Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 9 les fièvres de Sophie — Chapitre 9 · Le point de rupture
Auteur
Histoire 9 les fièvres de Sophie
Chapitre 9 · Le point de rupture
Sélim
Les secondes s’égrènent sur l'horloge numérique du tableau de bord. Au-dehors, une pluie fine s’est mise à tomber sur Metz, striant le pare-brise de gouttelettes qui réfractent la lumière rouge et bordeaux du Black Lounge. Le balayage lent des essuie-glaces rythme le silence assourdissant de la rue désertée. La silhouette de la jeune femme s’est dissoute depuis plusieurs minutes derrière la porte massive du bar.
Les secondes s’égrènent sur l'horloge numérique du tableau de bord. Au-dehors, une pluie fine s’est mise à tomber sur Metz, striant le pare-brise de gouttelettes qui réfractent la lumière rouge et bordeaux du Black Lounge. Le balayage lent des essuie-glaces rythme le silence assourdissant de la rue désertée. La silhouette de la jeune femme s’est dissoute depuis plusieurs minutes derrière la porte massive du bar.
Un soulagement immense, presque physique, commence enfin à s’infuser dans mes veines.
Alhamdulillah...
Je murmure cette prière de gratitude à voix basse, la voix rauque, sentant mon rythme cardiaque ralentir progressivement. Je remercie le Ciel qu’elle soit sortie de cette voiture, qu’elle soit partie rejoindre la faune nocturne sans se retourner, et surtout qu’elle ne m’ait pas rappelé. Tout est fini. La parenthèse est refermée. C’était un moment d’égarement, un piège redoutable tendu par la fatigue, la solitude des courses tardives et ce parfum trop entêtant. Mais je m’en sors indemne. Je vais pouvoir couper le contact, passer la première, rentrer chez moi à Borny, retrouver le calme rassurant de Yasmine et reprendre le cours de ma vie d'homme sans histoire.
Je murmure cette prière de gratitude à voix basse, la voix rauque, sentant mon rythme cardiaque ralentir progressivement. Je remercie le Ciel qu’elle soit sortie de cette voiture, qu’elle soit partie rejoindre la faune nocturne sans se retourner, et surtout qu’elle ne m’ait pas rappelé. Tout est fini. La parenthèse est refermée. C’était un moment d’égarement, un piège redoutable tendu par la fatigue, la solitude des courses tardives et ce parfum trop entêtant. Mais je m’en sors indemne. Je vais pouvoir couper le contact, passer la première, rentrer chez moi à Borny, retrouver le calme rassurant de Yasmine et reprendre le cours de ma vie d'homme sans histoire.
Rassuré par cette certitude retrouvée, je baisse enfin les yeux vers la console centrale.
Elle a laissé ce morceau de dentelle noire. En le ramassant du bout des doigts, je sens à quel point l'étoffe est totalement imbibée, lourde et tiède, trempée par la chaleur du siège et les sécrétions intimes accumulées tout au long du trajet. C'est une matière dense, saturée de fluide, qui colle immédiatement à ma peau.
Une panique très pratique, presque absurde, prend soudain le dessus : qu'est-ce que je vais faire de ça ? Je ne peux pas la jeter sur le trottoir comme un goujat, au risque qu'un passant la voie sous le néon du bar. Et il est hors de question que je rentre chez moi avec ce morceau de tissu détrempé. Si Yasmine tombe dessus dans le panier à linge ou au fond d'une poche de veste, c'est la fin de tout. L'odeur musquée et tiède s'accroche furieusement à la pulpe de mes doigts. Dans un réflexe désespéré, je saisis le flacon de gel hydroalcoolique dans le vide-poche et m'en frotte les mains. Mais la friction ne fait qu'amplifier l'empreinte olfactive : l'alcool s'évapore, laissant remonter, plus vive encore, l'acidité chaude de son désir mêlée aux notes boisées de mon propre véhicule.
Je reste un instant interloqué, bloqué par ce dilemme logistique insoluble, le cerveau engourdi par la pression de mon pantalon de costume qui me scie le bas-ventre.
C'est à cet instant précis que le téléphone professionnel, fixé sur son support de console, émet un double vibrement bref.
L'écran s'allume. Une notification WhatsApp. Un numéro inconnu.
Sophie
Au fond de l'alvéole en velours bordeaux du Black Lounge, je me laisse couler sur la banquette. La moquette épaisse étouffe les pas des clients, le cliquetis feutré des verres au comptoir se mélange à la vapeur de la machine à espresso, tandis qu'une basse downtempo très lourde fait vibrer le plateau en bois sombre de ma table.
Au fond de l'alvéole en velours bordeaux du Black Lounge, je me laisse couler sur la banquette. La moquette épaisse étouffe les pas des clients, le cliquetis feutré des verres au comptoir se mélange à la vapeur de la machine à espresso, tandis qu'une basse downtempo très lourde fait vibrer le plateau en bois sombre de ma table.
L'air du bar est tiède, mais le contact du velours ras directement sous mes cuisses nues m'envoie un frisson ininterrompu le long de la colonne vertébrale. Sans la protection de ma culotte abandonnée sur le plastique noir de la berline, le cuir froid de ma jupe s'ajuste à même ma chair. Chaque micro-mouvement, chaque fois que je glisse sur la banquette, ravive la morsure de ma nudité.
S'exhiber ne suffit plus. L'idée de savoir Sélim là-bas, de l'autre côté de la façade en pierre, s'imaginant probablement tiré d'affaire et rassuré de me savoir partie, m'excite jusqu'au vertige. La moiteur coule à nouveau le long de mes chairs denses, brûlante, ininterrompue. Je veux briser son calme. Je veux voir jusqu'où cet homme si rangé, si attaché à ses principes et à son alliance, peut se défaire sous l'impact de mon apparence trompeuse.
Le jeune serveur s'approche dans la pénombre, me déposant un verre avec une politesse déférente :
— Votre gin, mademoiselle.
— Merci beaucoup, répondis-je d'un ton doux, gratifiant le jeune homme d'un sourire d'une candeur absolue, une bouille d'ange sans le moindre artifice.
Dès qu'il s'éloigne, je passe à l'acte. Mes mains glissent sous le cuir de ma jupe. D'un geste fluide, je remonte l'ourlet jusqu'au haut des hanches, dénudant entièrement mon bas-ventre dans l'ombre portée de la niche. L'air tiède du bar vient caresser ma peau à vif.
De la main gauche, je saisis mon téléphone. De la droite, mes doigts viennent s'écarter doucement, guidant l'objectif dans l'obscurité feutrée de mon intimité. J'ajuste l'angle sous la lueur ambrée de la bougie pour capter chaque reflet : la lueur éclaire la chair offerte, luisante, gorgée et transparente de ses propres sécrétions intimes qui perlent sous le halo chaud.
Le déclic est muet. L'image sur l'écran est d'une crudité absolue, pornographique, tranchant radicalement avec l'air sage et réservé que je conserve face au miroir du bar.
Je consulte la carte de visite posée sur le bois : Sélim – Transport Privé. J'ouvre l'application WhatsApp, sélectionne son profil professionnel et joins le cliché en haute définition.
En dessous, je tape simplement de mes doigts agiles :
« Vous êtes toujours dans le coin ? »
Envoyé
Sélim
Dans l'obscurité de l'habitacle, la lueur aveuglante du smartphone illumine subitement mon visage. Pensant à un message automatique de la centrale de réservation ou à une course manquée, j'appuie machinalement sur la notification pour effacer l'alerte.
Dans l'obscurité de l'habitacle, la lueur aveuglante du smartphone illumine subitement mon visage. Pensant à un message automatique de la centrale de réservation ou à une course manquée, j'appuie machinalement sur la notification pour effacer l'alerte.
L'application s'ouvre. L'image s'affiche en grand, nette, brutale.
Le choc est d'une violence inouïe. Je reste totalement foudroyé, le souffle coupé net au fond de la gorge, les yeux élargis par la stupeur. Sur cet écran haute définition où je lis d'ordinaire des adresses de prise en charge et des tarifs kilométriques, s'étale le cliché en gros plan de son intimité mise à nu, luisante, gorgée de ses sécrétions sous la lumière ambrée du lounge, avec le coin de ma propre carte de visite visible en arrière-plan. Et juste en dessous, ces quelques mots : « Vous êtes toujours dans le coin ? »
L'effet est instantané, dévastateur. Tout le calme que je venais de rebâtir à force de prières et de rationalisation s'effondre en une fraction de seconde. Mon sang se remet à battre avec une force monstrueuse dans mes tempes. En bas, la congestion de mon sexe repart immédiatement, si dure, si monolithique sous la toile de mon pantalon de costume que la fermeture éclair semble au bord de céder sous la tension.
L'effet est instantané, dévastateur. Tout le calme que je venais de rebâtir à force de prières et de rationalisation s'effondre en une fraction de seconde. Mon sang se remet à battre avec une force monstrueuse dans mes tempes. En bas, la congestion de mon sexe repart immédiatement, si dure, si monolithique sous la toile de mon pantalon de costume que la fermeture éclair semble au bord de céder sous la tension.
Mes doigts, encore marqués par l'empreinte de son parfum intime malgré l'alcool, se mettent à trembler de façon incontrôlable au-dessus du verre de l'écran. Je contemple le cliché, incapable de fermer l'application, piégé dans l'étau de mon propre désir.
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