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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Hier encore — Chapitre 6 · Du rêve à la réalité

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Jane Does
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Hier encore

Chapitre 6 · Du rêve à la réalité

L'air frais d'un début de nuit me voit respirer mieux que dans l'endroit clos où nous nous sommes enfermés depuis le début du repas. Bien sûr, si les mains baladeuses de mon Pierre sont redevenues sages, à ma demande expresse, il a su me garder sous pression en me faisant tout bonnement du pied. Oui… comme au bon vieux temps, sous la table, négligemment, il est venu caler l'un d'eux dans la fourche de mes deux cuisses qu'à force de frotter, je lui ai ouvertes largement. Et je ne me plains de rien, parce que franchement, c'est chauffée à blanc que je m'installe sur le siège au côté de mon chauffeur. 
Il n'oublie pas de ressortir son fichu bandeau, je me laisse de nouveau enfermer dans une nuit moins naturelle que celle du restaurant. Et nous roulons depuis… je ne sais combien de kilomètres ou de temps. C'est le bruit que font les roues qui m'indique que nous venons de quitter un asphalte ou un bitume correct pour nous engager sur un chemin plus cahoteux. Il sait qu'il a carte blanche et apparemment en use. Le ronronnement du moteur se tait laissant la place à un silence surprenant.
— Où sommes-nous Pierre ?
— Chut mon cœur… Écoute le bruit du vent, celui de la nuit et de la nature qui nous entourent.
— Je ne peux pas encore retirer ce qui me bouche la vue ?
— Ah non ! C'est moi le roi du jeu ce soir, c'est dit dès le départ.
— Oula… loin de moi l'idée de te contredire. Fais à ta guise, Monsieur l'Avocat…
— Je vais descendre et te guider… ne crains rien…
— Oh ! Les choses se corsent donc ?
— Ben… tu n'as pas besoin de savoir, juste de me laisser faire…
— D'accord puisque je te l'ai promis… je vais tenir parole. Mais que va-t-il m'arriver ?
— Tu vas sûrement être dévorée toute crue par le grand méchant loup…
— Mmm ! Il doit avoir un sacré appétit, alors !
Il ne dit plus rien et doit contourner la voiture. La portière s'ouvre et il m'aide à m'extraire de ma place. Dès que je suis sur mes quilles, il m'enlace et m'embrasse. Je n'ai aucune raison de ne pas répondre à son appel. De plus, je suis toujours dans des conditions idéales pour faire l'amour, parce que je présume que nous sommes là pour ce seul motif. Ses mains cette fois s'appesantissent sur ma croupe, malaxant mon fessier à travers le tissu. J'adore son excitation palpable, ce qui est dur qui se frotte contre le bas de mon ventre ne laisse guère de place au doute. Pierre bande et de belles manières, ce qui ne gâche rien. Ma température corporelle déjà haute grimpe encore de quelques degrés.
Nous marchons depuis deux ou trois minutes. Agrippée à la main de mon homme, incapable de savoir où je me situe dans l'espace, je suis dépendante de lui. Il me guide de la voix, m'avertit aussi des dangers éventuels.
— Attention, un gros caillou sur ta droite ! Lève le pied, mon ange ! Nous sommes presque arrivés. Nous allons pénétrer dans un endroit à l'abri des regards…
— D'accord…
— Lève la jambe et pose ton pied sur la terrasse, tu sens celle-là sous toi ?
— Oui… ça va. Qu'est-ce que tu ne me fais pas faire tout de même… pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, hein ? Nous ne serions pas mieux sur notre canapé douillet ? Ou mieux encore ? Dans notre couche moelleuse ?
— Chut… Je te veux sans défense, livrée à mes pires caprices cette nuit…
— … ?
— Tu es d'accord ?
— Ça dépend pour quoi, mon chéri ?
— Ne mets pas de barrière, pas de limite ! Tu es mon cadeau et j'en décide à ma convenance… nous sommes bien sur la même longueur d'onde, Martine ?
— … tu me fiches la trouille là… où veux-tu en venir ? Dis-moi ? Sinon, je ne vais pas parvenir à me détendre et notre affaire va capoter.
— Je désire que tu ne saches jamais si ce sont bien mes mains qui te frôlent, qui te touchent. Que tu ne puisses pas faire la différence entre toutes les caresses qui vont t'être distribuées, dans quelques instants.
— Comment ça, je ne pige pas ! Tu veux me faire faire quoi, au juste… ?
