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✦ tounet777 Le prix de la victoire XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Le prix de la victoire — Chapitre 13

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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tounet777
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Le prix de la victoire

Chapitre 13

Chapitre 13
Le monde bascule. Mes mains tremblent si fort que mon téléphone glisse de mes doigts pour s'écraser sur les pavés, mais je ne le sens pas. Je ne sens plus rien, à part cette décharge d'adrénaline qui me foudroie les entrailles, un mélange de terreur pure et de joie sauvage. Là, à trois mètres de moi, sous le halo blafard d'un réverbère fatigué dont le grésillement semble être le seul bruit sur terre, se tient l'homme pour qui j'ai cessé de vivre depuis six mois.
Kylian.
Il porte une veste de marin trop large, un bonnet enfoncé sur le front, et ses joues sont si creusées que j'en ai le cœur brisé. Mais c'est lui. Son odeur de pluie et de sel voyage jusqu'à moi. Je me lève d'un coup, les jambes en coton. Je fais un pas vers lui, les bras tendus comme si je craignais qu'il ne se dissipe comme une vapeur de brouillard.
— Kylian… je murmure, ma voix n'étant plus qu'un déchirement.
Aussitôt, il fait un bond en arrière. Son visage se contracte.
— Qu'est-ce que tu fais là ? répète-t-il, la voix plus haute, plus agressive. Comment tu m'as trouvé ? Pourquoi tu me suis encore après tout ce que tu m'as balancé ?
— Je ne te suis pas pour te faire du mal, Kylian, je t'en supplie, écoute-moi… je balbutie, les larmes brouillant ma vue. Je ne suis pas seul. Je suis venu avec Jordan. Il est là, à l'hôtel, juste à côté. C'est une très longue histoire, une histoire de fou, mais on t'a cherché partout. On ne t'a jamais abandonné.
À la mention de Jordan, Kylian se fige. L'incrédulité passe dans ses yeux verts, ces yeux que j'ai cherchés dans chaque reflet de vitre depuis six mois. Mais très vite, la douleur reprend le dessus. Il secoue la tête, un rire nerveux et amer s'échappant de ses lèvres.
— Avec Jordan ? Tu l'as entraîné là-dedans aussi ? Je ne veux rien savoir, Octavien. Absolument rien. Tu m'as fait trop de mal. Trop. Les messages vocaux... j'ai tout entendu. Tu m'as dit que j'étais une erreur, que tu te servais de moi pour ton image, que tu n'aimais que les filles... Laisse-moi tranquille, c'est fini !
Il fait mine de tourner les talons. L'angoisse me saisit. S'il part maintenant, je ne m'en relèverai pas.
— Tout était faux, Kylian ! je hurle, le faisant sursauter dans le silence de la rue déserte. Tout était faux ! Les messages, la voix, tout ! C'était une mise en scène ! J'ai des preuves, Kylian. Des preuves techniques, irréfutables. Jordan a tout vu, il a tout entendu, il peut te le confirmer. Il sait que je n'ai jamais dit ces horreurs ! Je t'aime, Kylian, je t'aime à en crever !
Kylian s'arrête net. Son dos est tendu. Il se retourne lentement, son regard scrutant le mien avec une méfiance qui me donne envie de hurler de douleur.
— Comment ça, des preuves ? murmure-t-il, sa voix tremblante. Comment ça pourrait être faux ? C'était ta voix, Octavien. Je connais ta voix par cœur...
— Viens avec moi, je l'implore, faisant un pas de plus, mes mains ouvertes en signe de paix. Viens à l'hôtel. Jordan est là-bas, il t'attend. Je vais tout te montrer. Je vais te raconter comment Emma et son frère Boris ont tout manigancé depuis le début. S'il te plaît, Kylian… juste dix minutes. Si après ça tu veux toujours partir, je te jure sur ma vie que je ne te retiendrai plus jamais.
Il hésite. Ses yeux font l'aller-retour entre les miens et la ruelle sombre. Finalement, il hoche la tête, une décision prise par pur épuisement.
— D'accord. Mais si c'est encore une de tes manipulations... je disparais pour de bon.
