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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Les fissures silencieuses — Chapitre 11 · La note de départ

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Ce chapitre tient à distance toute sentimentalité facile, et c'est ce qui le rend si juste. Les silences y ont autant de poids que les mots, et on sent à chaque ligne combien l'autrice sait doser ce qu'elle montre. Le roman retrouve ici, magnifiquement, son cœur olfactif : les odeurs ne sont jamais un décor, elles disent ce que les personnages n'arrivent pas encore à formuler.

Les fissures silencieuses

Chapitre 11 · La note de départ

La première véritable tempête de neige de la saison s’abattait sur Montréal. À la fin de novembre, les flocons ne se contentaient plus de tournoyer dans les rues du Plateau-Mont-Royal : ils les recouvraient d’un manteau épais, effaçant peu à peu les contours familiers des trottoirs et des voitures stationnées. Derrière les fenêtres de l’appartement de la rue Saint-Hubert, le monde semblait s’éloigner, absorbé par le silence ouaté de l’hiver.
Sous la couette, trois corps demeuraient étroitement enlacés après un moment d’intimité paisible. Clara s’était blottie contre Éléonore, une jambe glissée entre les siennes, tandis que Morgane reposait de l’autre côté, sa tête près de l’épaule de la parfumeuse. La chaleur de leurs peaux contrastait avec le froid qui gagnait les vitres. Dans cet espace clos, leurs sillages se mêlaient : la bergamote et les agrumes délicats associés à Clara, la douceur presque lactée de la peau d’Éléonore, puis la mélisse et la vanille noire de Morgane.
Éléonore respirait lentement, les yeux mi-clos. Depuis plusieurs semaines, elle apprenait à reconnaître cette forme de bonheur qui ne réclamait ni mise en scène ni promesse grandiose. Il tenait dans un bras posé sur sa taille, dans un rire étouffé contre un oreiller, dans la présence de deux femmes dont les silences ne lui semblaient plus menaçants. Elle avait fini par croire que cette paix, fragile mais réelle, pourrait durer tant qu’elles continueraient à se parler avec franchise.
Morgane, cependant, ne partageait pas tout à fait leur quiétude. Elle fixait le plafond, immobile, le bout des doigts occupé à suivre distraitement une couture de la couette.
— Il faut que je vous dise quelque chose.
Sa voix était basse, presque étranglée. Clara releva la tête. Éléonore sentit aussitôt son corps se tendre contre le sien.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Clara.
Morgane inspira profondément, comme si elle cherchait à rassembler son courage dans l’air tiède de la chambre.
— J’ai reçu un appel de mes éditeurs, à Paris. Ils veulent que nous organisions la suite de mon travail là-bas. Et… mon autorisation de séjour ici arrive à échéance à la mi-décembre. Avec la fin de mon poste à l’université, je n’ai plus de motif professionnel qui me permette de demander une prolongation.
Elle marqua une pause. Ses yeux verts passèrent de Clara à Éléonore, sans parvenir à s’attarder sur l’une ou l’autre.
— Je rentre définitivement à Paris dans deux semaines.
Pendant quelques secondes, seule la neige sembla bouger. Un flocon plus gros que les autres vint s’écraser contre la vitre, y laissant une trace humide qui disparut presque aussitôt.
Éléonore se redressa lentement, ramenant la couette contre sa poitrine.
— Dans deux semaines ? répéta-t-elle. Mais ton contrat avec la faculté devait durer jusqu’au printemps prochain. Tu nous avais parlé de possibilités de renouvellement pour deux mille vingt-sept.
— C’était le projet initial. Les coupes budgétaires annoncées la semaine dernière ont changé la situation. Mon département ne peut plus maintenir mon poste après la fin du mois. Et mon essai est terminé. L’université n’a donc plus de raison de soutenir ma présence ici.
Morgane avait prononcé ces mots avec une précision presque administrative, comme si la netteté des faits pouvait empêcher leur portée émotionnelle de les atteindre. Mais ses mains, serrées sur le drap, trahissaient une tension qu’elle ne parvenait pas à dissimuler.
Clara se redressa à son tour. Elle repoussa ses cheveux en arrière, puis regarda Morgane avec une incrédulité qui se transforma peu à peu en colère.
— Tu nous annonces ça maintenant ? Après toutes ces semaines ? Nous t’avons ouvert notre maison, notre intimité, nos peurs. Nous avons accepté de bousculer les règles de notre couple pour te faire une place parmi nous. Et tu nous dis que tu pars comme si tu nous annonçais que tu changes de ligne de métro ?
— Clara…
— Non, laisse-moi finir. Je ne te reproche pas d’avoir des obligations. Je sais parfaitement que tu n’as pas le contrôle de toutes les décisions de l’université. Mais tu ne peux pas prétendre que cette nouvelle ne change rien. Tu ne peux pas nous laisser découvrir en quelques phrases que le temps qu’il nous reste est déjà compté.
