Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte — Chapitre 35 · Les charmes de la Côte
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte
Chapitre 35 · Les charmes de la Côte
Nous approchions enfin de notre destination. Plus qu'une quarantaine de kilomètres. L'auto « s'était bien comportée », pour reprendre les termes de notre chauffeur. Bien entendu, nous avions dû nous arrêter de temps à autres pour la laisser reposer, mais « elle n'avait pas trop chauffé » selon ses dires.
Les paysages étaient tellement différents des nôtres. Quand nous eûmes une première vue sur la mer en descendant vers Fréjus, je vis l'expression émerveillée d'Omphale. Elle n'avait jamais vu la mer. Elle connaissait nos lacs, bien entendu, mais mais ça n'avait rien à voir. Mais c'était pareil pour la baronne, et bien qu'elle n'en dit rien, je le savais. Elle ouvrait des yeux comme des billes et mirait l'azur de l'étendue d'eau, muette d'admiration.
Pour ma part, j'avais eu l'occasion de voir la mer Baltique dans un de mes anciens postes, mais cela commençait à dater. Bien entendu, fidèle à mes habitudes de discrétion je ne fis aucune remarque à ce sujet. De toute façon, j'étais moi aussi émerveillée par cette vision, bien que je n'en montrasse rien : cette mer, ces petites criques, ce bleu limpide reflétant la pureté du ciel et contrastant avec la beauté des rochers déchiquetés, c'était époustouflant.
Près d'Agay (petit village de la côte), Gaston demanda à sa patronne si elle préférait que l'on suive la côte ou qu'on prenne la route par l'Esterel, qui était légèrement plus courte.
- Et pis, y paraît que c'est beau. De toute façon, la mer, vous avez pas fini de la voir après… Enfin, c'est vous qui choisissez, patronne.
- « Madame la baronne » le corrigea-t-elle.
- Oui M'dame. ...la baronne ! rectifia-t-il.
- Nous commençons à être fatiguées de ce voyage… un peu éprouvant. J'ai entendu dire aussi que ce massif valait le détour, et puis comme c'est plus court, allons-y.
- Bien. M'dame la baronne, obéit-il.
Les paysages étaient tellement différents des nôtres. Quand nous eûmes une première vue sur la mer en descendant vers Fréjus, je vis l'expression émerveillée d'Omphale. Elle n'avait jamais vu la mer. Elle connaissait nos lacs, bien entendu, mais mais ça n'avait rien à voir. Mais c'était pareil pour la baronne, et bien qu'elle n'en dit rien, je le savais. Elle ouvrait des yeux comme des billes et mirait l'azur de l'étendue d'eau, muette d'admiration.
Pour ma part, j'avais eu l'occasion de voir la mer Baltique dans un de mes anciens postes, mais cela commençait à dater. Bien entendu, fidèle à mes habitudes de discrétion je ne fis aucune remarque à ce sujet. De toute façon, j'étais moi aussi émerveillée par cette vision, bien que je n'en montrasse rien : cette mer, ces petites criques, ce bleu limpide reflétant la pureté du ciel et contrastant avec la beauté des rochers déchiquetés, c'était époustouflant.
Près d'Agay (petit village de la côte), Gaston demanda à sa patronne si elle préférait que l'on suive la côte ou qu'on prenne la route par l'Esterel, qui était légèrement plus courte.
- Et pis, y paraît que c'est beau. De toute façon, la mer, vous avez pas fini de la voir après… Enfin, c'est vous qui choisissez, patronne.
- « Madame la baronne » le corrigea-t-elle.
- Oui M'dame. ...la baronne ! rectifia-t-il.
- Nous commençons à être fatiguées de ce voyage… un peu éprouvant. J'ai entendu dire aussi que ce massif valait le détour, et puis comme c'est plus court, allons-y.
- Bien. M'dame la baronne, obéit-il.
Effectivement, la petite route déserte était on ne peut plus charmante, baignée de soleil, de parfum des pins, elle serpentait tranquillement. Et malgré le bruit du moteur nous entendions ça et là le chant des criquets. Une bénédiction. Il n'y eut pas de côte trop rude pour notre Hispano-Suiza.
Nous découvrîmes un paysage enchanteur. Soudain, on vit des petites montagnes - enfin des rocs rouges et ocres, merveilleux.
- C'est la Sainte Baume, nous déclara doctement la baronne. Elle avait lu son vieux manuel de géographie avant de partir, et faisait la savante
Nous découvrîmes un paysage enchanteur. Soudain, on vit des petites montagnes - enfin des rocs rouges et ocres, merveilleux.
- C'est la Sainte Baume, nous déclara doctement la baronne. Elle avait lu son vieux manuel de géographie avant de partir, et faisait la savante
L'air tiède nous fouettait le visage. Omphale commençait à avoir les joues rouges.
Quand nous sortîmes de Théoule l'odeur fut différente. Elle me donnait l'impression d'être dans un autre monde. Des parfums de la nature que je n'avais jamais sentis. On m'apprit plus tard que c'était l'eucalyptus qui pousse ici en abondance. Mais aussi celle du mimosa qui commençait à fleurir en cette saison, et du figuier. Et plein d'odeurs d'autres fleurs que je n'avais encore jamais vues ni humées.
Je me retournais souvent vers les deux femmes. Nous avions toutes les mirettes grand ouvertes et regardions de tous côtés. Seul Gaston, appliqué, ne quittait pas des yeux la route, sérieux et tout à sa tâche, avec un air strict, celui de l‘homme pas inquiet mais qui est prêt à s'attendre à tout.
