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✦ Semyaza Inseme XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Inseme — Chapitre 2 · Plage

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Semyaza
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Inseme

Chapitre 2 · Plage

« Ce monde, on l'avait,
On l'avait parfait.
Il était là. Et nous aussi.
Ce monde, jamais on le regardait,
On faisait que s'asseoir,
Et que de le voir.
On avait le soleil, et on avait le ciel
Et on avait le miel.
On avait les abeilles, le bien et le mal,
Et on avait le Graal. »
(Castelhemis : « Le Dernier Instrument »)
En fin de matinée, nous reprenons la voiture pour aller faire nos courses. Pour faire face à la chaleur du climat, nous nous concentrons sur les produits frais. Fruits et légumes, principalement. Du moins, ceux qui ne nous ont pas déjà été gracieusement fournis par Ghjulia. Papa semble obsédé par une seule idée : avoir de quoi recevoir, au cas où les Antonelli/Ucciani viendraient de nouveau frapper à la porte. Emma, elle, décide d'investir das un chapeau de paille à larges bords du plus bel effet pour se protéger des dangers du soleil.
Après être passés à la caisse où les commerçants nous regardent avec un air un tiers curieux, un tiers méfiant et un tiers aimable, nous rentrons à la maison pour préparer une petite salade tomate mozza' et quelques fruits juteux qui suffiront amplement à caler nos estomacs.
En début d'après-midi, Emma et moi nous enfermons dans la chambre pour nous consacrer à une activité qui requiert toute notre attention, et qui est bien plus innocente que ce que certains pourraient penser de prime abord : les essayages de maillots de bains.
Assise sur le lit, je deviens l'unique témoin du petit défilé de mode qui se joue devant moi. En quelques gestes vifs, et avant que j'aie le temps de le réaliser, mon bel amour se retrouve entièrement nue face à moi, tenant un minuscule bikini dans chaque main.
— Le rouge ou le turquoise, à ton avis ? Me demande-t-elle.
Je sens un frisson d'extase dans l'échine, se répandant dans tout mon être à la vue de son corps entièrement offert à mon regard, et ne puis m'empêcher de rétorquer, mi-farceuse, mi-sérieuse :
— Hum... Sans rien du tout, c'est pas mal, non plus...
— Oui, mais ça, c'est un spectacle réservé uniquement à celle qui le mérite vraiment ! Le reste du monde devra se contenter, au choix, du rouge ou du turquoise, fait-elle en riant, avant de lâcher les deux vêtements qu'elle tient et de se jeter sur moi pour m'embrasser fougueusement.
Il ne me faudrait pas grand chose pour me faire perdre pied, en réceptionnant entre mes bras son petit corps fin et chaud, mais alors que ses lèvres viennent déjà taquiner les zones les plus sensibles de mon cou, et que ses mains se font plus aventureuses, je suis à mon grand regret, obligée de réprimer ses ardeurs, en lui rappelant que mon cher père est de l'autre côté de la porte.
Elle soupire, en surjouant très largement son sentiment de frustration, et tout en s'extirpant à contrecœur de mon étreinte, ajoute avec un petit sourire mutin :
— Bon... Eh bien tant pis pour toi... C'est ton dernier mot ?
— Non. Mon dernier mot, c'est : « turquoise ». T'es craquante, dedans.
Sans un mot, elle attrape le maillot qu'elle avait lâché, l'enfile, et fait quelques tours sur elle-même, sous mon regard plus qu'appréciateur.
Puis, c'est à mon tour de me lancer. J'opte pour un joli maillot blanc tout simple, qui met mes courbes en valeur, sans en faire des tonnes. Après avoir pris quelques poses de top model, je demande à ma chérie :
— Alors ?
— A tomber, fait-elle, rêveuse. Ça devrait pas être légal d'être aussi belle !
— Nous rions. Puis, pressées l'une contre l'autre, nous nous laissons tomber sur le lit, enlacées, et restons là, à nous reposer, en attendant que passent les heures les plus chaudes de la journée.
Il est environ 16h, lorsque nous émergeons et nous décidons enfin à tenter notre première sortie plage.
— P'pa ? On va pas tarder à descendre, je pense. Tu viens avec nous ?
Il sursaute, comme si je l'avais réveillé en pleine sieste, alors qu'apparemment, il était plongé dans un des bouquins du placard, consacré aux plantes locales.
