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Couverture de Roule ma poule..., par Azimuteur
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Roule ma poule... — Chapitre 6

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Azimuteur
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Ce chapitre tient debout tout seul grâce à sa voix : celle d'un homme qui parle de l'amour et du handicap sans jamais être ni larmoyant ni froid. La scène où Camélia explique comment elle « ressent » les caresses de Marc malgré l'absence de sensations physiques est d'une justesse rare — on y croit complètement. Le récit sait alterner l'humour décalé et l'émotion brute sans forcer l'un ni l'autre, et c'est ce dosage-là qui reste.

Roule ma poule...

Chapitre 6

Qu’elle m’épouse est en effet mon vœu le plus cher ! En tout cas, je lui interdis bien de refuser ! Je me battrai, bec et ongles, pour qu’elle accepte, qu’elle dise oui, qu’elle abandonne sa retenue, ses complexes, ses appréhensions, ses mauvaises raisons surtout. Il me semble, enfin je crois, qu’elle comprend désormais que mon bonheur passe par elle, et j’espère que je n’aurai pas trop à batailler. Pourvu qu’elle accepte de m’épouser… Le mieux d’ailleurs serait qu’elle finisse par vouloir me marier !
Cela dit, il faut reconnaître que ce n’est pas drôle tous les jours. Parfois, je m’invente des excuses pour aller faire un tour, changer d’air, me libérer. Évacuer mes chagrins. Mes désespoirs. Par exemple, au sujet de ses cuisses, magnifiques, dont les muscles sont entretenus une nuit sur deux par un générateur d’ondes électriques qui, au long de ses séances nocturnes, fait réagir ses muscles, les tonifie. Mais pourquoi, dans quel but ? Pour les garder belles et musclées ? Pour moi ? Juste pour moi ?
Cela peut sembler bizarre, mais plus encore que son sexe insensible auquel des artifices moelleux donnent un semblant de réalité, ses jambes inertes, ses cuisses immobiles me sont une vraie douleur. Ses cuisses merveilleuses qui ne s’ouvriront jamais d’elles-mêmes sous mes caresses, que mes mains, automatiques gourmandes entêtées ne peuvent s’empêcher de caresser, de palper, de flatter, pour rien, rien d’autre que mon plaisir tactile. Plaisir qui s’évanouit à l’instant où mon esprit réalise ces gestes parasites, inutiles, l’absolue stérilité de l’action, instant où mon cœur se sent transpercé par un poignard glaçon. Camélia repère toujours cette tristesse brutale qui m’accable et me couvre alors de caresses et baisers passionnés, m’incite à la caresser encore, comme si ces gestes invisibles lui apportaient un quelconque bonheur.
— Aime-moi exactement comme tu aimerais une autre femme, pleinement, m’a-t-elle expliqué. Lorsque tes mains descendent et que je perds leur connexion, je sais qu’elles s’aventurent vers le centre de mon volcan éteint et je perçois les mouvements de tes épaules, de tes bras, je sens ta respiration, je ressens ton désir. J’imagine tes caresses, ta patience, ta douceur sur et dans mon sexe, j’imagine les honneurs rendus à ma fleur, à mon pistil. Et peu importe si je me trompe alors, que tu sois en fait en train de caresser mes cuisses, mes genoux ou bel et bien ma chatte, mon imagination, la chaleur de ton souffle, les battements de ton cœur me sont précieux, car ils signifient que malgré toutes mes différences, je suis femme et te donne du plaisir.
Elle est comme ça Camélia, comme toutes les femmes, toujours plus enclines à offrir qu’à prendre. À moins qu’elle ne soit juste comme n’importe qui, homme ou femme, qui aime sincèrement et veut, d’abord et avant tout, donner plus que recevoir.
Sinon, pour le reste, alles klar, en général. Ça baigne, ma Cam est un ange, une déesse. Elle est tout simplement merveilleuse. Intelligente, drôle, gaie. Mon soleil !
Toujours gaie. Toujours prête à rire d’elle-même, de ses travers, de ses petits inconvénients. L’humour ! Ingrédient essentiel de notre relation, élément indispensable. Ne jamais se prendre au sérieux, pour ne rien dramatiser. Ou tout dédramatiser. Optimiste. Elle est résolument optimiste ma Cam !
Incroyablement optimiste !
Même quand son chirurgien lui a proposé une nouvelle intervention. Les scanners, IRM et je ne sais quoi encore ont révélé la présence de micro bouts d’os, responsables de ses deux hernies dans le bas de sa colonne. Car ma douce a des hernies. Comme quoi, il y a toujours du bon dans le malheur : elle a deux hernies maousses costaudes, mais ne les sent aucunement. Même pas mal, alors que n’importe qui d’autre serait sous morphine à haute dose avec des champignons pareils !
— Peut-être, a dit le chir, peut-être qu’en réduisant ces hernies, en éliminant les fragments d’os qui sans doute sont responsables des récidives herniaires, peut-être que la pression sur la queue de cheval (le paquet de nerfs coincés et plus ou moins sectionnés dans l’accident), peut-être qu’on se rendra compte que tous les nerfs n’ont pas été sectionnés, et qu’après libération de la pression et beaucoup-beaucoup de temps, parce que vous savez, Mademoiselle, la réactivation des nerfs compressés, c’est extrêmement long, mais, peut-être qu’alors certaines sensibilités pourraient réapparaître. Peut-être ! Mais l’opération est risquée, très-très risquée et peut avoir des conséquences dramatiques.
Moi, je l’ai entendue la rafale de peut-être, et le très-très risqué et je l’ai vue, la moue du praticien sur dramatique!
Moi oui !
Mais pas Camélia !
— Vous m’opérez quand ? a-t-elle demandé aussitôt.
Pour Camélia, c’est clair, il n’y a pas à hésiter !
Au pire, (nous avons bien parlé avec le doc), au plus dramatique, le réveil nerveux pourrait signifier apparition des douleurs dorsales que connaissent tous ceux qui souffrent de hernies discales, sans aucun bénéfice de récupération de sensations dans la zone uro-génitale. Avec un peu plus de chances, il pourrait y avoir les douleurs discales ET des sensations plus ou moins retrouvées. Dans la meilleure hypothèse, mais ne rêvez pas trop, pas de douleurs, des sensations retrouvées et le contrôle des fonctions naturelles.
Mais le chirurgien a été clair, compte tenu de la zone, aucun risque d’aggraver la situation, strictement aucun d’engendrer une tétraplégie par exemple, soyez rassurés, on n’est pas dans le même périmètre. Donc, pas de risques autres que ceux de n’importe quelle opération pratiquée sous anesthésie générale.
Il y a donc quelques espoirs…
N’empêche…
N’empêche que ça fait treize jours que je tremble, treize nuits que je ne dors plus, que j’angoisse. Treize nuits que mes yeux tentent de percer le noir absolu de mes incertitudes. Treize nuits que je passe sans dormir, sans pouvoir dormir, avec dans ma tête les Peut-être du chirurgien qui roulent comme des dés que je n'ose pas lancer.
Treize nuits... que je rêve aussi :
l’opération, c’est demain !
oooOOOooo oooOOOooo oooOOOooo
Ici, Marc pose sa plume, c'est moi qui reprends la parole. Moi, celui qui a inventé Marc, Rosa et Camélia, et qui n'en revient toujours pas d'y être parvenu. La jeune fille à l’origine de cette histoire, appelons-la Justine car je n’ai jamais su son prénom, cette jeune fille avait déboulé dans la grande salle commune du Centre de Réadaptation Fonctionnelle où je rendais visite à un ami en convalescence. Débouler, c’est bien le terme ! Allant d’un groupe à l’autre, d’une table à l’autre, elle avait salué chacun, plaisantant, se moquant gentiment de l’un, félicitant un autre pour ses progrès accomplis. Un rayon de soleil, la princesse à roulettes, une elfe infiniment gracieuse qui ce jour-là était accompagné de son petit ami qu’elle avait, radieuse, présenté à tout un chacun.

