00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ tounet777 L'éveil dans l'obscurité XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil dans l'obscurité — Chapitre 6

24 minutes
5
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de tounet777
tounet777
Histoires publiées
516
Abonnés
167
J'aime cumulés
6.3k

L'éveil dans l'obscurité

Chapitre 6

Chapitre 6
Au moment où mon corps lâche enfin prise et commence à sombrer dans le sommeil, la réalité neurologique s'effondre brutalement.
La brûlure derrière mes orbites, jusque-là sourde et lancinante, devient une déflagration soudaine qui pulvérise ma perception. C'est comme si un soleil miniature explosait directement dans mon crâne. La douleur est si vive qu'elle me réveille en sursaut, le corps raidi, un cri rauque bloqué dans ma gorge. J'ai l'impression que mon cerveau implose, que chaque neurone est en feu. Mon corps nu se fragmente, se disperse comme une nébuleuse dans le noir absolu. Je ne sais plus où s'arrête ma chair et où commence le lit. Mes membres semblent se dissoudre, mes contours s'effacer. Privé de tout repère visuel, je me recroqueville en position fœtale, cherchant désespérément le contact rugueux des draps pour me convaincre que je possède encore une forme physique. Mais cette tentative est balayée par une sensation de vide infini qui me déchire de l'intérieur, m'arrachant violemment à l'endormissement.
La douleur ne laisse aucun répit. Elle s'impose comme une force active et dévorante qui interdit tout repos. La brûlure est si vive qu'elle devient un brasier physique. Je me caresse frénétiquement le visage et le cou dans un geste réflexe, cherchant sur ma propre peau une surface froide ou un apaisement qui n'existe pas. Mes doigts tremblent, pressent, griffent presque mes joues, mes paupières closes, mon front moite. Ce geste n'a rien d'apaisant : il est mécanique, presque sauvage. Je tente désespérément de déplacer le feu d'un point à un autre de mon corps, mais la douleur suit mes doigts comme une ombre fidèle. Elle pulse derrière mes yeux, descend dans mes sinus, remonte dans mon crâne, irradie jusque dans mes tempes et ma nuque. Je réalise avec une terreur lucide que mon propre corps est devenu le réceptacle d'une agonie qu'il ne peut ni fuir ni calmer. Chaque respiration accentue le brasier.
Chaque battement de cœur envoie une nouvelle vague de lave derrière mes orbites inutiles.
Dans le silence absolu de la nuit, le bruit interne de l'agonie devient l'unique réalité. Je suis prisonnier d'un martèlement ininterrompu derrière mes yeux. Ce bruit interne occupe tout l'espace mental, transformant le silence de la chambre en une chambre de torture sonore où chaque pulsation de douleur résonne avec une clarté insupportable. Le tic-tac lointain de l'horloge, pourtant discret en journée, devient un marteau qui frappe l'enclume de mon crâne. Le frottement de ma peau contre les draps, le bruit de ma déglutition, le souffle rauque qui sort de ma gorge… tout m'assaille. La solitude devient une privation sensorielle forcée qui ne sert qu'à amplifier le tourment. Je suis seul face à ce martèlement qui m'empêche de m'éteindre, condamné à écouter mon propre système nerveux s'autodétruire sans aucune distraction pour rompre le cycle.
À la limite de la rupture, mon cerveau cherche à se protéger par une projection illusoire. Dans un état semi-éveillé, une sensation de fraîcheur soudaine vient recouvrir mes yeux brûlants. C'est une hallucination purement fonctionnelle : mon cerveau crée le contact nécessaire pour masquer la douleur et permettre au corps de s'abandonner. Pendant quelques secondes bénies, je sens comme un linge froid et humide posé sur mes paupières. La brûlure diminue. Mon souffle ralentit. Mais le retour à la réalité est un traumatisme brutal. La fraîcheur disparaît d'un coup, la brûlure revient avec une intensité décuplée, comme si on avait jeté de l'huile sur le feu. Je me retrouve seul, nu dans le lit, confronté à l'absence totale de secours. La déception est physique, une chute brutale dans une agonie dont je sais désormais qu'elle n'a aucune fin.