J'étais fière de l'avoir recruté celui-là, renforcée un peu plus dans ma conviction que j'avais un talent sûr pour dénicher le personnel fiable et de talent.
Durant la grande guerre qui venait de s'achever il avait conduit sur le territoire français des camions transportant de multiples denrées, en passant, m'avait-il dit, par de mauvaises routes et « bien plus dangereuses que celles-ci », traversant le Jura, la Bourgogne, jusqu'à la Lorraine, près du front.
La baronne avait souvent sa main sur la cuisse nue d'Omphale et la caressait distraitement. Ou plutôt la lissait (c'est vrai que cette jeune femme avait une peau de satin !)
Plus rarement elle remontait jusqu'à sa fourche, et je voyais – ou plutôt devinais, sa main étant sous la longue robe de la jeune fille – que ses doigts jouaient avec les fines nymphes de sa fente, tandis qu'Omphale soupirait, fermait à demi les yeux.
Mais ma maîtresse accusait une certaine lassitude, un alanguissement dû à ce séjour prolongé dans la chaleur de l'auto : elle bougeait tout doucement sa main, la fouillant à peine ; elle finissait par la ressortir et suçait ses doigts comme si la chatte de son élève était le fruit rafraîchi qui lui manquait pour étancher sa soif, sans cesser d'admirer le paysage.
Nous finîmes par arriver en fin de soirée. Après avoir traversé le village, pétaradant sous les yeux ahuris des rares passants, et grimpé quelque peu sur les hauteurs, nous trouvâmes l'hôtel Villanova. Il ne manquait pas d'allure, tout de rose, à l'italienne, et entouré de verdure, de grands arbres majestueux et plusieurs fois centenaires (cèdres, ifs) ; en effet, s'il se trouvait un peu à l'écart de la ville, un immense parc l'entourait.
L'automobile entra par une cour gravillonnée et du personnel sortit pour nous accueillir et aider le chauffeur à décharger les bagages. Le directeur en personne vint à la rencontre de la baronne et il nous fut offert à tous une citronnade. À l'intérieur, le cadre était ancien mais ne manquait pas de charme, les escaliers étaient larges, luxueusement décorés. Le directeur nous expliqua qu'après des travaux de rafraîchissement récents effectués juste à l'armistice, il avait commencé à louer les chambres et les espaces.
La villa n'avait pas été réquisitionnée durant la guerre parce qu'elle n'était pas assez grande pour servir d'hôpital militaire. Il avait juste logé là quelques officiers au repos (« ou limogés », ajouta-t-il à voix basse) qui étaient restés discrets, comme s'ils avaient gardé jalousement secret ce havre de paix.
Nous allions très vite nous rendre compte que nous étions, durant tout notre séjour, quasiment les seuls clients de l'hôtel. En cette saison (premier printemps après la guerre) il n'y avait pas eu d'autre réservation. Nous sûmes ensuite que la clientèle allait commencer à affluer dès le mois d'avril.
Tant mieux. La baronne en fut ravie, ainsi elle aurait sa tranquillité pour batifoler avec sa jeune égérie.
Enfin, on nous présenta la suite. Nous fûmes soufflés (du moins Omphale : la baronne ne se laissait pas impressionner, comme moi-même, car bien que charmée, j'avais connu de fastueuses demeures de grands ducs) : elle était immense, avec des fenêtres donnant sur deux ailes, une latérale et l'autre sur le parc. Elle était meublée avec chic et dotée d'un piano à queue ce qui enchanta ma patronne : ainsi elle pourrait jouer un peu et faire jouer son élève et continuer à lui dispenser quelques cours (encore une bonne justification à apporter a posteriori à la mère d'Omphale si elle trouvait ensuite à redire sur cette longue escapade dans le Sud.)
Il y avait une chambre immense dotée d'un très grand lit à baldaquin, et une plus modeste destinée à la jeune femme, et un petit salon. Quant à moi m'était réservé un bureau avec un large sofa qui m'était bien suffisant pour dormir. Nous allions occuper tout un étage. Une garantie pour la tranquillité de la baronne et de son élève, qui pourraient sans crainte se livrer à leurs ébats débridés. (Je vis bien les sourires satisfaits de ces deux-là et leurs œillades complices.)
À Gaston avait été réservée une chambre mansardée, à l'étage réservé au personnel.
Nous prîmes possession des lieux (nous devions y séjourner un mois entier... il s'avéra par la suite que nous prolongeâmes cette escapade de quelques semaines supplémentaires.) Omphale me fit installer ses affaires dans la seconde chambre, mais je n'étais pas naïve : je devinais qu'elle passerait plus de nuits dans le lit de la baronne et dans ses bras que dans ce lit pourtant bien large pour une seule personne, pendant que moi je me contenterai de mon lit d'une personne (de la même dimension, néanmoins, que celui de ma chambre chez la baronne), d'autant que la pièce était bien plus spacieuse.
Dès le lendemain matin, alors que nous prenions un copieux petit déjeuner dans le parc - où la température était bien plus douce qu'en Suisse, Omphale réclama à se rendre au bord de la mer, voir la plage, et visiter les boutiques pour se choisir un (et même deux ou trois) costume de bain.
La baronne l'accompagna, elle voulait envoyer une missive à M. Charles, son client, pour l'avertir de notre arrivée.
Quant à moi, je préférai les laisser seules, vaquer à leurs envies et fantaisies de riches, et m'installai dehors dans le parc dans un endroit ombragé pour lire tranquillement mon livre tandis que le service de chambre faisait le ménage de notre suite.
