Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Fièvre animale — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Fièvre animale
Chapitre 2
La réunion se poursuit dans une atmosphère qui devient, minute après minute, d'une lourdeur proprement irrespirable. Autour de l'immense table de verre et d'acier, les voix des directeurs techniques et des responsables marketing de L'Écorce Bleue ne sont plus qu'un bruit de fond lointain, un bourdonnement dénué de sens pour mon cerveau en surchauffe.
Damian Vance a pris le contrôle de l'espace. Assis pile en face de moi à l'extrémité du plateau transparent, il domine l'assemblée de sa carrure athlétique, mais c'est son regard noir, absolu et sans faille, qui dicte le tempo de la pièce. Un regard qui ne me lâche pas. À chaque fois qu'il ouvre la bouche pour réorienter la stratégie de la maison, ses yeux se plantent dans les miens, y ancrant une tension sauvage, presque intolérable.
— La restructuration de notre processus créatif exige une synergie immédiate, déclare Damian, sa voix grave et rocailleuse faisant vibrer l'air du salon. Pour ce faire, les anciennes méthodes de cloisonnement entre la direction et l'évaluation sont abolies.
Il marque une pause volontaire. Ses coudes reposent sur le verre, ses longs doigts puissants croisés sous son menton. Son regard noir glisse lentement de mes yeux bleus embrasés par la fièvre jusqu'à mes lèvres entrouvertes, avant de remonter, verrouillant à nouveau mon intimité.
— Mon bureau de direction, au bout du couloir, dispose d'un espace considérable, poursuit-il sans ciller, ses yeux ancrés dans les miens. Un volume architectural immense qui permet d'y installer un second pôle de travail complet. J'ai donc décidé de réaménager ce bureau dès aujourd'hui pour le partager. Monsieur Diaz s'y installera avec moi.
Un murmure de surprise parcourt l'équipe senior. Partager le bureau du nouveau directeur général était un privilège — ou un fardeau — inédit. Mais Damian balaie l'agitation d'un simple geste de la main, ses narines, frémissant à peine, tandis qu'il continue de me fixer avec une insistance presque prédatrice.
— Nous allons travailler sur des accords d'une complexité absolue. Je vais avoir énormément besoin de lui, de son nez, de sa réactivité à chaque heure de la journée. Monsieur Diaz sera mon évaluateur exclusif.
À ces mots, mon cœur rate un nouveau battement, cognant violemment contre ma cage thoracique. L'idée de me retrouver enfermé des journées entières dans le même espace que cet homme, de respirer le même air confiné, déclenche une panique viscérale en moi. Sous la table, mes mains pressées contre mes cuisses moites tremblent si fort que je crains de faire vibrer le sol. L'odeur de Damian — ce sillage de cèdre brûlé, d'ambre noir et de oud pur qui s'est emparé de la pièce — semble s'intensifier à chaque promesse de proximité qu'il prononce. C'est un territoire chimique qui m'encercle, me coupe la respiration et exige ma reddition.
Pendant les quarante minutes qui suivent, la réunion se transforme en un long calvaire sensuel. Chaque intervention de Damian est un coup de boutoir contre mes défenses dévastées. Quand il parle de « soumettre les matières premières », ses yeux noirs appuient sur mes fêlures. Quand il évoque « une captation charnelle des molécules », sa voix descend d'une octave et je sens une nouvelle vague de chaleur liquide pulser douloureusement au bas de mon ventre, trempant intimement mes vêtements sous ma chemise. Ma peau est si douloureuse, si hypertrophiée par la fièvre, que le simple passage de l'air climatisé sur mon cou me donne des frissons électriques répétés.
Puis, le verdict tombe.
— Ce sera tout pour aujourd'hui, Messieurs. Laissez-nous, conclut Damian d'un ton sec, sans jamais détacher ses yeux de mon visage.
L'équipe senior se lève, rassemble ses dossiers dans un ballet de chaises et de bruits de pas qui me paraît étouffé, comme si j'étais plongé sous l'eau. Ils quittent le salon de création un à un. La lourde porte en chêne pivote à nouveau et se referme dans un clic sinistre.
Le piège se referme. Nous sommes seuls.
Le silence qui s'installe dans le grand salon de création est plus violent que le tumulte précédent. Damian Vance ne bouge pas immédiatement. Il reste assis, majestueux, sa silhouette sombre se découpant contre la lumière tamisée des toits de Grasse.
Puis, d'un mouvement fluide et mesuré, il se lève.
Chacun de ses pas brise la distance qui nous sépare. Un mètre. Puis moins d'un mètre. Il contourne l'immense table de verre et vient s'arrêter juste devant ma chaise. À cette distance critique, l'illusion de contrôle s'effondre totalement. La chaleur corporelle qu'il dégage me percute le visage comme le souffle d'un four en activité, transportant avec elle une concentration inouïe de son sillage animal.
Je lève des yeux écarquillés par la terreur vers lui, incapable de me lever, mes jambes étant totalement liquéfiées.
