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Couverture de L'hôtellerie, par Paula.abdul
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Fantasme
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'hôtellerie — Chapitre 12 · Fantasme en marche

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L'hôtellerie

Chapitre 12 · Fantasme en marche

Quelques jours passent, et la clé USB reste au fond du tiroir de mon bureau, sous une pile de bons de commande. Nous n'en parlons pas. Chaque fois que le sujet effleure nos lèvres, l'un de nous change de conversation. Informer le politicien, c'est lui rendre une peur. Se taire, c'est lui garder un secret qui n'est pas le nôtre. Alors nous attendons, comme deux hommes qui font semblant que le temps règle tout.
C'est un mardi matin que *La Marseillaise* tranche à notre place, en partie.
Je tombe dessus à la réception, entre deux plateaux de croissants. Une pleine page, avec ce titre que je lis deux fois : *Parc Bellevue, la cité qu'on ne montre pas*. Pas de fourgons, pas de gilets pare-balles, pas de portes enfoncées. Des photos lumineuses : une grand-mère qui arrose ses géraniums sur un balcon, des gamins qui construisent un but avec des cartons, un coucher de soleil derrière les barres, des visages qui rient, des mains qui travaillent. Un reportage fait avec respect, presque avec tendresse.
Je descends l'article jusqu'à la dernière ligne.
*Je remercie personnellement Okan, habitant de la cité, et Pierre, qui travaille dans ce quartier difficile du troisième arrondissement de Marseille. Merci Okan pour votre générosité. Stéphane M.*
Je ne peux pas retenir un rire silencieux. *Votre générosité.* Il a de l'audace, ce garçon. Il a même eu l'élégance de ne rien publier d'autre. Je prends une photo de la page et l'envoie à mon mec sur WhatsApp.
*Ton fan club s'agrandit.*
Deux coches bleues. Puis :
*Il a bien bossé, le petit.*
*Très bien. Et il t'a remercié personnellement.*
*Jaloux ?*
Je regarde l'écran. Autour de moi, le hall bourdonne de valises et de voix. Mon pouce hésite, puis écrit sans demander mon avis.
*Pas jaloux. Je repense à l'autre jour. À toi. À la façon dont tu parlais, dont tu le regardais. Je n'arrête pas d'y penser. Ça m'a rendu dingue.*
Les points de suspension apparaissent, disparaissent, reviennent.
*Dingue comment ?*
*Dingue au point de tenir à peine debout.*
*Montre-moi.*
Je lui envoie une photo prise aux toilettes du personnel, sans visage, juste ma main posée sur mon pantalon tendu. Puis sa réponse tombe, et mon cœur fait un bond.
*Tu viens chez moi ce soir. Après le taff. Bâtiment C, cinquième étage, la porte verte.*
*Je sais où tu habites.*
*Tu viendras seul. Et tu ne poses pas de questions.*
*Et si je pose des questions ?*
*Alors tu seras puni.*
Je range mon téléphone. Je passe le reste de la journée à signer des factures dont je ne retiens pas un chiffre.
---
À dix-huit heures, je monte.
Le bâtiment C n'a jamais eu d'ascenseur qui fonctionne plus de trois semaines d'affilée. Un papier scotché sur la porte de la cabine, *en panne*, jauni par le soleil, témoigne de la durée du problème. Je prends l'escalier. Les marches de béton, la rampe collante, l'odeur de cuisine qui s'infiltre sous chaque porte, de l'huile chaude, du cumin, du pain. Une télé crie dans un appartement. Un enfant rit au deuxième. Au troisième, une femme me salue d'un signe de tête, un sac de courses au bras, sans surprise : ici, on sait qui vient voir qui.
À chaque palier, mon cœur cogne plus fort, et ce n'est pas l'effort. Je pense à la cave. Je pense à sa voix qui disait *recule*. Je pense à ce que j'ai vu et à ce que je pourrais maintenant être, moi, entre ces mains-là.
Cinquième étage. La porte verte.
Je n'ai pas le temps de frapper. Elle s'ouvre à la seconde où mon poing se lève, comme s'il m'attendait derrière. Il est là, torse nu, en jogging gris, pieds nus, le regard noir et calme. Il ne dit pas un mot. Il me prend par la main, me tire à l'intérieur et referme.
Un tissu me passe devant les yeux. Un bandeau noir, tiède, qu'il noue derrière ma tête avec soin. Le monde disparaît. Je n'entends plus que ma respiration et le clic du verrou.
— Tu as dit pas de questions, murmure-t-il à mon oreille.
— Je n'ai rien dit.
— Tu allais.
Je souris dans le noir. Son souffle contre ma joue. Puis ses mains sur ma veste, qu'il fait glisser de mes épaules, sur ma cravate qu'il dénoue, sur les boutons de ma chemise qu'il défait un à un, lentement, sans me toucher plus que nécessaire. Le tissu tombe. Ma ceinture claque, ma fermeture glisse, mon pantalon, mon boxer, mes chaussettes. Je me retrouve nu, debout dans un salon que je ne vois pas, avec l'odeur de son parfum et de la menthe fraîche d'une théière sur la table basse.