Nous marchons côte à côte jusqu'à l'hôtel, mais un gouffre immense nous sépare. Je sens sa rigidité. Une fois devant la chambre de Jordan, je frappe avec une frénésie incontrôlable. La porte s'ouvre sur un Jordan qui s'apprête à râler, mais il se pétrifie.
— Kylian ? souffle-t-il, les larmes aux yeux. Oh mon Dieu, Kylian !
Jordan l'attrape par les épaules et le tire à l'intérieur. La petite chambre d'hôtel devient soudain le théâtre de notre vérité. Kylian reste debout près de la fenêtre, prêt à fuir. Je sors mon téléphone, l'écran étoilé de fissures, et je m'assois sur le bord du lit.
— Assieds-toi, s'il te plaît, je dis doucement.
Pendant ce qui semble être une éternité, je déballe tout. Je raconte le retour de Nathan, l'aide précieuse de Mathis, le génie de l'informatique. Je lui explique comment Mathis a découvert le trucage : l'utilisation d'une Intelligence Artificielle pour cloner ma voix à partir de vieux enregistrements. Je lui parle de la clé des vestiaires volée par Emma dans le bureau du coach.
Kylian me fixe, ses yeux passant de moi à Jordan, qui hoche la tête solennellement.
— Emma ? Pourquoi elle aurait fait ça ? demande-t-il, la voix brisée.
— Elle ne supportait pas que tu l'aies quittée pour moi, Kylian. Elle était folle de rage. Elle a voulu te "récupérer" en me faisant passer pour un monstre, en te prouvant que j'étais un menteur pour que tu reviennes vers elle par dépit. Elle a utilisé Boris pour toute la partie technique.
Je lance alors l'enregistrement de la confession d'Emma. La voix de son ex-petite amie résonne, haineuse : « J'étais dégoûtée ! Je ne supportais pas d'avoir été jetée comme une moins-que-rien par Kylian pour un mec ! J'ai demandé à Boris de m'aider à lui ouvrir les yeux... »
Kylian s'effondre sur une chaise, le visage entre les mains. Ses épaules sont secouées de sanglots violents. Je m'approche, m'agenouillant devant lui, posant mes mains sur ses genoux. L'espoir, ce sentiment que je croyais mort, irradie enfin en moi.
— Je n'ai jamais cessé d'espérer, Kylian. Regarde-moi. J'ai passé chaque nuit à regarder ta photo. J'ai failli devenir fou. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Pas une seule seconde. Ce qu'elle a fait… c'était pour nous détruire. Mais on est là.
Kylian relève la tête. Ses yeux sont inondés de larmes. Il me regarde, puis regarde mon poignet où le bracelet brille sous la lampe.
— Tu l'as encore ? demande-t-il dans un souffle.
— Je ne l'ai jamais enlevé. C'est la seule chose qui me rattachait encore à la réalité.
Le silence retombe, mais il est doux. Je vois ses yeux parcourir mon visage, s'attardant sur mes cernes, sur ma maigreur, réalisant que mon agonie a été la sienne.
— Je croyais vraiment que c'était toi... balbutie-t-il. Les messages vocaux disaient des choses si précises sur nous...
— Ils nous espionnaient, Kylian. Mais c'est fini. On a déposé plainte. La gendarmerie s'occupe d'eux. Ils ne nous feront plus jamais de mal.
Je vois son regard changer, se radoucir. La distance entre nous s'efface.
Le silence qui suit la révélation des preuves est d'une densité presque physique. Jordan, qui nous a observés avec une émotion contenue, se lève enfin, rompant l'immobilité de la petite chambre d'hôtel. Il pose son regard, tour à tour, sur moi et sur Kylian, avec une sagesse nouvelle.
— Écoutez, les gars, lance-t-il d'une voix douce. Je pense que vous avez assez parlé devant témoin. Allez discuter tous les deux, seuls. Vous en avez besoin. Je vais essayer de dormir un peu, ou au moins de fixer le plafond en silence.
Je sens mon cœur rater un battement. Seul avec lui. C'est ce que je voulais par-dessus tout, et c'est ce qui me terrifie le plus maintenant que c'est possible. Je me tourne vers Kylian, dont les yeux sont encore rougis par les larmes, mais dont l'expression s'est étrangement apaisée.
