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Couverture de L'immeuble parisien, par Paula.abdul
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'immeuble parisien — Chapitre 6 · Multiverse

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Paula.abdul
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L'immeuble parisien

Chapitre 6 · Multiverse

(ce récit est un crossover entre "l'hôtellerie" et "l'hôte")
Je dormais comme un homme qui n'a plus de comptes à rendre à personne, nu, étalé en travers de mon lit, le drap emmêlé autour d'une jambe, quand la porte s'est ouverte.
Pas un coup discret, pas un grincement timide. Une porte qui s'ouvre, tout simplement, avec l'assurance de ceux qui se croient chez eux.
J'ai ouvert les yeux d'un coup.
Le concierge Airbnb se tenait dans l'encadrement, un trousseau de clés à la main. Derrière lui, deux hommes que je n'avais jamais vus dont un style de cité, un vrai, avec cette décontraction naturelle des gars qui ont grandi dans la rue. Très mignon, d'ailleurs. Je me le suis dit en dernier, après avoir pris conscience que j'étais nu comme un ver devant trois inconnus.
— Qu'est-ce que vous faites là ? ai-je grogné, la voix râpeuse.
Le concierge Airbnb a battu des paupières, aussi perdu que moi.
— La location commence aujourd'hui, Pierre. Il est dix heures. Mais… vous, qu'est-ce que vous faites là ?
— Je suis chez moi !
— Mes clients arrivent aujourd'hui !
— Impossible ! Je pars demain !
Je me suis levé d'un bond. Mauvaise idée : le drap s'est pris dans mon pied, j'ai rattrapé mon équilibre contre la commode, entièrement nu, ventre, poils et le reste, sous le regard de tout le monde. J'ai attrapé la première chose qui traînait, un pantalon de survêtement gris que j'ai enfilé de travers, torse nu, cheveux en bataille.
Le rebeu répondit :
— Doucement, doucement. On se calme. Si vous voulez, je fais du café, et on regarde ensemble où est l'erreur. D'accord ?
Sa voix était posée, chaude, une voix de grand frère. J'ai soufflé, hoché la tête, et je suis allé ouvrir la fenêtre en grand pour laisser entrer l'air du matin.
— Je suis désolé pour le spectacle, ai-je marmonné en me retournant, rouge jusqu'aux oreilles. Ce n'est pas comme ça que j'accueille d'habitude.
L'autre mec répondit :
— Pas de souci. Je travaille dans l'hôtellerie. Des types nus et énervés, j'en vois beaucoup.
Il m'a fait un clin d'œil.
— Rarement aussi bien conservés.
Le concierge Airbnb a toussé. J'ai rougi davantage.
---
Pendant qu'Okan fouillait dans mes placards à la recherche d'une cafetière, le concierge et moi nous sommes assis côte à côte sur le canapé, penchés sur nos téléphones. Son épaule touchait la mienne. À travers le coton de son polo, j'ai senti la chaleur de sa peau, et un souvenir de douche m'a traversé : sa bouche, l'eau, le carrelage. Je l'ai chassé. Ce n'était pas le moment.
— Voilà ma réservation, a-t-il dit. Arrivée aujourd'hui, départ demain.
— Chez moi, c'est décalé d'un jour. Regardez.
Nous avons comparé, fait défiler, recoupé. L'odeur du café s'est répandue dans l'appartement. Dans mon dos, le brun s'était installé à ma table et bavardait avec Okan, qui versait le café dans mes trois seuls bols.
— Je suis P., a-t-il dit en me tendant la main. Directeur adjoint d'un hôtel à Marseille. Et voici Okan, mon compagnon.
Nous avons ri, et la tension s'est dissoute dans la vapeur. Une demi-heure plus tard, nous étions tous les quatre autour de ma table basse, à nous partager des biscottes, et le concierge a fini par repérer le coupable : un décalage entre deux versions de l'application, qui affichait deux dates différentes selon le téléphone.
— Ce n'est pas ma faute ! a-t-il lâché en se laissant tomber contre le dossier. J'ai failli perdre mes cinq étoiles.
— Votre note est sauve, ai-je dit en riant.
Restait le problème du couple. Il a passé vingt minutes au téléphone avant de lever la tête, dépité : tout Paris était complet, un salon quelconque avait vidé les hôtels jusqu'à dimanche.
— Mon appartement est quasiment le dernier de la ville, ai-je compris.
P. et Okan ont échangé un regard.
— Je ne vais quand même pas vous faire dormir sur un matelas gonflable, ai-je protesté.
— Si, si, ont-ils répondu en chœur. Ça ne nous dérange pas. Pour cette nuit.