J'avais quasiment l'impression d'être en vacances. Ça allait bien être la première fois de ma vie, quel privilège. Et j'allais me rendre compte combien l'oisiveté était agréable et pas honteuse. Je me disais à cet instant que je me serais bien vue à musarder ainsi tous les jours. J'avais peur d'y prendre goût comme à tous les plaisirs. Quelle chance c'était d'être riche !
Néanmoins je n'avais jamais été habituée à ne rien faire. J'allais avoir bien entendu un peu d'ouvrage (m'occuper des toilettes des deux femmes par exemple, les ranger, les plier, les confier au service d'entretien régulièrement), mais ça n'était rien à côté de mes besognes habituelles : s'occuper du lavage, du séchage et du repassage du linge de ma maîtresse, assurer l'intendance, préparer les repas, laver et ranger la vaisselle. Quel changement !
Mais je ne pouvais m'empêcher de me tenir roide et prête dès l'instant où elles reparaîtraient afin de leur assurer mon service à la moindre de leur demande - et même avant qu'elles n'en formulent : j'avais été ainsi habituée, et c'était mon rôle et mon devoir.
À l'heure où devait être servi le déjeuner elles ne revenaient pas. J'attendis donc le moment ultime où l'on pouvait nous servir et je finis par me résoudre à m'asseoir à une table et mangeai seule. Une fois mon repas terminé je dus me rendre à l'évidence : elles avaient décidé de déjeuner toutes les deux au bord de la mer. Elles en avaient bien le droit, je n'avais rien à dire, c'était leur affaire, elles étaient les maîtresses et moi l'employée.
Je remontai mettre un peu d'ordre dans notre suite, constatai avec stupéfaction que le service de l'hôtel avait déjà fait le ménage, les lits, et tout mis en ordre ; même là je n'avais pas grand-chose à faire, j'étais désœuvrée, mais je ne me laissai pas abattre : je descendis avec mon livre et donnai consigne au réceptionniste de me prévenir dès que l'auto referait son apparition dans la cour. Ainsi je serais là pour les accueillir.
Elles rentrèrent vers six heures, toutes gaies, bras dessus bras dessous.
Omphale avait les yeux qui brillaient et un sourire rayonnant, la baronne son visage plein et rond de satisfaction qu'elle ne cherchait pas à dissimuler.
Quant à Gaston, en bras de chemise, encombré de leurs paquets, il ne semblait pas mécontent de débuter ce séjour : le pauvre bougre c'était la première fois qu'il voyageait. Et puis, à part promener ces dames et transporter leurs affaires, et l'entretien habituel et peu contraignant de l'auto, il ne ployait pas lui non plus sous la charge.
- Nous n'avons même pas eu le temps de profiter de la plage, me jeta Omphale joyeusement. Nous avons juste trempé nos pieds dans l'eau et marché sur le sable, rectifia-t-elle.
Mais demain, dès demain, je me baignerai ! Et vous aussi, baronne !
- Oh moi, je ne sais pas...
- Oh si, bien entendu. Nous vous avons acheté un costume de bain qui vous va comme un gant... Et vu le temps que vous avez mis à les essayer tous avant d'en trouver un vous convenait et vous allait, il va falloir l'étrenner !
- Rooh, moi... comme je suis...vieille et large... étalée sur la plage
- Mais vous n'êtes pas vieille, Madame la baronne ! Et vous êtes très belle ! Je serai fière de vous voir trôner à côté de moi.
- Votre affection vous aveugle, Omphale, vous ne me voyez pas telle que je suis. Quand vous me verrez à côté de toutes ces belles Américaines, jeunes et sveltes, vous changerez d'avis. Et puis cesser de m'appeler «Madame la baronne » ici, n'oubliez pas que vous êtes ma nièce, voyons !
- Et vous que je m'appelle Éloïse, se moqua Omphale.
- Alors commencez par m'appeler « ma tante », vous aussi.
- Il n'empêche : vous êtes une baronne, riche et fière. Et vous en imposerez.
- Ça c'est sûr, je suis imposante, comme on dit...
- S'ils vous adressent un regard de travers vous les toiserez de votre mépris et de votre superbe. Et qu'ils osent, ils auront affaire à moi ! Et vous êtes encore très belle, à votre âge, conclut son élève en la regardant tendrement et laissant s'incliner sa tête sur son bras fort, laissé nu par sa robe aux manches courtes.
Nous dînâmes à mon grand étonnement tous les quatre à la même table. Je pensais en effet que Madame nous ferait dîner, Gaston et moi d'un côté, et elles deux seules à une table. Mais la baronne s'encanaillait. Le mot était un peu fort, mais disons qu'elle devenait plus simple, ne faisait pas de chichis, et j'avais l'impression que nous étions désormais un peu une famille.
Quand nous sortîmes de Théoule l'odeur fut différente. Elle me donnait l'impression d'être dans un autre monde. Des parfums de la nature que je n'avais jamais sentis. On m'apprit plus tard que c'était l'eucalyptus qui pousse ici en abondance. Mais aussi celle du mimosa qui commençait à fleurir en cette saison, et du figuier. Et plein d'odeurs d'autres fleurs que je n'avais encore jamais vues ni humées.
Je me retournais souvent vers les deux femmes. Nous avions toutes les mirettes grand ouvertes et regardions de tous côtés. Seul Gaston, appliqué, ne quittait pas des yeux la route, sérieux et tout à sa tâche, avec un air strict, celui de l‘homme pas inquiet mais qui est prêt à s'attendre à tout.