C'est alors que je remarque un détail qui me glace le sang, un phénomène purement biologique que mon esprit rationnel ne parvient pas à décoder. Les narines de Damian se dilatent subtilement, de manière répétée, aspirant avidement l'air que j'expire. Il ne respire pas, il traque. Il capte cette odeur bizarre, sucrée, rampante et terriblement lourde qui sourd de mon cou fiévreux depuis mon réveil.
Encore plus terrifiant : ses yeux changent. Ses pupilles noires, d'un coup, se rétractent en un infime point avant de s'ouvrir complètement, envahissant presque tout son iris, teintant son regard d'une lueur d'une possessivité farouche, implacable, sauvage. Ce n'est plus le regard d'un directeur. C'est le regard d'un maître inspectant sa propriété.
— Comment faites-vous cela... ? murmuré-je, la gorge nouée, desséchée par la fièvre. Vos narines... vos yeux... qu'est-ce que c'est ?
Damian se penche lentement vers moi, posant ses deux mains puissantes sur les bras de ma chaise, m'enfermant ainsi dans son espace personnel. Son sillage de cuir brut et de poivre noir concassé m'enveloppe jusqu'à la suffocation.
— Vous le sentez aussi bien que moi, Nate, murmure-t-il, sa voix grave vibrant contre ma peau sensible. Votre corps m'appelle. Cette odeur que vous sécrétez... elle est unique. Vous êtes en train de changer.
La panique me submerge. Je refuse de sombrer dans ce délire biochimique. Je dois me raccrocher aux conventions, à la réalité du monde professionnel, à n'importe quelle bouée de sauvetage rationnelle.
— Arrêtez... s'il vous plaît, Monsieur Vance, dis-je d'une voix tremblante mais que j'efforce de rendre ferme. Nous sommes... nous sommes au travail. Je ne vous connais pas. Vous êtes mon supérieur, rien de plus. Respectons les distances.
Un sourire presque imperceptible, cruel et fascinant, étire ses lèvres taillées dans le marbre. Il s'approche encore, ses narines frôlant presque la courbe de mon cou, là où mes artères battent à tout rompre.
— Au travail, Monsieur Diaz ? répète-t-il en insistant sur mon nom, son souffle chaud déclenchant une décharge électrique qui remonte le long de ma colonne vertébrale. Vous pensez vraiment que ce qui se joue ici est une question de travail ? Regardez-vous. Vous tremblez. Vous brûlez. Votre corps a déjà capitulé, même si vos lèvres essaient encore de mentir.
L'intensité de sa proximité, cette dominance absolue qui hurle à mon système nerveux en plein délire, devient insupportable. Un spasme vif contracte le bas de mon ventre, et un infime gémissement étouffé m'échappe. Damian l'entend. L'éclair de compréhension absolue dans son regard s'intensifie. Il sait que je suis à sa merci.
Profitant d'un mouvement où il se redresse légèrement, porté par un instinct de survie de pure panique, je me glisse hors de la chaise, brisant l'encerclement de ses bras.
— Je... je dois y aller. J'ai besoin d'air, balbutié-je en reculant, mes mains cherchant aveuglément mes affaires.
Sans attendre sa réponse, sans oser croiser une seconde de plus ce regard possessif qui me condamne, je tourne les talons et me rue vers la sortie.
Je pousse la porte en chêne et m'élance dans le couloir du troisième étage. Mes pas sont lourds, désordonnés, mes jambes fléchissant à chaque foulée. Je ne marche pas, je fuis une menace invisible mais incrustée au plus profond de mes propres cellules.
L'ascenseur est trop lent. Je me jette dans la cage d'escalier de secours, descendant les marches quatre à quatre, m'agrippant à la rampe métallique froide pour ne pas m'effondrer. Mon odorat, devenu complètement fou, cartographie tout l'environnement avec une acuité terrifiante. Je perçois l'odeur de la peinture fraîche sur les murs, le produit de nettoyage de la moquette, le métal des marches... mais tout cela est écrasé, annihilé par une rémanence olfactive intolérable.
La poignée de main.
Je regarde ma main droite, celle qui a glissé dans la sienne. L'odeur de Damian — ce cuir brut mêlé à la résine de oud pur — est restée incrustée sur ma peau. Elle s'est infiltrée dans mes pores, agissant comme un ancrage, un signal radio permanent qui continue de diffuser sa dominance directement dans mon cerveau. Je porte instinctivement ma main à mon visage, respirant son empreinte avec un mélange de terreur et d'extase honteuse, ce qui ne fait qu'attiser l'incendie qui me liquéfie les entrailles.
Arrivé au sous-sol, je pousse la porte des vestiaires et des laboratoires d'évaluation secondaires. C'est un endroit généralement désert à cette heure, un labyrinthe de carrelage blanc, de casiers métalliques et de tables en inox.