— Rien d'autre que ce dont tu as envie là… l'amour !
— Mais… il y a quelqu'un d'autre dans cette pièce ? Nous sommes dans une maison ?
— Ça Martine… tu ne dois pas le savoir ! Essaye seulement de deviner…
— … tu… tu es fou ?
— Oui, d'amour pour toi ma chérie… de ton corps, de ton joli cul, de ta bouche, enfin de toi, quoi.
— … je…
— Donne-moi tes poignets…
— Pourquoi ? Qu'est-ce qui te prend ?
— Je suis là, ne t'inquiète pas, mon amour… là, tu me devines contre toi ?
— Oui… oui, mais où veux-tu en venir, dis-moi ? J'ai peur.
— Tu crois que ça va éviter ce qui va se passer ? J'ai seulement envie de toi… d'une autre manière ! Tu es prête…
— Je… pas certaine que ce soit ce que j'attends…
— Moi, ce sont tes poignets que je te demande.
— Hein… ?
Sa voix est enrouée. J'ai chaud partout, je transpire presque, ce qui ne m'empêche pas de crever d'envie et de peur. Oui, tout ce qu'il me raconte là me fait un drôle d'effet. Cette espèce d'appréhension qui me serre les tripes, elle se dilue en moi pour se concentrer en un seul point de mon anatomie… et la soupape de sécurité me fait inonder ma culotte. Je suis trempée. Est-ce que nous ne sommes bien que tous les deux, dans ce lieu dont je ne définis rien ? Pierre joue sur cette angoisse pour faire monter mon besoin de sexe, j'en jurerais. Qu'est-ce qu'il mijote ? Bon ! Je me doute aussi qu'il ne me fera rien faire de contre nature ou que je ne voudrais pas. Et je craque en lui tendant mes bras.
— Tiens ! C'est ça que tu veux ?
— Oui, mon ange ! Il ne te sera fait aucun mal et je te promets que personne demain ne saura te reconnaitre dans la rue.
— Pourquoi me reconnaitre dans la rue ? Nous ne sommes pas seuls dans ce coin ?
Il est trop tard pour que je recule. Je sens que des mâchoires métalliques se referment sur mes avant-bras avec un bruit sec.
— C'est quoi ça Pierre ?
— Juste des menottes, Martine, juste des menottes…
— Mais… qu'est-ce qui se passe ? Que veux-tu me faire ?
— Allons ! Tu es une grande fille, non ?
Pourquoi mes bras sont-ils entrainés vers le ciel ou le plafond ? Difficile de savoir, impossible de les faire revenir vers le sol. Ça va ! Je saisis, il a attaché ses menottes après je ne sais quoi et je suis les mains levées, maintenues en position bras tendus. Sa bouche est là, qui se colle sur la mienne. Un baiser, chargé de toutes les saveurs de ses promesses, de ce que je devine sans le voir. Il me relève aussi la jupe sur les hanches et je sens un courant d'air frais sur mon derrière. Puis il me malaxe les chairs vigoureusement. Il me parle crument et j'adore ça !
— Tu es ma salope ce soir, dis-le ! Vas-y ! Dis-moi que tu veux de la queue… je t'écoute.
— Oui ! Oui, Pierre ! Baise-moi comme une chienne, j'en ai envie, j'en ai besoin. Oh ! Fais-moi jouir…
Ce qui suit est dément. Je ne sais plus si ce sont juste ses paluches qui me tripotent partout, si ce sont seulement ses lèvres me lèchent. Tout est faussé par cette obturation de ma vue. Les sensations sont décuplées, que dis-je, multipliées par mille. Et sans même qu'il me pénètre, je hurle de me sentir contrainte, pas vraiment forcée, mais maintenue dans un état second dû à tous ces émois qui découlent de caresses dont je ne sais rien, dont je ne devine même pas de qui elles proviennent. Et pour finir, je sens que mon corps lâche entièrement. Je me fais pipi dessus ou est-ce que je deviens femme fontaine ? Incapable de discerner si c'est l'un ou l'autre.
Tous mes muscles sont tétanisés dans un orgasme hors norme ! Il me faut un temps incroyablement longuet pour récupérer de ses trop délicieuses tortures. Est-ce que je me suis évanouie ? C'est probable, mais mon cerveau se refuse à me restituer des souvenirs précis de ce qui s'est déroulé sous les mains, la bouche, la langue de mon Pierre transformé en bête de sexe. À moins que ce ne soit moi qui me sois totalement affranchie d'une morale trop pesante. Mon corps pèse cent kilos, qui allongé sur la banquette arrière de notre voiture récupère enfin de tout le plaisir qu'il vient de m'offrir.
