Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 9 les fièvres de Sophie — Chapitre 7 · La ligne de mire de Sélim
Auteur
Histoire 9 les fièvres de Sophie
Chapitre 7 · La ligne de mire de Sélim
La nuit sur Metz est calme, d’un calme froid qui glace le métal des carrosseries. En stationnant à l’angle de la rue du Moyen-Pont, le moteur au ralenti, je vérifie machinalement l’heure sur le tableau de bord. La course précédente s’est terminée il y a vingt minutes. Je devrais rentrer. Yasmine m’attend sûrement sans dormir, avec le repas gardé au chaud sous une assiette, comme chaque vendredi soir. Mais le voyant vert du luminaire reste allumé. Une dernière course avant de couper le contact. Une seule.
Quand la portière arrière s’ouvre, l’air frais de la rue s’infiltre une seconde dans l’habitacle avant d’être balayé par le chauffage.
— Bonsoir, Madame. On va où ?
Je pose la question par pur réflexe professionnel, le ton neutre, la voix posée. En ajustant mes mains sur le volant, mon regard accroche machinalement le rétroviseur central pour identifier la passagère. C’est le geste machinal du métier, répété mille fois par nuit.
Mais l’image qui s’imprime dans le miroir m’arrête net.
Une jeune femme. La voix douce, les traits fins, et surtout un visage d’une fraîcheur déroutante. Il y a dans ses yeux une candeur, une pureté presque enfantine qui détonne complètement avec l’heure tardive. Mignonne. C’est le mot qui me vient aussitôt à l’esprit, un qualificatif simple qui lui va si bien. Elle a l’air si sage, si réservée au premier regard, qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession.
C’est alors que mes yeux descendent sur sa tenue, et le choc est immédiat. Sous son perfecto sombre, la jupe en cuir ajustée, très courte, accroche les reflets ambrés de la console, dévoilant le galbe parfait de ses cuisses gainées de bas couture. L’impact de cette tenue si ouvertement sexy, si provocante, tranchant aussi brutalement avec la douceur angélique de son visage, me laisse muet de stupeur. Ce contraste saisissant entre une apparence presque innocente et une audace vestimentaire aussi assumée crée un décalage irréel, troublant. Elle ne regarde pas dehors, elle ne cherche pas son téléphone dans son sac. Elle me regarde à travers le miroir, avec cette innocence apparente qui rend sa présence terriblement captivante.
— Bonsoir. Au Black Lounge, s’il vous plaît, vers les remparts, dit-elle.
Sa voix est un murmure délicat, posé. Une cliente pour les bars de nuit. Je connais le profil : d’ordinaire, ce sont des femmes bruyantes, apprêtées ou éméchées par la soirée. Elle, non. Elle dégage une douceur timide, une sorte de grâce naturelle mêlée à ce style incendiaire qui me met, malgré moi, sur mes gardes.
— Bien reçu, Madame.
J’enclenche la première dans un cliquetis propre et la berline s’élance. Je reconcentre toute mon attention sur le ruban d’asphalte humide. Conduis. Fais ton travail. Je pense à ma journée, aux factures du mois, au visage de ma femme qui s’inquiète dès que je rentre après deux heures du matin. Je suis un homme rangé, sérieux. Quinze ans de métier, jamais un écart, jamais un mot de trop avec une cliente. La discrétion et le respect, c’est ce qui fait ma réputation.
Pourtant, au premier feu rouge, une force absurde me pousse à jeter un coup d’œil au rétroviseur.
Elle n’a pas bougé. Son regard est toujours calé dans l’axe du verre, à travers ses cils. Cette bouille si mignonne, cette allure de jeune femme sans histoire opposée à l’agressivité érotique du cuir et des bas, me désarme. Nos yeux se croisent dans le reflet. L’impact est physique, comme une décharge sourde qui me monte le long de la colonne vertébrale. Je détourne aussitôt les yeux, le cœur battant un peu plus vite, agacé par ma propre faiblesse. Arrête tes conneries, Sélim. Conduis.
Les feux défilent. L’habitacle est saturé par la chaleur des sièges chauffants que j’avais laissés au maximum. L’odeur de son parfum commence à se mêler à l’odeur du cuir chaud et du santal de ma propre voiture. C’est une senteur intime, entêtante.
Les feux défilent. L’habitacle est saturé par la chaleur des sièges chauffants que j’avais laissés au maximum. L’odeur de son parfum commence à se mêler à l’odeur du cuir chaud et du santal de ma propre voiture. C’est une senteur intime, entêtante.
Dans le miroir, je la vois porter la main au col de son chemisier. D’un geste lent, presque hésitant en apparence, elle défait le premier bouton, puis le second. Le tissu s’ouvre sur la peau nue de sa gorge.
Une bouffée de chaleur me brûle le visage. Ce contraste entre son visage si mignon, empreint d’une candeur troublante, et l’audace de son attitude me déstabilise complètement. Ma main gauche se crispe sur le volant, l’or de mon alliance appuyant contre le cuir. Je devrais lui rappeler poliment la tenue à garder, ou simplement ignorer le manège. Mais la curiosité et un désir incontrôlable, enfoui depuis des années sous la routine et le devoir, germent en moi avec une violence terrifiante. Je suis incapable de détacher totalement ma pensée du miroir.
