Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le poids du souvenir — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le poids du souvenir
Chapitre 2
Chapitre 2
Je franchis le seuil et la porte se referme derrière moi avec un cliquetis doux, presque intime. L'entrée est étroite, parquet ancien qui craque légèrement sous mes pas. Peter – non, le Premier ministre, je me corrige mentalement – me précède sans un mot. Il allume une petite lampe sur un guéridon, et la lumière chaude révèle un salon simple, presque modeste pour quelqu'un de son rang. Une cheminée où brûle un feu discret, des flammes qui dansent sur les pierres usées. Des étagères remplies de livres reliés, quelques modernes mélangés à des vieux volumes aux dos dorés. Une table basse en bois sombre, deux verres à pied, une bouteille de vin rouge déjà ouverte, deux assiettes de fromages et de charcuterie à peine entamées. Rien d'ostentatoire. Juste un endroit où l'on peut respirer.
Il me désigne le canapé en cuir patiné face à la cheminée.
— Asseyez-vous, Basile.
Sa voix est plus basse que tout à l'heure, comme s'il parlait pour nous seuls. Je m'assois au bord, les mains sur les genoux. Il s'installe en face, dans le fauteuil, mais pas trop loin. Nos genoux sont à moins d'un mètre. Il verse du vin dans les deux verres, m'en tend un. Nos doigts se frôlent à peine quand je le prends. Un contact infime. Suffisant pour que mon pouls s'accélère.
Je porte le verre à mes lèvres. Le vin est bon, tannique, un peu épicé. Je ne sais pas quoi dire. Lui non plus, apparemment. Nous restons comme ça quelques secondes, le feu crépitant en fond sonore, nos regards qui se cherchent et se trouvent immédiatement.
Il rompt le silence le premier.
— Merci d'être venu. Je sais que c'est… inhabituel.
Je hausse les épaules, essaie de sourire.
— Ce n'est pas tous les jours qu'on est invité par le Premier ministre pour discuter salaires d'enseignants.
Il rit doucement. Un rire bref, sincère, qui fait apparaître une fossette discrète sur sa joue droite. Je ne l'avais jamais vue à la télé.
— On va commencer par-là, alors. Votre métier. Parlez-moi vraiment. Pas les chiffres. Vous.
Je prends une inspiration. Je parle. Des enfants qui me sautent au cou le matin, des petites victoires quand un gamin qui ne savait pas lire commence à déchiffrer, des soirs où je rentre avec l'impression d'avoir tout donné et que ça valait le coup malgré tout. Il écoute. Vraiment. Les coudes sur les genoux, penché légèrement vers moi, les yeux noisette fixés sur mon visage. Il ne m'interrompt pas. Il hoche la tête parfois, comme s'il vivait chaque mot.
Et puis, sans transition, il pose son verre sur la table.
— Ces derniers jours… j'ai beaucoup pensé à vous.
La phrase tombe comme une pierre dans l'eau calme. Mon cœur rate un battement. Je le regarde. Il ne détourne pas les yeux.
— Beaucoup ? je répète, la voix un peu rauque.
Il acquiesce lentement.
— Oui. Beaucoup. Plus que je ne devrais, probablement.
Un silence. Lourd. Épais. Le feu crépite. Je sens la chaleur monter dans mon cou.
— Pourquoi ? je demande enfin.
Il passe une main dans ses cheveux bruns, défait un peu plus la mèche qui tombait déjà. Il semble chercher ses mots, lui qui les choisit toujours avec précision devant les caméras.
— Parce que votre intervention à Matignon m'a marqué. Pas seulement sur le fond – même si vos arguments étaient solides –, mais sur la façon dont vous l'avez dite. Vous parliez avec une conviction que je ne vois pas souvent. Une authenticité. Et je me suis dit que… pour avancer vraiment sur ces dossiers, il fallait que j'entende quelqu'un comme vous, en dehors du cadre officiel. Sans conseillers, sans micros, sans pression. Juste une vraie discussion, loin de tout.