Plus de bandeau, et nous roulons vers notre domicile quand je reprends pied dans une réalité qui me semble irréelle tant je suis vidée. Et Pierre qui conduit s'aperçoit que je suis revenue à la vie. Il rigole comme un bossu.
— Eh bien ma chérie… pour un anniversaire de mariage, cette soirée a tenu toutes ses promesses. Tu es si belle lorsque tu jouis.
— Pierre… mon Dieu… qu'est-ce qui m'est arrivé ? Dis-moi ?
— Tu as joui… comme jamais je ne t'ai vu le faire. À en avoir peur que tu ne te réveilles pas.
— Vraiment ? Tu peux me dire enfin… Qui était là ?
— Mais... moi mon amour.
— Tu es certain ? Tu me le jures ? Personne d'autre ne m'a touchée ?
— Non ! C'est promis… mais les effets de la privation d'un sens sont persuasifs, n'est-ce pas. Tu te rappelles que tu as hurlé que tu voulais du cul, de la bite, que tu voulais devenir une pute ?
— J'ai dit ou fais cela moi ? Non !
— Ben si pourtant, ma chérie… Attends, je vais m'arrêter puisque tu es de nouveau consciente. Pour parler, il est préférable que tu sois à mes côtés, ne crois-tu pas ?
— Oui… d'accord. Mais bon sang, que je suis fatiguée. Et puis j'ai l'impression qu'un rouleau compresseur m'est passé sur le corps.
— Merci pour moi ! Je sais que tes petits plats me font prendre du poids, mais de là à être confondu avec un rouleau compresseur, c'est peu flatteur…
En riant, il stoppe sur le bord de la route et m'aide à revenir sur le siège passager avant. Alors que je m'assois, un nouveau baiser nous unit. Que c'est bon de se sentir aimée à ce point ! Nous rentrons à la maison simplement en discutant de tout, de rien, mais j'ai beau me creuser les méninges, pas moyen de me remettre les idées en place. Dès mon retour, je file sous la douche en croisant les doigts pour que mon corps et mon esprit se remettent au diapason. Lui me suit de près et j'ai droit à une seconde séance dans notre lit, celle-là moins mouvementée sûrement. Partie fine toute en méandres et en câlineries chargées de ces amours partagées… un pur moment de bonheur qui nous emmène vers un repos bien mérité.
Notre sortie « anniversaire » a le mérite à contre coup, de me faire réfléchir. Pourquoi est-ce qu'un simple bandeau ou des liens qui ont entravé ma vue et mes mouvements m'ont-ils tellement charmés ? Au point que j'en oublie toute pudeur. Je ne suis pas une adepte des mots crus ou orduriers dans nos jeux amoureux d'ordinaire. Et là, je me suis sentie dépassée, emportée par un truc dément, un moment où finalement je suis devenue vraiment sa chose. Je crois que si à cet instant-là de nos ébats, il m'avait demandé quoi que ce soit, aurais-je été capable de refuser ? Tout comme je ne sais plus quand a dérapé cette fameuse soirée.
Rétrospectivement, j'en tremble encore. Et si un jour ou l'autre, il abusait de ce que je devine être un vrai pouvoir sur moi ? Il me sait vulnérable dans ces heures où mon corps est déconnecté de mon cerveau ? Je dois me faire violence pour chasser ces idées idiotes de ma caboche. Pourtant durant des jours, tout est là qui me travaille, une punition que je m'inflige pour avoir osé outrepasser mes limites ? Cette sacro-sainte morale, celle d'une éducation bourgeoise est tellement ancrée dans ma mémoire que ça en devient une ennemie. Le bien, le mal, un grand débat qui me torture sans pour autant que me sente fondamentalement coupable.
Et notre vie suit son petit bonhomme de chemin. Le temps efface aussi les traces de ces jeux dangereux, même si j'admets que parfois, il me serait agréable que Pierre y revienne. Mais son essai n'est pas renouvelé par ce mari aimant. La routine regagne ses droits, ce qui ne veut pas dire que nos moments câlins ne me comblent pas. C'est juste que le piment est aussi un bon ciment pour garder une part de mystère. Il ne me reparle pas non plus de son drôle de fantasme. Quand je dis drôle, c'est juste que je ne le crois pas possible. Alors pourquoi me reste-t-il au fond de la caboche, comme inscrit à l'encre indélébile ?