— Hein ? Euh... Non, non, c'est bon... Euh... Allez-y. Je vous rejoindrai plus tard...
— Ah bon ? T'es sûr ? Je demande, perplexe.
— Oui, oui, oui ! Vous occupez pas de moi ! Amusez-vous bien. A tout à l'heure, répond-il un peu insistant.
Nous le laissons à ses rêveries et quittons la propriété. Emma, son nouveau chapeau de paille vissé sur le crâne, porte le grand parasol rouge de Maria-Stella qui a l'air plus grand qu'elle, et moi un gros sac rempli de nos affaires : serviettes, crème solaire, bouteilles d'eau, et autres.
Tout en marchant, je demande à Emma :
— Tu trouves pas Papa un peu bizarre, depuis qu'on est arrivés ? Il a l'air complètement dans la lune.
— Ah ? Réplique-t-elle, peu convaincue. Tu trouves ? J'ai pas vraiment fait attention.
Je la regarde sans rien ajouter de plus. Je m'interroge intérieurement. Comment elle a fait pour ne pas remarquer ? Elle aussi je la trouve un peu étrange, par moments.
Au cours de notre marche, nous découvrons une partie du village. Il y a un petit bar au fond d'une cour ombragée. Plus loin, un restaurant de spécialités locales, L'Alivu, propose une carte des plus alléchantes.
Il ne nous faut pas plus de dix minutes pour atteindre une large plage de sable fin, occupée ça et là par quelques familles dont les bambins batifolent bruyamment dans l'eau en s'éclaboussant copieusement. Nous nous éloignons un peu, afin de trouver un coin un peu isolé. Nous aimons notre tranquillité et n'aimons pas attirer l'attention sur nous. Une fois un peu à l'écart des autres gens, Emma me passe le parasol pour que je le plante profondément dans le sable, un peu incliné, autant pour nous protéger du soleil qui tape que du regard des autres plagistes. Ensuite, nous nous délestons de nos petites robes légères, étalons nos serviettes sous l'ombre, et nous allongeons côte à côte.
— Je sens qu'on va passer un séjour formidable, me fait remarquer ma petite puce.
— J'y compte bien ! Mais avant d'aller plus loin...
Je tends la main vers le sac, fouille dedans, et en ressors le flacon de crème solaire que je brandis triomphalement :
— Allez, hop ! Allongée sur le ventre, et que ça saute !
Une fois qu'elle s'est exécutée, je m'assieds à califourchon sur elle, en prenant garde de ne pas l'écrabouiller sous mon poids. Pas que je sois particulièrement lourde, mais elle, elle est particulièrement frêle. D'un geste agile, je dégrafe le haut de son maillot de bain et sans autre forme de procès, je me lance dans un tartinage consciencieux qui a pour effet de transformer sa peau pâle en une abominable mare graisseuse et odorante qui se couvre d'une immonde teinte violacée.
— Pouêrk ! C'est tout gras et ça pue, ce truc ! C'est dégueulasse !
Elle émet un petit rire amusé, alors je poursuis sur ce ton faussement contrarié :
— J'ai pas envie de sentir ni de goûter cette horreur. Pour la peine, tu seras privée de bisous !
A ma grande surprise, elle se retourne brutalement dans un sursaut, les yeux écarquillés d'horreur.
— Quoi ? Non ! Pourquoi ? Me demande-t-elle paniquée.
— Pourquoi quoi ? demandé-je perplexe, incapable de véritablement comprendre la raison de cette soudaine terreur dans son regard et dans sa voix.
— Pourquoi tu veux me priver de bisous ?
Je hausse un sourcil incrédule. Est-ce qu'elle vient d'interpréter mon propos au premier degré ? Elle me connaît par cœur, normalement. Elle sait bien que je plaisante. Surtout avec le ton que j'ai employé... Non ?
J'essaie de m'en sortir en expliquant plus ou moins la plaisanterie :
— Bin... A cause de la crème... Ça a une drôle d'odeur, et probablement un sale goût, aussi, c'est pour ça... C'est pour ça que je disais ça.
— Mais... Mais, je veux pas, moi ! J'ai pas demandé à avoir ça sur moi ! Je veux pas que tu me prives de... de...