Je me rue vers le lavabo. J'ouvre l'eau froide à fond et j'en jette des poignées entières sur mon visage, sur mon cou, tentant désespérément de faire baisser cette fièvre biologique. Ma peau est rouge, brûlante. Je prends du savon liquide et je frotte frénétiquement ma main droite, essayant d'effacer le sillage de Damian Vance, de retrouver mon autonomie. Je frotte jusqu'à ce que ma peau soit douloureuse, presque à vif.
Mais l'odeur ne part pas. Elle semble sourdre de moi, s'être mélangée à ma propre moiteur.
Épuisé, à bout de souffle, je me laisse glisser le long des casiers métalliques, m'asseyant sur le sol de carrelage froid. Mes mains tremblent sur mes cuisses. Le nœud de chaleur liquide au bas de mon ventre pulse douloureusement, une nouvelle onde de moiteur me submergeant sous mes vêtements. Je me sens comme une proie acculée, une anomalie vivante que mon propre corps est en train de détruire.
Clac.
Le bruit, lointain mais distinct, de la porte d'entrée des vestiaires qui s'ouvre me fait sursauter. Mon cœur reprend sa course folle.
Chacun de ses pas est mesuré, fluide, empreint d'une assurance tranquille...
Je reconnais ce rythme. Je reconnais cette résonance. Mais plus que tout, je sens l'air ambiant se modifier. Le sillage de cèdre brûlé et d'ambre noir pénètre dans les vestiaires, chassant l'odeur de propre et de savon, saturant l'espace avec une rapidité surnaturelle.
Damian m'a suivi. Il n'a pas eu besoin de chercher, ni de demander son chemin. Il m'a traqué à l'odeur, guidé par ce flux d'informations invisibles à travers les couloirs et les escaliers de la maison de création. Il a suivi la trace sucrée et rampante que mon corps fiévreux laisse derrière lui comme une signature de capitulation.
Les bruits de pas se rapprochent de mon allée de casiers. L'ombre imposante du costume sur mesure de Damian s'allonge sur le carrelage blanc, venant mourir juste à mes pieds.
Je lève des yeux écarquillés par la panique. Il est là, debout, me dominant de toute sa stature athlétique, ses yeux noirs fixés sur moi, dépouillés de la moindre hésitation. Ses narines se dilatent à nouveau, humant l'air confiné du vestiaire où mon odeur s'est accumulée.
— Je vous ai dit que nous allions travailler de très près, Monsieur Diaz, dit-il d'une voix basse, presque intime, qui fait vibrer tout mon être. Vous ne pouvez pas fuir ce que vous êtes. Et vous ne pouvez pas me fuir.
Au fond de mon être altéré, la voix primitive et inaudible reprend son hurlement, exigeant ma capitulation totale face au prédateur qui se tient devant moi.
L'air confiné du vestiaire du sous-sol semble s'être figé sous le poids de la silhouette de Damian Vance. Debout, immense dans son costume anthracite, il bloque la seule issue. Son sillage de cèdre brûlé, d'ambre noir et de oud se déverse dans la pièce, terrassant l'odeur de propre et de savon que j'ai désespérément tenté de frotter sur ma peau. Mes doigts, encore mouillés par l'eau froide, s'ancrent dans le métal glacé du casier contre lequel je suis affalé. Je tremble de tout mon être, le corps secoué par cette fièvre biochimique que je ne contrôle plus.
Je lève des yeux écarquillés vers lui, la panique me donnant un sursaut de courage, une rage défensive alimentée par la peur.
— Qu'est-ce que vous entendez par là ? demandé-je, la voix étranglée par la colère et la peur. Dans le salon, vous avez dit : « Vous ne pouvez pas fuir ce que vous êtes. » Qu'est-ce que ça veut dire, bordel ? Expliquez-moi ! Qu'est-ce que je serais alors, selon vous, à part un homme malade qui a besoin d'aller voir un médecin ?
Un silence lourd s'abat entre nous. Damian ne recule pas d'un millimètre. Au contraire, ses yeux noirs, dont les pupilles sont toujours étrangement dilatées, descendent lentement le long de mon cou, là où la sueur fait luire ma peau fiévreuse. Un frémissement subtil agite ses narines. Il aspire l'air, s'enivrant visiblement de cette émanation sucrée et lourde, proche du miel et de la vanille sauvage, que mes pores sécrètent malgré moi. Damian esquisse un sourire imperceptible, un rictus de prédateur qui sait que sa proie est déjà prise au piège. Il fait un pas de plus, brisant les dernières distances de sécurité. Ses longues mains se posent de chaque côté de ma tête, sur le métal du casier, m'enfermant complètement. Son visage descend à quelques centimètres du mien. L'odeur de son oud et de sa peau masculine m'assomme, me donne le vertige.
— Vous le saurez bien assez tôt, murmure-t-il, son souffle chaud frôlant ma tempe. Votre esprit lutte, mais votre biologie a déjà choisi son maître.
Je serre les poings, ma fierté piquée au vif. Je refuse qu'il me parle ainsi, comme s'il lisait en moi. Une rage défensive me brûle les lèvres, et je tente de lui opposer une barrière désespérée.