Ce matin, Pierre est à mes côtés pour les « grosses courses », qui ont lieu chaque premier samedi du mois. Il pousse le caddie dans lequel j'entasse l'eau minérale, les jus de fruit et tout ce qui peut être stocké sans risque au cellier. Les bières et quelques bouteilles de bordeaux sont également dans le chariot que mon homme s'apprête à charger dans le coffre de notre voiture. Penché pour transvaser les packs de flotte, il sursaute à un coup de klaxon intempestif. Il s'agace du sans-gêne de l'hurluberlu qui s'impatiente en attendant la place ? Son geste de la main en dit long sur l'état d'esprit de mon homme.
Ce n'est que lorsqu'une voix mâle l'interpelle de l'habitacle d'une berline sombre, qu'il relève le menton.
— Hello, Pierre ! Tu ne dis plus bonjour aux amis ?
— Quoi ? Ah… Roland, mais qu'est-ce que tu fabriques dans le coin ?
— Ben, je mange aussi je te rappelle, trois fois par jour comme vous… mais je trouve une place pour me garer et on discute un peu ! Là, je suis en train de rendre dingues les deux gaillards qui sont à l'arrêt derrière ma bagnole
— Oui… fais…
Assise dans la voiture, je perçois seulement les voix sans distinguer ni reconnaitre l'interlocuteur de mon mari. J'écoute de loin ce que je pense être une altercation entre un chauffeur nerveux et Pierre. Je respire mieux puisque visiblement les deux-là se sont arrangés à l'amiable et le conducteur roule vers un emplacement à quelques mètres de nous qui vient de se libérer. C'est là que je devine que mon homme me fait signe de venir le rejoindre. Il se dirige vers le lieu où sont entreposés les chariots, et enfin, il revient vers le pilote avec qui il s'est pris la tête ? Bizarre, ça ne lui ressemble pas de chercher des poux aux autres.
Bon ! Je vais devoir intervenir pour calmer ces grands gosses ? Je fais donc deux pas dans la direction du duo. Étrange, mais ils se serrent la pogne ? Et d'un coup, j'y suis. Je remets le type en question… c'est un des deux conseils avec qui il est allé à Paris. Celui qui le matin me reluquait avec des yeux… chargés d'envie ! Roland… lui m'aperçoit également et il me fait un bonjour de la main. Je ne vais pas passer pour une impolie et m'approche donc des deux lascars.
— Bonjour Roland…
— Bonjour, Martine… je suis heureux de vous revoir. Martine… comment allez-vous ?
Et Pierre de revenir sur leur dialogue précédent ma descente de notre véhicule.
— Martine, je viens d'inviter mon ami à passer à la maison pour le déjeuner. Il est tout seul, sa femme est en « déplacement » et ça va nous donner l'occasion de renouer un peu, de discuter aussi. D'accord ?
— Ben oui, naturellement.
Comment dire non puisque lui a dit oui ? Sauf à passer pour une mégère ou je ne sais quoi. Bon, de toute façon ce midi, c'est salade et jambon cru, alors une part de plus ou de moins… Je sens bien que mon Pierre jubile de revoir son pote, alors, je n'ai pas le cœur à refuser.
— Bon, merci ! C'est d'accord ! Je fais tout de même mes courses et je vous rejoins à votre domicile… pour douze heures, ça va ?
— Parfait… à tout à l'heure Roland.
Et voilà ! Notre invité qui entre dans le supermarché alors que nous rentrons chez nous.
— Ça ne te dérange pas Martine, que je l'ai invité ?
— Mais non…
— Tant mieux ! Je crois qu'il n'a pas voulu nous le dire, mais sa femme l'a quitté… les bruits qui courent le disent en tout cas.
— Ah bon ! Ce sont des choses qui arrivent !
— … merci. Et puis ça va lui remonter le moral et lui faire du bien d'être un petit moment entouré.
Je viens de finir de préparer ma tambouille lorsque notre invité arrive. Les deux hommes sont sur la terrasse et c'est là que nous buvons l'apéro avant de déjeuner sous la tonnelle. Roland parle beaucoup. Un vrai moulin à paroles. Se libère-t-il d'un grand poids, de ce qui lui pèse sur le cœur ? Peut-être ! Il n'aborde jamais le sujet de son épouse, et ni Pierre ni moi ne l'y engageons. Par contre, je ne peux que sentir ses regards sur moi dès que je remue le petit doigt. Chacune de mes allées et venues lors de notre repas est donc suivie par deux paires d'yeux insistants.