Elle glisse très lentement vers le centre exact de la banquette arrière. Dans un frottement sec, le cuir de sa jupe accroche le siège. Elle s’aligne sciemment dans l’axe direct du rétroviseur.
Cette fois, le piège est refermé. Je ne peux plus surveiller mes arrière-gardes sans tomber directement dans ses yeux.
La berline s’engage sur les grands boulevards déserts. Dans la monotonie de la route, la tension devient assourdissante. Je lève les yeux. Mon regard est de nouveau là, piégé. Je ne peux plus détourner les yeux aussi vite. Une détresse sourde et une fascination totale m’envahissent face à ce jeu silencieux sous ses airs de fille sage. Ma gorge déglutit avec une lenteur pénible. Je serre un peu plus fort le volant, ma bague brillant sous un halo de lumière.
Lentement, sans cesser de me fixer dans le miroir, elle remonte l’ourlet de sa jupe en cuir. Le grain du cuir glisse sur la soie de ses bas avec un chuchotement rauque qui remplit la cabine. Elle découvre le haut de ses cuisses, la large bande de dentelle noire de ses bas et la peau nue surchauffée par le siège.
Ma retenue se fissure complètement. La voiture ralentit imperceptiblement, sa vitesse tombant sous la limite autorisée sans que je ne m’en rende compte. Mon torse se soulève plus rapidement sous ma veste.
Elle laisse son corps couler doucement en arrière, s’enfoncer dans le cuir chauffant. Ses genoux s’écartent lentement, offrant à l’axe du miroir l’exposition de sa lingerie détrempée.
Un écart volant imperceptible fait dévier la voiture avant que je ne me rattrape d’un coup de poignet nerveux. Sous le tissu tendu de mon pantalon de costume, la masse nette de mon érection s’est dressée malgré moi, venant appuyer avec une rigidité douloureuse contre la colonne de direction. Mon corps trahit brutalement ma morale, sous ses yeux.
— Tout va bien pour la route ? murmure-t-elle d’une voix veloutée.
Je mets trois secondes entières à répondre, le souffle court, cherchant mon souffle au fond d’une gorge asséchée par le désir.
— Très bien, Madame... répondis-je dans un souffle rauque, incapable de détacher mon regard du miroir.
Sa main descend sous le cuir de sa jupe. Ses doigts attrapent le bord de ma culotte, la font glisser le long de ses hanches, de ses cuisses, puis de ses chevilles. Elle se libère de la dentelle moite.
Ses cuisses se rouvrent aussitôt sur le siège chauffant, recevant la chaleur directe du cuir sur sa peau nue. L’empreinte brûlante du siège sur sa chair dénudée lui fait fermer les yeux sous l’intensité de la sensation.
Elle ramasse le morceau de tissu encore tiède, lourd de sa mouille. Elle se penche vers l’avant, glissant son bras entre les deux sièges massifs. Je ne bouge plus un muscle, le regard totalement verrouillé dans le miroir central, suffoqué par la scène.
Sans un mot, elle pose sa culotte détrempée sur la console centrale, juste à côté du levier de vitesse, à quelques millimètres de ma main droite immobile où brille mon alliance.
La berline ralentit enfin et vient se ranger le long du trottoir, devant les éclairages tamisés du Black Lounge. Le moteur tourne au ralenti. La culotte reste là, sur le plastique noir, exhalant une moiteur qui sature l’air clos.
Ma gorge est complètement nouée. Je baisse les yeux vers ce morceau de dentelle encore chaud, puis je croise à nouveau son regard dans le rétroviseur.
— Madame... votre culotte... parvenais-je à articuler dans un murmure embarrassé, effaré par ce qui vient de se passer.
Elle incline légèrement la tête. Un sourire timide, presque pudique, se dessine sur sa bouche gourmande, réveillant toute la douceur candide de son visage.
— C'est un cadeau... pour vous remercier, me répond-elle tout doucement, avec une pointe de timidité qui tranche de façon irréelle avec son geste.
— Me remercier... de quoi ? demandais-je, complètement déstabilisé, le souffle coupé.
Pour toute réponse, elle porte lentement son index droit devant ses lèvres fermées. Un léger « Chut... » silencieux glisse dans l’habitacle, scellant notre secret.
Puis, alors qu’elle s’apprête à saisir la poignée, je tends le bras. Ma main tremble imperceptiblement lorsque je lui présente une carte de visite cartonnée sortie de ma poche.
— Merci, Madame, murmurai-je d’une voix basse, éraillée, en maintenant une toute dernière fois notre regard croisé dans le rétroviseur. Si vous avez besoin d’un véhicule pour le retour... plus tard... appelez-moi directement.
Elle prend la carte, ses doigts frôlant la peau chaude de la mienne, et glisse le carton dans sa poche avant d’ouvrir la portière et de disparaître dans la nuit vers l’entrée du bar.
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