Je suis complètement paumée, d'un coup. Elle a l'air à deux doigts de fondre en larmes, tout ça pour une remarque qui est clairement humoristique... Je prétends pas que ce soit particulièrement drôle, certes, mais on se connaît assez pour savoir qu'on ne se dirait jamais sérieusement des choses pareilles... Du moins, c'est ce que je croyais. Je redeviens sérieuse d'un coup et tente de dédramatiser la situation :
— Hé ! Qu'est-ce qu'il y a ? Tu sais bien que je disais ça pour rire !
— Ah bon ? Me répond-elle, le regard toujours incertain.
— Comment ça « Ah bon » ? Évidemment ! Tu me connais, non ? Et puis, ce serait complètement stupide, comme idée, de te priver de bisous sérieusement, tu crois pas ?
— Ah, ça oui ! Je veux pas, moi ! Acquiesce-t-elle frénétiquement.
— Bon ! Eh bin, ça tombe bien, parce que ça n'arrivera pas ! Allez hop ! On se remet en position.
Je la repousse délicatement en avant pour qu'elle se rallonge sur le ventre, mais cette fois, je m'allonge sur elle pour la couvrir de baisers. J'embrasse son dos, ses épaules, sa nuque. Tout est gras et à une épouvantable odeur de crème, mais je lui en donne sans compter pour la rassurer.
— Madame est-elle satisfaite de ce petit échantillon gratuit de bisouterie?
Je reprends mon ton facétieux habituel, en espérant que ça la fasse sourire. Ça a l'air de fonctionner plutôt pas mal.
Elle semble à nouveau détendue. Elle me répond :
— Moui, c'est parfait.
— Tant mieux ! C'est véritablement agréable que pour une seule d'entre nous, je vous ferais dire ! Madame désirerait-elle un petit massage pour se remettre de ses émotions ?
— Oh ! C'est si gentiment proposé. Ce serait impoli de refuser.
Je m'exécute volontiers. Alors que mes mains lui malaxent le dos et les épaules, je ne puis m'empêcher de retourner dans mon esprit la scène étrange qui vient de se produire. Je n'ai strictement rien compris. Pourquoi cette soudaine surréaction, quelle en était la cause ? Tout ça me perturbe, même si je n'en laisse rien paraître.
Au bout d'un moment, Emma se redresse, rattache son maillot et se met en tête de m'appliquer à son tour de la crème solaire. Tout se passe sans autre incident. Tout est redevenu calme et agréable, et c'est pour le mieux.
Une fois parfaitement prêtes, nous nous décidons enfin à aller nous rafraîchir en trempant nos pieds, puis tout le reste de nos personnes dans l'eau de mer. Elle est pile à la bonne température. Juste assez chaude pour ne pas qu'on ait du mal à y entrer, mais suffisamment fraîche pour nous faire un peu oublier le soleil de plomb. Nous passons un long moment à batifoler dans la flotte, à nager, nous éclabousser, nous chamailler. Nous rions de bon cœur , heureuses et insouciantes. Certains de nos jeux aquatiques ne sont parfois qu'une excuse pour nous rapprocher et nous faire un bref câlin, ou nous prendre la main discrètement. Nous ne voulons pas nous afficher explicitement. La raison principale est toujours la même : nous tenons à notre discrétion, et notre affection mutuelle ne concerne que nous. Pas le reste du monde. Mais en plus, ici, nous ne sommes pas sur notre « territoire ». Nous ne savons pas comment notre relation serait perçue. Et me connaissant, un simple mot inapproprié pourrait suffire à mettre le feux aux poudres, et je ne suis pas certaine qu'une bagarre générale soit la vision que quiconque puisse avoir de vacances de rêve.
Notre baignade dure une bonne heure à l'issue de laquelle Emma me fait remarquer qu'elle commence à avoir froid, et qu'elle aimerait retourner sur sa serviette.
Avant de la suivre, je la contemple un instant : l'eau qui ruisselle le long de son corps fait briller sa peau comme si elle était parée d'un million de perles.
Quelle merveille ! Au bout d'un an et demi, je n'en reviens toujours pas de la chance que j'ai de l'avoir auprès de moi.
Une fois séchées, nous, remettons nos lunettes de soleil, nous rallongeons sur nos serviettes. Ma Puce se pare d'une couche supplémentaire en se couvrant du large chapeau de paille.
Nous demeurons là, à nous livrer à une intense farniente, ne faisant rien d'autre que profiter de l'instant présent et apprécier la beauté des lieux, en parlant peu. Alors que je sens une douce torpeur m'envahir, je lutte pour ne pas m'assoupir, et tournant la tête, je vois ma bien-aimée, sourcils froncés, un stylo dans une main et une feuille de papier posée devant elle. De son autre main, elle tortille consciencieusement sa mèche rebelle, signe chez elle d'une intense réflexion.