Mon mari non plus ne se prive pas de fixer mes hanches alors que je fais le chemin de la terrasse à la maison ou l'inverse. Et il y a dans ces deux regards des étincelles pas si différentes finalement. Pourquoi est-ce que d'un coup, brutalement, je me sens observée ? Voici qu'au fond de moi ces deux désirs ; légitime pour l'un et déplacé pour le second me donnent chaud. Une chaleur qui se diffuse partout, mon sang dans mes veines me fait basculer dans une espèce de brouillard qui me serre la tête et répand en moi un fiel inédit tout en chatouillis, lequel se transforme en frissons. Pour tenter d'effacer la source de ce qui me parait malsain, je reste un long moment dans la cuisine.
Trop sûrement pour le maitre de maison qui vient aux nouvelles. Pierre arrive dans mon dos et sa main naturellement vient folâtrer avec les courbes de mes fesses qui devant l'évier sont à la portée de ses doigts. Je sursaute, pas de peur, mais surtout parce qu'au lieu de calmer ce qui m'étreint, ça donne un coup de fouet à ce qui m'enflamme. Et là, j'en suis certaine, je mouille abondamment.
— Ma chérie…, tu n'as pas envie de prendre le café avec nous ?
— Pierre… je suis occupée, tu ne vois pas ?
— Si ! Mais nous avons un invité, je te le rappelle. Et la maitresse de maison doit me faire honneur.
— Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Tu ne te souviens pas ? Une de mes demandes très particulières formulées il n'y a pas si longtemps ?
— … ? Tu parles de quoi là ? Dis-moi !
— Ben… Roland est seul, il n'a sûrement pas fait ça depuis un moment et… peut-être que je l'ai senti très attiré par tes roulements de hanches ! Volontaires ou non, ceux-là ?
— Tu es fou ? Ça veut dire quoi « volontaire ou non »
— Que tu as compris que mon ami a bougrement envie de toi !
— De moi ? Je suis ta femme, il me semble !
— Oui… mais nous avons fait une sorte de pacte, tous les deux et… qui sait si ce n'est pas le bon moment pour…
— Pour quoi Pierre ?
— Pour…
Les mots suivants ne passent plus sa gorge, sa bouche venant se poser sur la mienne pour m'embrasser. Et en bonne gourde, je réponds fiévreusement à ce message qu'il me fait passer. Il en profite et sa main remonte sous ma jupe. Elle n'est pas longue à découvrir l'étendue des dégâts. De sa patte libre, il crispe ses doigts sur mon épaule. Et quand nous lèvres se séparent, pour retrouver notre souffle, il me susurre à l'oreille son ressenti.
— Ne me dis pas que tu n'en as pas envie… tu es toute trempée. Tu es d'accord ou non pour…
—… ? Jamais tu ne te tais ? Embrasse-moi idiot, ça t'évitera de dire n'importe quoi…
— Je vois…
Nouvel échange labial et je fonds dans ses bras. Il me caresse sur le coton de ma culotte et je suis désemparée. Entre besoins de faire l'amour et peur puisque nous ne sommes pas seuls, mon cerveau oscille. Pierre n'en a cure. Il me tripote alors que je suis coincée contre le plan de travail de notre cuisine et je n'ai pas le courage de le repousser. C'est trop violent, trop fort. Un de ses doigts est déjà dans mon vagin qui nage dans la rivière poisseuse qui en coule. Je perds la tête ou quoi ? Je sais bien que si nous faisons l'amour là, tout de suite, l'autre va s'inquiéter. Mais comment résister à ce tsunami qui déferle et met mes sens à l'envers ?
— Pierre… ton pote… il va nous entendre !
— Et alors ? Il peut aussi se joindre à nous, qu'en dis-tu ?
— Mais… tu n'es pas sérieux là ?
— Bien sûr que si… mais tu as ton mot à dire…
— Je… je n'en sais rien ! J'ai peur, je n'ai jamais fait un truc pareil… Mince alors.
— La question que tu dois te poser est bien de savoir si oui ou non, tu veux me faire plaisir.
— Te faire… mais je te fais toujours plaisir, je crois.
— Bien sûr, mais de cette manière c'est sous-entendu dans mon esprit…
— Oh ! Tu… tu es certain qu'après… tu ne vas pas m'en vouloir ou me détester ?
