucement. Je vous explique.
Je me surprends à me rapprocher d'un demi-pas.
Elle parle de la visite du palais de justice, du fonctionnement des salles, du déroulement des audiences. C'est clair, structuré… comme de l'art.
Mais quand elle glisse vers le droit historique, détaillant des anecdotes méga intéressantes, mon attention se verrouille complètement.
Elle raconte.
Les anciennes procédures.
Les absurdités juridiques d'un autre siècle.
Les logiques d'époque.
Je prends des notes, oui.
Mais surtout, je l'écoute.
La façon dont elle choisit ses mots.
La précision tranquille de ses phrases.
Ce petit pli au coin de sa bouche quand elle évoque une incohérence historique.
Je réalise, avec un léger malaise dans la poitrine, que je pourrais l'écouter pendant des heures.
...
La visite du palais de justice est dense.
Les couloirs sont froids, chargés d'une odeur de pierre. Nos pas résonnent doucement sur le sol. Elle marche devant nous, rythme régulier, sans jamais se presser.
Je reste pas loin.
Pas collée.
Mais… pas loin.
Quand elle s'arrête pour nous montrer une ancienne salle d'audience, je me penche légèrement pour mieux entendre.
Erreur.
Son parfum me frôle.
Quelque chose de propre, mais discret, qui me fait bouillir le sang et m'attire comme une abeille avec du pollen.
Je me redresse aussitôt.
Nos yeux se croisent.
Nos souffles se coupent.
Elle m'a cramée... Elle m'a carrément cramée en train de la sniffer comme un rail de coke...
Vient le procès.
On s'installe au fond de la salle, occupant deux rangées de strapontins. L'air est plus pesant ici. Les étudiants se tassent, chuchotent encore un peu avant que le silence s'impose.
Je regarde la barre, les magistrats, les avocats. Tout est impressionnant. Tout est...
Malgré moi, mon regard glisse parfois vers elle. Comme aimanté.
Elle, elle est immobile, et surtout calme. Pas comme moi qui tressaille nerveusement du genou, ou rabats machinalement mes cheveux derrière mes oreilles.
Elle, elle est toujours placide.
Dos droit.
Mains posées sur les cuisses.
Regard attentif, professionnel.
Intouchable.
On voit le jugement de plusieurs personnes. Jeunes, moins jeunes, tous pincés pour des petits délits. Ou... Des choses plus discutables, comme des violences conjugales.
Quand l'audience se termine, la tension retombe d'un coup.
On sort de la salle. La prof nous fait un petit bilan de la sortie, nous remercie pour notre présence et notre discrétion, et espère qu'on a appris des choses. Tout le monde a trouvé ça super intéressant, unanimement.
La prof sourit et nous salue.
Son dernier regard est pour moi.
Dehors, le groupe explose en discussions.
— Franchement, le procureur… Il a abusé.
— Vous avez vu l'avocat ? Comment tu peux défendre un homme qui bat sa femme ?
— On va boire un verre ?
Les téléphones ressortent. Une cigarette s'allume. Deux étudiants commencent déjà à s'éloigner en riant.
Moi, je reste un peu en retrait.
Je fais semblant de vérifier mon sac.
En vrai… je redescends doucement.
J'essaie, du moins.
Quand le groupe se dissipe progressivement, je me sens à nouveau seule. Très seule. Je préfère prendre la tangente à mon tour, direction, la station de tram pour rentrer chez moi.
— Zélie ?
Une voiture ralentit, près du trottoir, et s'arrête en double file.
Le conducteur m'observe.
Enfin, la conductrice.
Madame Cazal.
Elle demande, simplement :
— Vous rentrez ?
Question banale. Évidente.
Mais mon cerveau bug une demi-seconde.
— Oui… en tram. Il me dépose en banlieue, au niveau des cités U.
Je déteste le petit flottement dans ma voix. L'hésitation. Ce manque de confiance en moi palpable qui s'accentue dès que je lui parle.