— Monsieur Vance, dis-je d'une voix que je tente de rendre tranchante, malgré le claquement de mes dents. Je ne suis pas intéressé. Pas du tout. Ce que vous faites là... ce comportement... c'est hors limites et les hommes ne m'intéresse pas.
Mon affirmation semble glisser sur lui sans l'atteindre. Il affiche un calme impérial, presque cruel, comme s'il écoutait un enfant nier l'évidence.
— Vos préférences théoriques n'ont aucune importance face à la réalité de ce qui s'éveille en vous, Nate, répond-il d'une voix basse, incroyablement feutrée, qui résonne jusque dans mes vertèbres. Pour l'instant, nous avons du travail. Commencez à ramener vos affaires dans votre nouveau bureau. Le mien. Tout de suite.
Il se redresse d'un coup, rompant le contact visuel, et fait demi-tour avec une fluidité animale. Je reste là, le cœur battant à s'en décrocher la poitrine, luttant pour respirer.
Dix minutes plus tard, je me retrouve dans son immense bureau de direction, une pièce somptueuse aux murs de boiseries sombres et aux larges baies vitrées donnant sur Grasse. Mon nouveau pôle de travail a été installé à la hâte : une table de création en chêne clair, à quelques mètres seulement de son imposant bureau en cuir noir.
Je suis en train de déballer mes flacons d'évaluation, les mains moites, luttant contre la chaleur interne qui me liquéfie. Soudain, une ombre plane sur moi. Damian s'est approché en silence, sans que je l'entende venir. Ne respectant aucune distance professionnelle, il se penche directement au-dessus de mon épaule pour observer mes documents.
Son torse frôle mon dos. Son cou est si près de mon visage que je peux voir la pulsation de sa carotide. À cet instant précis, une décharge électrique surpuissante traverse mon corps, déclenchant une onde de frissons violents de la tête aux pieds. Ma température corporelle grimpe en flèche. Mes mains deviennent tellement moites que le flacon d'absolue de jasmin que je tiens manque de me glisser des doigts.
Je me fige, incapable de faire un geste, le regard rivé sur ses doigts puissants qui pointent un rapport sur ma table. Son regard insistant se pose sur mon profil, lourd, pesant, chargé d'une tension sexuelle et territoriale qui me met profondément mal à l'aise. Une pensée brute traverse mon esprit embrasé : Pourquoi ce mec me regarde comme si j'étais son dîner ?
— Vos notes sont précises, Nate, murmure-t-il à mon oreille, sa voix vibrant contre ma peau sensible. Mais votre concentration est perturbée. Vous diffusez une fragrance bien trop intense pour travailler sereinement.
Sa proximité est une torture sensuelle. Je sens mon bas-ventre se serrer d'une façon totalement inconnue et délicieuse, une sensation de moiteur intime commençant à sourdre sous mes vêtements. C'est trop. Je ne peux plus respirer dans cette pièce.
— Je... j'ai besoin de faire une pause. Je reviens, dis-je d'un ton saccadé.
Je me dégage de son emprise virtuelle et m'échappe du bureau en retenant mon souffle, le visage brûlant et la respiration courte.
Il est actuellement environ 17h, la fin d'après-midi étire de longues ombres dorées à travers les fenêtres de la fabrique. Dans la salle de repos du personnel, l'ambiance est électrique. Dès que je pousse la porte, le silence se fait, puis les conversations reprennent à voix basse. Mes collègues m'attendent au tournant. À travers les grandes vitres du bureau de la direction, rien n'a échappé à l'équipe d'évaluateurs et de parfumeurs depuis l'arrivée de Damian plus tôt dans l'après-midi.
Je m'appuie contre le comptoir, le visage encore un peu rouge, essayant de retrouver un rythme cardiaque normal.
— Dis donc, Nate, tu le connaissais d'avant, le nouveau boss ? demande Marc, un grand sourire ironique aux lèvres.
Déstabilisé, je secoue la tête, les sourcils froncés.
— Non, jamais vu de ma vie. Pourquoi cette question ?
Julien lâche un grand rire en croisant les bras :
— Bah, mon vieux, depuis qu'il est arrivé cet après-midi, il a passé tout son temps les yeux rivés sur toi à travers la vitre ! On sait tous ici que Damian Vance ne s'intéresse qu'aux hommes... et vu comment il te couve du regard, je crois que le grand patron a un énorme coup de cœur pour toi ! T'as touché le gros lot pour tes 30 ans !
À ces mots, la colère me submerge, violente, brûlante. Moi qui ai construit toute ma vie et ma fierté sur des certitudes bien ancrées, je prends cette remarque très mal. Ma fierté est piquée au vif. Ma température corporelle grimpe encore d'un cran sous le coup de l'indignation.
— Arrêtez vos conneries ! dis-je en tapant du poing sur le comptoir, le regard noir vers Marc et Julien. Tout ce qui se passe là-dedans est strictement professionnel ! Vos vannes à deux balles pour mes 30 ans, ça va cinq minutes ! Gardez vos théories foireuses pour vous !