— … mais non ! Puisque c'est moi qui te le demande… et puis c'est mieux que d'aller toute seule chez Marc… si tu te souviens bien !
— J'ai bougrement peur… je ne sais pas si je suis capable de faire ce genre de chose. Je ne sais même pas comment m'y prendre.
— Pour cela, laisse-moi faire et puis… tu vas dans notre chambre, tu fermes les volets, comme ça dans la pénombre ce sera plus facile pour toi. Ensuite, j'arrive et on lui laisse quelques minutes…
— Pour quoi faire ?
— Ben, pour que toi et moi commencions et qu'il nous rejoigne quand tu seras prête. C'est toi qui donneras le feu vert…
— Et… et si je ne te le donne jamais ?
— Nous aurons fait l'amour tous les deux, voilà tout. Il en sera quitte pour une bonne branlette dans son coin !
— Parce qu'en plus il va nous voir, nous entendre aussi ? C'est…
— C'est bandant, ne cherche rien d'autre, c'est bandant et il est comme tout le monde sûrement. Bon… je vais le rejoindre pour le mettre au courant de notre petit jeu ?
— …
— J'y vais ? Tu vas dans la chambre ?
— … je…
— De toute façon, c'est à toi de décider, je ne te force pas. Et puis si tu fais comme je viens de dire, nous le saurons grâce aux volets roulants qui vont se baisser juste à côté de la table où je retourne m'assoir en sa compagnie. La balle est dans ton camp, Martine !
Un dernier coup de doigt et il reflue vers la salle à manger, qui dessert l'extérieur. Je suis là à me dire que je nage en plein rêve. Un cauchemar ? Pas vraiment parce que je suis remuée autant par ce qu'il vient d'abandonner que par ce qu'il me demande de faire. Et je ne sais plus où me situer dans cette histoire. J'ai mal au ventre, je crève d'envie de faire l'amour avec lui, mais mon corps et mon esprit ne sont-ils pas surexcités par ce que Pierre réclame ? Aller ou non dans la chambre ? Succomber à cette incroyable tentation de trio ? Difficile de faire la part des choses dans l'état de fébrilité dans lequel mon ventre me maintient.
Machinalement, je termine le débarras de l'évier, entrechoque à diverses reprises la vaisselle en la rangeant dans la machine pour la laver. C'est surtout pour calmer mon palpitant qui cogne dans sa cage avec une violence inouïe. Pas moyen qu'il reprenne son rythme normal malgré tous mes efforts pour penser sainement. Arrive l'instant où, tout est net sur le plan de travail et… je n'arrive toujours pas à décider de la marche à suivre. Je vais vers l'endroit où les deux hommes discutent sagement. Sans me montrer, simplement pour écouter. Mais ils ne sont guère bavards. Ils doivent guetter le bruit du moteur électrique, signe de la descente du rideau.
J'ai chaud, j'ai honte aussi. De quoi grands Dieux ? Je n'en sais foutre rien puisque de toute évidence, je n'ai pas fait quoi que ce soit de répréhensible. Et je suis une grande fille, que je sache. C'est aussi une affaire d'adultes consentants. Oui ? Non ? La bagarre que se livre un diablotin au visage rouge et un ange aux ailes blanches dans mon cerveau rendu malade d'envie est conséquente. Je me replie d'un coup. Le couloir, je ne veux pas y songer, je le parcours la tête basse. Le diable me hurle que je ne vais pas à l'abattoir. L'angelot lui me traite de nom d'oiseaux.
La porte, elle est entrouverte et le lit devant moi s'offre à ma vue. Je dois le contourner pour appuyer sur le mécanisme qui actionne le moteur du volet. Bon sang, que mon doigt qui le frôle tremblote pour de bon ! Combien de secondes d'hésitation, de retours et de reculs pour qu'enfin le ronronnement affreux me glace le sang ? Puis c'est une sorte d'attente interminable. La semi-obscurité m'englue dans ma peur. Les pas dans le corridor, ceux de Pierre, je veux le croire. La silhouette qui s'avance me serre dans ses bras. Il sait y faire. Il me tient le visage entre ses deux paumes brulantes.