Dans le noir total, le désespoir pousse à s'exprimer, comme si la douleur elle-même exigeait d'être nommée. Je murmure à voix haute la description clinique et sauvage de ce que je ressens :
— Ça brûle… derrière les yeux… comme des aiguilles chauffées à blanc… ça pulse… ça lacère… mon crâne va exploser… je me disperse… je ne sens plus mes limites…
Ma voix est rauque, cassée, presque méconnaissable dans le silence. En l'entendant gémir dans le vide de la chambre, je prends conscience de la réalité de ma déchéance. Je suis là, nu, exposé, seul à livrer une bataille invisible. Cette confession n'est pas un aveu, c'est un cri de survie d'un être qui sent son intégrité physique se disloquer sous le poids d'une souffrance qu'aucun autre humain ne peut percevoir.
Je me tourne et me retourne sans cesse dans les draps trempés de sueur. Mon corps est un champ de bataille : la peau brûlante, les muscles tétanisés, le cœur qui cogne trop fort. La douleur derrière mes orbites irradie maintenant dans tout mon crâne, descend dans ma nuque, serre ma mâchoire. Je sens la sueur couler dans mes cheveux, sur mon torse, entre mes cuisses. Chaque mouvement fait frotter les draps contre ma peau sensible, amplifiant l'inconfort. Je me recroqueville, les genoux contre la poitrine, les bras autour de la tête, comme pour contenir l'explosion. Mais rien n'y fait. La brûlure revient, plus forte, plus profonde.
Je doute de ma propre existence. La douleur est devenue la seule preuve que je suis encore vivant. Je cherche un son, une trace, pour m'ancrer dans le monde réel, mais le silence est total. Aucun bruit extérieur. Aucun pas. Aucune voix. La douleur reprend immédiatement ses droits, plus violente, car elle est désormais la seule chose qui me définit. Je réalise que je suis seul, sans aucune protection, totalement dévoré par une agonie dont je suis le seul témoin. Ma nudité souligne mon impuissance absolue : je suis nu face à une douleur qui m'efface peu à peu de moi-même, réduisant mon existence entière à ce brasier neurologique.
Je reste là, des heures durant, à lutter, à me tourner, à murmurer, à souffrir. Le temps n'existe plus. Il n'y a que le feu, le martèlement, le vide et moi.
La porte s'ouvre et je le sens avant de l'entendre : Dan. L'air de la chambre, jusque-là suffocant de ma propre douleur, se fissure un peu. Je ne bouge pas. Je ne peux pas bouger.
— Milo, c'est Dan. Je suis là, je viens d'entrer. Ne bouge pas, je suis à la porte, je ne vais pas te surprendre. Tout est calme, je suis le seul ici.
Sa voix ne ressemble à rien de ce qui existe encore dans ma tête en ce moment. Tout le reste est bruit, chaos, décharge — mais elle, elle a un poids, une texture. Basse. Stable. Un fil que je peux suivre.
Il ne s'approche pas. J'entends chaque son qu'il fait, et je comprends qu'il les nomme exprès, pour moi.
— Je pose mes clés sur la table, le bruit est sec, c'est du métal sur du bois. La fenêtre est fermée, il n'y a pas de courant d'air. Tout est à sa place.
Chaque phrase reconstruit un morceau du monde que j'ai perdu. Je m'accroche à ces morceaux comme on s'accroche à des pierres dans un torrent.
Je suis nu, recroquevillé, et je ne sais même plus où commence mon corps. Le drap est tombé au sol, loin de moi, hors d'atteinte. Dan le voit. Il ne se précipite pas.
— Tu es en sécurité, Milo. Ton corps est là, entier. Je vais poser le drap sur tes épaules, c'est tout. Tu restes maître de ton espace, personne ne franchira cette limite.