— Tu fais quoi, Puce ?
— Hmm ? J'écris... Enfin, j'essaie.
— Et t'écris quoi ? Demandé-je emplie d'une soudaine curiosité.
Elle lève les yeux de sa feuille, et m'offre ce que j'appelle son «sourire spécial » : un joli sourire, avec un petit regard en coin, la tête inclinée, qui me fait toujours craquer.
— J'essaie d'écrire un poème...
Je fais une moue admirative.
— Je peux lire ?
— C'est pas fini, réplique-t-elle d'un ton d'excuse tout en me tendant la feuille.
Je la prends et lis les mots que révèlent son écriture appliquée et arrondie :
« Dans mon ciel où brillent des reflets d'émeraude,
Mon âme est apaisée car tu es près de moi
Pour protéger mon cœur des périls qui rôdent.
Et le monde me semble »
Je tente sans succès de masquer un petit sourire. Je sens que j'ai l'œil qui frise lorsque je me laisse aller à un petit commentaire :
— C'est un peu sec, la fin, non ?
Emma ne peut s'empêcher de pouffer de rire. Singeant un air vexé, elle me rétorque :
— Mais, Euh ! Je t'ai dit que c'était pas fini !
Je lui redonne précautionneusement la feuille de papier
— Et ça s'adresse à qui ? Ne puis-je m'empêcher de demander.
Elle me gratifie à nouveau de son sourire spécial en répondant :
— Je sais pas... A quelqu'un qui compte pour moi, que j'aime fort et qui rend ma vie meilleure. Une idée sur une identité potentielle ?
— Aucune !
Je lui souffle un doux baiser à distance en guise de remerciement.
Machinalement, je jette un œil sur l'écran de mon portable : il est 18h passées. Mon père ne nous a pas rejoint. Je me demande à quoi il a bien pu occuper son après-midi.
— Tu veux qu'on remonte à l'appart', me demande ma compagne.
— Si ça te va, ça me va.
— Okay. Autant ne pas trop en faire dès le premier jour, et puis... Je me demande vraiment pourquoi ton père ne nous a pas fait l'honneur de sa présence.
J'éclate de rire.
— Je pensais exactement la même chose.
Après avoir remballé toutes nos affaires, nous retraversons la plage jusqu'au chemin qui s'en éloigne. Sur le chemin du retour, nous passons devant le petit bar de quartier qui ne paie pas de mine, mais dont la cour ombragée a un petit quelque chose d'attrayant.
— Ça te dit qu'on se boive un truc avant de rentrer ? Me demande Emma.
J'accepte volontiers. Avec cette chaleur, un peu de fraîcheur ne nous fera pas de mal. On pourrait tout aussi bien se boire un verre d'eau fraîche à la maison, mais c'est aussi pour nous un moyen de nous immerger dans l'ambiance locale.
Nous traversons la cour, entrons dans le bar, et arrivées au comptoir, saluons poliment l'homme d'une soixantaine d'années qui semble occupé à faire on ne sait trop quoi, tourné sur le côté.
— Bonjour, monsieur ! Lançons nous en chœur.
Le silence de l'absence de réponse est assourdissant. Le type ne bouge pas, ne nous répond pas, ne nous regarde pas. Je m'apprête à répéter mes salutations, mais à ce moment, il s'éloigne au fond de son bar, soudain appelé par une tâche urgente à accomplir, nous tournant carrément le dos.
Je sens l'agacement monter en moi et le fais remarquer à mi-voix à ma chérie :
— Il se fout de notre gueule, lui, ou quoi ?
— Attends une seconde ! Il va sans doute revenir. T'énerve pas, tente-t-elle de me rassurer, toujours conciliante.
Nous patientons de longues minutes, sans résultat. Il va et vient, mais toujours en nous évitant et nous ignorant.
— D'accord... Là, ça devient gênant, admet Emma. On devrait peut-être partir. Visiblement on arrivera à rien, ici.
— Et pourquoi ? Si il veut jouer au con, on va être deux. Après tout, il nous a pas encore foutues dehors. Je demeure une cliente potentielle, et en plus, je suis pas pressée.