Ma bouille est attirée vers celle de mon mari. Ce baiser qui nous unit, quelle saveur a-t-il ? Celle de la défaite ? Celle de la gloire d'avoir osé ? Nous basculons sur la couche, sans pour autant que nos lippes ne se désolidarisent les unes des autres. Le poids du corps de mon homme sur moi, c'est horrible de se dire que… et c'est incroyablement excitant d'un autre côté, pour des tas de raisons. En existe-t-il une meilleure que d'autres ? Non ! Il me câline sur mes habits d'abord, se met en quête de me les retirer un à un. Je veux voir si Roland nous épie, mais pour cela, je dois ouvrir les paupières. Est-ce la honte qui me l'interdit ou cette fierté de me dire que c'est possible, que je vais le faire, que le spectacle doit le rendre fou ?
Pierre est à mes côtés, pas nu, et il me tète un sein. Je ne suis plus qu'une boule de muscles en fusion. Il me lèche la chatte. Quoi ? Comment peut-il officier simultanément à deux endroits différents ? Mes doigts se crispent sur la tête de mon homme, s'accrochent à sa chevelure. S'il me lèche la poitrine, le bas ne peut qu'être sous la langue de… mince ! Il a été d'une discrétion absolue. Mes deux cuisses sont largement ouvertes par des bras solides. Et Pierre me lâche. Il quitte la couche, je le sais en sentant le matelas qui se relâche sous la perte de son poids. Je garde les yeux clos, pas question de toucher l'autre.
Le bruit à côté du plumard… je devine que mon homme se déshabille à la hâte. Et c'est de nouveau l'enfoncement de la literie qui m'indique que Pierre se joint à la fête. Il est sur mon flanc, et je suppose que pour le moment Roland est agenouillé sur le parquet, que seul son museau est entre mes gambettes et que sa langue me fouille. Le son de cette baveuse qui longe mes grandes lèvres, qui s'infiltre de temps en temps dans mon vagin, je n'entends que lui. Mais les doigts qui dessinent les contours de mon visage, allant de mes joues à mon nez, revenant sur mon cou, ce sont ceux de mon mari.
Son murmure également, qui d'un coup me fait frémir.
— Tu es belle ma chérie.
Juste dit à voix basse, dans le creux de mon esgourde. Je me pâme d'aise.
— Tu veux bien me sucer un peu…
— …
Pas un mot ne sort de ma gorge. Je sens bien qu'il se déplace, bien que ses mains elles, demeurent en place et continuent leurs lentes câlineries. Ses genoux sont désormais de part et d'autre de mes tempes. Ils maintiennent ma caboche, face tournée vers le plafond. La queue qui est au-dessus de ma bouille, j'en sens l'odeur avant même qu'elle ne soit vraiment en contact avec ma bouche. Inutile de dire que ça me remue les tripes de savoir que je vais sucer son sexe raide alors que le type qui me léchouille la chatte peut tout voir. Mais je n'ai guère le temps d'y penser que déjà, la bite dure est à l'orée de mon gosier. Plus de retour en arrière possible.
Elle plonge dans cette caverne dont j'ouvre au large la porte en écartant les mâchoires. De la petite goutte de liquide préséminal qui suinte au bout du gland, je m'en délecte, et les sensations qui parcourent mon corps sont d'une intensité jamais atteinte. En transes, oui ! Me voici en condition pour ne plus rien refuser. La bouche qui me ventouse maintenant n'est plus celle de notre invité. Pierre vient de s'allonger sur moi et mes jambes soutenues par je ne sais quels bras sont mises à l'équerre. Je crois que je comprends parfaitement ce qui va arriver. Et mon Dieu que c'est affolant. Ce qui se frotte à ma fente, c'est… oui… Roland qui s'apprête à me pénétrer.
Un coup presque trop sec, et je me sens investie par le manche inconnu. La sensation est d'un coup bien différente de ce que j'attendais. Un préservatif ! Oui, il se protège. Et heureusement, la langue que s'enroule sur mon clitoris me fait oublier la texture peu agréable de l'habit de la hampe. Je rue dans les brancards, pas pour qu'ils abandonnent leurs manœuvres. Non ! Mais bien au contraire pour qu'ils les intensifient et j'en suis déjà à un tel degré de chaleur que je ne suis plus vraiment autre chose qu'une femme en rut. Je veux de la queue, je veux de la langue ! J'ai besoin d'évacuer cette peur qui se transforme en cet instant en un orgasme qui me secoue de la tête aux pieds.
