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Couverture de L'hôtellerie, par Paula.abdul
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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'hôtellerie — Chapitre 8 · Retour à Marseille

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Paula.abdul
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L'hôtellerie

Chapitre 8 · Retour à Marseille

La réunion de dix heures a finalement eu lieu à onze heures trente.
Alexandre l'a présidée avec une impassibilité impressionnante, la cravate impeccable, la voix posée, les dossiers alignés devant lui. Personne autour de la table ne pouvait soupçonner que, quelques heures plus tôt, ces mêmes mains me tenaient les hanches dans une chambre baignée de lumière dorée. Seul un détail me trahit : chaque fois que son regard croise le mien par-dessus les chiffres de la saison, quelque chose passe, une fraction de seconde, je rougis.
Je prends des notes. Du moins j'essaie. Mon stylo dessine des cercles dans la marge.
Quand la réunion s'achève, les chaises raclent, les téléphones se rallument, les directeurs se saluent. Je range mes affaires lentement, en attendant que la salle se vide. Alexandre fait de même. Nous nous retrouvons bientôt seuls, debout de chaque côté de la grande table de verre.
— Ton train est à quelle heure ? demande-t-il d'un ton neutre, au cas où quelqu'un écouterait derrière la porte.
— Quinze heures douze. Gare de Lyon.
— Bon retour à Marseille, alors.
Il contourne la table et me tend la main, comme à un collègue. Je la prends. Sa paume est chaude et sèche, ses doigts s'attardent une seconde de trop, son pouce effleure l'intérieur de mon poignet, là où mon pouls s'affole. Puis il me lâche, retrouve son sourire de directeur d'exploitation et, juste avant de franchir la porte, me lance un clin d'œil.
— À très vite.
La porte se referme. Je reste un instant immobile, le cœur battant, un sourire stupide accroché aux lèvres.
---
Gare de Lyon, un vendredi en début d'après-midi. La foule, les valises à roulettes, les annonces qui se chevauchent, l'odeur de café brûlé et de métal chaud. Je regarde le panneau d'affichage, mon sac sur l'épaule, quand mon téléphone vibre.
*Voie 5. Voiture 14. Je suis voiture 11.*
Je lève les yeux. Au bout du quai, derrière une famille chargée de sacs, je l'aperçois : jean sombre, tee-shirt blanc, blouson jeté sur l'épaule, ce petit sourire en coin qu'il porte comme une signature. Il ne vient pas vers moi. Il me regarde, lève son téléphone à hauteur de visage et fait semblant de lire un message.
Il a réussi à obtenir une place dans le même train. Pas à côté de la mienne, bien sûr. Mais dans le même train, ce qui, avec lui, n'est jamais un hasard.
Je monte dans la voiture 14, trouve mon siège côté fenêtre, pose mon sac sur le porte-bagages. Le train s'ébranle doucement. Paris défile, les toits, les voies, les entrepôts, puis la banlieue qui s'étire et s'efface. Je sors un dossier que je ne lirai pas. Mon téléphone reste posé sur mon genou, comme un animal qui guette.
Il vibre vingt minutes plus tard.
*Tu fais quoi ?*
*Je lis des chiffres.*
*Passionnant.*
*Très.*
*Et si tu allais te dégourdir les jambes ?*
Je souris à l'écran. Mon pouce hésite au-dessus du clavier.
*Où ?*
*Voiture 12. Les WC. Au bout.*
Je relis le message deux fois. Mon pouls cogne dans mes tempes. Autour de moi, un homme dort la bouche entrouverte, une femme tape sur son ordinateur, un enfant regarde un dessin animé en chuchotant. Un wagon ordinaire, un vendredi ordinaire. Et moi, avec cette chaleur qui monte lentement dans mon ventre.
*J'arrive.*
---
Je me lève, lisse ma chemise, prends mon téléphone comme si de rien n'était. Le couloir tangue doucement au rythme du train. Je traverse la voiture 13, puis le soufflet entre les wagons, assourdissant, plein de vibrations. Voiture 12. Au fond, deux portes, l'une marquée *libre* en vert, l'autre *occupé* en rouge.