Je quitte la pièce furieux, poussant violemment la porte. Mais alors que je marche à grands pas dans le couloir, la colère se mue instantanément en une panique sourde et dévorante. Au fond de moi, je sais que ce n'est pas "juste professionnel". Je sais que Damian me traque. Et le pire, c'est que la colère a accéléré mon rythme cardiaque, faisant pomper mon sang plus vite, libérant une nouvelle vague massive de phéromones de chaleur. Dans le couloir désert à cette heure de fin de journée, je peux sentir ma propre odeur : ce sillage de miel et de vanille émanant de ma peau est devenu si fort, si entêtant, qu'il en est presque écœurant. Mon corps me trahit.
Je pousse la porte du bureau partagé, bien décidé à mettre des distances claires, définitives, entre lui et moi en cette fin de journée. Je veux lui imposer des barrières, lui faire comprendre qu'il doit me respecter.
Mais Damian m'attend.
Dès que j'entre, il se lève et, d'un geste sec, ferme la porte du bureau à clé. Le déclic de la serrure résonne comme un verdict dans le silence de 17h. Au lieu de retourner s'asseoir derrière son bureau de PDG, Damian s'avance vers moi avec une lenteur calculée. Je bats en retraite jusqu'à être acculé contre ma propre table de travail.
Damian s'approche, pose ses deux grandes mains à plat sur le bois, de chaque côté de mes hanches, et se penche vers moi. L'odeur combinée de sa peau, de son parfum boisé et de ma propre fragrance de miel crée une atmosphère saturée, un nuage chimique purement animal. Sa voix, extraordinairement basse et vibrante, résonne directement en moi, comme un ordre indiscutable qui fait instantanément frémir mes muscles.
— Tout va bien, Nate ? Vous me semblez... très chaud, murmure-t-il, ses yeux noirs fixés sur mes lèvres. Et vous sentez incroyablement bon.
C'est le sommet du malaise, l'instant où tout bascule. Je veux me lever. Je veux poser mes mains sur son torse, le repousser de toutes mes forces, lui crier qu'il doit me foutre la paix et cesser ce manège.
Mais mes jambes tremblent si fort qu'elles ne peuvent plus me porter. Mon bas-ventre se serre d'une façon totalement inconnue, un spasme de plaisir involontaire et délicieux qui me fait perdre la tête. Et là, l'horreur absolue se produit : je sens mon corps produire cette lubrification biologique, cette moiteur hormonale qui s'écoule lentement, trempant mon sous-vêtement. Mon propre corps s'offre, réclame sa présence, indépendamment de ma volonté.
Je suis terrifié par ce que je ressens pour cet homme. Je suis terrifié par ce prédateur qui, d'un simple regard, est en train de briser toutes mes certitudes.
L'aiguille de la grande horloge murale en cuivre glisse impitoyablement sur le chiffre sept. Dix-neuf heures. La journée de création est officiellement terminée, mais pour moi, elle s'achève dans un flou artistique et terrifiant. Je suis assis à ma table de travail, incapable de bouger, le corps en feu, les muscles liquéfiés par une lassitude qui n'a rien de normal. Mon esprit est un champ de bataille où s'entrechoquent les visages moqueurs de Marc et Julien, leurs rires étouffés dans la salle de repos, et cette certitude viscérale, effrayante, que quelque chose s'est brisé en moi. Je ne me reconnais plus. La chaleur qui sourd de ma peau est devenue une présence physique, une chape de plomb brûlante qui engourdit mes pensées.
Je tente de rassembler mes flacons d'essences d'une main tremblante. Le verre s'entrechoque dans un cliquetis sinistre qui trahit mon état de faiblesse. À quelques mètres de moi, Monsieur Vance n'a pas fait un bruit depuis une heure. Pourtant, je sens son regard. Un fardeau invisible qui pèse sur mes épaules, accélérant les battements de mon cœur chaque fois que ses yeux noirs se posent sur ma nuque moite.
Je me lève enfin, les genoux fléchis, manquant de perdre l'équilibre. Je n'ai qu'une obsession : fuir. Sortir de ce bureau étouffant, escape à cette atmosphère saturée par nos effluves combinés. Je fais trois pas vers la porte, les yeux fixés sur la poignée de cuivre, quand le bruissement d'un tissu me fait sursauter.
Monsieur Vance s'est levé. En deux enjambées silencieuses, il est sur moi. Avant même que je ne puisse esquisser un geste de recul ou formuler une protestation, il retire sa lourde veste de costume en laine anthracite et, d'un geste d'une autorité absolue, la pose fermement sur mes épaules.
Le poids du vêtement me fait ployer. Le tissu est encore imprégné de la chaleur de son corps, mais c'est son odeur qui me frappe en plein visage, violente, invasive. Un sillage surpuissant de cèdre brûlé, d'ambre noir et de oud qui s'engouffre dans mes narines et descend instantanément dans mes poumons. C'est comme une onde de choc. À l'instant précis où la veste m'enveloppe, une décharge d'électricité statique et thermique traverse ma colonne vertébrale, me faisant pousser un soupir étouffé.