— Tu veux qu'on aille dans ma chambre ? je propose, la voix un peu hésitante. On sera tranquilles.
Kylian secoue lentement la tête, ses doigts triturant nerveusement le bord de sa veste.
— Non... Vient chez moi. C'est juste à côté, à deux rues d'ici. Je me sentirai plus à l'aise sur mon terrain.
Je hoche la tête, incapable de refuser quoi que ce soit. Nous saluons Jordan d'un signe de tête et nous sortons de l'hôtel. La fraîcheur nocturne de Port-la-Forêt nous saisit, mais elle semble moins agressive qu'une heure auparavant. Nous marchons côte à côte, nos bras se frôlant parfois, provoquant à chaque contact fortuit une décharge électrique qui me parcourt tout le corps. Nous ne disons rien durant le trajet, le bruit de nos pas sur les pavés humides étant la seule mélodie de cette marche vers l'inconnu.
Nous arrivons devant une petite maison ancienne aux pierres apparentes. Kylian sort une clé d'une poche et ouvre la porte d'un petit appartement en rez-de-chaussée. C'est un endroit modeste mais chaleureux : un petit salon avec un vieux canapé, une odeur de bois et de thé, et une fenêtre qui donne sur une cour intérieure sombre.
Une fois la porte refermée, la pression monte d'un cran. Kylian retire son bonnet, révélant ses cheveux un peu plus longs qu'avant, ébouriffés. Il reste planté au milieu de la pièce, les bras ballants. Je le regarde, dévoré par le besoin de réduire cet espace qui nous sépare encore.
— Kylian... je commence, ma voix tremblante. Est-ce que... est-ce que je peux te prendre dans mes... ?
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase. Avant même que le mot "bras" ne franchisse mes lèvres, Kylian a franchi la distance. Il se jette contre moi avec une telle force que je recule d'un pas. Ses bras s'enroulent autour de mon cou, sa tête se niche dans le creux de mon épaule, et je sens son corps entier vibrer de sanglots contenus. Mes mains se referment instantanément sur son dos, le serrant à m'en briser les doigts, humant son odeur de sel et de savon, cette odeur qui m'a hanté chaque nuit.
Nous restons ainsi de longues minutes, soudés l'un à l'autre dans ce petit salon plongé dans la pénombre. Je sens son cœur battre contre ma poitrine, un rythme rapide, synchronisé au mien.
— J'ai changé, Kylian, je murmure contre son oreille, mes doigts caressant doucement ses cheveux. Ces six mois d'enfer... ils m'ont appris tellement de choses, même si je n'étais pour rien dans ces messages. J'ai compris que j'avais été trop dur avec toi, trop directif. J'ai compris que je ne pouvais pas t'ordonner tout ce que j'avais envie, que tu avais le droit de faire ce que tu voulais, d'être qui tu voulais. J'ai compris que l'amour, ce n'est pas la possession.
Je sens ses mains se crisper dans mon dos. Je continue, la gorge serrée.
— Mais s'il y a une chose dont je suis certain, c'est que jamais je n'aurais pu te tromper. Jamais. Je t'aime, Kylian, et je t'ai aimé encore plus fort chaque jour où je te cherchais, chaque jour où je craignais de t'avoir perdu pour toujours. Tu étais ma seule boussole.
Kylian se détache doucement, juste assez pour me regarder dans les yeux. Ses larmes coulent à nouveau, traçant des sillons brillants sur ses joues creusées.
— Je t'aimais aussi, Octavien, lâche-t-il dans un souffle. Mais je me sentais tellement trahi... ces voix, c'était toi. Je n'arrivais pas à comprendre comment l'homme que j'admirais pouvait devenir ce monstre. J'ai essayé de te détester, mais je n'y arrivais pas. C'était ça, le plus dur.
Je prends ses mains dans les miennes. Mes doigts effleurent les siens avec une infinie précaution, traçant le contour de ses phalanges, effleurant ses paumes. C'est un contact léger, presque sacré.