J'étais fière de l'avoir recruté celui-là, renforcée un peu plus dans ma conviction que j'avais un talent sûr pour dénicher le personnel fiable et de talent.
Durant la grande guerre qui venait de s'achever il avait conduit sur le territoire français des camions transportant de multiples denrées, en passant, m'avait-il dit, par de mauvaises routes et « bien plus dangereuses que celles-ci », traversant le Jura, la Bourgogne, jusqu'à la Lorraine, près du front.
La baronne avait souvent sa main sur la cuisse nue d'Omphale et la caressait distraitement. Ou plutôt la lissait (c'est vrai que cette jeune femme avait une peau de satin !)
Plus rarement elle remontait jusqu'à sa fourche, et je voyais – ou plutôt devinais, sa main étant sous la longue robe de la jeune fille – que ses doigts jouaient avec les fines nymphes de sa fente, tandis qu'Omphale soupirait, fermait à demi les yeux.
Mais ma maîtresse accusait une certaine lassitude, un alanguissement dû à ce séjour prolongé dans la chaleur de l'auto : elle bougeait tout doucement sa main, la fouillant à peine ; elle finissait par la ressortir et suçait ses doigts comme si la chatte de son élève était le fruit rafraîchi qui lui manquait pour étancher sa soif, sans cesser d'admirer le paysage.
Nous finîmes par arriver en fin de soirée. Après avoir traversé le village, pétaradant sous les yeux ahuris des rares passants, et grimpé quelque peu sur les hauteurs, nous trouvâmes l'hôtel Villanova. Il ne manquait pas d'allure, tout de rose, à l'italienne, et entouré de verdure, de grands arbres majestueux et plusieurs fois centenaires (cèdres, ifs) ; en effet, s'il se trouvait un peu à l'écart de la ville, un immense parc l'entourait.
L'automobile entra par une cour gravillonnée et du personnel sortit pour nous accueillir et aider le chauffeur à décharger les bagages. Le directeur en personne vint à la rencontre de la baronne et il nous fut offert à tous une citronnade. À l'intérieur, le cadre était ancien mais ne manquait pas de charme, les escaliers étaient larges, luxueusement décorés. Le directeur nous expliqua qu'après des travaux de rafraîchissement récents effectués juste à l'armistice, il avait commencé à louer les chambres et les espaces.
La villa n'avait pas été réquisitionnée durant la guerre parce qu'elle n'était pas assez grande pour servir d'hôpital militaire. Il avait juste logé là quelques officiers au repos (« ou limogés », ajouta-t-il à voix basse) qui étaient restés discrets, comme s'ils avaient gardé jalousement secret ce havre de paix.
Nous allions très vite nous rendre compte que nous étions, durant tout notre séjour, quasiment les seuls clients de l'hôtel. En cette saison (premier printemps après la guerre) il n'y avait pas eu d'autre réservation. Nous sûmes ensuite que la clientèle allait commencer à affluer dès le mois d'avril.
Tant mieux. La baronne en fut ravie, ainsi elle aurait sa tranquillité pour batifoler avec sa jeune égérie.
Enfin, on nous présenta la suite. Nous fûmes soufflés (du moins Omphale : la baronne ne se laissait pas impressionner, comme moi-même, car bien que charmée, j'avais connu de fastueuses demeures de grands ducs) : elle était immense, avec des fenêtres donnant sur deux ailes, une latérale et l'autre sur le parc. Elle était meublée avec chic et dotée d'un piano à queue ce qui enchanta ma patronne : ainsi elle pourrait jouer un peu et faire jouer son élève et continuer à lui dispenser quelques cours (encore une bonne justification à apporter a posteriori à la mère d'Omphale si elle trouvait ensuite à redire sur cette longue escapade dans le Sud.)
Il y avait une chambre immense dotée d'un très grand lit à baldaquin, et une plus modeste destinée à la jeune femme, et un petit salon. Quant à moi m'était réservé un bureau avec un large sofa qui m'était bien suffisant pour dormir. Nous allions occuper tout un étage. Une garantie pour la tranquillité de la baronne et de son élève, qui pourraient sans crainte se livrer à leurs ébats débridés. (Je vis bien les sourires satisfaits de ces deux-là et leurs œillades complices.)
À Gaston avait été réservée une chambre mansardée, à l'étage réservé au personnel.
Nous prîmes possession des lieux (nous devions y séjourner un mois entier... il s'avéra par la suite que nous prolongeâmes cette escapade de quelques semaines supplémentaires.) Omphale me fit installer ses affaires dans la seconde chambre, mais je n'étais pas naïve : je devinais qu'elle passerait plus de nuits dans le lit de la baronne et dans ses bras que dans ce lit pourtant bien large pour une seule personne, pendant que moi je me contenterai de mon lit d'une personne (de la même dimension, néanmoins, que celui de ma chambre chez la baronne), d'autant que la pièce était bien plus spacieuse.
Dès le lendemain matin, alors que nous prenions un copieux petit déjeuner dans le parc - où la température était bien plus douce qu'en Suisse, Omphale réclama à se rendre au bord de la mer, voir la plage, et visiter les boutiques pour se choisir un (et même deux ou trois) costume de bain.
La baronne l'accompagna, elle voulait envoyer une missive à M. Charles, son client, pour l'avertir de notre arrivée.
Quant à moi, je préférai les laisser seules, vaquer à leurs envies et fantaisies de riches, et m'installai dehors dans le parc dans un endroit ombragé pour lire tranquillement mon livre tandis que le service de chambre faisait le ménage de notre suite.