Mortifié, il a saisi son téléphone.
— Pour compenser, ce soir, la conciergerie régale. Un traiteur, un vrai. Je viendrai vous l'apporter moi-même.
Il m'a regardé en disant ça, une seconde de trop.
---
Il est revenu à vingt heures, chargé de sacs qui sentaient l'ail et le thym : un agneau confit, un gratin dauphinois, des légumes rôtis, une tarte aux poires. Nous avons poussé la table basse, jeté des coussins par terre, ouvert deux bouteilles de rouge. Okan avait gonflé le matelas au milieu du salon, recouvert d'un grand plaid.
Nous nous sommes installés comme une bande de vieux copains. P. racontait son hôtel, Okan parlait de la cité, des gamins qui jouaient au foot en bas des bâtiments, et il regardait P. avec une tendresse qui se voyait dans chaque phrase. Le concierge riait aux éclats, les joues roses.
Vers minuit, la conversation a glissé, comme elle glisse toujours quand le vin coule. Des allusions, des anecdotes, puis des confidences franches. Okan a raconté une après-midi dans une lingerie, P. a feint le scandale avant d'avouer sa complicité. Il a lâché, en passant, que le plus beau de leur histoire avait commencé avec un mot de sécurité, *Marseille*, et un rouleau de corde.
Le silence est tombé. Un de ces silences électriques où chacun sait ce qui vient.
C'est Okan qui s'est levé. Il s'est assis à califourchon sur les genoux de P. et l'a embrassé, longuement, lentement, sous nos yeux. P. a répondu, une main plongée dans sa nuque. Un baiser simple, évident, un geste fait mille fois, que nous regardions avec une fascination muette.
Okan a tourné la tête vers nous, les lèvres brillantes.
— On vous a dit que chez nous, on aimait bien partager ?
— Chez moi aussi, ai-je répondu.
P. a tendu la main.
— Viens.
---
Les vêtements sont tombés dans un désordre joyeux. Une chemise bleue sur un fauteuil, un survêtement noir roulé en boule, un polo gris sur le parquet. Les corps sont apparus à la lueur de la lampe : P., élancé, musclé, d'une élégance presque sévère, bronzé de ses étés marseillais. Okan, sec, tendu, mat de peau, des tatouages fins sur les côtes, une queue épaisse déjà dressée. Le concierge, plus pâle, les cuisses de cycliste, le torse poilu, tremblant d'impatience. Et moi, large, rond, velu, qui prenais de la place et ne m'en excusais plus.
Okan m'a attiré à lui. Sa bouche a trouvé la mienne, un baiser dur, profond, goût de vin et de sel, pendant que ses mains pétrissaient mon ventre avec une gourmandise franche. Il a plongé son visage dans mes poils, léché mon torse, pris mes tétons entre ses dents, jusqu'à me faire rejeter la tête en arrière. Ses mains descendaient. Il m'a pris dans sa paume, large, ferme, et m'a branlé lentement tout en me mordillant le cou.
À côté de nous, le concierge s'était agenouillé devant P. Il le prenait dans sa bouche avec cette application tendre qui m'avait tant ému dans la douche. Les lèvres tendues autour de lui, les joues creusées, les yeux fermés, il suçait avec une dévotion presque pieuse, et P., la tête renversée, les doigts crispés dans ses cheveux, laissait échapper des soupirs graves, longs, ceux d'un homme habitué à tout contrôler et qui cède.
— Doucement, a-t-il murmuré. Doucement. Je veux durer.
Okan s'est glissé à genoux devant moi. Il m'a regardé, par en dessous, ses yeux noirs brillants, puis il m'a avalé. Une chaleur humide, serrée, une gorge qui savait accueillir. Il me suçait en alternant lenteur et ferveur, une main sur mes couilles qu'il roulait doucement, l'autre agrippée à ma hanche. Je plongeais mes doigts dans ses cheveux, je gémissais, je regardais P. à côté de nous, ce spectacle de chair et de souffle qui me rendait fou.
Nous nous sommes regardés, tous les quatre, essoufflés, brillants de sueur, et chacun a dit simplement ce qu'il voulait. À voix basse, sans honte. Il y a quelque chose de beau dans ces moments où chacun écoute, où chacun répond, où le plaisir de l'un nourrit celui de tous.
— Moi, a dit Okan en me fixant, je veux sentir l'ours. En moi.
— Et moi, a murmuré le concierge, rouge, je veux qu'on me prenne. Là, maintenant.
P. a souri.
— Alors on s'organise.
---
Nous avons migré vers mon lit, plus grand que le matelas. P. s'est allongé sur le dos au milieu, et le concierge, sans attendre, s'est enfilé P., ses cuisses tremblantes. Un long gémissement lui a échappé quand il s'est assis entièrement. P. a saisi ses hanches, l'a laissé trouver son rythme, puis il a commencé à bouger sous lui, de longues poussées profondes qui ont arraché au concierge des plaintes de plus en plus aiguës.
Okan m'a poussé contre la tête de lit et il s'est installé sur mes cuisses. Il a guidé mon sexe contre lui, s'est abaissé avec une lenteur experte, et la chaleur étroite m'a happé tout entier. Un cri m'a échappé. Il a rejeté la tête en arrière. Il s'est mis à monter et descendre sur moi, d'abord doucement, puis plus fort, ses mains plantées sur mes épaules, son regard noir rivé au mien.
— Putain, l'ours… Tu me remplis…
Je saisissais ses fesses fermes, je l'aidais à descendre plus profond, je sentais ma queue disparaître en lui à chaque mouvement. Il me parlait, très bas, des mots crus, tendres, qui me rendaient dingue. Sa propre queue, épaisse et dure, battait contre mon ventre à chaque rebond, laissant sur ma peau des traînées humides.
À côté, les bruits se mêlaient : le grincement du sommier, le claquement des corps, les « oui » étranglés, la respiration lourde de P. L'air était saturé d'odeurs, sueur, sexe, vin, peau chaude, une odeur animale qui nous enveloppait tous.
À un moment, P. a attrapé le concierge par la nuque, l'a attiré vers lui pour l'embrasser, tout en continuant à le prendre d'un rythme régulier, implacable. Okan s'est penché vers moi, a mordu mon lobe d'oreille, a soufflé :
— Je veux que tu viennes dans mon cul. Là. Tout de suite.
Nous avons changé. Je me suis retrouvé derrière le concierge, à genoux, tandis qu'Okan, allongé sous P., se faisait prendre en bouche par lui. Le concierge, les mains agrippées aux draps, le visage rouge, me regardait par-dessus son épaule.
— Prends-moi, Pierre. S'il te plaît.
J'ai posé mon gland contre lui. Je suis entré avec une lenteur infinie, comme dans la douche, en lui demandant à chaque centimètre s'il allait bien. Il répondait oui, oui, oui, de plus en plus fort. Quand mon ventre est venu s'écraser contre ses fesses, il a poussé un cri long, délicieux.
— Bouge. Je t'en supplie.
J'ai bougé. D'abord lentement, en le sentant se détendre, m'envelopper. Puis plus vite, plus fort, en agrippant ses hanches de cycliste, en regardant son dos se creuser, ses épaules pâles trembler. À côté de moi, P. prenait Okan en levrette, face à nous, en l'embrassant dans le cou, en lui murmurant des choses que je n'entendais pas. Okan me fixait, la bouche ouverte, le regard fiévreux, et ce regard-là, avec le concierge qui gémissait sous moi, m'a fait perdre toute retenue.
Nous étions un seul corps. Une seule masse haletante de chair, de poils, de sueur. Les mains passaient d'un torse à l'autre, les bouches se trouvaient au hasard, sur une épaule, une cuisse, une nuque. Quelqu'un a mordu, quelqu'un a griffé, quelqu'un a crié un prénom. La chambre vibrait de bruits de chair, de souffles brisés, de halètements, de rires étouffés entre deux gémissements.
Le concierge a joui le premier, d'un cri étranglé, secoué en travers du lit, son sperme chaud giclant sur les draps. Les contractions de son corps autour de moi m'ont arraché à mon tour, et je me suis abandonné en lui dans un long râle, le front contre son dos, les doigts enfoncés dans ses hanches. Un instant plus tard, Okan a hurlé, a joui sur le torse de P. qui l'avait retourné, par jets épais, brûlants, sans que personne le touche. P. l'a regardé faire, haletant, avant de se retirer et de se répandre à son tour sur son ventre, sur sa poitrine, en un grondement sourd qui a fait trembler la pièce.
---
Un silence. Puis un fou rire nerveux, essoufflé, nous a saisis tous les quatre quand, dans le salon, le matelas gonflable a poussé un long soupir triste avant de se dégonfler doucement sur le parquet.
Nous avons ri jusqu'aux larmes, entassés dans mon lit trop étroit pour quatre, jambes mêlées, bras mêlés, têtes posées au hasard sur des ventres, des cuisses, des épaules. Quelqu'un a nettoyé à la serviette, quelqu'un a rapporté de l'eau.
Et nous nous sommes endormis tous les quatre, enlacés, repus, dans un enchevêtrement tendre.
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