Mon ami m’avait glissé que la Cendrillon n’avait plus aucune sensation sous la ceinture. Handicap a priori irrémédiable. Suis-je absolument tordu, voire malsain mais je m’étais immédiatement interrogé sur l’avenir de son couple. Quelles plaisirs pourraient-ils partager ? Quel avenir commun pourraient-ils envisager ? Des relations sexuelles leur seraient-ils possibles ? Un point, on ne se la cachera pas, important voire essentiel pour deux jeunes comme eux. Ces questions m’avaient turlupiné longtemps, s’étaient bloquées dans un coin de mon cerveau.

Un incroyable hasard m’avait fait revoir cette gracieuse « roulante » presque dix ans plus tard. Vendeur occasionnel dans une chocolaterie, je l’avais servie. À son entrée sur son fauteuil, je l’avais reconnue dans la seconde : même sourire, même joie de vivre, même liberté. Mon air stupéfait l’avait interpellée. J’avais expliqué l’avoir reconnue, replacé notre première rencontre dans le contexte de l’époque et nous avions discuté un bon moment. Elle m’avait parlé de son mari (« Non pas le fiancé de l’époque, celui-là m’a laissé tomber au bout de six semaines ! »), parlé aussi de sa petite fille de trois ans, soleil de sa vie. Ces nouvelles m’avaient profondément émues et réjouies avant que sur son fauteuil, la gourmande ne disparaisse avec ces ballotins de chocolat.

Cette nouvelle rencontre m’avait bouleversé et je m’étais alors documenté sur son cas. Si pour les hommes, une injection dans le corps caverneux produit une érection convaincante assortie souvent d’une éjaculation, rien ne paraît exister pour les femmes ...

Je n’ai jamais connu l’étendue précise du handicap de Justine mais son cas m’avait chamboulé et j’avais voulu écrire une histoire sur ces femmes privées de sensations et de vie sexuelle.
De vie de femme !

Dix ans, il m’avait fallu dix ans pour réussir pour écrire ce texte. Ne voulant pas tomber dans le pathos, j’ai rejeté toutes mes tentatives, larmoyantes, pathétiques. Aborder ce sujet du handicap n'était pas facile mais me tenait à cœur. Dur-dur !
Jusqu’à trouver le biais par l’humour (grinçant), un ton libre, caustique, décalé, une certaine dérision qui peut sans nul doute choquer. Engendrer récriminations et tollé contre moi.

Ce que je comprendrais très bien mais que ... j’assume totalement !
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