Il dépose le tissu avec une lenteur presque solennelle. Le poids léger sur ma peau nue est la première chose stable que je sens depuis des heures. Voici où je commence, voici où je finis. Cette phrase tourne dans ma tête, absurde et vitale à la fois. Le tissu est un rempart. Un tout petit, mais un rempart.
— Je sais que ça brûle, je sais que c'est une décharge pure, dit-il encore, plus près maintenant. Je vais m'asseoir sur le bord du matelas. Je ne vais pas te toucher sans te prévenir. On va calmer ce feu ensemble.
Le matelas s'affaisse sous son poids et ça, encore, ancre quelque chose en moi. Il prend mes mains — je ne les sentais même plus miennes, errantes, crispées sur rien — et les guide vers ses tempes.
— Respire avec moi. Quand tu inspires, tu sens la pression de tes mains. Quand tu expires, le feu baisse. On reste là, ensemble.
J'essaie. L'air entre, ressort, entre encore. Sa respiration, contre la mienne, devient un métronome. Lentement, quelque chose en moi cesse de hurler.
— Ce n'est pas ta tête qui lâche, Milo, dit-il alors, et sa voix a changé — plus douce encore, presque tendre. C'est une réaction neurologique de désafférentation. Ton cerveau crie parce qu'il n'a plus d'images. C'est violent, mais c'est une réaction physique, pas une folie. Je suis là pour traduire le monde pour toi.
Ce mot — physique, pas folie — dénoue quelque chose de très ancien en moi. Je ne suis pas en train de sombrer dans quelque chose d'innommable. J'ai un corps qui panique, et un homme qui sait comment lui parler.
— Je ne bouge pas, murmure-t-il enfin. Je vais rester ici tant que tes muscles ne seront pas relâchés. Tu n'as pas besoin de parler, tu n'as pas besoin de voir. Juste écoute ma voix, c'est le seul signal qui compte maintenant.
Et je le fais. J'écoute. La chambre, qui était l'endroit de mon agonie il y a quelques minutes à peine, devient peu à peu autre chose — une bulle, close et sûre, où plus rien ne peut m'atteindre tant qu'il est là. La douleur ne disparaît pas d'un coup. Elle se retire, comme une vague, lentement, me laissant vidé, épuisé, mais vivant.
C'est alors que je sens ce vide — pas la douleur qui revient, non, autre chose. La distance entre nos deux corps, minime, devient soudain insupportable. Je n'ai plus la force de parler, mais mon corps, lui, sait ce qu'il veut. Ma main se tend vers lui, cherche, et je ne m'arrête pas là : j'incline tout mon buste vers le bord du matelas, vers lui, sans un mot, sans en avoir besoin.
Il comprend. Je le sens dans sa façon de suspendre son geste, dans ce silence différent qui s'installe soudain entre nous — sa respiration change, retient une seconde, comme s'il pesait quelque chose. Puis il s'allonge, prudent d'abord, et quand je me glisse contre lui, il me prend dans ses bras.
Ce n'est plus le protocole. Ce n'est plus le soin. C'est un ancrage, définitif, et dans cette étreinte, tout ce qui restait de la douleur s'éteint pour de bon — remplacé par cette chose nouvelle, simple et immense : nous deux, enfin, ensemble.
Je reste blotti contre lui un long moment, la joue posée contre sa poitrine, où j'entends son cœur battre, plus vite qu'avant, sans que je sache trop pourquoi. Dehors, j'entends déjà la ville se réveiller — un oiseau, une voiture au loin, la lumière du matin qui doit filtrer à travers les rideaux, même si pour moi elle ne se devine qu'à la chaleur discrète qui commence à réchauffer la pièce.
— Merci, dis-je enfin, et ma voix sort plus fragile que je ne l'aurais voulu. Je ne sais pas ce que j'aurais fait si tu n'étais pas venu.
— Tu n'as pas à me remercier, Milo. Tout va bien. Tu n'as rien fait de mal.
Sa voix est calme, posée, comme toujours — mais je perçois, en dessous, quelque chose qui vacille. Un tout petit accroc, presque rien, que je n'aurais jamais remarqué avant. Avant, j'aurais eu ses yeux pour vérifier ce que je devine maintenant seulement à l'oreille. Depuis que le noir est devenu permanent, j'ai appris à écouter les gens autrement — et ce que j'entends dans sa voix, ce matin, ce n'est pas seulement du réconfort.