Un silence très court passe entre nous.
Elle incline légèrement la tête, comme si elle prenait le temps de réfléchir.
— Je peux vous raccompagner, si vous voulez. Je passe par là.
Mon estomac se serre.
Elle dit ça comme si c'était administratif.
Comme si ce n'était rien, ou banal. Un truc léger qui n'a rien à voir avec l'accélération monstrueuse que se tape mon cœur.
— …Oui, pourquoi pas... Enfin... si ça ne vous dérange pas.
Un infime mouvement au coin de sa bouche.
Son demi-sourire enivrant.
— Pas du tout.
Elle se penche déjà pour m'ouvrir la portière, d'un geste naturel, comme si la décision était prise depuis longtemps de son côté.
Alors... Je monte.
Je m'installe dans la voiture en essayant d'avoir l'air normale.
La portière se referme avec un bruit sourd qui me coupe du reste du monde. L'habitacle est calme, presque feutré. Ça sent son parfum, mêlé à une odeur légère de cuir.
La portière se referme avec un bruit sourd qui me coupe du reste du monde. L'habitacle est calme, presque feutré. Ça sent son parfum, mêlé à une odeur légère de cuir.
Madame Cazal démarre tranquillement.
Ses gestes sont précis. Économes. Comme toujours.
Moi, je fixe mes mains une seconde de trop avant d'oser regarder par la fenêtre.
Ses gestes sont précis. Économes. Comme toujours.
Moi, je fixe mes mains une seconde de trop avant d'oser regarder par la fenêtre.
Respire, Zélie...
Pendant quelques minutes, on roule en silence.
Pas un silence vraiment gênant... Mais un silence plein de sous-entendus.
Pas un silence vraiment gênant... Mais un silence plein de sous-entendus.
Puis elle parle, les yeux sur la route :
— Alors… qu'est-ce que vous avez pensé des audiences ?
Sa voix est douce. Mais il y a cette attention dedans. Cette vraie curiosité.
Je me redresse un peu.
Je me redresse un peu.
— Franchement… j'ai été surprise.
Elle tourne légèrement la tête vers moi, sans quitter la route des yeux.
— Ah oui ?
Je prends une inspiration.
— Oui. Je… je m'attendais pas à voir autant d'accusés issus de milieux… modestes. Enfin… pauvres ou très classe moyenne.
Je grimace un peu.
— C'était frappant.
Un petit silence tombe.
Je me demande un instant si j'ai dit une bêtise.
Puis elle hoche lentement la tête.
Je me demande un instant si j'ai dit une bêtise.
Puis elle hoche lentement la tête.
— C'est vrai.
Mon cœur fait un petit bond idiot.
Elle continue, toujours calme :
Elle continue, toujours calme :
— Et selon vous… pourquoi ?
La question me laisse sans voix. Elle n'est pourtant pas compliquée, mais... C'est d'affronter son regard, qui l'est.
La peur d'être jugée.
La peur d'être jugée.
— Je… enfin…
Je cherche mes mots, les mains un peu crispées sur mon sac.
— Je pense que… les conditions de vie jouent beaucoup. La pression sociale. La précarité…
Je déglutis.
— Quand on a moins d'options, moins de sécurité, faim, en difficulté pour payer son loyer, les frais médicaux... Ou à cause de traumatismes, peut-être que certains finissent par faire des actes désespérés pour s'en sortir... Ou parce qu'ils n'ont pas appris à faire autrement.
Ma voix est plus basse à la fin.
Plus sincère aussi.
Le silence qui suit est court.
Puis elle sourit.
Toujours ce petit sourire contrôlé.
Plus sincère aussi.
Le silence qui suit est court.
Puis elle sourit.
Toujours ce petit sourire contrôlé.
— C'est une très bonne analyse, Zélie.
La chaleur me monte directement aux joues.