Ses yeux restent rivés aux miens. Calmes. Sincères. Mais il y a quelque chose dans son regard qui me trouble, une intensité que ses mots ne disent pas entièrement.
— Et vous ? Avez-vous accepté de venir pour les mêmes raisons ? Pour parler du métier, des revendications ?
Je déglutis. Ma gorge est sèche malgré le vin.
— En partie. Mais… je ne sais pas. Il y avait aussi autre chose. Une curiosité. Une envie de comprendre pourquoi vous m'aviez demandé, moi. Et quand je suis arrivé ici, c'est devenu encore plus fort.
Il blêmit légèrement. Juste une fraction de seconde. Puis il se reprend.
Il pose ses coudes sur la table basse, se rapproche encore un peu.
— Basile… si vous le voulez bien, ce serait plus simple de nous tutoyer. Ici, il n'y a pas de protocole. Juste nous deux.
Je cligne des yeux. Le tutoiement arrive comme une vague chaude. Je hoche la tête.
— D'accord… Peter.
Le prénom sort de ma bouche comme une caresse involontaire. Il ferme les yeux une seconde, comme si ça le touchait physiquement. Quand il les rouvre, son regard est encore plus intense.
Je pose mon verre à mon tour. Mes mains tremblent légèrement. Je le regarde droit dans les yeux.
— Pourquoi moi ? Pourquoi tu m'as invité… moi seul ? Les autres représentants, ils n'ont pas eu droit à ça.
Il ne répond pas tout de suite. Il baisse les yeux une fraction de seconde sur nos verres, puis les relève vers moi. Son expression est sérieuse, presque grave.
— Parce que ton témoignage m'a semblé le plus représentatif. Le plus humain. Tu es sur le terrain tous les jours, tu vis ces réalités de l'intérieur. Les autres sont plus dans l'organisation, dans la négociation. Toi, tu es au contact direct des enfants, des familles, des collègues. J'avais besoin d'entendre quelqu'un qui parle de l'école comme d'une vie, pas comme d'un dossier. Et je voulais pouvoir poser des questions sans filtre, sans que ça tourne à la réunion syndicale.
Ses mots sonnent juste. Professionnels. Raisonnables. Et pourtant, quand il finit de parler, nos regards restent accrochés l'un à l'autre plus longtemps que nécessaire. Le silence qui suit est différent. Plus chargé. Comme si le prétexte qu'il vient de donner ne suffisait plus à expliquer la façon dont l'air semble s'épaissir entre nous.
Nous nous penchons tous les deux en avant, presque sans nous en rendre compte. Nos genoux se touchent maintenant. Légèrement. Mais ce contact suffit à envoyer une décharge le long de ma colonne vertébrale.
Il tend la main pour reprendre son verre. Ses doigts effleurent le dos de ma main posée sur la table. Pas exprès. Ou peut-être que si. Le frôlement dure une seconde de trop. Je ne retire pas ma main. Lui non plus.
— Tu as froid ? demande-t-il soudain, remarquant que je tremble légèrement.
— Non. C'est… autre chose.
— Non. C'est… autre chose.
Il sourit. Triste. Beau. Insupportable.
— Moi aussi.
Nouveau silence. Nos regards ne se lâchent plus. Le feu projette des ombres dansantes sur son visage. Sur la ligne de sa mâchoire, sur ses lèvres légèrement entrouvertes. Je sens son souffle. Proche. Trop proche.
Il déplace sa main sur la table. Lentement. Comme s'il testait quelque chose. Ses doigts frôlent les miens. Intentionnellement, cette fois. Le contact est électrique. Chaud. Inévitable.
Je ne bouge pas. Lui non plus.
Nos paumes se touchent presque entièrement maintenant. Juste un effleurement. Mais c'est comme si tout mon corps réagissait à ce simple contact. Comme si cette main-là réveillait quelque chose de très ancien, de très enfoui.