La rouge s'ouvre avant même que j'aie le temps de frapper.
Une main me saisit par la chemise et m'attire à l'intérieur. La porte claque, le verrou tourne. Le monde disparaît. Il ne reste que l'espace minuscule, la lumière blanche et crue du néon, le ronronnement des roues sous nos pieds, et lui, tout contre moi, son souffle sur mon visage.
— T'en as mis du temps, murmure-t-il.
— Il y avait un enfant avec un dessin animé.
Il rit contre ma bouche, et son rire se transforme en baiser. Un baiser affamé, sans la lenteur de ce matin, avec toute l'impatience accumulée depuis la gare, depuis la nuit, depuis la veille. Sa langue trouve la mienne, ses mains agrippent mes hanches, me plaquent contre lui. Mon dos heurte le mur métallique, le train fait une secousse, nous rions tous les deux sans nous séparer.
— On n'a pas beaucoup de temps, dit-il entre deux baisers.
— Alors ne le perdons pas.
Il sourit. Ses doigts descendent le long de mon torse, s'attardent sur chaque bouton de ma chemise qu'il défait lentement, de bas en haut, comme pour contredire ce que nous venons de dire. Il écarte le tissu, pose sa paume à plat sur ma poitrine, sent mon cœur qui s'emballe.
— Tu trembles.
— C'est le train.
— Menteur.
Il se penche, dépose ses lèvres dans le creux de mon cou, puis descend. Sa bouche trace un chemin brûlant sur ma clavicule, mon sternum, mes côtes. Sa barbe de deux jours râpe ma peau, et chaque frôlement m'arrache un frisson. J'enfonce mes doigts dans ses cheveux sombres, ma tête cogne doucement contre la paroi. Le néon bourdonne, le monde tremble, et je me demande comment un endroit aussi laid peut m'exciter autant.
Il s'agenouille.
Le geste est simple, presque tendre. Il lève les yeux vers moi, ces yeux noirs, brillants, qui ne me quittent jamais, tandis que ses mains défont ma ceinture, le bouton, la fermeture. Le bruit de la boucle résonne dans l'espace minuscule. Je retiens mon souffle.
— Chut, souffle-t-il avec un sourire. Faut pas faire de bruit.
— Tu me dis ça maintenant ?
— Je te dis ça maintenant.
Il baisse mon pantalon juste assez, libère mon sexe déjà dur, et pose un baiser léger sur le bout, comme une promesse. Je me mords la lèvre. Puis sa bouche m'accueille, chaude, humide, lente. Un gémissement m'échappe, je le retiens contre mon poing. Il lève un doigt, me réprimande avec les yeux, et reprend.
Il sait exactement ce qu'il fait. Il alterne la lenteur et la profondeur, sa langue qui dessine des spirales, ses lèvres qui serrent, glissent, se retirent pour mieux revenir. Une main à la base de ma verge, l'autre sur ma cuisse, qui me maintient contre le mur. Je sens la vibration du train se mêler à celle de sa gorge, et tout se confond, le mouvement de la voie et celui de sa bouche, comme si le monde entier m'embrassait en cadence.
— Putain... soufflé-je, à peine audible.
Il sourit autour de moi, et ce sourire que je sens plus que je ne vois me fait fermer les yeux. Mes doigts se crispent dans ses cheveux, pas pour le guider, juste pour m'accrocher. Il accélère un peu, puis ralentit, me laisse au bord, me ramène, me défait avec une patience qui frôle la cruauté. Chaque fois que je crois ne plus pouvoir tenir, il adoucit, embrasse la base, remonte lentement, joue avec moi.
Quelqu'un secoue la poignée de la porte.
Nous nous figeons. Mon cœur cogne si fort que je suis sûr qu'on l'entend à travers la cloison. Il lève les yeux vers moi, un éclat de malice dans le regard, et, sans arrêter tout à fait, reprend d'un mouvement imperceptible, tout doux, tout lent. Je plaque ma main sur ma bouche. La poignée tourne encore, puis des pas s'éloignent vers l'autre toilette.