— Écoute-moi bien, dit-il, et sa voix est différente, plus grave, plus lente. Si tu veux que j'arrête, tu dis *Marseille*. Un seul mot. Et j'arrête tout, tout de suite. Compris ?
— Compris.
— Dis-le.
— Marseille.
— Bien.
Sa main se pose sur ma nuque, tendre, un instant. Puis quelque chose de doux et d'élastique passe entre mes lèvres, un bâillon de tissu souple qu'il serre derrière ma tête, assez pour me réduire au silence, pas assez pour me faire mal. Je respire par le nez. Mon sexe, lui, a déjà compris ce que mon esprit hésite à nommer.
Je sens des cordes glisser contre ma peau.
Un lien enveloppe mon poignet droit, puis le gauche. On me lève les bras. Mes mains sont attachées en hauteur, à un crochet, une poutre, je ne sais pas, quelque chose de solide au-dessus de moi. Mon corps s'étire, mes talons se soulèvent à peine. Puis c'est le tour de mes jambes. Ses mains puissantes me saisissent la cheville, me l'écartent, la fixent. L'autre. Je me retrouve écartelé, offert, debout dans le noir, totalement impuissant.
Il s'éloigne.
Le silence s'installe. Je n'entends plus que l'eau qui coule quelque part, un chien qui aboie dehors, le pouls dans mes oreilles. Combien de temps ? Dix secondes, une minute ? L'attente me dévore. Ma peau est devenue hypersensible, chaque courant d'air sur mon torse, sur mon ventre, sur mon sexe tendu, une caresse électrique.
Enfin, des doigts.
Ils effleurent l'intérieur de mon bras, descendent le long de mon flanc, si légers que j'en frissonne. Ils dessinent des cercles sur mes côtes, sur mon ventre, autour de mon nombril, évitent soigneusement mon sexe. Je tire sur mes liens, un gémissement étouffé dans le bâillon. Les doigts reviennent, plus appuyés, et les ongles se mettent à griffer. Doucement d'abord, puis plus franchement. Trois sillons brûlants sur ma poitrine, un autre sur mes cuisses. Je me cambre, je halète, une décharge me parcourt de la nuque aux orteils.
Des lèvres se posent sur ma gorge. Une langue lente, humide, descend vers ma clavicule. Des dents se referment sur ma peau, juste assez pour me faire gémir. Il mord mon épaule, mes pectoraux, la pointe de mon sein qu'il aspire, qu'il lèche, qu'il tourmente avec une cruauté délicieuse. Je perds le fil. Je ne sais plus où est le haut, où est le bas, où est l'avant.
Ses mains glissent sur mes hanches, descendent sur mes fesses, les écartent largement.
Je retiens mon souffle.
Quelque chose de froid et de lisse se pose contre moi, enduit de gel. Il appuie. C'est rond, ferme, plus gros qu'un doigt. Ça me fait un peu mal, une brûlure sourde, mais mon corps cède, se laisse ouvrir, et la chose entre, glisse, s'installe en moi. Je ne sais pas ce que c'est. Ce n'est pas une queue, pas un gode ordinaire. C'est sphérique, dur, incroyablement présent.
Il me laisse le temps de m'habituer. Ses mains me caressent les reins, ses lèvres reviennent sur mon cou.
Je me perds dans le plaisir, dans cette étrange plénitude. Je perds la notion des minutes. Il me lèche, il me mord, il me griffe, il alterne douceur et morsure, et je tourne dans un tourbillon où il n'y a plus que lui.
Puis les mains redescendent. Elles retrouvent mes fesses, les écartent encore. Et on pousse de nouveau.
Plus gros.
Je gémis dans le bâillon, le souffle brisé. La nouvelle sphère est plus large que la première, elle force plus fort, elle étire, elle me remplit. Une brûlure plus vive, un instant, puis elle passe, elle glisse, elle prend sa place à côté de l'autre. Je comprends alors : un dilatateur à paliers, des boules de plus en plus larges, qu'il enfonce une à une, avec un soin infini. Une vague de chaleur m'envahit tout entier. L'idée qu'il me prépare ainsi, qu'il décide de ce que mon corps accepte, que je ne peux rien faire d'autre que me laisser ouvrir, me rend fou d'excitation.
Je suis à lui. Complètement.
— Ça va ? souffle-t-il contre mon oreille.
Je hoche la tête de toutes mes forces.
— Tu veux que je continue ?
Je hoche encore la tête. Un son me monte de la gorge, presque une supplique. Sa main caresse ma joue, mon cou, un instant de tendresse dans ce jeu de cordes et de ténèbres.
— Bon garçon.
Il continue.