Le frisson nous traverse en même temps. Je le vois dans ses yeux : ses pupilles se dilatent, sa respiration s'accélère légèrement. Il serre mes doigts une fraction de seconde. Pas fort. Juste assez pour que je sente qu'il est là. Vraiment là.
Nous restons comme ça. Immobiles. Les mains presque enlacées sur la table basse. Le vin oublié. Le feu qui crépite. Nos regards rivés l'un à l'autre.
Aucun mot.
Juste cette sensation qui grandit doucement, seconde après seconde, qui nous rapproche sans que nous ayons besoin de la nommer.
Juste cette sensation qui grandit doucement, seconde après seconde, qui nous rapproche sans que nous ayons besoin de la nommer.
Et ni lui ni moi ne savons comment l'arrêter – ni même si nous le voulons.
Peter se lève le premier. Il jette un coup d'œil à la cheminée où les flammes faiblissent, les braises rougeoient doucement sous une fine couche de cendre.
— Je vais rajouter une bûche, dit-il doucement. Sinon on va finir gelés.
Je hoche la tête sans répondre. Je reste assis, le dos droit, les mains jointes sur mes genoux pour cacher leur tremblement. Il se dirige vers le panier à bois près de la cheminée. Je le suis du regard : sa silhouette grande et large qui se découpe contre le feu, ses épaules qui bougent avec une économie de gestes, sa nuque dégagée quand il se baisse pour attraper une bûche. Il la pose sur les chenets, souffle doucement sur les braises pour les raviver. Une gerbe d'étincelles monte, illumine son visage un instant. Il se redresse, se retourne vers moi.
— Ça va mieux comme ça ?
— Oui… merci.
— Oui… merci.
Il revient s'asseoir, mais cette fois il choisit le canapé, à côté de moi. Pas collé, mais assez proche pour que je sente la chaleur de son corps à travers l'espace qui nous sépare encore. Nos cuisses ne se touchent pas. Pas encore. Mais l'air entre nous semble vibrer.
Il reprend son verre, boit une gorgée lente. Je fais pareil. Le vin descend, chaud, presque brûlant dans ma gorge. Nous restons silencieux un moment. Le feu crépite plus fort maintenant, comme s'il voulait remplir le vide que nous n'osons pas combler avec des mots.
Peter pose son verre sur la table basse. Ses doigts effleurent mon poignet au passage. Pas volontairement. Ou peut-être que si. Le contact est bref, mais il laisse une trace chaude sur ma peau.
— Tu as déjà lu ça ? demande-t-il en désignant un livre sur l'étagère derrière lui. Un vieux roman que j'ai retrouvé ici il y a deux ans. L'Histoire d'une âme, de Thérèse de Lisieux. Pas mon genre habituel, mais… il y a des passages qui m'ont marqué.
Je tourne la tête vers le livre. Je ne l'ai pas lu.
— Non. Mais j'aime bien quand les gens lisent des choses qui ne leur ressemblent pas.
Il sourit légèrement.
— Et toi ? Tu lis quoi en ce moment ?
— Des albums pour enfants, la plupart du temps. Pour préparer les lectures à voix haute. Et parfois… des trucs plus vieux. Des poèmes. Baudelaire, Rimbaud. Des choses qui font mal sans qu'on sache pourquoi.
— Des albums pour enfants, la plupart du temps. Pour préparer les lectures à voix haute. Et parfois… des trucs plus vieux. Des poèmes. Baudelaire, Rimbaud. Des choses qui font mal sans qu'on sache pourquoi.
Nos regards se croisent à nouveau. Longs. Trop longs. Je sens mon pouls dans mes tempes, dans mes poignets, dans ma gorge. Il se penche un peu plus vers moi, comme pour mieux entendre, même si je parle à voix basse.
— Tu as un souvenir d'enfance qui te revient souvent ? demande-t-il soudain.
Je réfléchis.
— Une maison de vacances en Auvergne. Une petite ferme. L'odeur du foin, le bruit des vaches le matin. Et une nuit où j'ai vu des étoiles filantes depuis la fenêtre du grenier. J'avais sept ans. J'ai fait un vœu idiot. Je me souviens encore de ce que j'ai demandé.
— Quoi ?
— Que quelqu'un m'aime pour toujours. Sans condition.
— Quoi ?
— Que quelqu'un m'aime pour toujours. Sans condition.
Les mots sortent tout seuls. Je rougis. Je baisse les yeux sur mon verre.
Peter ne rit pas. Il ne détourne pas le regard.
Peter ne rit pas. Il ne détourne pas le regard.
— Et tu y crois encore ? À ce genre de vœu ?
— Je ne sais pas. Parfois oui. Parfois… j'ai juste envie d'y croire.
— Je ne sais pas. Parfois oui. Parfois… j'ai juste envie d'y croire.
Silence. Le feu craque. Une bûche s'affaisse, libère une nouvelle flamme vive.
Il se rapproche encore un peu. Nos épaules se frôlent maintenant. Légèrement. Mais ce contact me fait l'effet d'une brûlure lente. Je sens son odeur : bois de santal, vin rouge, et quelque chose de plus personnel, de plus vivant. Sa respiration est calme, mais un peu plus rapide que tout à l'heure.
Il se rapproche encore un peu. Nos épaules se frôlent maintenant. Légèrement. Mais ce contact me fait l'effet d'une brûlure lente. Je sens son odeur : bois de santal, vin rouge, et quelque chose de plus personnel, de plus vivant. Sa respiration est calme, mais un peu plus rapide que tout à l'heure.
— Je n'ai jamais fait ça avec personne d'autre, murmure-t-il. Inviter quelqu'un comme ça. Juste pour parler. Juste pour… être là.
Je relève les yeux. Nos visages sont proches. Trop proches. Je vois les petites ridules au coin de ses yeux quand il sourit, la façon dont ses cils captent la lumière du feu, la courbe de sa lèvre inférieure quand il hésite à parler.
— Moi non plus, je réponds dans un souffle.
Nos regards se verrouillent. Le monde se réduit à ça : ses yeux noisette presque dorés dans la lumière orangée, mes yeux bleus qui ne peuvent plus se détourner. Le temps ralentit. Je sens son souffle sur ma joue. Chaud. Irrégulier maintenant.
Il se penche. Millimètre par millimètre. Moi aussi. Nos nez se frôlent presque. Nos lèvres sont à un souffle l'une de l'autre. Je sens la chaleur de sa bouche, l'odeur du vin sur son haleine. Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'il va exploser.
Et puis, d'un coup, la panique monte. Pas de la peur. De l'urgence. De l'inconnu. De tout ce qui pourrait arriver si je franchis cette ligne.
Je recule brusquement. Je me lève d'un bond, attrape mon manteau posé sur le dossier du canapé, mon sac à dos par terre.
— Je… je dois partir. Absolument. Désolé.
Ma voix tremble. Je ne le regarde pas. Je marche vite vers la porte, les jambes molles, le cœur en vrac.
Derrière moi, j'entends le froissement du cuir quand il se lève. Des pas rapides sur le parquet.
Derrière moi, j'entends le froissement du cuir quand il se lève. Des pas rapides sur le parquet.
Juste avant que ma main n'atteigne la poignée, il attrape mon bras. Pas fort. Juste assez pour m'arrêter. Sa paume chaude sur mon avant-bras, à travers la manche de ma chemise.
— Basile…
Sa voix est rauque. Basse. Presque suppliante.
Je m'arrête. Je ne me retourne pas tout de suite. Je fixe la porte en bois, le grain du chêne, comme si ça pouvait m'aider à respirer.
Je m'arrête. Je ne me retourne pas tout de suite. Je fixe la porte en bois, le grain du chêne, comme si ça pouvait m'aider à respirer.
Il ne lâche pas mon bras. Au contraire, ses doigts resserrent légèrement leur prise. Pas pour me retenir de force. Pour me retenir tout court.
— Attends, murmure-t-il. S'il te plaît.
Je ferme les yeux. Je sens encore la proximité de son corps derrière moi. Sa chaleur. Son souffle sur ma nuque. Sa main sur mon bras qui tremble légèrement – ou est-ce la mienne ?
Je ne bouge plus.
Nous restons comme ça, immobiles, dans l'entrée sombre, le feu qui crépite au loin, le silence qui nous enveloppe comme une couverture trop lourde.
Nous restons comme ça, immobiles, dans l'entrée sombre, le feu qui crépite au loin, le silence qui nous enveloppe comme une couverture trop lourde.
Et je sais, au fond de moi, que si je me retourne maintenant, tout changera.
Je reste figé devant la porte, le manteau froissé dans une main, le sac à dos pendu à l'autre épaule. La poignée est froide sous mes doigts, mais je ne la tourne pas. Peter tient toujours mon bras. Sa paume est chaude, ferme, sans pression excessive. Juste assez pour que je sente chaque centimètre de sa peau contre la mienne. Son pouce effleure doucement l'intérieur de mon poignet, là où bat mon pouls trop vite. Un geste presque inconscient. Presque.
— Basile… murmure-t-il encore.
Sa voix est basse, rauque, comme s'il avait du mal à former les mots. Je sens son souffle sur ma nuque, chaud et irrégulier. Il est juste derrière moi. Pas collé, mais assez proche pour que je perçoive la chaleur de son torse, le léger tremblement de sa respiration. Je ferme les yeux une seconde. Le feu crépite au loin dans le salon, un bruit lointain, presque irréel comparé au battement sourd dans mes oreilles.
Je me retourne lentement. Très lentement.
Nos regards se croisent dans la pénombre de l'entrée. La petite lampe du guéridon projette une lumière orangée sur son visage : ses yeux noisette brillent, dilatés, sa mâchoire serrée, ses lèvres légèrement entrouvertes. Il ne lâche pas mon bras. Au contraire, sa main glisse doucement, descend le long de mon avant-bras jusqu'à mon poignet, puis plus bas. Ses doigts trouvent les miens. Il les entrelace. Lentement. Comme si ce geste était la chose la plus naturelle du monde.
Nos regards se croisent dans la pénombre de l'entrée. La petite lampe du guéridon projette une lumière orangée sur son visage : ses yeux noisette brillent, dilatés, sa mâchoire serrée, ses lèvres légèrement entrouvertes. Il ne lâche pas mon bras. Au contraire, sa main glisse doucement, descend le long de mon avant-bras jusqu'à mon poignet, puis plus bas. Ses doigts trouvent les miens. Il les entrelace. Lentement. Comme si ce geste était la chose la plus naturelle du monde.
Je ne résiste pas.
Nos paumes se joignent. Peau contre peau. Chaleur contre chaleur. Le même frisson que lors de la poignée de main à Matignon remonte le long de mon bras, mais cette fois il est plus lent, plus profond. Il s'installe dans ma poitrine, dans mon ventre, dans mes reins. Je sens mes genoux faiblir légèrement.
Nos paumes se joignent. Peau contre peau. Chaleur contre chaleur. Le même frisson que lors de la poignée de main à Matignon remonte le long de mon bras, mais cette fois il est plus lent, plus profond. Il s'installe dans ma poitrine, dans mon ventre, dans mes reins. Je sens mes genoux faiblir légèrement.
Nous restons comme ça, face à face, dans l'entrée étroite. À trente centimètres l'un de l'autre. Nos souffles se mêlent. Le sien sent le vin et le bois brûlé. Le mien est court, saccadé. Je vois sa pomme d'Adam monter et descendre quand il déglutit. Je vois la petite veine qui pulse sur sa tempe. Je vois tout, et pourtant je ne vois que lui.
— Reste, murmure-t-il enfin. Juste encore un peu.
Sa voix tremble à peine. Pas un ordre. Une prière.
Je hoche la tête. Un tout petit mouvement. Suffisant.
Je hoche la tête. Un tout petit mouvement. Suffisant.