Sa main remonte le long de mon dos, s'arrête entre mes omoplates, y reste. Il ne dit rien de plus pendant un moment. Sa respiration, elle non plus, n'est plus tout à fait celle de tout à l'heure — plus lente à certains instants, presque suspendue à d'autres, comme s'il retenait quelque chose.
Je sens ses lèvres se poser sur le haut de mon crâne. Un baiser léger, qui devrait être anodin, sauf qu'il s'attarde. Une seconde de trop. Deux secondes de trop. Je le sens hésiter contre ma peau, comme si une partie de lui voulait s'arrêter là où l'usage le voudrait, et une autre partie n'y arrivait pas tout à fait.
Sa main quitte mon dos pour remonter vers mes cheveux, les caresse lentement, puis glisse jusqu'à ma joue, où son pouce trace une ligne douce, presque hésitante, comme s'il redessinait mon visage du bout des doigts.
On ne dit plus rien. Le silence, entre nous, n'a rien de gênant — il est plein, épais, chargé de tout ce qu'aucun de nous deux n'ose encore nommer. Je sens son souffle contre mon front, irrégulier, retenu. Autour de nous, la chambre semble sortir doucement de la nuit, comme si le matin lui-même attendait, patient, que quelque chose se passe.
Alors je me redresse un peu, doucement, et je tourne mon visage vers le sien. Je ne peux pas le voir, mais je sais exactement où il est — à la chaleur qu'il dégage, à son souffle, à ce point précis dans l'espace vers lequel tout mon corps se tourne sans hésiter.
Je m'approche. Lentement. Je sens son immobilité, cette respiration qui se bloque une fraction de seconde, comme s'il attendait de voir jusqu'où j'irais avant d'oser bouger lui-même.
Mes lèvres trouvent les siennes.
Le baiser est doux d'abord, presque timide — une question posée plus qu'une certitude. Sa bouche est chaude, et il ne bouge pas tout de suite, comme pris de court par mon geste malgré tout ce qu'il devait deviner venir. Puis il répond, avec une lenteur qui n'a rien d'hésitant cette fois — ses lèvres épousent les miennes, pleines, tendres, et je sens sa main se resserrer contre ma joue pour me garder tout près.
Le baiser s'approfondit sans se presser. Je découvre le goût de sa bouche, chaud et familier déjà, et la façon dont son souffle se mêle au mien à chaque fois que nos lèvres se séparent l'espace d'un instant avant de se retrouver. Sa deuxième main vient se poser au creux de mon cou, pouce contre ma mâchoire, comme s'il voulait, lui aussi, apprendre mon visage autrement.
Quand on finit par se séparer, à bout de souffle, il garde son front contre le mien.
— Milo, murmure-t-il, et pour la première fois ce matin, c'est sa voix à lui qui tremble.
Dan reste un long moment le front contre le mien, son souffle irrégulier caressant mes lèvres. Je sens la tension dans son corps, cette vibration contenue qui fait trembler légèrement ses épaules. Ma main glisse lentement le long de son dos, traçant des cercles apaisants sur le tissu de sa chemise, comme pour lui dire que je suis là, que je l'écoute vraiment.
— Je ne sais plus où s'arrête mon rôle d'auxiliaire et où commence mon besoin de toi, murmure-t-il enfin, la voix rauque et basse, presque brisée. Tout ce que je sais, c'est qu'en franchissant ta porte, j'ai l'impression de retrouver le seul endroit où je peux enfin respirer. Je suis terrifié, Milo… terrifié par ce que tu me fais ressentir.
Ses mots me frappent en plein cœur. Je ne réponds pas tout de suite. Au lieu de cela, je presse mon corps nu plus étroitement contre le sien, encore tout habillé. Ma jambe glisse entre les siennes, ma main remonte jusqu'à sa nuque, mes doigts s'enfonçant doucement dans ses cheveux, massant lentement son cuir chevelu. De l'autre main, je caresse son bras, descendant jusqu'à son poignet que j'entoure tendrement.