— Est-ce que... est-ce que tu aimerais qu'on retente quelque chose ensemble ? je demande, le cœur battant à tout rompre. On irait doucement, à ton rythme. Je te promets qu'il n'y aurait plus cette domination que j'exerçais parfois sur toi. Je veux qu'on soit égaux. Je veux juste être avec toi.
Kylian me fixe, l'espoir luttant contre la peur dans ses yeux verts.
— Et le secret ? murmure-t-il. On ne pourra pas se cacher éternellement, Octavien. C'est ça qui nous a fragilisés.
Je laisse échapper un petit rire nerveux, un mélange de soulagement et de fierté.
— Justement. Je dois t'avouer quelque chose. Il n'y a pas que Nathan qui est au courant. Quand j'ai compris que je t'avais perdu, j'ai fini par craquer. J'ai tout avoué à toute l'équipe, et au coach aussi.
Kylian écarquille les yeux, le souffle coupé.
— Tout le monde ?
— Tout le monde, je confirme en serrant ses mains un peu plus fort. Et tu sais quoi ? Personne ne nous a jugés. Personne n'a rien dit de mal. Ils ont tous été derrière moi pour m'aider à tenir. Nathan le savait déjà, car il nous avait surpris un jour dans les vestiaires, mais il était resté silencieux par respect. On est libres, Kylian. Il n'y a plus d'ombre entre nous.
En entendant ces mots, le dernier rempart de Kylian semble s'effondrer. Il s'approche encore plus près, si près que je sens la chaleur de son souffle sur mes lèvres. Ses doigts viennent caresser ma joue, effleurant ma peau avec une légèreté de plume, avant de descendre vers mon cou.
Il pose enfin ses lèvres sur les miennes. C'est un baiser d'abord hésitant, chargé de toute la douleur et de toute l'attente de ces derniers mois. Une larme roule sur ma joue et vient s'écraser entre nos bouches. Je réponds au baiser avec une ferveur désespérée, mes mains encadrant son visage comme s'il était la chose la plus précieuse au monde.
Le baiser s'approfondit. Nos langues s'enroulent l'une autour de l'autre avec une faim que rien ne semble pouvoir rassasier. C'est une promesse, un nouveau départ, une fusion totale au milieu de ce petit appartement de Port-la-Forêt. À cet instant, je sais que plus rien, ni Emma, ni Boris, ni le reste du monde, ne pourra plus jamais nous briser.
Le silence qui s'est installé dans le petit appartement en rez-de-chaussée de Port-la-Forêt n'est plus ce vide angoissant, cette lame de fond qui nous a déchiquetés pendant des mois. C'est une atmosphère feutrée, presque sacrée, où chaque respiration semble compter. Kylian est toujours blotti contre moi, sa tête reposant sur mon torse, son souffle régulier marquant le rythme de notre réconciliation. Ses doigts, fins et nerveux, tracent des motifs abstraits sur le tissu de mon t-shirt, une habitude qu'il avait autrefois, comme s'il vérifiait, à chaque seconde, que je ne suis pas un mirage de plus dans cette traque insensée.
Il se redresse lentement, ses yeux verts cherchant les miens dans la pénombre, une lueur de vulnérabilité et d'espoir y dansant.
— Tu veux... tu veux rester ici ce soir ? murmure-t-il, sa voix encore empreinte de cette fragilité qui me serre le cœur. J'ai... j'ai tellement besoin de savoir que tu es là. Pas juste pour une heure, pas juste le temps d'une explication. J'ai peur que si je ferme les yeux, tu disparaisses à nouveau.
La sincérité brute de sa demande me touche au plus profond de mon être. Je prends son visage entre mes mains, mes pouces caressant ses pommettes saillantes avec une douceur infinie, cherchant à effacer par ce contact la fatigue et le traumatisme qui y sont gravés.
— J'aimerais plus que tout, Kylian. Mais écoute-moi bien. On a traversé l'enfer, on est encore en sang. Je ne veux pas qu'on aille trop vite, je ne veux pas que l'urgence du moment nous pousse à ignorer tout ce qui doit être guéri. Je veux qu'on prenne le temps de réapprendre à être ensemble. Je veux juste être près de toi, dormir à tes côtés, et savoir que demain, quand le soleil se lèvera, tu seras toujours là.