Il ne sourit pas. Il expire lentement, comme s'il retenait son souffle depuis des heures. Puis il tire doucement sur ma main. Pas pour me ramener dans le salon. Juste pour me rapprocher d'un pas. Nos corps se frôlent maintenant : mon torse contre le sien, nos hanches presque alignées. Je sens son cœur battre contre le mien. Fort. Rapide. Comme le mien.
Nous nous regardons encore. Longtemps. Les secondes s'étirent. Le temps n'existe plus. Il n'y a que ses yeux dans les miens, que cette attirance muette qui nous lie depuis le premier jour sans que nous ayons eu besoin de mots pour l'expliquer.
Il se penche. Millimètre par millimètre. Moi aussi. Nos fronts se touchent presque. Nos nez se frôlent. Je sens la chaleur de ses lèvres à un souffle des miennes. Mon cœur explose. Ma respiration s'arrête.
Et puis nos bouches se rencontrent.
C'est lent. Hésitant. Presque timide. Ses lèvres sont douces, chaudes, un peu sèches à cause du vin et du feu. Il ne force rien. Juste un effleurement. Un contact léger qui dure une seconde, puis deux. Puis trois.
C'est lent. Hésitant. Presque timide. Ses lèvres sont douces, chaudes, un peu sèches à cause du vin et du feu. Il ne force rien. Juste un effleurement. Un contact léger qui dure une seconde, puis deux. Puis trois.
Je réponds. Mes lèvres s'entrouvrent légèrement. Les siennes aussi. Le baiser s'approfondit sans hâte. Sa main libre monte jusqu'à ma nuque, ses doigts glissent dans mes cheveux blonds un peu décoiffés. Il me tient avec une tendresse infinie, comme si j'étais précieux. Je pose ma main libre sur sa poitrine, sur le tissu de sa chemise. Je sens son cœur cogner sous ma paume.
Le baiser n'est pas passionné. Pas encore. Il est… reconnaissance. Comme si nous nous retrouvions après une très longue absence. Comme si nos corps savaient ce que nos esprits n'ont pas encore compris.
Une vague me traverse. Pas des images nettes. Pas des visages. Juste des sensations : une chaleur familière, une main dans la mienne sous une table en bois, l'odeur de vieux livres et de cire, le bruit lointain d'une pluie sur des volets bordeaux. Tout ça en un flash, en un battement de cœur.
Puis le baiser s'arrête. Lentement. Nos lèvres se séparent à regret. Nous restons front contre front, le souffle court, les yeux fermés.
Je recule d'un pas. Pas brutalement. Juste assez pour reprendre mes esprits. Ma main quitte sa poitrine. La sienne glisse de ma nuque jusqu'à mon épaule, puis tombe.
Je touche mes lèvres du bout des doigts. Elles picotent. Elles gardent encore la chaleur des siennes. Je les effleure comme pour vérifier que c'est réel.
— Je… je dois vraiment partir, maintenant.
Ma voix est rauque, cassée. Je me retourne vers la porte. J'ouvre. L'air froid de la nuit entre d'un coup, me gifle le visage.
Peter reste immobile une seconde. Puis il fait un pas en avant.
— Basile.
Je m'arrête sur le seuil, dos à lui. La nuit est noire dehors, les arbres bruissent doucement.
— Est-ce que… tu veux me revoir ?
Sa voix est basse. Presque un murmure. Pleine d'une vulnérabilité que je n'aurais jamais imaginée chez lui.
Je ferme les yeux. Je sens encore le goût de ses lèvres. Je sens encore ses doigts dans mes cheveux.
Je hoche la tête. Un seul mouvement. Lent. Clair.
Oui.
Oui.
Puis je franchis le seuil. Je referme la porte derrière moi sans me retourner.
Le cliquetis résonne dans le silence.
Le cliquetis résonne dans le silence.
Je marche vers la voiture qui m'attend au bout de l'allée. Mes jambes tremblent. Ma main touche encore mes lèvres. Elles brûlent.
Et je sais que je ne dormirai pas cette nuit.
Fin du chapitre 2.
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