— Vous tremblez, Nate. Prenez-la, c'est un ordre de votre patron, dit-il d'un ton d'une gravité sombre, une voix de basse qui n'admet aucune réplique, aucune négociation.
Ses grandes mains s'attardent une seconde de trop sur mes épaules, pressant le tissu contre ma peau. Je lève vers lui des yeux embrumés de fièvre, cherchant une once de dérision ou de pitié, mais son visage est un masque de marbre, ses pupilles totalement dilatées par une intensité qui me donne le vertige. Je n'ai plus la force de lutter. Ma fierté, ma volonté, tout s'est évaporé sous les assauts de cette fièvre. Trop faible pour repousser son vêtement, je saisis les revers de la veste et m'enfuis dans le couloir, l'enfilant à la hâte comme pour me protéger du monde extérieur.
J'ignore alors, dans mon innocence désespérée, que cette veste n'est pas un rempart. Imprégnée jusqu'à la moindre fibre de l'essence masculine et dominante de mon patron, elle agit instantanément comme un catalyseur indomptable. Loin de me calmer, elle s'allie à la chaleur de ma propre peau pour emprisonner mes pores, forçant cette fragrance secrète de miel lourd et de vanille sauvage à exsuder de plus belle, propageant un signal chimique d'une puissance inouïe que mon esprit refuse encore de nommer.
L'air lourd du début du mois de juin aurait dû m'apporter un peu de répit après l'atmosphère confinée de l'atelier, mais le soleil de fin de journée, encore haut et éclatant dans le ciel à cette heure, ne fait que raviver l'incendie qui me dévore de l'intérieur. De grands rayons dorés traversent les vitres de la rue de Grasse, transformant la ville en une étuve lumineuse. Je monte les marches du bus de la ligne régulière les jambes lourdes, comme si je traînais des chaînes. Le véhicule est à moitié vide à cette heure-ci, baigné dans une lumière de fin d'après-midi qui rend ma sueur et ma détresse cruellement visibles. Je me glisse vers le fond, cherchant un coin d'ombre derrière un montant, et m'effondre sur un siège en skaï bleu, près de la vitre.
Le calvaire commence presque aussitôt. L'habitacle du bus est confiné, surchauffé par les heures de soleil cumulées. Très vite, la température excessive de mon corps commence à faire infuser la veste de Monsieur Vance et ma propre peau. C'est un phénomène physique terrifiant : l'odeur de oud et de cèdre du patron se mêle à mes propres émanations de miel, créant une vapeur olfactive si dense, si sucrée et entêtante qu'elle s'étend en vagues concentriques dans tout le bus. Une femme assise deux rangs devant moi tourne brusquement la tête, les sourcils froncés, humant l'air d'un air intrigué et visiblement perturbé. Je me ratatine sur mon siège, remontant la veste jusqu'à mon menton malgré la chaleur étouffante de juin, mais cela ne fait qu'accentuer la macération de mes propres phéromones.
Quelques arrêts plus tard, les portes pneumatiques s'ouvrent dans un sifflement. Un homme monte.
Dès qu'il pose le pied sur la plateforme, l'atmosphère change du tout au tout. C'est un homme grand, athlétique, vêtu d'un blouson de cuir sombre malgré la douceur de la saison. Ses yeux balayent mécaniquement l'allée centrale éclairée par le jour déclinant, puis, soudain, il se fige. Ses narines s'agitent violemment. Je le vois aspirer une grande goulée de cet air saturé de miel, et son regard change instantanément. Ses yeux se posent sur moi. Ce n'est pas un regard civilisé, c'est le regard d'un prédateur qui vient de capter la piste de sa proie au fond d'un bois. Une lueur de convoitise sauvage et primitive s'allume dans ses pupilles.
Sans un bruit, l'inconnu s'avance dans l'allée. Ses pas sont lourds, délibérés. Il ignore superbement tous les sièges vides pour venir s'asseoir juste en face de moi, de l'autre côté du petit espace central.
Le malaise devient insoutenable. L'homme se penche en avant, les coudes sur les genoux, réduisant délibérément mon espace vital. Il ne me quitte pas des yeux. Son regard descend le long de mon visage fiévreux et se fixe sur mon cou, là où la veste de Monsieur Vance baille légèrement, révélant ma peau luisante de sueur sous la clarté crue du jour. Je sens ses yeux peser sur ma carotide avec une insistance terrifiante, presque obscène. Une odeur agressive, âcre et lourde, émane de lui, une odeur qui m'oppresse la poitrine et me donne envie de vomir. Mon corps réagit de manière aberrante : mon cœur s'emballe à une vitesse folle, et une panique purement animale, viscérale, s'empare de mes muscles. Je me sens piégé, sans défense, mon instinct me hurlant que cet homme est un danger mortel.