Un sourire fragile, le premier véritable sourire que je vois sur son visage depuis cette éternité de six mois, étire ses lèvres.
— Je sais, Octavien. C'est tout ce dont j'ai besoin, moi aussi. Juste sentir ta présence.
Nous nous dirigeons vers la chambre, une pièce simple aux murs clairs, baignée par une lueur lunaire blafarde. L'intimité devient palpable, plus intense encore que lors de nos premiers émois. Nous commençons à nous déshabiller, nos gestes sont lents, empreints d'une pudeur nouvelle. Chaque vêtement qui tombe est un poids qui quitte nos épaules. Quand nous nous retrouvons en sous-vêtements, je prends le temps de l'observer. Il est là, debout, vulnérable, magnifique malgré la maigreur qui témoigne de son exil. Nos regards s'accrochent, une communication silencieuse, une promesse renouvelée de ne plus jamais nous laisser briser par les manigances des autres.
Nous nous glissons sous les draps, le coton frais contre nos peaux échauffées. Nous nous allongeons l'un face à l'autre, à une distance où nous pouvons sentir la chaleur émaner de l'autre. Je reste immobile, captivé par le détail de ses paupières, par le grain de sa peau, par chaque millimètre de son visage que j'ai cru perdre à jamais.
Ma main part en exploration, comme si je redécouvrais un territoire perdu. Mes doigts effleurent son front, descendent le long de l'arête de son nez, s'attardent sur le velouté de sa lèvre inférieure. Kylian ferme les yeux, un long soupir d'apaisement s'échappant de ses poumons, comme s'il rejetait enfin toute la tension accumulée.
Nous nous embrassons. C'est un échange lent, profond, une conversation sans mots où le pardon se mêle à l'aveu de notre manque. Ma main glisse dans son dos, ma paume épousant chaque vertèbre, chaque courbe, explorant la texture de sa peau avec une précision d'orfèvre. Il m'observe, droit dans les yeux, sans détourner le regard, sans honte, dans une confiance retrouvée qui me donne le vertige.
— Qu'est-ce que tu m'as manqué... je murmure contre sa peau, ma voix étouffée par l'émotion. Je t'aime tellement, Kylian. Tu n'as aucune idée de l'ampleur du vide que tu avais laissé derrière toi.
Il ne répond pas par des mots, mais par la manière dont il se serre contre moi. Il finit par se retourner doucement, offrant son dos à ma protection, une confiance absolue qui me fait battre le cœur à tout rompre. Je m'imbrique contre lui, nos corps formant un seul bloc, une seule âme. Mes bras enserrent sa taille, mes mains s'entrelacent sur son ventre, le maintenant contre moi avec une force qui se veut rassurante, une ancre jetée dans la tempête.
Je dépose une traînée de baisers légers, presque imperceptibles, dans le creux de sa nuque, sur la naissance de ses épaules. Ses mains viennent couvrir les miennes, les serrant contre lui, et dans ce contact, je sens sa détresse fondre, remplacée par une sérénité nouvelle. Nous sombrons ensemble dans un sommeil lourd, un repos de guerriers après la bataille, une paix retrouvée que je n'osais plus espérer.
Les heures passent dans une harmonie parfaite. Mais alors que l'aube commence à teinter le ciel de Port-la-Forêt d'un gris bleuté, le silence de la chambre est déchiré par une vibration brutale, un son métallique, un bip sec qui résonne comme un coup de feu.
Bip.
C'est mon téléphone, posé sur la table de chevet, qui s'illumine dans l'obscurité. Un message vient d'arriver. Je sens immédiatement le corps de Kylian se raidir contre le mien, une onde de choc traversant ses muscles. La paix est brisée. Ce simple signal, ce rappel du monde extérieur et de ses dangers, vient nous rappeler que, si nous avons gagné une bataille, la guerre, elle, ne nous a peut-être pas encore laissé totalement tranquilles.