— T'es complètement fou, murmuré-je.
Il se retire un instant, essuie le coin de ses lèvres du dos de la main, et me regarde avec un sourire radieux.
— C'est toi qui bandes comme un fou.
Je ris, malgré moi, d'un rire nerveux, heureux, étouffé. Il se relève à demi pour m'embrasser, je goûte ma propre chaleur sur ses lèvres, et cela me fait perdre pied. Il me tient par la nuque, me regarde, très proche, front contre front.
— Tu me manques déjà, dit-il tout bas.
— On est dans le même train.
— Tu comprends ce que je veux dire.
Je comprends. Je pose ma main sur sa joue, caresse sa pommette du pouce. Il ferme les yeux une seconde, comme apaisé, puis se laisse glisser à nouveau jusqu'à moi, et je sais que cette fois il ne s'arrêtera pas.
Il me reprend en bouche plus profondément, avec une ferveur nouvelle, presque tendre. Son rythme est régulier maintenant, sûr, implacable. Sa main remonte sur mon ventre, mes côtes, ma poitrine, cherche la mienne, entrelace nos doigts. Je serre sa main de toutes mes forces. Le néon tremble, les roues chantent, un tunnel plonge brusquement la lumière dans le noir, quelques secondes, et dans l'obscurité tout devient plus intense, plus intime, comme si nous étions seuls au monde.
Je sens le plaisir monter, lent, puissant, inévitable. Mes cuisses tremblent, mon souffle se brise.
— Je vais...
Il ne recule pas. Il resserre ses lèvres, approfondit son mouvement, me retient fermement contre lui. Et la vague me submerge. Je mords mon poing pour étouffer le cri qui monte, ma tête retombe contre la paroi, mes genoux manquent de céder, tandis qu'il me boit jusqu'à la dernière secousse, sans hâte, sans lâcher ma main.
Le train sort du tunnel. La lumière du jour revient en éclats entre les parois, par la petite fenêtre dépolie. Je reprends mon souffle, les yeux fermés, groggy, comblé.
Il se redresse doucement, s'essuie la bouche, et me prend dans ses bras. Je le serre contre moi, le visage dans son cou, son odeur de peau et de voyage. Nous restons comme ça, immobiles, deux hommes serrés dans un espace d'un mètre carré.
— Et toi ? murmuré-je enfin.
Il hausse une épaule contre ma joue.
— Moi, je suis très bien. Je prendrai ma revanche à Marseille.
— Chez moi ?
— À la 101, dit-il avec un sourire. Pour la tradition.
Je ris. Il m'aide à remonter mon pantalon, boutonne lui-même ma chemise, avec une application presque comique, lisse mon col, remet en place une mèche rebelle sur mon front. Puis il se regarde dans le petit miroir, se passe de l'eau sur le visage, rit en voyant ses joues rouges.
— Tu sors en premier, dit-il. Moi, j'attends deux minutes.
— Tu es sûr ?
— Va. Et fais celui qui lit des chiffres.
Je l'embrasse une dernière fois, longuement, contre la porte. Puis j'actionne le verrou, jette un coup d'œil dans le couloir. Personne. Je me glisse dehors, referme derrière moi, et traverse le soufflet en refoulant un fou rire.
---
De retour à ma place, je me rassois. L'homme à côté de moi dort toujours. La femme tape toujours sur son clavier. L'enfant, lui, a changé de dessin animé. Je rouvre mon dossier à la première page, pose un doigt sur une ligne de chiffres que je ne vois pas.
Mon téléphone vibre sur mon genou.
*T'as l'air d'un type qui vient de se faire sucer dans un train.*
Je lève la tête, parcours la voiture du regard. Évidemment, il n'est pas là. Il m'écrit depuis quelque part, deux wagons plus loin, sans doute avec son sourire d'enfant pris sur le fait.
*Et toi, tu as l'air de quoi ?*
*D'un type qui attend d'arriver à Marseille.*
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