Il inspire profondément, comme s'il rassemblait tout son courage.
— Au début… je t'ai détesté, tu sais. Vraiment détesté. Ce jour-là, après le match à Lyon… quand tu m'as rabaissé devant tout le monde. Tu ne te souviens probablement même pas de moi. J'étais juste un fan parmi d'autres, ce jeune homme qui t'admirait et qui a eu le malheur de te demander une photo après ta victoire. Tu étais épuisé, énervé, et tu m'as humilié publiquement. « Retourne t'entraîner au lieu de faire le groupie », tu m'as dit. Devant tout le monde. J'ai passé des mois à ruminer cette haine. Je me suis juré que si je te croisais un jour, je te le ferais payer.
Sa voix tremble légèrement sur les derniers mots. Je sens son cœur battre fort contre ma poitrine à travers le tissu de sa chemise. Sans un mot, je dépose une pluie de baisers légers sur sa mâchoire, descendant lentement vers son cou. Mes lèvres effleurent la peau juste au-dessus du col de sa chemise, goûtant la chaleur qui s'en dégage. Ma main libre glisse sur son torse, caressant le tissu, sentant les battements rapides en dessous.
— Mais je n'arrive pas à te détester, continue-t-il, la voix plus rauque encore. Même après tout ça. Même quand tu étais odieux au début, quand tu cassais des choses, quand tu me provoquais… je n'ai pas réussi. Parce que derrière cette carapace, je voyais quelque chose d'autre. Ta douleur. Ta peur. Ta façon de lutter contre le monde entier parce que tu ne pouvais plus lutter contre la nuit. Et plus je passais de temps avec toi, plus cette haine se transformait en… autre chose. Quelque chose de beaucoup plus dangereux.
Je relève légèrement la tête et pose mon front contre le sien à nouveau. Mes doigts tracent maintenant le contour de son visage : pommettes, arête du nez, lèvres légèrement gonflées de notre baiser précédent. Je les caresse du pouce, lentement, avec une tendresse infinie, comme si je voulais mémoriser chaque millimètre de lui malgré le tissu qui nous sépare encore.
— Dan…, murmuré-je contre sa bouche, ma main glissant dans ses cheveux pour les caresser avec douceur.
— J'ai peur, Milo. Peur de ce que je ressens quand je te touche. Peur de ne plus pouvoir m'arrêter. Peur de te faire du mal en voulant trop te protéger. Peur… de tomber complètement.
Sa voix se brise sur le dernier mot. Je le sens vulnérable, à nu, même à travers ses vêtements. Alors je fais ce que mon corps me dicte. Je l'enlace plus fort, passant une jambe par-dessus la sienne pour nous rapprocher encore. Ma main glisse dans son dos, caressant chaque vertèbre à travers le tissu, descendant jusqu'au creux de ses reins que je masse doucement. De l'autre main, je prends la sienne et la porte à mes lèvres pour y déposer un baiser lent, presque révérencieux.
— Je t'ai fait du mal ce jour-là, dis-je doucement, la voix chargée d'émotion. Et je m'en veux terriblement. Mais aujourd'hui… aujourd'hui je ne veux plus te faire de mal. Je veux seulement te sentir. Te toucher. Te garder près de moi.
Je presse mon visage dans son cou, inhalant profondément son odeur à travers le col de sa chemise. Mes lèvres effleurent la peau de sa gorge, y déposant des baisers légers, presque adorateurs. Ma main libre remonte le long de son bras, serre son biceps, puis redescend pour enlacer ses doigts aux miens.
— Tu me fais perdre tous mes repères, murmure-t-il. Je suis censé être celui qui t'aide à te reconstruire… et c'est toi qui me reconstruis.