La voix de Clara s’était brisée sur les derniers mots. Sa colère n’effaçait pas sa peine ; elle la rendait seulement plus visible.
Morgane baissa les yeux.
— Je sais. Et je suis désolée.
— Est-ce que tu le savais quand tu es venue chez nous ? demanda Éléonore.
Elle avait posé la question doucement, mais chaque mot lui coûtait. Une part d’elle cherchait encore une explication qui rendrait la nouvelle moins brutale. Une autre redoutait déjà la réponse.
— Non. Je n’ai appris que récemment que mon poste ne serait pas maintenu. Mais je savais que mon séjour ici avait une fin. Nous en avons parlé dès le début. Je ne vous ai jamais caché que j’étais de passage, que j’avais du mal à m’enraciner.
— Savoir que quelqu’un partira un jour, ce n’est pas la même chose que le voir préparer ses valises pour traverser l’océan, répondit Éléonore. On peut accepter une idée tant qu’elle reste abstraite. C’est autre chose lorsqu’elle prend une date, une échéance, une place vide dans un lit.
Elle détourna les yeux vers la fenêtre. La neige avait déjà recouvert les toits voisins et les branches dénudées des arbres. Tout ce qui, quelques instants auparavant, lui paraissait familier semblait désormais appartenir à un monde dont Morgane allait être exclue.
— Dis-moi la vérité, reprit-elle. Est-ce que tu nous aimes ? Ou est-ce que nous ne sommes qu’un chapitre de plus dans ton existence, une expérience à raconter, une note en marge de tes réflexions sur la liberté et les relations humaines ?
Morgane reçut la question sans chercher à se défendre. Son visage s’était vidé de son assurance habituelle. Elle se rapprocha légèrement, mais s’arrêta avant de toucher Éléonore, lui laissant la liberté de maintenir ou de réduire la distance.
— Je vous aime. Toutes les deux. Beaucoup plus que je ne l’avais prévu.
Sa voix trembla sur le dernier mot.
— Et c’est précisément pour cette raison que je dois partir sans chercher à négocier une prolongation que je ne pourrais peut-être pas obtenir. Si je reste, si je m’habitue davantage à vous, à cet appartement, à cette façon de commencer une journée ensemble, je vais finir par vouloir ce que vous avez construit. Cette stabilité, cette douceur, cette impression qu’on peut rentrer quelque part et y être attendue.
Elle esquissa un sourire triste.
— Une partie de moi en a envie. C’est ce qui me terrifie.
Clara la regardait sans parler. Sa colère n’avait pas disparu, mais elle semblait maintenant se heurter à quelque chose de plus douloureux qu’une simple décision égoïste.
— Tu crois que tu détruirais tout si tu restais ? demanda-t-elle.
— Je crois que je finirais par vous demander de devenir quelqu’un que je ne sais pas être. Je me connais. J’ai toujours vécu dans le mouvement, dans les départs, dans l’attente de ce qui vient après. L’absence m’a souvent paru plus facile à supporter que la permanence. La tension d’un adieu m’est familière ; la paix d’un quotidien partagé, beaucoup moins. Et quand je commence à avoir peur de perdre quelque chose, j’ai tendance à partir avant même que la perte soit possible.
Morgane avala difficilement sa salive.
— Je ne veux pas vous faire subir ça. Je ne veux pas rester jusqu’au jour où ma peur de l’enracinement se transformera en fuite, où je vous blesserai parce que je ne saurai plus quoi faire de tout ce que je ressens. Vous méritez mieux que de vivre dans l’attente de mon prochain départ.
Éléonore sentit une douleur sourde se loger sous ses côtes. Elle comprenait les mots de Morgane. Peut-être les comprenait-elle trop bien. La parfumeuse avait passé des années à tenter de donner une forme stable à ce qui, par nature, ne cessait de changer : les odeurs, les émotions, le désir. Elle savait qu’aucune composition ne pouvait empêcher toutes ses notes de s’altérer avec le temps. Mais savoir qu’une chose est éphémère ne rend pas sa disparition moins douloureuse.
— Tu prends cette décision pour nous protéger, dit-elle. Mais tu décides aussi à notre place de ce que nous sommes capables de supporter.
Morgane ferma les yeux un instant.
— Tu as raison. Je ne peux pas prétendre savoir ce qui serait le mieux pour vous. Je peux seulement être honnête sur ce que je suis capable de donner et sur ce que je ne sais pas promettre.
— C’est pourtant ce que nous t’avons demandé depuis le début, murmura Clara. De l’honnêteté. Pas une promesse d’éternité.