Le bip strident du téléphone, dans le calme encore impalpable de l'aube, fait sursauter Kylian. Il se plaque instinctivement contre moi, ses muscles se tendant sous mes doigts, un réflexe de survie d'un animal traqué qui, malgré la nuit passée, n'a pas encore totalement effacé les cicatrices de la méfiance. Je saisis l'appareil sur la table de chevet, l'écran diffusant une lueur blafarde qui nous éblouit un instant. C'est un message vocal de Jordan. Je pose le téléphone sur le drap, entre nous, et je lance la lecture en mode haut-parleur.
La voix de Jordan, chaleureuse et apaisante, résonne dans la petite chambre :
— Salut vous deux. Je suis désolé de te prévenir maintenant mais je préfère vous laisser seuls en amoureux et rentrer seul. Vous devez vous retrouver tous les deux et je suis tellement heureux pour vous. Octavien, prends soin de mon p'tit Kylian. Je vous appelle très vite et profitez de cette belle journée.
Le silence qui suit est presque physique, une bulle qui nous isole du reste du monde. Kylian se retourne vers moi, un sourire timide, presque incrédule, étirant ses lèvres. Il se rapproche, le regard baissé vers mon torse, avant de remonter vers mes yeux. Quand je repose le téléphone, il s'approche de moi et m'embrasse, d'abord avec une tendresse infinie, comme s'il craignait de briser la magie du moment. Mais le baiser change de nature, se charge d'une faim nouvelle, une soif dévorante accumulée pendant ces six mois de solitude et de silence.
Kylian pose ses mains sur mon torse, sentant chaque muscle saillir sous la caresse de ses paumes. Il m'embrasse avec une intensité qui me donne le tournis, pendant que mes mains, elles, parcourent son dos, effleurant chaque courbe, chaque frisson qu'il ne peut contenir. Je fais descendre mes mains vers le haut de ses fesses, massant doucement la peau, le sentant se cambrer contre moi, un gémissement étouffé s'échappant de sa gorge.
Il rompt un instant le baiser, son regard plongeant dans le mien avec une intensité dévorante. Sa main descend, sûre, déterminée, et vient se poser sur mon sexe, à travers le tissu de mon boxer. Je laisse échapper un gémissement de douleur et de plaisir, mes yeux se révulsant sous l'effet de son contact.
— Kylian… il ne faut pas… murmure-je, bien que chaque fibre de mon corps me supplie de dire le contraire, de le laisser m'emporter.
Il ne m'écoute pas. Il glisse sa main sous l'élastique de mon sous-vêtement, sa peau brûlante contre la mienne. Le contact est électrique. Mon corps réagit instantanément, ma queue, dure, brûlante, se raidissant contre sa main avec une urgence qui me fait vaciller. En retour, je glisse mes mains sous l'élastique de son caleçon pour lui malaxer les fesses, le serrant contre moi, le faisant gémir davantage.
Nous nous déshabillons dans une précipitation fébrile, nos vêtements jonchant le sol comme des obstacles inutiles à notre union. Une fois nus, la peau contre la peau, le monde extérieur cesse d'exister. Kylian m'attire à nouveau vers lui, ses mains parcourant mon dos avec une possessivité qui me fait frissonner.
Il descend alors lentement, s'agenouillant entre mes cuisses, et libère ma queue, gorgée de sang, palpitante, presque douloureuse de désir. Sans une once d'hésitation, il la prend en bouche. Sa langue, chaude et agile, encercle mon sexe avec une précision qui me fait perdre le souffle. Il aspire avec ferveur, sa gorge accueillant chaque mouvement, son rythme s'accélérant alors qu'il sent mon plaisir monter en flèche. Je plonge mes doigts dans ses cheveux, le pressant doucement contre moi, incapable de contenir les gémissements sourds qui s'échappent de ma poitrine. Le contraste entre la fraîcheur de la chambre et la chaleur de son souffle sur mon sexe crée un contraste enivrant.