L'inconnu inspire profondément, un sourire carnassier aux lèvres, et réduit encore la distance, ses genoux frôlant presque les miens. Soudain, il brise le silence d'une voix rauque, dégoulinante d'une audace perverse :
— Putain, mon pote... Tu n'as pas idée de ce que tu me fais là, lâche-t-il en fixant mes lèvres avec une lourdeur insupportable. Tu es tellement chaud. Tu baves de partout, ça se sent à des kilomètres. Ça te dirait qu'on descende ensemble pour que je m'occupe de ton cas ? Une chienne en chaleur comme toi, ça demande juste à se faire soumettre proprement dans un coin sombre. T'as juste besoin d'un bon maître pour te dresser.
Ses paroles crues et vulgaires me frappent de plein fouet. L'incompréhension s'ajoute à ma terreur : pourquoi me traite-t-il de cette manière ? Pourquoi me drague-t-il avec cette vulgarité absolue, insultante, alors que je suis un homme ? C'en est trop. La promiscuité devient étouffante, l'air est devenu irrespirable, chargé d'une tension sexuelle et violente qui me paralyse. Submergé par la peur et un malaise qui me tord le ventre, je prends une décision soudaine. Le bus ralentit à l'approche d'un arrêt. Ce n'est pas le mien, il reste encore trois stations avant ma rue, mais je ne peux pas rester une seconde de plus ici. Dès que les portes s'ouvrent, je me jette hors du bus, bousculant presque un passager, et me rue sur le trottoir.
L'air encore tiède de cette fin de journée de juin me fouette le visage, mais le soulagement est de courte durée. Mes tympans perçoivent un bruit sec derrière moi : le claquement des portes du bus qui se referment, immédiatement suivi par le bruit de pas lourds et rapides qui frappent le goudron.
Manque de chance, une chance noire et maudite. L'inconnu a vu ma fuite. Il est descendu juste derrière moi.
Je jette un coup d'œil paniqué autour de moi. La rue est baignée dans cette lumière rasante et orangée propre aux longs crépuscules d'été, mais elle est totalement déserte, flanquée d'entrepôts fermés et de vieux murs de briques. Je réalise avec horreur que je ne connais pas ce quartier. Mes jambes, flageolantes et en coton à cause de la fièvre qui ne cesse de grimper, me trahissent. Je titube, mes pieds butent contre une imperfection du trottoir, me ralentissant considérablement sous le soleil couchant qui allonge démesurément nos silhouettes.
En quelques secondes, l'ombre derrière moi se transforme en une masse physique. Une main puissante s'abat sur mon épaule, me faisant pivoter, et je suis projeté violemment contre un mur de briques chauffées par le soleil de l'après-midi. Le choc me coupe le souffle. Avant que je ne puisse me redresser, l'agresseur écrase son corps contre le mien, me bloquant complètement, et m'attrape les poignets d'une poigne de fer, les clouant de chaque côté de ma tête.
— Tu sens tellement bon... Tu n'es pas marqué, tu es à moi, siffle l'inconnu, sa voix rauque vibrant d'une excitation sauvage.
Son haleine fétide frôle mon visage. Il penche la tête, ouvrant la bouche, et j'aperçois la lueur de ses dents qui s'approchent dangereusement de la peau tendre de mon cou, précisément là où ma sueur s'écoule, brillant sous les derniers rayons du jour. Je veux hurler. Je veux lever les mains, lui enfoncer mes doigts dans les yeux, lui asséner un coup de genou, me battre comme l'homme que j'ai toujours été. Mais une force invisible et terrifiante me cloue sur place. Ma propre biologie, cette mutation interne que je ne comprends pas, semble capituler face à la pression écrasante qui émane de cet homme. Mes muscles refusent d'obéir, mes cordes vocales sont nouées par une terreur qui me dépasse. Je ne suis plus qu'un bloc de viande tremblante, paralysé, attendant le coup de grâce.
C'est alors qu'un crissement de pneus strident déchire le calme du crépuscule. Les reflets métalliques d'une voiture de sport coupent la clarté orangée de la rue, balayant le mur de briques. Une puissante berline noire vient de déraper et de s'immobiliser en travers de la chaussée, les portières s'ouvrant dans un fracas.
Monsieur Vance en sort.
Je ne l'ai jamais vu ainsi. Son visage d'ordinaire si calme, si impérial, est totalement déformé par une rage noire, presque démoniaque, encore magnifiée par la lumière rasante de juin. Ses yeux brillent d'un éclat meurtrier. Il fait un pas en avant, et de sa poitrine jaillit un rugissement, une voix d'une puissance inouïe, d'une tessiture si basse et vibrante qu'elle semble faire trembler le sol sous mes pieds et résonner jusque dans la moelle de mes os. Ce son n'a rien d'humain. C'est un ordre de destruction absolu.
L'effet est instantané. L'agresseur se fige, un frisson de terreur pure secouant tout son corps. Sa poigne de fer lâche mes poignets en une fraction de seconde. Il recule, les mains levées, le visage blême, jetant des regards effarés vers mon patron qui s'avance comme la mort personnifiée. Terrorisé par la puissance écrasante du boss, l'inconnu fait demi-tour et s'enfuit en courant à perdre haleine dans les ruelles désertes, disparaissant au détour d'un bâtiment.