Emma soupire. Je sais qu'elle n'aime pas quand je surenchéris dans la provocation, mais parfois, c'est plus fort que moi. Il a pas de raison de nous snober. On ne lui a rien fait, et à la rigueur, s'il veut pas de nous chez lui, il a qu'à avoir le courage de nous le dire franchement.
D'autres longues minutes passent. Ça commence à devenir franchement ridicule. Il fait comme si nous n'étions pas là, et nous faisons comme si c'était normal. En fait, c'est ultra-malaisant. Et chacun de notre côté, nous sommes trop bornés pour cesser ce petit jeu. Nous sommes clairement dans une impasse. Je trahis ma nervosité en tapotant mes ongles sur le comptoir, commençant à me décourager. Je m'apprête à capituler, lorsque soudain une voix féminine retentit :
— Ayo ! O, Toussaint ! Tu as l'intention de servir tes clients, un jour, ou quoi ?
Nous nous retournons en même temps que lui en direction de la voix pour nous retrouver face à face avec Maria-Stella Ucciani, flanquée d'un jeune garçon brun aux cheveux bouclés d'environ dix-sept ans.,
— O, Sté' et Antò ! Ça va ? s'exclame le tenancier.
Les deux nouveaux arrivants répondent poliment, pendant que nous découvrons pour la première fois le son de la voix de l'homme.
Puis Sté' s'approche de nous pour nous faire la bise et nous présenter son binôme :
— Salut les filles ! Vous allez bien ? Ça fait plaisir de vous revoir. Lui, c'est Anthony, mon petit frère.
Il nous salue à son tour. Sans même que nous en soyons conscients, la conversation démarre. Sté' nous interroge sur comment s'est passée notre première journée pendant qu' Antò, bien qu'apparemment tout à fait aimable, semble faire preuve d'une certaine... hum... Candeur... avec ses questions qui ont toujours l'air un peu à côté de la plaque.
Contre toute attente, le dénommé Toussaint nous interrompt pour poser une question que nous n'attendions plus :
— Alors, qu'est-ce que je vous sers ?
D'un naturel peu rancunier et désireuse d'oublier ce petit conflit aussi vite que possible, je fais comme si rien ne s'était passé et nous commandons une tournée de thé glacé pour tout le monde.
Lorsque le patron nous amène nos boissons, Sté' sort un billet qu'elle lui tend en précisant :
— C'est pour moi.
Mais Toussaint balaie l'offre d'un revers de la main, ajoutant :
— Naaan, c'est bon, laisse !
Moi, je n'y comprends plus rien. D'abord, il refuse de reconnaître notre existence, et l'instant d'après, non seulement il nous offre nos consommations, mais en plus, il s'invite dans la conversation comme si nous étions de vieux amis.
Le jeune Antò nous bombarde de questions toutes plus naïves les unes que les autre concernant la vie sur le continent. Petit à petit, nous commençons à comprendre qu'il a dû passer sa vie ici, sans jamais véritablement traverser la Méditerranée. Notre quotidien semble pour lui un mystère impénétrable bien plus dépaysant qu'il ne l'est en réalité. Un peu finalement comme son quotidien à lui qui nous paraît sans doute plus idyllique qu'il ne doit l'être en réalité. Sté', elle, est plus « en phase » avec le monde extérieur, et pour cause : elle fait ses études à Paris. Elle ne vient plus ici que pour les vacances et pour voir sa famille.
Nous restons une bonne heure à jacasser. Vers 19h, nous nous faisons la remarque qu'il est temps de rentrer. Papa va finir par s'inquiéter. Ou peut-être est-ce moi qui m'inquiète de ne pas l'avoir vu, ni entendu de la journée.
Nous prenons soin de bien remercier Toussaint pour son amabilité. La situation inconfortable du début semble désormais appartenir à une autre réalité.
— Et encore merci pour votre hospitalité, monsieur, conclut Emma.
En retour, elle se fait presque engueuler :
— Ayo, tu veux que je me fâche, tu veux ? Je te donne du « madame, vous », moi ? Eh, non ! Alors, c'est « Toussaint, tu », m'ai capitu ?
— Bon, bon... Très bien, très bien. Vous... T'énerve pas, réplique-t-elle en riant.
— Allez, va ! A prestu ! Conclut Toussaint en nous congédiant d'un geste de la main.
Sté' et Antò nous accompagnent sur le trajet du retour, puisqu'ils résident dans la même propriété que nous.