Puis, je le fais se mettre à quatre pattes sur le lit, le dos offert. Je veux prendre tout mon temps, je veux qu'il se sente aimé, possédé, et surtout, préparé. Je commence par embrasser tout son dos, déposant des baisers humides jusqu'à la naissance de ses hanches. Mes mains viennent écarter délicatement ses fesses. Je commence par lécher son petit orifice avec une infinie douceur, ma langue venant effleurer le centre, le faisant tressaillir de plaisir. Puis, avec une lenteur calculée, j'introduis un doigt, enduit de lubrifiant, pour explorer son intimité. J'ajoute un deuxième, puis un troisième, massant les parois internes, cherchant à détendre chaque muscle, à effacer toute trace de tension. Il gémit, un son profond qui me prouve qu'il est prêt.
Lorsqu'il est enfin totalement détendu et ouvert, je m'installe derrière lui. Nous nous regardons par-dessus son épaule, nos yeux se cherchant dans l'obscurité. Je m'aligne, effleurant son entrée, avant de glisser doucement ma queue en lui. Il étouffe un cri de surprise qui se transforme aussitôt en un soupir de pur plaisir. Je commence à bouger, un rythme lent, régulier, profond. Le contact est total. Je vois ses lèvres s'entrouvrir, ses yeux osciller entre le plaisir et l'émotion. Alors que l'alchimie opère, je durcis le rythme. Les coups de reins deviennent plus appuyés, plus profonds, chacun d'eux faisant écho à tout ce que nous avons dû taire.
La tension monte, devient une douleur exquise, une urgence totale. Je le tiens par les hanches, le serrant contre moi pour amplifier chaque poussée. Je sens le moment où je lâche prise, ma queue se libérant violemment en lui dans une décharge électrique qui me laisse sans souffle. Je sens mon sperme chaud inonder ses profondeurs, une preuve tangible de notre retrouvaille.
Pourtant, je ne m'arrête pas. Dans un dernier élan de ferveur, je continue de lui infliger des coups de reins puissants, ancrés, profonds, martelant son corps de mon plaisir encore vibrant. Chaque poussée est une marque de possession, une manière de sceller nos retrouvailles dans sa chair, jusqu'à ce que mes forces me quittent totalement. Épuisé, à bout de souffle, dans un râle de satisfaction ultime, je m'écroule lourdement sur son dos, m'effondrant sur le lit, incapable de bouger un muscle alors que nos cœurs ralentissent leur course effrénée.
Le soleil est déjà haut dans le ciel, baignant Port-la-Forêt d'une lumière crue qui semble laver les dernières traces de l'obscurité nocturne. Dans le petit appartement, le temps s'est suspendu, comme si le monde extérieur n'avait plus aucune prise sur nous. Nous restons allongés, enchevêtrés dans les draps froissés, la peau encore moite de notre union. Je caresse l'épaule de Kylian, mon pouce dessinant des cercles apaisants sur la peau hâlée. Chaque geste est empreint d'une tendresse nouvelle, une révérence pour cette paix que nous avons si durement conquise après tant de mois d'errance.
Nous nous levons lentement, les corps courbaturés mais l'esprit étrangement léger, presque aérien. Chaque regard échangé est une promesse. Nous nous habillons sans nous quitter des yeux, nos mains se frôlant, se cherchant, incapables de rester éloignées plus de quelques secondes, comme si la distance nous était devenue physiquement douloureuse. Dans le miroir du couloir, je nous vois : deux hommes marqués par l'épreuve, le visage fatigué mais les yeux rayonnants d'une complicité retrouvée. Je lui prends la main, ses doigts s'entremêlant aux miens, un geste si simple et pourtant si puissant, une ancre jetée dans la tempête.
Nous sortons enfin dans la rue. L'air marin est vivifiant. Nous marchons vers le port pour récupérer mes affaires à l'hôtel. À chaque pas, je ressens le besoin viscéral de le garder près de moi. Je le tiens par la main, parfois je pose mon bras autour de ses épaules pour l'attirer contre mon flanc, juste pour sentir sa chaleur, pour m'assurer que ce n'est pas un rêve éveillé. Nous croisons quelques passants, des pêcheurs qui réparent leurs filets, des commerçants qui ouvrent leurs boutiques. Leur regard se pose sur nous, curieux, mais je n'en ai cure. Je ne me cache plus.
Soudain, devant le café du port, nous croisons le gérant. Il s'arrête net, manquant de faire tomber son plateau, frappé par notre présence côte à côte. Il fixe Kylian avec une stupeur non dissimulée, puis il croise mon regard.