Une autre boule, une autre encore. Je ne compte plus. Je ne sais plus à combien nous en sommes. Mon corps s'est ouvert, tendu, offert. Je sens mes parois s'étirer autour de chaque sphère, ma peau luire de sueur sous les cordes, mes bras fatigués tirer sur mes liens. Mon sexe est dur à en pleurer, tendu contre mon ventre, mon gland palpite, humide, au bord de la rupture. Il ne me touche pas. Il ne me touche surtout pas là. Il me laisse brûler.
Il me caresse le dos, le creux des reins, la naissance de mes fesses. Il me griffe. Il me mord le haut de la cuisse, tout près de l'aine, et je tire si fort sur mes liens que le crochet grince. Il rit, très bas.
— Tu es magnifique comme ça.
Je ne peux pas répondre. Je pleure presque de désir.
Puis, lentement, il retire une première boule. Un vide, une plainte, la sensation étrange de mon corps qui se referme et se rouvre. Une deuxième. Une troisième. Chaque retrait me fait trembler. Je me sens dilaté, béant, abandonné, offert sans défense à l'air du soir et à son regard que je ne vois pas.
Quand la dernière sort, il reste un instant immobile derrière moi. Je sens sa respiration, saccadée. Le bruit d'un mouvement rapide de poignet. Un souffle qui se brise, un râle étouffé, grave.
Et quelque chose de chaud, d'épais, tombe sur moi.
Il jouit sur mes fesses. Sur ma rondelle ouverte, béante, offerte, par jets chauds et longs qui coulent entre mes fesses, glissent le long de mes cuisses. Je frissonne à chaque éclaboussure. Je sens son foutre couler dans l'intérieur de moi, dans ce trou ouvert qu'il a préparé pour lui, et cette sensation me fait vaciller.
Il reste là un moment, haletant. Puis il se colle contre mon dos, sa peau brûlante contre la mienne, ses lèvres dans mon cou.
— Tu es à moi, murmure-t-il.
Ses doigts entrent en moi. Je ne sais plus combien. Deux, trois, quatre, sa main entière peut-être, je ne sens plus rien que la plénitude, la chaleur, l'abandon total. Il bouge à l'intérieur, lentement, avec précaution. Je suis ouvert, mou, docile, soumis jusqu'aux os. Puis ses doigts frôlent à peine ma prostate, un effleurement léger, presque rien.
Et je jouis.
Sans être touché, sans que personne ne caresse mon sexe, d'un seul coup, en une vague immense qui me traverse de la plante des pieds aux cheveux. Mon corps se tend contre les cordes, mon cri se perd dans le bâillon, des jets chauds jaillissent de moi, jaillissent encore, éclaboussent le sol dans un bruit assourdissant, mes cuisses, ses jambes. Ma tête retombe en avant, vidée, tremblante, hors du monde.
Quand je reviens à moi, ses bras m'enlacent, me soutiennent, sa voix murmure à mon oreille des mots que je comprends à peine.
— Doucement. Je te tiens.
---
Il me détache avec une lenteur infinie. D'abord les chevilles, qu'il masse, une à une. Puis les poignets, qu'il embrasse là où la corde a laissé des marques rouges. Il retire le bâillon, essuie le coin de ma bouche du pouce. Je tremble comme une feuille.
— Reste comme ça, dit-il. Ne bouge pas. Garde le bandeau encore un peu. Je range.
Je reste debout, adossé au mur, les jambes en coton, le bandeau toujours sur les yeux. J'entends ses pas pieds nus sur le carrelage, le froissement des cordes qu'on enroule, un tiroir qu'on ferme, le clapotis d'un linge qu'on rince. Les bruits d'un homme qui range sa maison. Cette banalité me bouleverse presque autant que ce qui vient de se passer.
Il revient. Il passe un linge tiède sur mon ventre, mes cuisses, mon dos. Il prend soin de moi comme on prend soin de quelque chose de précieux. Puis il me noue une serviette autour de la taille, me prend par les épaules, me guide dans le couloir.
Au bout, il dénoue le bandeau.
La lumière d'une petite lampe de chevet me fait cligner des yeux. Une chambre étroite, un grand lit défait, des posters de foot au mur, un ventilateur qui tourne, une fenêtre ouverte sur la nuit de la cité. Il me regarde, très doux, inquiet, presque timide.
— Ça va ?
Je rassemble mes forces pour sourire.
— Je ne savais pas que j'avais ça en moi, dis-je.
Il éclate de rire, ce rire que j'aime, qui fait danser ses épaules.
Il m'allonge sur le lit, tire le drap sur nous, éteint la lampe. Je me blottis contre lui. Il m'enveloppe de ses bras, une jambe passée sur les miennes, le nez dans mes cheveux. Sa main dessine des cercles lents sur mon dos, sur les traces rouges laissées par ses ongles.
— Pour la clé USB, murmure-t-il dans le noir.
— Pas ce soir.
— Pas ce soir, répète-t-il.
Il m'embrasse le front. Je ferme les yeux. Mon corps est vide, lourd, comblé, et son cœur bat contre mon oreille, lent et régulier.
Et nous nous endormons ainsi, tendrement enlacés, au cinquième étage du bâtiment C, sans ascenseur et sans regrets.
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