Je relève la tête et l'embrasse à nouveau, plus profondément cette fois. Un baiser lent, langoureux, plein de tout ce que je ne sais pas encore dire avec des mots. Pendant que nos langues se rencontrent, je caresse sa joue, son cou, glisse mes doigts sous le col de sa chemise pour toucher un peu de peau nue. Mes gestes sont tendres, presque révérencieux, comme si je voulais lui montrer par chaque caresse que je l'accepte entièrement.
Quand nos lèvres se séparent, je pose ma paume à plat sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur qui bat la chamade.
— Alors arrêtons de lutter, Dan. Laisse-moi te sentir. Laisse-moi te montrer que je ne suis plus celui qui t'a humilié. Je suis celui qui a besoin de toi… et qui veut être là pour toi aussi.
Il ne répond pas avec des mots. Au lieu de cela, il me serre plus fort contre lui, son visage enfoui dans mon cou. Je sens une larme chaude couler sur ma peau. Je ne dis rien. Je le berce simplement, mes mains caressant son dos à travers sa chemise avec une tendresse infinie, mes lèvres déposant de petits baisers sur sa tempe, son oreille, tout ce que je peux atteindre.
Nous restons longtemps ainsi, enlacés, moi nu contre lui tout habillé. La lumière du matin filtre doucement dans la chambre, réchauffant nos corps emmêlés. Je continue de le caresser lentement : le dos, les épaules, les cheveux, les mains. Chaque geste est une promesse silencieuse.
Pour la première fois depuis très longtemps, la douleur, la peur, la nuit… tout cela semble un peu plus lointain.
Il n'y a plus que nous deux.
Et c'est bouleversant.
Je reste blotti contre Dan, mes bras noués autour de lui, refusant de briser ce contact qui a chassé mes démons de la nuit. Sa chemise froissée contre ma peau nue, la chaleur de son corps à travers le tissu, tout cela m'apaise comme rien d'autre ne pourrait le faire. Quand il commence à se détacher légèrement, je grogne, resserrant mon étreinte avec force.
— Pas bouger, murmuré-je, la voix encore chargée de la fatigue de ma nuit blanche. On est bien.
Dan sent que je m'enferme dans cette léthargie de convalescent. Il durcit imperceptiblement son maintien et détache doucement mes bras avec une fermeté calme mais décidée.
— On est très bien, c'est vrai, répond-il d'une voix basse. Mais à moins que tu n'aies décidé de passer la journée à macérer dans ton propre traumatisme, on va aller prendre une douche. Allez, debout, Altesse. Je ne suis pas ton oreiller ergonomique, je suis ton auxiliaire, et je t'ordonne de te rendre propre avant que je ne finisse par te passer au jet d'eau dans le salon.
Le ton est sec, presque cassant, mais le petit sourire entendu dans sa voix rend l'ordre impossible à prendre au sérieux. C'est de l'ironie pure, un pont parfait entre le soin médical et l'affection.
Je grogne à nouveau, mais je me laisse faire quand il m'aide à me lever. Ses mains restent sur mes épaules, stables, rassurantes. Nous avançons lentement vers la salle de bain, moi toujours nu. Je frissonne légèrement au contact de l'air plus frais.
Arrivés dans la salle de bain, je reste debout, les bras croisés sur ma poitrine, mimant un air de défi malgré ma nudité. J'ai repris mon masque de provocation, celui que j'utilise pour cacher mon besoin constant d'être rassuré.
— Ok, dis-je, le menton haut, bravant l'espace que je ne peux pas appréhender. Mais tu m'accompagnes dans la douche. Tu m'as vu sous toutes les coutures, et moi, je ne peux pas découvrir ton corps en totalité. C'est une question d'équilibre, non ?
Dan stoppe son geste. Il soupire, un long souffle d'exaspération feinte.
— Milo, tu es un patient, pas un explorateur, réplique-t-il.
— Et toi, tu es un auxiliaire, pas un prude, renchéris-je en haussant le ton, mimant parfaitement l'ironie de Dan. Si je dois être nu face à toi, je veux que la réciproque soit vraie. Sinon, je refuse de bouger d'un pouce.