— Vous... vous l'avez retrouvé ? demande-t-il, la voix enrouée, le regard passant de moi à Kylian, qui reste silencieux, les yeux baissés, comme s'il craignait encore le jugement du monde.
Je resserre ma prise sur la main de Kylian, le ramenant légèrement derrière moi dans un geste protecteur, et je prends la parole, la voix ferme :
— Oui, je l'ai retrouvé. Merci, monsieur. Merci d'avoir été là, de m'avoir aidé à ma manière... vos paroles, l'autre jour, m'ont été d'un grand secours quand je n'avais plus aucun espoir.
L'homme sourit, une ride de plaisir creusant son visage tanné, mais il ne cherche pas à engager davantage la conversation, sentant que notre bulle est inviolable, que nous sommes ailleurs, déjà tournés vers la suite.
Nous reprenons notre chemin, le cœur battant à l'unisson. Arrivés à l'hôtel, je monte seul récupérer mes sacs pendant que Kylian m'attend dans le hall, assis près de la baie vitrée, observant l'horizon. Quand je redescends, chargé de mes valises, je le trouve là, le visage illuminé par le soleil matinal. Il se lève d'un bond, venant m'aider à porter mon sac le plus lourd. Dans le hall, les réceptionnistes nous observent, leurs regards croisés reflétant la surprise devant ma métamorphose : de l'homme brisé de la veille à celui qui, aujourd'hui, semble porter tout son univers dans un seul regard.
Une fois sur le quai, alors que nous marchons vers la gare, je m'arrête brusquement, le faisant pivoter face à moi. Je lâche les sacs et prends son visage entre mes mains, savourant la texture de sa peau.
— Kylian, je veux que tout soit clair entre nous. Je ne veux plus de secrets, plus de zones d'ombre. Veux-tu rentrer à la maison ? Pas dans un hôtel, mais dans notre appartement ? Je veux qu'on reprenne notre vie là où elle s'est arrêtée, mais en mieux, avec la vérité cette fois.
Il me regarde intensément, ses yeux verts plongeant dans les miens. Je vois l'hésitation passer dans son regard, une trace de peur face au retour au quotidien, mais elle est vite balayée par une détermination farouche.
— Oui, Octavien. Je veux rentrer chez nous. Mais... pour le club... je veux y retourner, oui. C'est ma passion, c'est notre vie. Mais je veux y aller moi-même. Je veux voir le coach, lui expliquer tout, sans que tu aies à prendre la défense de mon honneur à ma place. Je veux que tout le monde sache que je suis de retour, et que je suis prêt à me battre. Pour nous, pour ma place, pour tout.
— Je serai juste derrière toi, je murmure en embrassant son front.
— Je sais, dit-il en souriant, ce sourire qui me redonne foi en tout. C'est tout ce dont j'ai besoin.
Il m'explique alors qu'il préfère rester ici quelques jours de plus pour régler les derniers détails : s'occuper des papiers de fin de bail, rendre les clés de l'appartement qu'il occupait et clore définitivement ce chapitre de sa vie. Il veut faire les choses proprement, sans laisser aucune trace de sa détresse passée.
Nous arrivons sur le quai, le train est déjà là, sifflant dans un nuage de vapeur. Avant que je ne monte, il me retient par le bras. Il pose ses mains sur mon torse, une dernière fois avant le départ, et il m'embrasse. C'est un baiser long, profond, intense, un baiser qui dit tout ce que nous n'avons pas eu le temps de formuler. Ses lèvres sont fermes, gourmandes, et je sens en lui une urgence nouvelle. Quand il se détache enfin, il me fixe intensément.
— Je m'occupe de tout ici, Octavien. Ne t'inquiète pas. Je suis bientôt de retour à la maison, je te le promets.
Je monte dans le wagon, le cœur serré par le départ, mais gonflé d'une espérance que je n'osais plus imaginer. Par la vitre, je le regarde s'éloigner, seul sur le quai, mais droit et fier. Notre nouvelle vie commence maintenant.
Fin du chapitre 13.
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