Fantasme
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'hôtellerie — Chapitre 13 · L'immeuble parisien
Auteur
L'hôtellerie
Chapitre 13 · L'immeuble parisien
(ce récit est un crossover entre les récits « l'hôte » et « l'immeuble parisien »)
Nous avons pris la décision un soir. La clé USB était posée là.
Nous avons pris la décision un soir. La clé USB était posée là.
— On la lui donne, a dit Okan. En main propre.
— Et si c'est un piège ?
— Alors on aura au moins vu sa tête.
Il y avait dans sa voix quelque chose de neuf, une autorité tranquille que je ne lui connaissais pas avant la cave. Je n'ai pas discuté.
Restait la question de Paris. Pas de chambre chez un collègue, pas de réservation que le siège aurait pu enregistrer, pas d'Alexandre pour nous ouvrir une porte. Un directeur adjoint qui débarque avec un jeune de la cité et une clé USB compromettante, ça ne s'écrit nulle part. Nous avons choisi la discrétion absolue.
Alors j'ai fait une chose que je m'étais toujours interdite, et j'ai ouvert Airbnb.
Je déteste cette application. Dans mon métier, elle est une rivale, une plaie, un symbole. Mais c'était la seule façon de ne laisser aucune trace. Après quarante minutes de défilement, je suis tombé sur un petit appartement sous les toits, dans le 18ᵉ, avec photos honnêtes mais sans un avis. Le dernier de disponible de tout Paris, à croire que la ville entière s'était donné rendez-vous ce jour-là. J'ai réservé, la mort dans l'âme.
— Ça va être très bien, a dit Okan en m'embrassant dans le cou. Arrête de faire cette tête.
— Quelle tête ?
— Celle d'un directeur d'hôtel qui se trahit.
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Le TGV nous dépose gare de Lyon un samedi matin. Cette fois, pas de voiture 14 et de voiture 11. Nous avons pris deux places côte à côte, et il s'est endormi contre mon épaule avant Valence, la casquette sur les yeux, la clé USB au fond de sa poche, qu'il a vérifiée trois fois avant le départ. Je regarde défiler les champs, en pensant aux toilettes de la voiture 12, et je souris en silence.
Une heure plus tard, nous sommes dans le 18ᵉ, devant un immeuble de 1930, entre un primeur charmant, twink asiatique, et une poissonnerie qui ouvre sa vitrine par un grand barbu style viking et son carrelage aux dessins d'écrevisses et de homards, un code.
Arrivée au 7ᵉ étage.
— Je suis P., le concierge, a-t-il dit, la voix un peu tendue. Vous êtes... les clients de dix heures ?
— C'est nous.
— Parfait. Je vais vous montrer l'appartement.
Il a poussé la porte, avec le sourire professionnel que je reconnais au premier coup d'œil, pour l'avoir moi-même répété devant le miroir de mon bureau.
Puis il s'est figé.
Sur le lit, entièrement nu, étalé en travers des draps, dormait un homme énorme. Un grand corps rond et velu, un bras replié sous l'oreiller, une jambe qui dépassait, un ventre qui montait et descendait au rythme de son souffle. Une barbe. Un visage enfoui à demi dans l'oreiller, doux, paisible, magnifique.
J'ai senti Okan se raidir à côté de moi, avec un sifflement muet.
L'homme a ouvert les yeux.
— Qu'est-ce que vous faites là ? a-t-il grogné d'une voix râpeuse.
P. a balbutié, rouge jusqu'aux oreilles, que la location commençait aujourd'hui, qu'il était dix heures, et que lui, qu'est-ce qu'il faisait là ? L'ours, car c'est le nom qui m'est venu tout de suite et qui ne m'a plus quitté, a répondu que c'était impossible, qu'il partait le lendemain, et il s'est levé d'un bond, nu, sous nos yeux à tous les trois. Il a failli tomber, s'est rattrapé à la commode, a enfilé un pantalon de survêtement de travers. P. fixait le plafond avec une application admirable. Moi, je n'ai pas détourné les yeux.
Okan a levé les mains avec un grand sourire.
— On se calme. Je fais du café, et on regarde ensemble où est l'erreur.
P. l'aurait embrassé. Je l'ai vu dans ses yeux.
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L'ours a ouvert la fenêtre en grand, rouge jusqu'aux oreilles, et s'est excusé pour le spectacle.
— Pas de souci, ai-je répondu en haussant les épaules. Je travaille dans l'hôtellerie. Des types nus et énervés, j'en vois beaucoup.
Un clin d'œil.
P. a toussé. L'ours a baissé le nez, flatté et confus. Okan, dans la cuisine, a éclaté de rire, avant de me lancer par-dessus son épaule un regard qui voulait dire : *je t'ai vu*.
Nous avons fini par trouver : un bug de synchronisation, deux dates différentes selon le téléphone. P. a manqué s'effondrer de soulagement.
