Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’envers du désir — Chapitre 1 · Paul
Auteur
L’envers du désir
Chapitre 1 · Paul
Je m'appelle Paul, j'ai quarante-cinq ans, je suis marié, nous n'avons pas d'enfant et, depuis sept mois, je ne fais plus l'amour à ma femme.
Ce n'est pas que je ne l'aime plus. Bien au contraire. Je crois même que je ne l'ai jamais autant aimée. Mais quelque chose en moi s'est éteint, lentement, sans prévenir, sans raison apparente. Comme une ampoule qui aurait fini par griller après avoir longtemps vacillé.
Candice a trente-sept ans. Elle est métisse, athlétique, sublime, avec cette peau d'ébène dorée que la lumière du matin rend presque insolente. Ses yeux sont verts, pétillants, toujours malicieux, et elle possède ce sourire qui semble annoncer une bêtise avant même qu'elle ait décidé de la faire.
Nous nous aimons depuis quatorze ans.
Nos étreintes ont longtemps été brûlantes, passionnées, synchronisées, presque instinctives. Nous connaissions nos corps par cœur, leurs secrets, leurs faiblesses, leurs moindres réactions. Nous avions développé cette complicité particulière des couples qui n'ont plus besoin de parler pour se comprendre. Un regard, un geste, une main qui s'attarde, et nous savions.
Mais depuis sept mois, plus rien. C'est comme si j'avais rompu avec mon désir. Et, par conséquent, avec le nôtre.
Au début, j'ai cru à une mauvaise passe. La fatigue, le stress, le travail. J'ai consulté, fait des analyses, cherché une explication médicale à cette étrange indifférence de mon corps. Rien. Tout semblait fonctionner parfaitement, du moins sur le papier. Une mécanique en excellent état, mais dont personne ne retrouvait la clé de contact.
Candice, d'abord, a essayé de me rassurer et, à chaque tentative, je la trouvais plus belle encore. Mais rien n'y faisait. Mon sexe restait honteusement en berne.
Je lisais la déception dans ses yeux, malgré ses efforts pour la dissimuler. Et un soir, elle a fini par me demander si je ne la désirais plus. Je n'ai pas su quoi répondre et j'ai failli pleurer moi aussi.
Parce que je la trouvais toujours aussi belle, parce que j'aimais sa peau, son odeur, sa voix, ses fesses rondes et fermes, sa manière de marcher pieds nus dans l'appartement, son corps chaud qui venait se blottir contre moi pendant la nuit.
Mais le désir, lui, ne venait plus.
Nous en avons parlé. Beaucoup. J'ai proposé que nous consultions ensemble, que nous trouvions une solution. Candice m'a simplement assuré que nous avions le temps. Que ce n'était qu'un passage à vide. Qu'elle m'aimait plus que tout et qu'elle m'attendrait.
J'y ai cru.
Car à mesure que les semaines passaient, mon inquiétude m'aspirait comme une spirale vicieuse et ce tourbillon qui me broyait devenait à son tour une souffrance pour elle. À la frustration de ne plus nous retrouver s'ajoutait la tristesse de faire de la peine à l'autre.
Alors nous avons cessé d'en parler.
Nous avons continué de nous aimer, de rire, de sortir, de dormir ensemble. Candice venait toujours se blottir contre moi. Elle m'embrassait avant de partir travailler, glissait sa main dans la mienne au cinéma, posait sa tête sur mon épaule devant la télévision. Nous étions heureux. Mais quelque chose nous manquait et nous faisions tous les deux semblant de ne pas le voir.
Ce vendredi soir, je suis devant mon ordinateur lorsque j'entends sa clé tourner dans la serrure.
Candice rentre de son cours de fitness. Elle y va trois fois par semaine et ajoute à cela une séance de yoga bikram, un enchaînement de postures et d'exercices de respiration dans une pièce chauffée à quarante degrés, avec un taux d'humidité insupportable. Une torture sans instrument, si vous voulez mon avis.
Elle entre toujours de la même façon : son sac de sport glisse de son épaule et tombe dans l'entrée, suivi d'un long soupir, comme si elle laissait dehors les dernières fatigues et tensions de sa journée.