Peu importe qui me baise, qui cajole ma chatte, je ne demande plus rien que du sexe à l'état pur. Salope, je suis une salope et je psalmodie ce mot, le crie, le hurle dans tous les coins. Mon corps se berce de la tonalité de ce vocable. Salope qui se fait niquer par un pote de son homme, salope qui jouit grâce à la bite d'un type presque inconnu. Et j'adore ce que je ressens, d'abord en criant ce mot de salope et surtout en me vautrant dans la luxure. Oh, oui ! La bourgeoise qui se laisse monter par deux mecs… tout se mélange dans mon cerveau débordé par un excès d'adrénaline ou d'endorphine.
Ce qui en découle est plus flou. Pierre à trop voir la scène de près finit par m'éjaculer dans la bouche. Je ne recrache rien de ce trop-plein d'amour. Roland lui non plus ne parvient pas à retenir très longtemps sa semence, mais la capote joue son rôle et il ressort dès qu'il perçoit la montée de sa sève. Ce qui chez moi entraine une sorte de hurlement. Je déteste cet arrachage intempestif qui me prive d'un bon moment. Pierre le sait tellement, lui qui laisse mollir dans ma bouche, ce qui d'ordinaire le fait là où son ami vient d'officier. Mon Dieu ce désagréable sentiment de vide dû à la sortie prématurée de la queue… il me perturbe terriblement.
Mon mari en est parfaitement conscient. Il m'embrasse, comprenant bien mon désarroi. Son pote lui est sur mon flanc gauche et il reste collé à ma peau. Son sexe toujours enfermé dans le latex, il se frotte à moi et laisse ses doigts jouer dans ma toison. Gestes tendres de mes deux amants, qui ne se privent pas de revenir ensemble, câliner ma fente, l'un faisant tourner un index ou un majeur, quelle importance, sur mon clitoris. Son compère n'est pas en reste qui insère un visiteur dans mon vagin. Et lentement, alors même que ne sont pas encore éteints les derniers spasmes de ce qui vient de finir, de nouveaux attouchements me font regrimper la pression.
Ensuite ? Je ne renâcle pas, et ne fais plus de différence entre l'une ou l'autre des deux queues qui me sont proposées. Elles servent ma bouche ou mon sexe sans distinction autre que celle du cellophane qui recouvre celle de notre hôte. Nos jeux sexuels durent tout l'après-midi, les appétits renforcés sans doute par le fait qu'ils sont deux à s'occuper de ma petite personne. Et c'est la dinette du soir qui met fin aux corps à corps crapuleux de ce que mon mari appelle « cadeau ». Nous sommes tous les deux sur le perron pour suivre le départ de Roland. Un signe de la main, un baiser… sur la joue et il repart avec tout un tas de souvenirs.
Il nous reste à Pierre et moi à affronter maintenant ce qui vient d'arriver. Je ne sais pas si nous renouvellerons un jour cette fête de tout mon être. Lui me couve des yeux, tel un trésor qu'il vient de découvrir. Pour moi… j'avoue qu'un sentiment de honte prédomine encore vraiment. Pas de quoi non plus me taper la tête contre les murs, mais il demeure au fond de mon esprit une drôle de trace. Une rayure faite à cet amour qui nous lie. Je ne regrette pas vraiment ce qui s'est passé, je ne me sens pas non plus coupable ! C'est autre chose… comme si je venais de découvrir que cœur et sexe ne sont pas forcément unis. Enfin… il est donc possible de ne pas être épris de celui ou celle avec qui l'on couche…
Bon ! Je ne sais pas ce que me réserve l'avenir, mais… j'ai au moins appris cela… et ça ouvre des perspectives immenses finalement ! Mais Pierre n'a pas encore pris la mesure de ce qui me trotte dans la tête… Je ne veux plus rien m'interdire… salope un jour… salope toujours ? Qui sait ? Et pour l'heure... il me trotte dans la tête ces quelques mots :
« Du meilleur et du pire, en jetant le meilleur
J′ai figé mes sourires et j′ai glacé mes pleurs
Où sont-ils à présent ?
À présent, mes 20 ans? »
Charles Aznavour (1964)
Fin !
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Dad38
12 juin 2026 à 05:27
La boîte de pandore est ouverte... Merci pour de très joli texte :)
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Jacques du Canada
13 mai 2026 à 04:34
Effectivement, juste l’avenir sait où tout cela va les conduire. Une chose est claire, leur intimité est maintenant partagée. Leurs cœurs sont ouverts à toutes opportunités. Il n’y aura plus de vie à deux! Les voilà dans une autre dimension de leur vie qui ne leurs garantit pas une longévité.
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