J'avais quasiment l'impression d'être en vacances. Ça allait bien être la première fois de ma vie, quel privilège. Et j'allais me rendre compte combien l'oisiveté était agréable et pas honteuse. Je me disais à cet instant que je me serais bien vue à musarder ainsi tous les jours. J'avais peur d'y prendre goût comme à tous les plaisirs. Quelle chance c'était d'être riche !
Néanmoins je n'avais jamais été habituée à ne rien faire. J'allais avoir bien entendu un peu d'ouvrage (m'occuper des toilettes des deux femmes par exemple, les ranger, les plier, les confier au service d'entretien régulièrement), mais ça n'était rien à côté de mes besognes habituelles : s'occuper du lavage, du séchage et du repassage du linge de ma maîtresse, assurer l'intendance, préparer les repas, laver et ranger la vaisselle. Quel changement !
Mais je ne pouvais m'empêcher de me tenir roide et prête dès l'instant où elles reparaîtraient afin de leur assurer mon service à la moindre de leur demande - et même avant qu'elles n'en formulent : j'avais été ainsi habituée, et c'était mon rôle et mon devoir.
À l'heure où devait être servi le déjeuner elles ne revenaient pas. J'attendis donc le moment ultime où l'on pouvait nous servir et je finis par me résoudre à m'asseoir à une table et mangeai seule. Une fois mon repas terminé je dus me rendre à l'évidence : elles avaient décidé de déjeuner toutes les deux au bord de la mer. Elles en avaient bien le droit, je n'avais rien à dire, c'était leur affaire, elles étaient les maîtresses et moi l'employée.
Je remontai mettre un peu d'ordre dans notre suite, constatai avec stupéfaction que le service de l'hôtel avait déjà fait le ménage, les lits, et tout mis en ordre ; même là je n'avais pas grand-chose à faire, j'étais désœuvrée, mais je ne me laissai pas abattre : je descendis avec mon livre et donnai consigne au réceptionniste de me prévenir dès que l'auto referait son apparition dans la cour. Ainsi je serais là pour les accueillir.
Elles rentrèrent vers six heures, toutes gaies, bras dessus bras dessous.
Omphale avait les yeux qui brillaient et un sourire rayonnant, la baronne son visage plein et rond de satisfaction qu'elle ne cherchait pas à dissimuler.
Quant à Gaston, en bras de chemise, encombré de leurs paquets, il ne semblait pas mécontent de débuter ce séjour : le pauvre bougre c'était la première fois qu'il voyageait. Et puis, à part promener ces dames et transporter leurs affaires, et l'entretien habituel et peu contraignant de l'auto, il ne ployait pas lui non plus sous la charge.
- Nous n'avons même pas eu le temps de profiter de la plage, me jeta Omphale joyeusement. Nous avons juste trempé nos pieds dans l'eau et marché sur le sable, rectifia-t-elle.
Mais demain, dès demain, je me baignerai ! Et vous aussi, baronne !
- Oh moi, je ne sais pas...
- Oh si, bien entendu. Nous vous avons acheté un costume de bain qui vous va comme un gant... Et vu le temps que vous avez mis à les essayer tous avant d'en trouver un vous convenait et vous allait, il va falloir l'étrenner !
- Rooh, moi... comme je suis...vieille et large... étalée sur la plage
- Mais vous n'êtes pas vieille, Madame la baronne ! Et vous êtes très belle ! Je serai fière de vous voir trôner à côté de moi.
- Votre affection vous aveugle, Omphale, vous ne me voyez pas telle que je suis. Quand vous me verrez à côté de toutes ces belles Américaines, jeunes et sveltes, vous changerez d'avis. Et puis cesser de m'appeler «Madame la baronne » ici, n'oubliez pas que vous êtes ma nièce, voyons !
- Et vous que je m'appelle Éloïse, se moqua Omphale.
- Alors commencez par m'appeler « ma tante », vous aussi.
- Il n'empêche : vous êtes une baronne, riche et fière. Et vous en imposerez.
- Ça c'est sûr, je suis imposante, comme on dit...
- S'ils vous adressent un regard de travers vous les toiserez de votre mépris et de votre superbe. Et qu'ils osent, ils auront affaire à moi ! Et vous êtes encore très belle, à votre âge, conclut son élève en la regardant tendrement et laissant s'incliner sa tête sur son bras fort, laissé nu par sa robe aux manches courtes.
Nous dînâmes à mon grand étonnement tous les quatre à la même table. Je pensais en effet que Madame nous ferait dîner, Gaston et moi d'un côté, et elles deux seules à une table. Mais la baronne s'encanaillait. Le mot était un peu fort, mais disons qu'elle devenait plus simple, ne faisait pas de chichis, et j'avais l'impression que nous étions désormais un peu une famille.
° ° °
Il en fut autrement, bien entendu, quand nous fûmes invités par M. Charles. En effet, il répondit deux jours plus tard au pli de ma patronne et il eut la bonté de la recevoir à dîner, ainsi qu'Omphale (qu'elle présenta bien entendu comme sa nièce.) Gaston était forcément de la partie (puisque c'est lui qui nous emmena avec l'automobile) et la baronne n'aurait pas eu le cœur de me laisser à l'hôtel alors que le chauffeur les accompagnait par la force des choses. Et puis ma maîtresse n'était pas disposée à se passer comme ça de sa gouvernante, même lors d'une soirée.
Je fus invitée à aider au service à table, après avoir soupé rapidement à l'office avec Gaston et le personnel de M. Charles.