Au moment de nous séparer, je demande à Sté' :
— Vous passez à la plage, demain ?
— Probablement.
— Si vous voulez, vous pouvez venir avec nous, on vous mangera pas.
— En plus, c'est ton parasol, Sté', précise Emma.
— Au temps, on vient vous voir, annonce Maria-Stella, désinvolte. Par contre, on risque d'être avec deux autres amis...
— Alors, il faudra plus de parasols, mais on veut bien les autoriser à poser le leur à côté du tien, sur la plage de ton village, j'ajoute en souriant.
Nous prenons congé pour retourner à l'appartement. A notre grande surprise, nous y sommes seules. Papa est absent. J'hésite à lui envoyer un message pour lui demander où il est passé, mais choisis de le laisser libre de ses mouvements. C'est quand même pas à la fille de fliquer son père, si ?
Nous profitons de son absence pour nous déshabiller, et nous engouffrer ensemble dans la douche. L'eau douce nous débarrasse de l'irritation du sel marin.
Sous le jet d'eau, j'inspecte précautionneusement les épaules de ma compagne. Pas de rougeur suspecte autre que ses quelques tâches de rousseur naturelles. Rien sur les pommettes, ni sur le bout du nez non plus. Me voilà rassurée. On a évité le coup de soleil. J'ai à peine le temps de savonner le dos et les épaules de ma princesse, que celle-ci se dresse sur la pointe des pieds pour se jeter sur moi, passant ses bras autour de mon cou, sa petite poitrine pressée contre la mienne.
Alors qu'elle écrase sa bouche contre mes lèvres, forçant l'entrée avec sa petite langue douce mais inquisitrice, mon cœur se met à tambouriner. La folle passion que j'éprouve pour mon Adorée remonte au premier plan de mon esprit. Je replie mes bras autour d'elle et répond positivement à ses baisers.
Sa bouche glisse vers mon oreille et tout en mordillant délicatement le lobe de mon oreille, elle murmure fébrilement ces mots si simples et pourtant si puissants :
— Je t'aime !
Cela suffit à faire vaciller ma raison. Les baisers se font plus fougueux. Les mains plus caressantes, partent à la recherche de ces endroits qu'elles connaissent par cœur, mais qu'elles ne se lassent jamais d'explorer. La tête de ma bien-aimée vient s'engouffrer entre mes deux seins qu'elle embrasse délicatement, tour à tour. Puis sans prévenir, elle se laisse glisser à genoux sur le carrelage de la douche, laissant ses lèvres et sa langue descendre le long de mon ventre, pour se concentrer un instant sur mon petit nombril. J'en frissonne de bonheur, sachant que ce n'est qu'un modeste avant-goût de ce qui va suivre.
Ses baisers humides descendent encore un peu plus bas. Je sens son souffle brûlant s'approcher de l'orée de l'endroit le plus secret de ma personne, dont elle seule a la clé. Dans un instant, la force de son amour va se traduire par des sensations physiques folles que je n'aurai de cesse de vouloir lui retourner en guise de remerciements.
Encore un centimètre... Elle s'approche lentement, et...
… La porte de l'appartement s'ouvre avec fracas et une voix masculine retentit :
— Vous êtes rentrées, les filles ?
Nous sursautons en entendant la voix de mon père. J'ai juste le temps de voir les narines d'Emma se dilater et sa bouche se tordre en une moue de déception. L'espace d'une seconde, je crois voir une lueur de colère au fond de ses beaux yeux gris-bleus. Elle laisse échapper un bruyant soupir de contrariété, tout en se remettant debout.
Je réponds à haute et intelligible voix :
— Ouais ! On est à la douche !
L'instant de magie définitivement brisé, je l'embrasse une dernière fois, puis nous reprenons sagement nos ablutions, sans un mot de plus.
Une fois toutes propres et séchées, nous revêtons des habits légers et rejoignons mon père dans le salon.
— On t'a pas vu de la journée, demande Emma. Qu'est-ce que t'as fait de ton après-midi ?
Il répond avec un petit sourire en coin :
— Je file à la douche. On se racontera nos journées juste après, si vous voulez bien.
Il réapparaît un petit quart d'heure plus tard. Nous nous retrouvons autour de la table, sur la terrasse.
— Voilà ! Alors, les filles ? Comment s'est passée cette première journée de plage ?
— A merveille !