— Ce n'est pas ma faute ! Ce n'est pas ma faute !
— Personne n'a dit que c'était la vôtre, a répondu l'ours en riant.
P. a passé vingt minutes à chercher un relogement, pour nous, pour lui. Un congrès, un salon, je ne sais quoi, avait vidé tous les hôtels de Paris. Pas une chambre, pas un canapé, rien.
— Je ne vais quand même pas vous faire dormir sur un matelas gonflable, a dit l'ours.
— Si, si, avons-nous répondu, Okan et moi, d'une seule voix.
Pour se racheter, le concierge Airbnb a promis un dîner. Un vrai traiteur, qu'il viendrait apporter lui-même. Il a dit ça en regardant l'ours, et je l'ai vu se mordre la lèvre en comprenant que ce regard avait duré une seconde de trop.
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La journée appartenait à Okan et à moi. Nous avons marché le long du canal, bu un café place Dalida, regardé les vitrines d'un Paris qui ne ressemble à rien de ce que nous connaissons. Quelque part dans l'après-midi, le politicien a répondu à mon message : *Demain, onze heures, un café discret du 7ᵉ. Il sera seul.* Nous avons relu le message trois fois.
— Ce soir, a dit Okan en glissant sa main dans la mienne, on ne pense à rien.
À vingt heures, le concierge Airbnb est remonté chargé de sacs : un agneau confit, un gratin dauphinois, des légumes rôtis, une tarte aux poires. Il avait rasé sa barbe, changé de chemise. Je me suis demandé s'il se rendait compte de l'effet que ça faisait. L'ours avait poussé la table basse, jeté des coussins par terre, gonflé le matelas au milieu du salon, et ouvert deux bouteilles de rouge.
Nous nous sommes installés comme une bande de vieux copains, les assiettes sur les genoux. Je racontais l'hôtel, les clients exigeants. Okan parlait de la cité, des gamins qui jouaient au foot au pied des tours, de son enfance, et je le regardais parler avec la fierté tranquille de celui qui sait ce que l'autre a traversé. L'ours riait, servait, remplissait nos verres. P., lui, rougissait chaque fois qu'on lui adressait la parole.
Vers minuit, la conversation a glissé, comme elle glisse toujours quand le vin coule. Des allusions, des anecdotes. Okan a raconté une après-midi dans une lingerie. J'ai fait semblant d'être scandalisé avant d'avouer ma complicité.
L'ours a ri doucement, sans moquerie, et a posé une main sur son genou.
Le silence est tombé. Un de ces silences électriques où chacun sait ce qui vient.
Okan s'est levé. Il est venu s'asseoir à califourchon sur moi et m'a embrassé, longuement, sous leurs yeux. J'ai plongé la main dans sa nuque. Un baiser simple, évident, un geste fait mille fois, mais cette fois avec des témoins, et ça le rendait plus brûlant. Quand il s'est détaché de moi, les lèvres brillantes, il a tourné la tête vers les deux autres.
— On vous a dit que chez nous, on aimait bien partager ?
— Chez moi aussi, a répondu l'ours.
J'ai tendu la main vers le concierge.
— Viens.
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Les vêtements sont tombés dans un désordre joyeux. Ma chemise bleue sur le fauteuil, le survêtement d'Okan roulé en boule, le polo du concierge sur le parquet. Les corps sont apparus un à un à la lueur de la lampe : l'ours, large, rond, velu, magnifique ; Okan, sec, tendu, la peau mate, des tatouages fins sur les côtes, déjà dur ; P., pâle, les cuisses de cycliste, qui tremblait comme un adolescent.
Okan l'a attiré à lui, sa bouche écrasant la sienne, un baiser dur, profond, goût de vin et de sel. Ses mains ont parcouru son torse, pincé ses tétons, descendu dans son dos pour agripper ses fesses. P. a gémi dans sa bouche, d'un son si nu, si reconnaissant, qu'il m'a serré la poitrine.
— À genoux, a soufflé Okan, avec un sourire. Si tu veux.
Il s'est agenouillé devant moi, alors que j'étais appuyé contre le montant du lit, et a pris mon sexe dans sa bouche avec une ferveur appliquée, presque studieuse, comme tout ce qu'il fait. Ses lèvres glissaient, sa langue tournait, ses joues se creusaient. J'ai poussé un soupir grave, plongé les doigts dans ses cheveux.
— Doucement... doucement. Je veux durer.
À côté de nous, l'ours avait pris Okan dans sa bouche. Je l'ai regardé du coin de l'œil, ce grand corps rond agenouillé, ce ventre qui se balançait, cette bouche qui engloutissait sans honte. Okan gémissait, une main dans sa nuque, les yeux plissés. Le spectacle me faisait perdre la tête.
Nous nous sommes regardés tous les quatre, essoufflés, brillants de sueur, et chacun a dit simplement ce qu'il voulait.