Fidèle à mon habitude et aux missions des domestiques des grandes maisons, je restai durant tout le dîner debout et droite derrière ma maîtresse, affichant un air indifférent. Les employés de maison de M. Charles faisaient de même, de l'autre côté de la grande table rectangulaire.
Notre hôte était apparemment célibataire. Du moins il séjournait seul quand il était sur la Riviera - comme on l'appelait ici. Car nous ne sûmes rien de sa vie. Était-il vraiment célibataire ou veuf, ou séparé, la bienséance voulait que ma patronne n'aborde pas ce sujet intime (elle ne le connaissait pas assez pour ça), et lui-même n'en parla point.
Il regardait souvent Omphale avec intérêt et je sentais qu'il brûlait de poser plein de questions sur elle à la baronne. Mais cette dernière répondait de façon lapidaire ou bien détournait la conversation.
- Ah vous savez, dit-il soudain, j'ai appris que malheureusement le carnaval de Nice n'aura pas lieu encore cette année.
- Oh quel dommage ! réagit sincèrement ma maîtresse.
- Oui, j'en suis très contrarié ; je le sais depuis quelques jours seulement. J'espérais qu'après quatre ans d'interruption la ville serait pressée de renouer avec cette belle tradition, mais on m'a dit qu'il était encore trop tôt, qu'il y a encore fort à faire. Beaucoup d'établissements ont été dégradés en servant d'hôpitaux militaires, et les propriétaires ont été fort éprouvés financièrement. Comme Henri Negresco – le propriétaire d'un très prestigieux établissement du bord de mer - qu'on dit dans la difficulté la plus extrême. Et puis, on m'a fait comprendre qu'après l'euphorie de la victoire on commençait seulement à découvrir l'ampleur de nos pertes humaines sur le front. Et ça n'est pas joli joli. Sans compter les gueules cassées, des jeunes gens horriblement mutilés. Il y en a par milliers. On s'apprête en haut lieu – comme vous le savez certainement - à préparer le traité de paix qui devrait avoir lieu à Versailles courant juin.
- C'est loin juin, pourtant intervint Omphale.
- J'espère qu'on va imposer aux Boches une dette de guerre colossale. Avec toutes ces destructions qu'ils nous ont infligées. Je me demande dans quel état nous allons récupérer notre Alsace, dit la baronne sans répondre à sa prétendue nièce.
- Bien, et vous, dit-il changeant de sujet de conversation et en s'adressant à Omphale, c'est la première fois que vous venez sur la côte ?
- Oui, en effet !
- Et cela vous plaît ?
- Oui, c'est magnifique ! s'exclama Omphale avec une joie enfantine.
- Et vous n'êtes pas encore fiancée... ?
- Pas encore, répondit la baronne à sa place, mais elle a de beaux partis qui se pressent à sa porte. Elle devra faire un choix bientôt. En tout cas, quand nous rentrerons, on ne pourra pas les faire attendre bien longtemps.
- Je n'en doute pas. Une si belle jeune fille, elle doit n'avoir que l'embarras du choix...
Omphale rougit fortement. C'était la première fois qu'un homme lui faisait un tel compliment, même si ces propos pouvaient sembler être une façon de flatterie à l'endroit de la baronne.
- Et cette villégiature, c'est un peu pour y réfléchir... et aussi découvrir le monde avant que de vous marier, n'est-ce pas ?
Omphale, un peu gênée, regarda sa « tante » avant de répondre, sur un ton mal assuré :
- Oui, il est vrai.
- Le carnaval était en effet quelque chose à voir. Et à vivre. C'est dommage qu'il n'ait pas repris cette année, dit la baronne. Mais tant pis. Elle découvrira la ville – enfin celles de par ici, ces paysages magnifiques, si différents de ceux de la Suisse...
- Et les gens d'ici également, continua-t-il. Enfin, quand je dis les gens d'ici, je ne parle pas que des pêcheurs et des paysans qui parlent leur patois local. Il commence à y avoir beaucoup d'étrangers fortunés qui achètent des villas et qui y résident plusieurs mois par an, notamment des Américains. Mais des artistes français également, dont certains s'installent à demeure.
- Vraiment ? fit la baronne.
- Tout à fait. Il y a un peintre qui réside à Nice, Henri Matisse.
- J'ai entendu parler de lui, répondit-elle (Je ne savais pas si elle disait la vérité ou non. Ma maîtresse semblait par fierté vouloir montrer qu'elle était cultivée.)
- Eh bien c'est un de mes amis, répondit-il avec fierté. Et je connaissais également le poète Guillaume Apollinaire qui était originaire de Nice d'ailleurs, mais qui est mort malheureusement de la grippe espagnole à Paris à l'automne dernier... deux jours avant l'armistice, le pauvre. Et puis savez-vous que le musicien Igor Stravinski est de passage ici ? Il a fait une tournée chez vous, en Suisse, il y a peu, et se rend bientôt en Italie. Vous devez le connaître, car vous êtes pianiste, n'est-ce pas ?
- Oui je joue et je donne des cours, en effet, fit-elle. Par contre, sa musique, bien que je ne l'ai encore jamais entendue, est, paraît-il... particulière.
- Bien entendu. C'est très moderne. Mais c'est l'avenir ! dit-il avec enthousiasme. Comme le jazz, dont certains musiciens américains sont restés chez nous depuis la fin de la guerre. Et ils commencent à avoir un succès fou dans les établissements de la côte.
- Oui bon, cette musique... Pour moi c'est un peu de la musique de fanfare.
- Ça n'est pas faux, mais c'est très beau.
- Quant à Apollinaire, j'en ai entendu parler...