Je lui raconte en détail nos aventures, en passant sous silence les menus désagréments qui ont émaillé notre après-midi. Mais ce qui m'intéresse vraiment, c'est de savoir à quoi il a occupé son temps.
— Comment ça se fait qu'on ne t'a pas aperçu du tout ?
Il a un petit rire amusé :
— Ha ! C'est une histoire toute bête : J'étais sur le point de descendre vous rejoindre quand je suis tombé sur Ghjulia. Elle était embêtée parce qu'il y avait un volet qui était en train de se décrocher d'une fenêtre de la maison de Mathéa. En un mot, j'ai passé mon après-midi à faire du bricolage.
— Très dépaysantes, tes vacances ! Renchérit Emma, amusée.
— Pas tant, non. Mais en guise de remerciement, nous sommes tous trois invités à dîner chez Mathéa, demain soir.
Après avoir accueilli cette bonne nouvelle avec enthousiasme, nous dressons la table en vue d'un repas face à la mer, sous le soleil d'été déclinant lentement vers la mer.
Nous aurions pu chercher un million de loisirs potentiels pour occuper notre soirée, mais tous trois sommes trop hypnotisés par la chute du soleil ensanglanté dans la mer ; par le ciel qui se couvre progressivement d'une teinte orange, puis rose, puis bleue sombre, puis noire ; par le croissant de lune qui monte dans le ciel, fendant la mer d'un fin trait d'argent ; et par la symphonie incessante des grillons qui laisse imaginer un maquis transformé en une inarrêtable boite de nuit pour insectes.
Une fois repus de ce spectacle, il nous semble opportun de nous en remettre aux bras de Morphée.
Nous souhaitons une bonne nuit à mon père avant de nous enfermer dans la chambre.
Je me glisse sous les draps, accueille ma bien-aimée dans mes bras, ma poitrine pressée contre son dos. Je lui glisse de doux baisers et de tendres « je t'aime ». Alors, seulement, je laisse ma tête reposer contre la sienne : ma joue douce contre sa joue douce, mon menton posé dans le creux de son épaule, condition sine qua non pour une nuit de sommeil paisible tant pour elle que pour moi.
Je laisse le sommeil me prendre, satisfaite de la journée que nous venons de passer. 
Pourtant, quelque part au fond de moi, une sonnette d'alarme indistincte retentit.
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Monsieur Plume
29 décembre 2025 à 15:00
Je retrouve ce qui m'avait tant plu dans la précédente histoire : un sens des petits détails qui font que le récit sonne juste et vraisemblable.

Et puis ce teasing final, inquiétant à souhait ! Ça va me tenir en haleine jusqu'au prochain chapitre...
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Semyaza
27 décembre 2025 à 19:56
Autant tout m’envoyer d’un coup ? 😇

Eh bin non ! Ce sera comme dans les Chevaliers du Zodiaque*, quand j'étais petit ! Il faudra subir la frustration de l'attente du prochain épisode, quitte à être déçu. !!

(*Pas sûr que ce soit l'exemple qui convient le mieux, mais bon.... : D)
Soyez respectueux
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Semyaza
27 décembre 2025 à 18:13
Ouais, et puis avant, c'était noël, ils étaient tous en famille. et après, c'est nouvel an, ils seront tous trop bourrés :D
Soyez respectueux
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Iznogood
27 décembre 2025 à 18:07
Les hordes... C'est samedi, ils poussent leurs caddies 🛒
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Semyaza
27 décembre 2025 à 18:03
"fragmenter nos petits coeurs d'angoisse", "affreusement émouvante"....
Vas-y doucement sur les hyperboles, quand même !! :D
Je suis pas sûr d'être au niveau.... :D Et si c'est pas le cas, quel camouflet pour mes hordes de fans en délire...... :D : D :D
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Photo de profil de Iznogood
Iznogood
27 décembre 2025 à 16:27
Fin du #1 : "Quelle raison aurai-je de m’inquiéter ?"
Ben et nous alors ? 🤔

Fin du #2 : "Pourtant, quelque part au fond de moi, une sonnette d’alarme indistincte retentit."
🔔 Drelin, drelin ! 😳

Ok, tout s'éclaire : tu vas nous mener par la barbichette jusqu'à fragmenter nos petits cœurs 💔 d'angoisse puis nous sortir une scène affreusement émouvante 🥹

Et on appelle ça des vacances ☀️⛱️👙 ... pfff !
^^'
Soyez respectueux
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