— Moi, a dit Okan en fixant l'ours, je veux sentir l'ours en moi.
— Moi, a murmuré P., rouge, je veux qu'on me prenne.
J'ai souri.
— Alors on s'organise.
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Nous avons migré vers le lit. Je me suis allongé sur le dos, et le concierge est monté sur moi avant de se laisser descendre lentement sur mon sexe, les yeux fermés, la bouche ouverte, le souffle brisé. Centimètre par centimètre. Mes mains ont trouvé ses hanches, l'ont laissé trouver son rythme, et un long gémissement lui a échappé quand il s'est assis tout entier sur moi. J'ai commencé à bouger sous lui, de longues poussées lentes, profondes, qui lui arrachaient des plaintes de plus en plus aiguës.
À côté, Okan s'était installé sur les cuisses de l'ours, qu'il avait guidé en lui avec une lenteur experte. Je les voyais du coin de l'œil : Okan rejetant la tête en arrière, ses tatouages dansant sur son torse, ses mains agrippées aux épaules de l'ours, qui tenait ses fesses à pleines paumes. Les mots crus qu'il lui murmurait me traversaient comme des décharges.
— Putain, l'ours... Tu me remplis...
L'air était saturé de sueur, de sexe, de vin, de peau chaude. Le sommier grinçait, les corps claquaient les uns contre les autres, les « oui » se mêlaient aux halètements. J'ai attrapé le concierge par la nuque, l'ai attiré vers moi pour l'embrasser, sans cesser de le prendre d'un rythme implacable.
— Changeons, a soufflé Okan. Je veux le voir te prendre.
L'ours s'est retiré, a regardé le concierge avec une tendresse qui m'a fait fondre.
— Tu veux ?
— Oui. Oui, Pierre. S'il te plaît.
Pierre. C'était donc son nom. Il me paraissait déjà si familier.
Le concierge s'est mis à quatre pattes sur le lit, face à moi, et j'ai glissé mon sexe entre ses lèvres tandis que l'ours se plaçait derrière lui. J'ai vu ses mains larges sur les hanches du concierge, étalant le gel, puis le long soupir quand il est entré, avec cette lenteur infinie, ce soin qu'il avait de demander à chaque centimètre si tout allait bien.
— Oui... oui... oui...
Quand son ventre est venu s'écraser contre ses fesses, le concierge a poussé un cri long, délicieux, qui a vibré jusque dans ma gorge à moi. Plein, comblé, ouvert, écartelé entre deux hommes, sous les yeux d'un troisième qui regardait en se caressant.
— Bouge. Je t'en supplie.
L'ours a bougé. D'abord lentement, puis plus vite, plus fort, en agrippant les hanches de cycliste, ses poils frottant contre le dos du concierge. Ses coups de reins faisaient trembler tout son corps, résonnaient jusque dans sa bouche, où je venais de m'enfoncer plus profondément. Nous n'étions plus qu'une seule masse haletante, un enchevêtrement de peau, de poils, de sueur.
Okan s'était glissé derrière moi et m'embrassait dans le cou, une main sur mon torse, l'autre sur mon sexe, qu'il guidait lui-même dans la bouche du concierge. Quelqu'un mordait, quelqu'un griffait, quelqu'un criait un prénom. La chambre vibrait de bruits de chair, de souffles brisés, de rires étouffés entre deux gémissements.
Le concierge a joui le premier, d'un cri étranglé, secoué en travers du lit, un jet chaud giclant sur les draps sans que personne le touche. Les contractions de son corps ont arraché l'ours à son tour, qui s'est abandonné en lui dans un long râle, le front contre son dos. Un instant plus tard, Okan a joui sur mon torse par jets épais, brûlants. Je l'ai regardé faire, haletant, avant de me retirer de la bouche du concierge et de me répandre sur son visage, sur sa poitrine, en un grondement sourd qui a fait trembler la pièce.
---
Un silence. Puis un fou rire nerveux, essoufflé, nous a saisis tous les quatre, quand dans le salon le matelas gonflable a poussé un long soupir triste avant de se dégonfler doucement sur le parquet.
Nous avons ri jusqu'aux larmes, entassés dans le lit trop étroit pour quatre, jambes mêlées, bras mêlés, têtes posées au hasard sur des ventres, des cuisses, des épaules. Quelqu'un est allé chercher une serviette, quelqu'un a rapporté de l'eau. Le concierge s'est blotti contre le torse de l'ours, la joue contre ses poils. Okan s'est lové contre moi, et j'ai tiré le drap sur nos corps.
Dans le noir, la main d'Okan a trouvé la mienne, et ses lèvres ont soufflé contre mon oreille :
— Demain, on lui donne la clé.
— Demain, on lui donne la clé, ai-je répété.
Et nous nous sommes endormis comme ça, tous les quatre, dans le dernier appartement de Paris.
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