— Mon amour ? T'es là ?
— Dans le salon !
— Dans le salon !
Elle apparaît dans l'encadrement de la porte.
Et, pendant quelques secondes, je la regarde comme un inconnu pourrait le faire.
Candice rentre toujours du sport avec le corps en feu. Ses cheveux noirs, noués à la hâte, laissent échapper quelques mèches humides qui collent à ses tempes et à sa nuque. Elle retire son manteau, découvrant une brassière grise et un legging fuchsia qui épouse ses hanches, ses cuisses puissantes, la courbe de ses fesses.
Sa peau brune luit de la gorge jusqu'au creux des clavicules. Une goutte de sueur descend lentement le long de son cou, hésite un instant à la naissance de sa poitrine, puis disparaît sous le tissu gris de sa brassière.
Elle respire un peu fort. Ses pommettes brillent, ses joues sont rosies et ses yeux verts ont cet éclat particulier que lui laisse l'effort, une sorte d'ivresse heureuse.
Je la trouve incroyablement belle. Je l'ai toujours trouvée belle. C'est bien ce qui me désespère.
— Salut, dit-elle.
— Salut. Bonne séance ?
— Épuisante. Mais très bonne.
— Salut. Bonne séance ?
— Épuisante. Mais très bonne.
Elle étire un bras au-dessus de sa tête, puis l'autre, fait rouler sa nuque et laisse échapper un petit gémissement de soulagement.
Le mouvement découvre quelques centimètres de son ventre. Je connais chaque ligne de ce corps, le dessin de ses muscles, cette petite cicatrice au-dessus de sa hanche gauche, les deux grains de beauté au creux de ses reins.
J'ai passé quatorze ans à le caresser, à l'embrasser, à m'y abandonner.
Aujourd'hui, je le contemple avec une tendresse presque douloureuse.
Candice s'approche et pose une main sur mon épaule.
— Tu travailles encore ?
— Je fais semblant.
— Je fais semblant.
Elle sourit, se penche et m'embrasse.
Ses lèvres sont tièdes, légèrement salées.
Je ferme les yeux. Mon nez frôle sa tempe, la naissance de ses cheveux humides, et je respire.
Elle sent bon. Il n'y a pas d'autre mot. Elle sent la peau chauffée, le sel, une douceur de fruit mûr, un parfum boisé, la terre chaude qui reçoit la pluie.
Une odeur que je reconnaîtrais entre mille.
— Tu sens bon, je murmure.
Elle éclate de rire.
Un petit rire aigu, presque enfantin, qui me bouleverse. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas entendue rire comme ça.
— Tu es fou ! Je suis dégoûtante. Je colle de partout et j'ai les cuisses en feu.
— Tu n'es pas dégoûtante.
— Tu n'es pas dégoûtante.
Elle me sourit, puis sa main s'attarde un instant sur mon épaule.
Ses yeux verts croisent les miens.
Pendant une seconde, je crois y reconnaître une invitation, une attente, quelque chose qui nous appartenait autrefois et qui pourrait encore exister.
Mais je ne bouge pas.
J'ai peur d'enclencher quelque chose que je ne pourrais mener à son terme. Peur de créer de la frustration pour elle, de la colère pour moi. Je reste lâche et choisis la tranquillité.
Ainsi, elle se redresse.
— Bon, je file sous la douche. On mange quoi ?
— Une soupe ?
— Tu es un homme merveilleux.
— Une soupe ?
— Tu es un homme merveilleux.
Elle m'embrasse une dernière fois sur le front avant de disparaître dans l'escalier.
Je l'entends traverser notre chambre, déposer son sac, retirer ses vêtements. Puis la porte de la salle de bains se ferme et l'eau commence à couler.
Je reste devant mon ordinateur.
Il fut un temps où je l'aurais suivie. Je serais monté sans un mot, aurais poussé la porte de la salle de bains et elle m'aurait accueilli avec ce sourire malicieux que je connaissais si bien.
Aujourd'hui, je reste assis, je termine mon verre et j'essaie de ne pas penser à ce qui nous manque.
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