Elle continue, posée :
Elle continue, posée :
— En tant qu'avocat - ou futur avocat, c'est essentiel de faire ça. Ne pas seulement voir l'infraction… mais comprendre le contexte dans lequel elle naît.
Ses doigts ajustent légèrement le volant.
— La délinquance ne fleurit pas dans le vide.
Je bois ses paroles.
Comme d'habitude.
Comme d'habitude.
— Ça ne veut pas dire qu'il faut excuser, évidemment, ajoute-t-elle doucement. Mais comprendre… ça change tout dans la façon de défendre.
Je hoche la tête, incapable de cacher à quel point je suis accrochée à chacun de ses mots.
Elle marque une petite pause, puis ajoute :
Elle marque une petite pause, puis ajoute :
— Et attention à une chose.
Je tourne la tête vers elle.
— Les classes aisées sont jugées aussi.
Son regard glisse brièvement vers moi.
— Mais elles ont souvent de meilleurs moyens pour se défendre. Meilleurs avocats. Meilleure stratégie. Parfois… meilleure discrétion.
Un frisson me traverse.
Je murmure :
Je murmure :
— Oui… je vois. Il n'y en a pas forcément moins, alors.
— "Moins", "Autant", "Plus", je ne sais pas. Mais il y en a, et des délits et crimes tout aussi graves. Le confort ne comble pas tout.
— "Moins", "Autant", "Plus", je ne sais pas. Mais il y en a, et des délits et crimes tout aussi graves. Le confort ne comble pas tout.
Je l'observe.
La concentration dans ses traits.
La ligne nette de sa mâchoire.
La façon dont sa voix reste calme même quand elle parle d'injustice.
L'air dans la voiture devient étouffant. J'ai chaud, tout à coup.
La concentration dans ses traits.
La ligne nette de sa mâchoire.
La façon dont sa voix reste calme même quand elle parle d'injustice.
L'air dans la voiture devient étouffant. J'ai chaud, tout à coup.
On arrive déjà devant les cités universitaires.
Trop vite.
Elle ralentit, puis se gare proprement le long du trottoir.
Le moteur tourne encore quelques secondes.
Puis elle le coupe, et le silence retombe.
Puis elle le coupe, et le silence retombe.
Épais.
Je devrais descendre.
Vraiment.
Ma main bouge vers la poignée.
Mais…
Je ne bronche pas.
Elle non plus.
Je sens son regard sur moi.
Vraiment.
Ma main bouge vers la poignée.
Mais…
Je ne bronche pas.
Elle non plus.
Je sens son regard sur moi.
— Zélie ?
Ma gorge se serre.
Je me tourne vers elle.
Trop vite.
Trop près.
Trop "coup de tête".
Je ne réfléchis plus vraiment.
C'est comme si tout ce que j'ai retenu depuis le début de la journée lâchait d'un coup.
Un élastique qui pète.
Je me tourne vers elle.
Trop vite.
Trop près.
Trop "coup de tête".
Je ne réfléchis plus vraiment.
C'est comme si tout ce que j'ai retenu depuis le début de la journée lâchait d'un coup.
Un élastique qui pète.
Je me penche.
Je me rapproche.
Je mate sa bouche.
Et je l'embrasse.
Je me rapproche.
Je mate sa bouche.
Et je l'embrasse.
Juste une seconde.
Une putain de seconde définitive.
Une putain de seconde définitive.
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Commentaires ()
Ce n'est pas fluide, loin de là, c'est plus la quasi-panique d'une jeune fille déboussolée qui ne comprend pas de façon consciente et raisonnée ce qui lui arrive. Elle n'a pas le temps de se poser, elle vit le truc par flashes, par coups dans le ventre.
Intéressante approche.
Quel agreable façon d’ecrire vous avez
Vivement la suite et la découverte de ces deux charmantes femmes, la femme mature et la jeune, qui aura le plus de fougue ?