- Oui, il a écrit des choses étonnantes... comme des pièces de théâtre et créé plusieurs revues littéraires, éphémères, certes... mais c'était quelqu'un de formidable. C'était un homme d'avant-garde. Comme Stravinsky !
- Oh vous savez, moi je suis très classique. Tant dans mes goûts musicaux que dans ma façon de vivre.
- C'est dommage. Si le carnaval avait eu lieu vous en auriez eu plein les yeux. Ce faste, cette fantaisie, c'était toute la vie d'avant-guerre (quelle belle époque, entre nous...) Vous savez, cette période de fête, dans tous les pays, a toujours été un moment où les gens se comportent très librement. Vous auriez vu des choses étonnantes, dit-il avec un air entendu tandis que son œil s'allumait.
- Oh mais je peux aussi être très moderne, vous savez, répondit la baronne, un peu piquée au vif. Je ne suis pas une vieille baronne du siècle dernier qui sent la naphtaline.
- Et vous n'êtes pas vieille, répondit-il, un brin flatteur.
Mais bon, pour tout vous dire, je voulais vous annoncer que ne voulant pas nous laisser abattre, des amis et moi, et rester sur cette déception, j'ai pris une grande décision : puisque le carnaval que nous espérions tant n'aura pas lieu j'ai décidé d'organiser chez moi une grande soirée déguisée. Ce sera une grande fête, un grand bal masqué, privé, dans ma demeure, ici-même. Il y aura plein de monde, mais tous bien cachés sous leur déguisement comme dans les grands carnavals.
Naturellement tous recevront un carton d'invitation que l'on devra remettre à l'entrée au majordome, mais il n'annoncera pas les invités à leur arrivée, ne trahira pas, je devrais dire, leur anonymat. Ce sera follement amusant ! Si cela vous dit...
- Oh formidable ! s'écria Omphale.(Pour un peu elle aurait battu des mains.)
- Ah oui, un bal masqué, vraiment ? Comme dans l'ancien temps ?
- Absolument. Nous n'allons pas nous morfondre, il faut célébrer l'avenir qui va nous apporter de grandes choses, je suis certain ! D'ailleurs Guillaume, lui-même, y croyait en 1914. Bien évidemment il n'avait pas imaginé que cette guerre serait si longue et si terrible... Mais ça y est, elle est terminée, nous allons reconstruire l'Europe !
- Et... Ce sera quand ? demanda la baronne, l'air suspicieux. Car nous allons devoir trouver des costumes...
- Aucun problème : je vous indiquerai les professionnels qui vous les loueront. Je connais tout le monde par ici. Je n'ai pas encore fixé la date, mais j'envisageais cela dans deux à trois semaines, le temps de prévenir tous mes amis et connaissances et de lancer les invitations.
- Et il y a un thème ? demanda soudain Omphale.
- Oui, je pensais au dix-huitième siècle...
- Oh ce serait magnifique ! Les toilettes des dames étaient tellement riches et belles...
- Vous avez entièrement raison. Et les invités qui le souhaiteront pourront incarner un personnage de ce siècle... Ou pas. Libre à eux.
- Moi je vous verrais bien en Madame de Sévigné, ma tante.
- Éloise ! Enfin ! C'était une libertine. Et puis elle a vécu au dix-septième siècle.
- Ah bon, je ne savais pas… répondit Omphale, confuse
- Les lettres grivoises attribuées à Madame de Sévigné sont des faux, se permit d'intervenir M. Charles sur un ton affable. Elles ont été rédigées ces dernières années par des coquins qui cherchaient à émoustiller les gens du peuple.
- Vous voyez ? rétorqua alors la jeune fille. Ou alors je vous verrais bien en Marquise de Pompadour, gloussa-t-elle
- Oh Éloïse, ces intrigantes, courtisanes, maîtresses des rois, et aux multiples amants... non, vraiment… Et vous, ma nièce, pourquoi pas en Cécile de Volange, pendant que vous y êtes ?
- Ne faites pas cas de ces vieilles histoires, baronne, intervint M. Charles, pour couper court à ce semblant de querelle. Vous ne serez pas obligée d'incarner un personnage historique. Et puis ce ne sont que des images. L'essentiel est de nous amuser. Et puis vous serez anonyme. Cela est divertissant vous verrez, et je suis quelqu'un de très ouvert. On peut faire tout ce qu'il nous plaît en toute liberté sans avoir à s'inquiéter de son image, et donc du qu'en dira-t-on. Il n'y aura plus de Madame la baronne Arschficken, plus de M. Charles. Vous serez votre propre personnage ...que l'anonymat révélera peut-être, ajouta-t-il, une lueur énigmatique dans le regard.
- Oui, vous avez sans doute raison, après tout. Ce ne sera qu'une soirée amusante, rien de plus.
- Voilà ! Je serais ravi que vous en soyez.
- Eh bien c'est d'accord, conclut la baronne.
- Chic ! approuva Omphale en battant cette fois réellement des mains.
- Éloïse ! la réprimanda sa soi-disant tante. Pardonnez-là, M. Charles, c'est encore presque une enfant.
- Mais il n'y a pas de mal à exprimer sa joie, je suis enchanté que ma future soirée provoque un tel enthousiasme.
- Il est vrai qu'elle n'est pas encore beaucoup sortie, jusqu'à maintenant. Ses parents l'ont gardée quasiment recluse, ils sont un peu trop stricts, il faut bien avouer...
- Même pas un bal des débutantes ? lui demanda M. Charles en adressant un sourire charmeur à Omphale.
- Non, répondit-elle, un peu gênée, le visage rosi.
- Et bien ce sera mieux qu'un bal des débutantes. Vous verrez, mes invités, hommes et femmes, sont des gens à l'esprit libre, cultivés, intéressants, et ils ne s'encombrent pas des vieilles règles de morale. Ils vous considéreront comme la personne adulte que vous êtes, et pas comme une enfant qu'on enferme loin du monde...
- Au couvent, précisa Omphale.
- Oui, par exemple. Mais ne me dîtes pas que vous y avez été ? lui demanda-t-il, le ton soudain grave.
- Si. Trois ans, répondit Omphale avec candeur.
- Allons Éloïse, intervint la baronne qui semblait avoir peur que son élève en apprenne trop sur elle à leur hôte, n'ennuyez pas M. Charles avec ces souvenirs un peu tristes qu'il faut laisser derrière vous.
- Oh elle ne m'ennuie pas, baronne, mais vous avez raison : autant oublier maintenant cette période peu réjouissante pour elle – je le vois bien – et songer à l'avenir. Et déjà, ce beau séjour sur cette côte magnifique – en attendant ce bal masqué que je vous promets d'être inoubliable et de vous laisser des souvenirs uniques pour le restant de vos vies ! Vous verrez, Mademoiselle Éloïse, vous rencontrez plein de gens intéressants, et ils vont apprendront plein de choses, ajouta-t-il d'un air entendu, tout en restant anonymes !
- Quel optimisme, M. Charles ! Je dois dire que votre gaîté est communicative.
- Cela semble vous étonner... La vie n'est pas toujours très drôle, alors il faut profiter du présent, de chaque instant, d'essayer d'en faire une fête. Et ne pas s'empoisonner avec les vieilles contraintes morales... la religion, le souci de sa réputation ou que sais-je, dit-il en baissant la voix.
Allez, passons donc au fumoir, on va nous y servir le champagne, et je vais vous indiquer les endroits à voir absolument dans la région, où se promener, les villages où on peut rencontrer des artistes, où voir les paysages uniques et époustouflants. Que vous ne passiez pas à côté.
- Mille mercis, M. Charles, dit la baronne. Nous nous connaissions peu mais je dois reconnaître que je suis ravie de vous connaître mieux, et je suis plus que reconnaissante de votre si chaleureux accueil.
- Ça n'est rien, baronne. J'aime aime avoir de la visite et recevoir et c'est un immense plaisir pour moi de rencontrer chez moi d'aussi charmantes personnes.
Ils s'étaient levés pour s'en aller s'installer au salon.
Au fumoir, Omphale et la baronne étaient assises tout au fond d'un moelleux sofa en face de leur hôte, lui-même lascivement installé dans son large fauteuil. M. Charles appréciait le grand confort, plus encore que l'esthétique. Son sourire affable ne dissimulait pas sa jouissance du spectacle qu'il semblait bien apprécier : deux femmes, l'une mûre, l'autre jeune et fraîche – la tante et la nièce - l'une contre l'autre dans leur robe fluide qui mettait bien en valeur leurs formes généreuses, et il pouvait même contempler les genoux ronds et la naissance des cuisses roses d'Omphale qui se souciait peu (au contraire de la baronne qui avait tiré sur le bas de sa toilette en s'asseyant) de cacher ses chairs épanouies et luisantes qui respiraient la jeunesse insouciante aux allures d'innocence.
Il parlait, animant et dirigeant la conversation avec son air jovial, et ne fit rien voir quand Omphale, bougeant de temps à autres nerveusement sur son gros derrière, écarta à un moment les cuisses : avant qu'elle ne les referme elle offrit quelques secondes une vue sur son pubis renflé et sa fente rose. M. Charles, sans se laisser distraire, apprécia évidemment la vue, et se délecta de découvrir que cette jeune fille pulpeuse qui respirait la santé, avait osé, malgré son air candide d'ingénue, venir à ce dîner sans mettre de culotte !
Il se dit qu'il ne fallait pas toujours se fier aux premières apparences. Décidément, quelle époque !
Au fumoir, Omphale et la baronne étaient assises tout au fond d'un moelleux sofa en face de leur hôte, lui-même lascivement installé dans son large fauteuil. M. Charles appréciait le grand confort, plus encore que l'esthétique. Son sourire affable ne dissimulait pas sa jouissance du spectacle qu'il semblait bien apprécier : deux femmes, l'une mûre, l'autre jeune et fraîche – la tante et la nièce - l'une contre l'autre dans leur robe fluide qui mettait bien en valeur leurs formes généreuses, et il pouvait même contempler les genoux ronds et la naissance des cuisses roses d'Omphale qui se souciait peu (au contraire de la baronne qui avait tiré sur le bas de sa toilette en s'asseyant) de cacher ses chairs épanouies et luisantes qui respiraient la jeunesse insouciante aux allures d'innocence.
Il parlait, animant et dirigeant la conversation avec son air jovial, et ne fit rien voir quand Omphale, bougeant de temps à autres nerveusement sur son gros derrière, écarta à un moment les cuisses : avant qu'elle ne les referme elle offrit quelques secondes une vue sur son pubis renflé et sa fente rose. M. Charles, sans se laisser distraire, apprécia évidemment la vue, et se délecta de découvrir que cette jeune fille pulpeuse qui respirait la santé, avait osé, malgré son air candide d'ingénue, venir à ce dîner sans mettre de culotte !
Il se dit qu'il ne fallait pas toujours se fier aux premières apparences. Décidément, quelle époque !
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