Dan soupire à nouveau, plus longuement, faisant résonner son agacement contre le carrelage. Mais dans son soupir, il y a une pointe de défaite amusée.
— Ok, lâche-t-il, vaincu par mon entêtement. Mais si tu glisses et que tu te casses un truc, c'est moi qui ferai le rapport.
Je souris, victorieux.
Dan commence à se déshabiller. J'entends le froissement du tissu, le bruit de sa chemise qui tombe, puis de son pantalon. Il est maintenant nu lui aussi. Il guide ma main jusqu'au bord de la cabine. L'eau tiède commence à couler. Une fois sous le jet, je m'apaise un peu, l'eau chaude ruisselant sur ma peau, détendant mes muscles endoloris par la nuit agitée. Mais mon esprit, privé de repères visuels, se concentre avec une intensité décuplée sur la proximité de Dan.
— Promis, murmuré-je, une main posée sur son bras pour me stabiliser. Rien ne se passera. Même si, je ne te le cache pas, ça me démange un peu de percevoir ce que je ne peux pas toucher.
Dan ricane, une main sur mon épaule pour me guider sous le jet.
— Concentre-toi sur le savon, Milo.
Je m'exécute, mais alors que Dan m'aide à me rincer, ma main glisse avec assurance. Elle frôle d'abord son ventre, puis descend plus bas, venant caresser ses couilles lourdes et sa queue qui frémit et commence à durcir sous ce contact imprévu. Dan se tend brusquement, un souffle rauque lui échappant. Je suis intrigué, explorant lentement la texture chaude et veloutée, sentant les veines palpiter sous mes doigts. Ma paume enveloppe sa queue qui grossit peu à peu, tandis que mes doigts caressent doucement ses couilles.
Dan attrape mon poignet, stoppant mon exploration, mais sans réelle force.
— Maintenant que tu as touché ce que tu voulais, sors de la douche que je t'essuie, espèce de gosse, lance-t-il d'une voix rauque, visiblement troublé.
Je souris largement, mon premier vrai sourire depuis des semaines.
— Je vérifiais juste si la structure était solide, réponds-je avec aplomb en m'approchant pour déposer un baiser de remerciement sur sa joue, avant de lui pincer les fesses avec vivacité. Et je confirme, elles ont l'air très belles aussi.
Dan, pris au dépourvu, éclate d'un rire franc qui résonne sur les murs carrelés. Un rire chaud, libérateur, auquel je me joins immédiatement. La pièce s'emplit de notre complicité retrouvée, mêlée d'une légère excitation qui flotte dans l'air humide.
— Tu es incorrigible, rit-il en coupant l'eau. Allez, essuie-toi, le « responsable » a besoin d'un café avant que tu ne commences à démanteler le reste du mobilier.
Je ris encore, le corps détendu, une douce chaleur d'excitation courant sous ma peau. La tension de la nuit semble enfin loin.
Fin du chapitre 6.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 7
24 minutes
7
1
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ tounet777 Le poids du souvenir XSTORY
Le poids du souvenir
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 Les joies du divorce XSTORY
Les joies du divorce
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 Le trou noir XSTORY
Le trou noir
Chapitre 2
Par tounet777
0
0
16
Gays
✦ tounet777 La rédemption XSTORY
La rédemption
Chapitre 4
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 Putain d'homophobe XSTORY
Putain d'homophobe
Chapitre 25
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 Fièvre animale XSTORY
Fièvre animale
Chapitre 6
Par tounet777
0
0
3
Gays
✦ tounet777 La proie du chasseur XSTORY
La proie du chasseur
Chapitre 5
Par tounet777
0
0
4
Gays
✦ tounet777 La statue, le confident et le désir XSTORY
La statue, le confident et le désir
Chapitre 2
Par tounet777
0
0
3
Gays
✦ tounet777 Le tentateur XSTORY
Le tentateur
Chapitre 4
Par tounet777
28
0
3.4k
Gays
✦ tounet777 Le poids du souvenir XSTORY
Le poids du souvenir
Chapitre 4
Par tounet777
0
0
4
Gays

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio