Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hôte — Chapitre 5 · Multiverse
Auteur
Hôte
Chapitre 5 · Multiverse
(ce récit est un crossover des récits "l'hôtellerie" et "l'immeuble parisien")
Dans mon métier, on apprend à ne jamais ouvrir une porte sans avoir vérifié trois fois la réservation. Ce matin-là, j'avais vérifié quatre fois. Arrivée à dix heures, départ le surlendemain un couple venu de Marseille, deux clients sérieux, cinq étoiles en perspective.
J'ai glissé la clé dans la serrure du petit appartement sous les toits, celui de l'ours, celui que je gérais depuis quelques jours seulement. J'ai ouvert la porte, avec ce sourire professionnel que je m'applique devant le miroir.
Il y avait quelqu'un dans le lit.
Nu. Entièrement. Un corps rond et velu, étalé en travers des draps, un bras replié sous l'oreiller, une jambe nue qui dépassait. Et ce visage endormi, barbu, que je connaissais déjà beaucoup trop bien.
Mon cœur a manqué un battement. Derrière moi, j'ai entendu mes clients retenir leur souffle.
L'homme a ouvert les yeux d'un coup.
— Qu'est-ce que vous faites là ? a-t-il grogné, la voix râpeuse.
J'ai essayé de répondre, ma gorge s'est nouée, j'ai balbutié que la location commençait aujourd'hui, qu'il était dix heures, et que lui, de son côté, qu'est-ce qu'il faisait là ? Il a répondu que c'était impossible, qu'il partait le lendemain, et il s'est levé d'un bond, nu, sous nos yeux à tous les trois. Il a failli tomber, s'est rattrapé à la commode. J'ai fixé le plafond avec une application admirable. J'ai fixé le plafond pendant qu'il enfilait un pantalon de survêtement de travers et que son ventre, ce ventre que j'avais tenu à pleines mains sous le jet de la douche, se balançait à l'air libre.
Le plus jeune de mes clients, celui à la casquette, a levé les mains avec un sourire apaisant.
— On se calme. Je fais du café, et on regarde ensemble où est l'erreur.
Je l'aurais embrassé. Dans ma tête, j'étais déjà en train de rédiger la lettre d'excuses, de calculer le remboursement, d'imaginer mon avis à une étoile.
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L'ours, car c'est ainsi que je l'appelais intérieurement depuis la douche, a ouvert la fenêtre en grand, rouge jusqu'aux oreilles, avant de s'excuser pour le spectacle. Le plus grand de mes clients, en chemise bleue, a haussé les épaules.
— Pas de souci. Je travaille dans l'hôtellerie. Des types nus et énervés, j'en vois beaucoup.
Un clin d'œil.
J'ai toussé. Je me suis senti rougir à mon tour, sans savoir pourquoi. Peut-être parce que cette remarque, jetée avec tant de légèreté, m'avait traversé comme une main chaude.
Je me suis assis sur le canapé, le téléphone à la main, et l'ours est venu s'asseoir à côté de moi pour comparer nos écrans. Son épaule touchait la mienne. Il sentait le sommeil, le savon de la veille, la chaleur d'un homme qui vient de se lever. J'ai senti mon pouls descendre dans le bas de mon ventre et je me suis concentré sur l'application, sur les lignes, sur les dates, comme un naufragé sur son bout de bois.
Dans mon dos, j'entendais le café couler, le tintement des bols, les rires. Le brun s'est présenté, P., directeur adjoint d'un hôtel à Marseille, et son compagnon, Okan, celui à la casquette qui faisait le café dans la cuisine de l'ours comme s'il y avait toujours vécu. Okan, avec son regard sombre, sa barbe nette, ses mains larges, ses tatouages qui dépassaient de son col. Un type de cité, d'une beauté évidente et tranquille, du genre qui détend une pièce rien qu'en y entrant.
Nous avons fini par trouver : un bug de synchronisation, deux dates différentes selon le téléphone.
— Ce n'est pas ma faute, ai-je lâché avec un soulagement qui m'a fait presque trembler. Ce n'est pas ma faute !
— Personne n'a dit que c'était la vôtre, a répondu l'ours en riant.
J'ai cherché ensuite un relogement. J'ai passé vingt minutes au téléphone, avec des collègues, des hôtels, des plateformes. Tout Paris était complet. Un salon, un congrès, je ne sais quoi, avait vidé les chambres jusqu'à dimanche. Et mon appartement, celui de l'ours, était le dernier de toute la ville.
— Je ne vais quand même pas vous faire dormir sur un matelas gonflable, a dit l'ours.
— Si, si, ont répondu les deux Marseillais en chœur.
Pour me racheter, j'ai promis un dîner. Un vrai traiteur. Je viendrais l'apporter moi-même. J'ai dit ça en regardant l'ours, et je me suis mordu la lèvre en réalisant que ce regard avait duré une seconde de trop.
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À vingt heures, je suis remonté chargé de sacs : un agneau confit, un gratin dauphinois, des légumes rôtis, une tarte aux poires. J'avais pris une douche, rasé ma barbe de trois jours, choisi une chemise propre.
Ils avaient poussé la table basse, jeté des coussins par terre, gonflé le matelas au milieu du salon. Nous nous sommes installés comme une bande de vieux copains, les assiettes sur les genoux, les verres de rouge qui se remplissaient sans qu'on y prenne garde. P. racontait son hôtel, les caprices des clients. Okan parlait de la cité, de son enfance, des gamins qui jouaient au foot en bas des bâtiments, et il regardait P. avec une tendresse qui se voyait dans chaque phrase. L'ours, au milieu, riait, servait, remplissait nos verres.
Je me sentais bien. Je ne me souvenais pas de la dernière fois que j'avais ri comme ça.
Vers minuit, la conversation a glissé. Elle glisse toujours quand le vin coule et que les cœurs s'ouvrent. Des allusions, des anecdotes, des confidences. Okan a raconté un après-midi dans une lingerie. P. a fait semblant d'être scandalisé avant d'avouer sa complicité.
Le silence est tombé. Un de ces silences électriques où chacun sait ce qui vient.
C'est Okan qui s'est levé. Il s'est assis à califourchon sur P. et l'a embrassé, longuement, sous nos yeux. P. a répondu, une main plongée dans sa nuque. Un baiser simple, évident, un geste fait mille fois. Ma bouche était sèche.
Okan a tourné la tête vers nous, les lèvres brillantes.
— On vous a dit que chez nous, on aimait bien partager ?
— Chez moi aussi, a répondu l'ours.
Et P. a tendu la main vers moi.
— Viens.
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Je ne sais pas qui a commencé. Les vêtements sont tombés dans un désordre joyeux. La chemise bleue de P. sur un fauteuil, le survêtement d'Okan roulé en boule, mon polo propre sur le parquet. Les corps sont apparus à la lueur de la lampe : P., élancé, musclé, d'une élégance presque sévère, bronzé. Okan, sec, tendu, la peau mate, des tatouages fins sur les côtes, un sexe épais déjà dressé. L'ours, large, rond, velu, magnifique. Et moi, pâle, les cuisses de cycliste, qui tremblais comme un adolescent.
Okan m'a attiré à lui. Sa bouche a écrasé la mienne, un baiser dur, profond, goût de vin et de sel. Ses mains ont parcouru mon torse, pincé mes tétons, descendu dans mon dos pour agripper mes fesses. J'ai gémi dans sa bouche. J'avais oublié ce que c'était d'être désiré comme ça, avec cette faim franche.
— À genoux, a-t-il soufflé contre mes lèvres, mais avec un sourire. Si tu veux.
J'ai voulu.
Je me suis agenouillé devant P., qui m'attendait, appuyé contre le montant du lit, et j'ai pris dans ma bouche son sexe long, élégant, tendu comme son corps. Il a poussé un soupir grave, a plongé les doigts dans mes cheveux. Je le suçais lentement, avec cette application que je mets à tout, avec une ferveur que je n'avais pas eue depuis longtemps. Mes lèvres glissaient, ma langue tournait, mes joues se creusaient. Au-dessus de moi, il murmurait des mots que je n'entendais qu'à moitié.
— Doucement… doucement. Je veux durer.
À côté de nous, l'ours avait pris Okan dans sa bouche. Je l'ai regardé du coin de l'œil, ce grand corps rond à genoux, ces poils, ce ventre qui se balançait, et cette bouche qui engloutissait avec un plaisir sans honte. Okan gémissait, une main dans sa nuque, les yeux plissés. Le spectacle m'a fait perdre la tête.
Nous nous sommes regardés tous les quatre, essoufflés, brillants de sueur, et chacun a dit simplement ce qu'il voulait.
— Moi, a dit Okan en fixant l'ours, je veux sentir l'ours en moi.
— Moi, ai-je murmuré, rouge, je veux qu'on me prenne.
P. a souri.
— Alors on s'organise.
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Nous avons migré vers le lit. P. s'est allongé sur le dos au milieu. Ses mains se sont posées sur mes hanches, m'ont laissé trouver mon rythme, et un long gémissement m'a échappé quand je me suis assis tout entier sur lui. Il a commencé à bouger sous moi, de longues poussées lentes, profondes, qui me tiraient des plaintes de plus en plus aiguës.
À côté de nous, Okan s'était installé sur les cuisses de l'ours, qu'il avait guidé en lui avec une lenteur experte. Je les voyais du coin de l'œil : Okan rejetant la tête en arrière, ses tatouages dansant sur son torse, ses mains agrippées aux épaules de l'ours, qui tenait ses fesses fermes à pleines paumes. Les mots crus qu'il lui murmurait me traversaient comme des décharges.
— Putain, l'ours… Tu me remplis…
L'air était saturé d'odeurs, de sueur, de sexe, de vin, de peau chaude. Le sommier grinçait, les corps claquaient les uns contre les autres, les « oui » se mêlaient aux halètements. P. m'a attrapé par la nuque, m'a attiré vers lui pour m'embrasser, tout en continuant à me prendre d'un rythme implacable.
— Changeons, a soufflé Okan. Je veux le voir te prendre.
L'ours s'est retiré, m'a regardé avec une tendresse qui m'a fait fondre.
— Tu veux ?
— Oui. Oui, Pierre. S'il te plaît.
Je me suis mis à quatre pattes sur le lit, face à P., qui m'a pris dans sa bouche, tandis que l'ours se plaçait derrière moi. J'ai senti ses mains larges sur mes hanches, son gland contre moi, du gel froid, puis sa chaleur qui entrait, avec cette lenteur infinie que j'avais gardée de la douche, ce soin qu'il avait de demander à chaque centimètre si tout allait bien.
— Oui… oui… oui…
Quand son ventre est venu s'écraser contre mes fesses, j'ai poussé un cri long, délicieux. J'étais plein, comblé, ouvert, écartelé entre deux hommes, sous les yeux d'un troisième qui regardait en se caressant.
— Bouge. Je t'en supplie.
Il a bougé. D'abord lentement, en me sentant m'ouvrir, m'envelopper, puis plus vite, plus fort, en agrippant mes hanches de cycliste, ses poils frottant contre mon dos. Ses coups de reins faisaient trembler tout mon corps, résonnaient jusque dans ma gorge, où P. venait de s'enfoncer plus profondément. Je ne savais plus où commençait mon plaisir, où finissaient les leurs. Nous étions une seule masse haletante, un enchevêtrement de peau, de poils, de sueur.
Okan s'était glissé derrière P. et l'embrassait dans le cou, une main sur son torse, l'autre sur son sexe, qu'il guidait lui-même dans ma bouche. Quelqu'un mordait, quelqu'un griffait, quelqu'un criait un prénom. Les bouches se trouvaient au hasard, sur une épaule, une cuisse, une nuque. La chambre vibrait de bruits de chair, de souffles brisés, de rires étouffés entre deux gémissements.
J'ai joui le premier, d'un cri étranglé, secoué en travers du lit, un jet chaud giclant sur les draps sans même que personne me touche. Les contractions de mon corps ont arraché l'ours à son tour, qui s'est abandonné en moi dans un long râle, le front contre mon dos, ses doigts enfoncés dans mes hanches. Un instant plus tard, Okan a hurlé, a joui sur le torse de P. par jets épais, brûlants. P. l'a regardé faire, haletant, avant de s'arracher de ma bouche et de se répandre à son tour sur mon visage, sur ma poitrine, en un grondement sourd qui a fait trembler la pièce.
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Un silence. Puis un fou rire nerveux, essoufflé, nous a saisis tous les quatre, quand dans le salon le matelas gonflable a poussé un long soupir triste avant de se dégonfler doucement sur le parquet.
Nous avons ri jusqu'aux larmes, entassés dans le lit trop étroit pour quatre, jambes mêlées, bras mêlés, têtes posées au hasard sur des ventres, des cuisses, des épaules. Quelqu'un est allé chercher une serviette, quelqu'un a rapporté de l'eau. Je me suis blotti contre le torse de l'ours, la joue contre ses poils, un bras en travers de son ventre. Okan s'est lové contre P., qui a tiré le drap sur nos corps. Quelqu'un a éteint la lampe.
Et je me suis endormi comme ça, contre lui, entre ces trois hommes, sans plus rien craindre.
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