Elle tendit la main et la posa sur celle de Morgane. Le geste était hésitant, presque douloureux. Morgane retourna lentement sa paume pour accueillir ses doigts, sans chercher à retenir sa main.
— Notre pacte ne t’oblige pas à rester, poursuivit Clara. Il nous oblige à nous dire la vérité. Et je ne vais pas te demander de renoncer à ta vie pour nous. Je ne veux pas que tu restes par culpabilité, ni que tu nous promettes une stabilité que tu ne peux pas nous offrir.
Elle prit une inspiration tremblante.
— Mais ne nous demande pas non plus de faire comme si ce départ ne nous faisait rien.
— Jamais, répondit Morgane. Je ne vous demanderai pas ça.
Éléonore se rapprocha d’elles. Elle glissa un bras autour de Clara et posa son autre main sur l’épaule de Morgane. Pendant quelques secondes, aucune ne parla. Leurs corps se rejoignirent dans une étreinte qui n’avait plus rien de la légèreté sensuelle de leurs soirées précédentes. Il n’y avait là ni jeu ni promesse implicite, seulement trois femmes confrontées à une séparation qu’aucune ne désirait vraiment et qu’aucune ne pouvait effacer d’un geste.
Éléonore enfouit le visage contre les cheveux de Morgane. La mélisse et la vanille noire lui parvinrent avec une netteté qui lui fit monter les larmes aux yeux. Elle aurait voulu imprimer cette odeur en elle, la retenir comme on conserve une formule précieuse dans un carnet, avec la crainte qu’un jour les proportions exactes lui échappent. Mais le parfum de Morgane n’était pas une composition à reproduire. Il était lié à sa présence, à sa voix, à la façon qu’elle avait de regarder les autres comme si elle cherchait, derrière leurs gestes, la vérité qu’ils n’osaient pas dire.
— J’ai l’impression que la vie nous met toujours à l’épreuve au moment où nous commençons à trouver notre équilibre, murmura Éléonore. Nous venons à peine de comprendre comment faire une place à ce que nous ressentons toutes les trois. Et maintenant, il faut apprendre à te perdre.
— Tu ne me perds pas entièrement, souffla Morgane.
Éléonore se raidit légèrement. Elle aurait voulu croire à cette phrase, mais elle savait combien les mots pouvaient devenir des abris fragiles lorsqu’on refusait de regarder la réalité en face.
— Peut-être pas, répondit-elle. Mais ce ne sera plus la même chose. Tu seras de l’autre côté de l’océan. Nous ne pourrons plus nous retrouver au détour d’une soirée, ni te voir arriver avec ton manteau trempé et cette façon de faire entrer le monde avec toi.
Morgane laissa échapper un rire bref, aussitôt étouffé par l’émotion.
— Je ne savais pas que mon manteau avait une telle importance.
— Il n’en a pas, répondit Éléonore, un sourire fragile aux lèvres. C’est ce qu’il annonce qui en a une.
Clara resserra son étreinte autour d’Éléonore, puis posa la tête contre celle de Morgane. Son regard se perdit un instant dans les ombres de la chambre.
— Tu as changé quelque chose en nous, dit-elle enfin. Je ne sais pas encore comment le nommer. Tu nous as obligées à regarder notre couple autrement, à reconnaître des désirs et des peurs que nous aurions peut-être continué à contourner. Tu nous as réveillées, toutes les deux.
Elle s’interrompit, cherchant ses mots.
— Je ne veux pas transformer ton départ en une belle histoire que nous nous raconterons pour nous consoler. Ça va faire mal. Ça me fait déjà mal. Et je ne sais pas ce que je ressentirai quand tu ne seras plus là. Je ne peux pas te promettre que je ne serai pas en colère, ni que je ne t’en voudrai jamais.
Morgane hocha lentement la tête, les yeux brillants.
— Je ne te le demanderai pas.
— Mais je sais aussi que ce que nous avons vécu n’était pas une erreur. Je ne veux pas le réduire à une parenthèse qu’il faudrait refermer pour retrouver notre vie d’avant. Notre vie d’avant n’existe plus exactement comme elle existait. Éléonore et moi, nous devrons continuer à avancer, à nous parler, à comprendre ce que cette expérience a déplacé en nous. Et nous le ferons sans prétendre que tu n’as jamais été là.
Éléonore leva les yeux vers Clara. Dans son expression, elle ne trouva ni une certitude parfaite ni une promesse de bonheur indestructible. Elle y vit quelque chose de plus vrai : la volonté de ne pas laisser la peur décider seule de la suite.
— Notre fondation est solide, poursuivit Clara. Mais solide ne veut pas dire invulnérable. Il faudra qu’on prenne soin de nous, qu’on accepte d’être tristes, peut-être même de douter. Nous avons déjà traversé des choses qui nous ont presque brisées. Je ne vais pas prétendre que cette séparation sera facile. Je sais seulement que je veux la traverser avec toi, Élé. Et que ce que Morgane a éveillé en nous ne disparaîtra pas simplement parce qu’elle s’en va.
Éléonore sentit ses yeux se remplir de larmes. Elle posa sa main sur la joue de Clara, puis déposa un baiser sur ses lèvres. Ce baiser n’effaçait rien. Il ne réparait pas à l’avance les jours de solitude ni les questions qui viendraient après le départ. Il disait seulement : je suis là, moi aussi, au milieu de cette douleur.
Morgane les observa, bouleversée. Puis elle se pencha pour déposer un baiser sur le front d’Éléonore et un autre, plus long, sur les lèvres de Clara. Lorsqu’elle s’éloigna, une larme glissa sur sa joue.
Éléonore l’essuya du bout des doigts. Elle aurait voulu trouver une phrase juste, quelque chose qui puisse contenir l’amour, la colère, la gratitude et le chagrin sans trahir aucun de ces sentiments. Mais aucun mot ne lui sembla assez vaste.
Alors elle embrassa Morgane à son tour.
Leurs lèvres avaient le goût salé des larmes. Dehors, la neige continuait de tomber, couvrant Montréal d’une blancheur silencieuse. Éléonore pensa à l’océan que Morgane devrait bientôt traverser, à cette étendue immense qui séparerait leurs voix, leurs gestes et leurs odeurs. Elle savait que les souvenirs s’altéreraient, que la mémoire ne conserverait pas chaque détail avec la précision qu’elle désirait. Cette pensée lui fit plus mal qu’elle ne l’aurait cru.
— Mes chéries, murmura Morgane en les attirant toutes les deux contre elle. Je vous aime. Je ne veux pas que mon départ vous fasse croire le contraire.
— Alors ne disparais pas avant de partir, répondit Clara. Reste avec nous pendant le temps qu’il nous reste. Pas à moitié. Pas en te protégeant déjà de ce que tu vas perdre. Et appelle-nous sur Zoom aussi souvent que tu le voudras. Je veux qu’on garde le contact.
Morgane acquiesça, incapable de parler.
Elles restèrent ainsi longtemps, serrées les unes contre les autres sous la couette, tandis que la tempête isolait peu à peu l’appartement du reste de la ville. La nuit avançait, mais aucune ne parvenait à dormir. Par moments, l’une d’elles fermait les yeux quelques minutes, avant de les rouvrir au moindre mouvement d’une autre. Leurs mains se cherchaient, se trouvaient, se retenaient sans jamais prétendre pouvoir arrêter le temps.
À l’approche de l’aube, la lumière grise commença à filtrer à travers les rideaux. La neige avait cessé de tomber avec la même violence, mais le paysage demeurait enseveli sous son manteau neuf. Éléonore sentit la fatigue peser sur ses membres et la douleur s’installer plus profondément, là où elle ne pouvait pas encore lui donner de nom.
Elle savait que les jours à venir seraient différents. Il faudrait parler du départ, des billets, des affaires à préparer, des dernières soirées à partager. Il faudrait apprendre à ne pas transformer chaque moment en adieu, sans pour autant faire semblant d’ignorer la date qui approchait. Il faudrait surtout accepter que l’amour ne donne pas toujours le pouvoir de retenir ceux qui le partagent.
Clara lui prit la main sous la couette. Morgane, de l’autre côté, posa doucement son front contre son épaule.
Leur petit monde à trois ne s’effondrait pas encore, mais il venait de changer de forme. Et, dans les ruines encore tièdes de ce qu’elles avaient commencé à construire ensemble, quelque chose demeurait : non pas la certitude qu’elles ne souffriraient pas, ni celle que leur lien survivrait intact à la distance, mais la volonté fragile de ne pas renier ce qu’elles avaient vécu.
La séparation serait brutale. La vie, parfois, ne laissait aucun choix facile.
Pourtant, sous la lumière froide du matin montréalais, Éléonore garda les deux mains serrées dans les siennes. Elle ne savait pas ce que l’avenir leur réserverait. Pour la première fois, elle comprit qu’elle n’avait pas besoin de le savoir tout de suite.
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Chapitre 12 · L’absence et l’alambic
Depuis le départ de Morgane, l'appartement de la rue Saint-Hubert ressemble à une scène de crime invisible. Éléonore s'est murée dans son laboratoire, portée par une obsession que personne ne soupçonne encore. Clara, elle, noie sa douleur dans les plans de son agence. Entre elles, un silence poli et glacé s'est installé — courtois, attentionné, et terriblement vide. Jusqu'où peut-on creuser le manque avant de se perdre soi-même ?
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