Mes jambes cèdent complètement. Je glisse le long du mur de briques, prêt à m'effondrer sur le sol, mais de grands bras puissants me rattrapent avant l'impact. Monsieur Vance me soulève sans le moindre effort, comme si je ne pesais rien. Son odeur de oud et d'ambre m'enveloppe à nouveau, mais cette fois, elle m'apporte une bouffée de soulagement si intense que des larmes d'épuisement pointent derrière mes paupières. Je suis brûlant de fièvre, ma peau est un incendie permanent, et mon esprit vacille au bord de l'inconscience sous le ciel qui commence à peine à se teinter de bleu nuit à l'horizon.
Il me transporte jusqu'à sa voiture et m'installe délicatement sur le siège passager en cuir noir, prenant soin de rabattre la veste sur mon torse. Il contourne rapidement le capot et s'installe au volant. Dès qu'il ferme la portière, l'habitacle hermétique devient le théâtre d'une explosion chimique. Le choc de l'agression, la peur et la proximité immédiate de mon patron agissent comme un détonateur : ce qui me rongeait depuis des heures explose pour de bon. Une vague de chaleur liquide et suffocante part de mon bas-ventre et se propage dans tout mon corps, me faisant gémir malgré moi. Je me tords doucement sur le siège, la moiteur intime trempant mes vêtements, mon corps réclamant désespérément quelque chose que ma raison refuse encore de concevoir.
Je rassemble mes dernières forces, agrippant le tissu de la veste qui est toujours sur mes épaules, et je tourne la tête vers lui alors qu'il démarre le moteur dans un grondement feutré. Je dois savoir. Les questions se bousculent dans mon cerveau embrasé.
— Monsieur Vance... demandé-je, la voix tremblante, brisée par les bouffées de chaleur. Qu'est-ce qui... qu'est-ce qui m'arrive ? Pourquoi mon corps réagit comme ça ? Et surtout... comment vous avez fait pour me trouver ici ? Ce n'est même pas mon arrêt habituel... Je suis descendu au hasard...
Il garde les yeux fixés sur la route éclairée par la lueur persistante du soir, ses mains puissantes serrant le volant en cuir avec une fermeté qui trahit une tension extrême. Sa mâchoire est contractée, mais sa voix, lorsqu'il brise le silence, a retrouvé une profondeur protectrice et rassurante :
— Quand vous êtes parti à 19h, Nate, j'ai tout de suite senti que vos chaleurs allaient se déclarer d'une minute à l'autre. Le miel de votre peau était devenu trop mûr. J'ai regardé votre adresse dans votre dossier aux Ressources Humaines, mais je savais que vous n'auriez pas le temps d'arriver chez vous sain et sauf. Alors j'ai suivi votre bus depuis l'entreprise.
Mes yeux s'écarquillent sous l'effet de la stupeur, luttant contre la fatigue extrême qui me pèse sur les paupières. Mais ses mots se heurtent à un mur d'incompréhension totale. Mon esprit cartésien se cabre de panique face à ce vocabulaire insensé.
— Mes... mes chaleurs ? répété-je, le souffle court. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? De quoi vous parlez, Monsieur Vance ? Je ne suis pas un animal ! S'il vous plaît... donnez-moi des explications, je ne comprends rien à ce que vous dites !
Le patron tourne brièvement son regard noir vers moi, et l'intensité fauve de ses pupilles dilatées me cloue au siège. Il a parfaitement lu la détresse et l'ignorance totale qui se lisent sur mon visage. Il a compris que je n'avais aucune idée de ce que je suis réellement.
— Appelle-moi Damian, Nate. Plus de "Monsieur Vance" entre nous désormais, dit-il d'un ton d'une douceur grave, qui n'admet pourtant aucune réplique, avant de se reconcentrer sur la route. Ce que tu traverses n'est pas une maladie, et tu n'as pas besoin d'un médecin. Ta véritable biologie, celle que tu ignores visiblement depuis toujours, vient de se réveiller : tu es un Oméga. Cette fièvre, cette fragrance que tu dégages et qui rend n'importe quel Alpha fou de désir... ce sont tes chaleurs. Ton corps s'est éveillé pour réclamer son partenaire. Et maintenant, je t'emmène chez moi pour te mettre à l'abri.
Damian. Un Oméga. Des chaleurs. Les Alphas. Les explications résonnent dans l'habitacle comme une vérité ancienne et effrayante alors que le soleil finit de disparaître derrière les collines de Grasse. Je ne comprends pas tout, ma raison lutte encore contre cet impossible dictionnaire, mais alors que la voiture file à toute allure à travers les avenues, je me rassoie contre le cuir, terrassé par la fièvre, sachant que ma vie vient de basculer à jamais entre les mains de cet homme.
Fin du chapitre 2.
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