Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sans visage — Chapitre 5 · Deux solitaires que tout oppose apprennent à se voir : l'une malgré son masque, l'autre malgré le sien.
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sans visage
Chapitre 5 · Deux solitaires que tout oppose apprennent à se voir : l'une malgré son masque, l'autre malgré le sien.
Le retour
Kei
Kei
Je sors du club sans avoir décidé de sortir. Le couloir du personnel, la porte, la rue — tout ça s'est enchaîné avant que j'aie formulé quoi que ce soit. L'air de dehors est froid après la chaleur confinée des box. Je m'arrête sur le trottoir une seconde, sans savoir dans quelle direction aller.
Je me retrouve dans un konbini sans avoir décidé d'y entrer. La porte automatique s'est ouverte, j'ai suivi le mouvement, et maintenant je suis debout devant un rayon de boissons chaudes avec rien de précis en tête. La lumière blanche du magasin est agressive après la pénombre du club échangiste. Le vendeur ne lève pas les yeux. Je prends un café que je ne boirai probablement pas et je m'installe sur le tabouret haut face à la vitre.
Dehors, une rue vide. Un feu de circulation qui change pour personne.
J'avais bien fait de partir de cet endroit. Je me le dis une fois, comme on vérifie une évidence. Le dispositif, l'anonymat, l'aspect mécanique, la file d'attente — rien de tout ça ne correspondait à ce que je cherchais, à supposer que je cherchais quelque chose. J'avais bien fait.
Sauf que les gens qui ont bien fait ne restent pas assis dans un konbini à fixer un feu rouge à minuit.
Je bois une gorgée de café. Il est trop sucré. Je le repose.
Je regarde autour de moi. Un présentoir de magazines sous plastique. Un réfrigérateur qui vibre. Le vendeur qui fait l'inventaire sans me voir. Il est minuit passé et je suis assis dans un konbini à boire un café trop sucré en pensant à un mot que quelqu'un a dit dans le noir. C'est un bilan assez précis de là où j'en suis.
Attends.
Elle avait dit cela d'une voix basse. Ce n'était pas de la séduction — pas dans le registre que j'aurais attendu dans cet endroit. C'était quelque chose de plus nu que ça. Quelqu'un qui voit une porte se fermer et qui parle avant de réfléchir — pas pour convaincre, juste parce que ne rien dire aurait été pire. J'ai reconnu ça. Je ne sais pas pourquoi j'ai reconnu ça.
Le feu passe au vert. Personne ne traverse.
Je jette le café à moitié plein et je rentre à pied.
Dans la rue, les pensées reviennent dans le désordre — c'est ce que le mouvement fait, il défait l'ordre dans lequel on a rangé les choses. Dans le couloir du bureau, en fin d'après-midi, Takahashi m'avait regardé d'une façon légèrement différente. Pas longtemps. Juste ce regard de quelqu'un qui cherche à recouper une information sans savoir encore laquelle. Je n'y avais pas pensé sur le moment. Maintenant que j'y pense, je ne sais pas quoi en faire non plus.
De retour dans ma chambre, je pose mes clés sur le bureau. Je reste debout.
Les gestes habituels sont là — l'ordinateur à portée de main, la pile de livres, le plafonnier que j'éteins toujours en premier. Je ne fais rien de tout ça. Je reste au milieu de l'espace réduit, les bras le long du corps, comme quelqu'un qui a oublié le mode d'emploi d'une pièce qu'il connaît par cœur.
Au bout d'un moment, je m'assieds devant l'ordinateur sans l'allumer. Mes mains restent à plat sur le bureau. C'est une position que je n'ai pas d'habitude — ni en train de travailler, ni en train de rien faire. Entre les deux. Je regarde l'écran noir.
June est derrière cet écran. Disponible, comme toujours. Je sais exactement ce qui se passerait si j'ouvrais l'interface — les images, les scénarios, la mécanique d'une jouissance vide qui fonctionne à chaque fois. Je connais le résultat avant de commencer.
Je n'allume pas l'ordinateur.
Je me lève. Je prends le Jung sur la pile — le livre rouge, celui que j'avais laissé ouvert à l'envers avant de partir ce soir. Je le retourne dans mes mains sans l'ouvrir. La couverture est usée sur le dos, là où je l'ai tenu trop souvent. Il y a quelque chose de rassurant d'habitude dans ce poids — la certitude que les mots sont là, que le texte ne disparaît pas pendant la nuit. Ce soir, ça ne fonctionne pas non plus. Je le repose.
Je m'allonge sur le lit sans le déplier.
Elle était réelle — c'est ce qui revient en boucle. Pas June et ses proportions calibrées, pas un écran, pas un algorithme. Un corps qui respirait, qui répondait, qui avait une chaleur que je n'avais pas construite de toutes pièces. J'avais senti ça en entrant dans ce box — quelque chose de différent avant même qu'elle parle. Une façon d'occuper l'espace. Je ne sais pas l'expliquer autrement.
Et puis ce mot. Juste ce mot.
Ce n'est pas le corps qui m'a retenu — enfin, si, en partie. Mais ce qui m'a arrêté dans l'embrasure, c'est sa voix. Et le fait que pendant une seconde, j'ai eu envie de rester. Pas pour ce que j'étais venu chercher. Pour autre chose que je n'aurais pas su nommer si on me l'avait demandé.
Je fixe le plafond. Je connais ce geste — rester debout quand ça ne sert à rien. Je ne sais pas pourquoi je l'ai reconnu chez elle.
Je reste immobile un moment dans ce silence. La chambre est à deux mètres dans tous les sens — je connais chaque distance par cœur. Je devrais être chez moi ici. Ce soir, j'ai l'impression d'occuper l'espace d'un homme que je ne reconnais pas complètement.
Et puis, sans transition, sans que je l'y autorise — c'est elle qui revient. Pas la femme du club. L'autre.
La fille du service documentation. Ce bonjour auquel j'ai répondu par un grognement. Sa façon d'être dans un couloir sans en réclamer l'espace. Je me souviens de ses mains sur le verre, au dîner — les deux paumes serrées autour comme si elle cherchait à se réchauffer. Je me souviens de la bande de peau entre sa chemise et sa ceinture dans les archives, quand elle tendait le bras vers cette étagère. Je me souviens d'avoir regardé et de ne pas avoir tendu le bras.
Je n'aurais pas formulé ça comme du désir, avant ce soir. Ce soir, je ne sais plus comment le formuler autrement.
Ces deux pensées coexistent dans le noir — la femme sans visage du club, et elle. Je ne comprends pas ce qu'elles ont à faire l'une avec l'autre. Peut-être rien. Peut-être que l'insomnie fabrique des rapprochements que je n'aurais pas le courage de faire à la lumière.
Je me retourne sur le côté. Le mur est à cinquante centimètres — je pourrais toucher le plâtre si j'étendais le bras. Je ne l'étends pas.
Quelque chose ne fonctionne plus comme avant ce soir. Je ne sais pas encore ce que c'est exactement. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de le savoir.
Le sommeil finit par arriver. Il ne règle rien.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
Espérons une fin heureuse et une montée d adrénaline avec des corps qui s embrasent....