Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte
Chapitre 36 · Au bal masqué
Couverture de Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte, par Docsevere Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte Chapitre 1 · Une nouvelle place en Suisse Chapitre 2 · Les leçons de piano de la baronne Chapitre 3 · Les malheurs des jeunes filles en fleurs Chapitre 4 · Humiliation publique Chapitre 5 · L'inquiétante Madame de Monceaux Chapitre 6 · La punition d'Elsa Chapitre 7 · Examen de vertu Chapitre 8 · Une jeune femme en détresse Chapitre 9 · Actions de grâce Chapitre 10 · Telle fille telle mère Chapitre 11 · L'avilissement d'une aristocrate Chapitre 12 · Quand le chat n'est pas là... Chapitre 13 · Leçon clandestine Chapitre 14 · Les rendez-vous du lac Chapitre 15 · Toute entière à moi Chapitre 16 · Une nouvelle perturbante Chapitre 17 · La rencontre Chapitre 18 · Le défi Chapitre 19 · La mise à l'épreuve Chapitre 20 · Aux bons soins de la gouvernante Chapitre 21 · De nouvelles distractions en perspective Chapitre 22 · Première prise en main Chapitre 23 · Le récit d'Omphale (ou sa vie au couvent) Chapitre 24 · Madame la baronne saisie par la débauche Chapitre 25 · Quand la dépravation des sœurs excite ma patronne Chapitre 26 · Une excellente élève Chapitre 27 · Châtiments et récompenses : un marché Chapitre 28 · Le mystère s'éclaircit Chapitre 29 · Profanation Chapitre 30 · Une soirée à l'opéra Chapitre 31 · La confession d'Isabelle Chapitre 32 · Les plaisirs à l'heure du thé Chapitre 33 · Leçons "particulières" Chapitre 34 · Sur la route des plaisirs Chapitre 35 · Les charmes de la Côte Chapitre 36 · Au bal masqué
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte — Chapitre 36 · Au bal masqué

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Ce chapitre séduit d'abord par son sens du détail historique et vestimentaire : on voit vraiment Alexandrine choisir sa petite veste de cuir chez le costumier, peser chaque pièce avec la rigueur d'une professionnelle. La voix d'Alexandrine — qui observe, commente, juge avec un flegme délicieux — donne à l'ensemble une couleur à part. Sa réplique au jeune homme sur « les bonnes manières » est un vrai régal.

Les aventures d'Alexandrine, gouvernante stricte

Chapitre 36 · Au bal masqué

Note de l'auteur

Dans le chapitre précédent, la baronne de Arschflicken a été invitée à un bal masqué dans l'esprit du carnaval puisque le carnaval de Nice n'a pas encore repris en cette année 1919 où la France en est encore à compter ses morts. Son hôte, M. Charles Hamilton, un homme d'affaires avec qui elle est en relation depuis plusieurs années, l'y a en effet conviée ainsi qu'Omphale (qu'elle fait passer pour sa nièce.)

Contre toute attente, la baronne a accepté.

Sur le retour, j’appris de la baronne que j’avais également été conviée à ce bal masqué, bien que comme ce soir, j’y participerais tout en aidant au service. Ce qui n’empêchait pas un brin de fantaisie dans mon déguisement. Et ma maîtresse était heureuse de me rapporter les propos que M. Charles avait tenus à mon égard :
« Votre gouvernante m’a l’air très stricte, et plutôt du genre sévère. Je connais beaucoup de gens qui seraient ravis de se soumettre à son autorité. Soignez son costume. Trouvez-lui quelque chose de
délicieusement rétro. Une tenue de gouvernante anglaise… ou russe ! Et affublez-la d’une cravache, par exemple. Je sais que ça en fera frissonner plus d’un… et plus d’une ! »
Je n’avais pas trouvé cela drôle sur le moment, craignant une moquerie, mais ma maîtresse prenait ça très au sérieux. Je ne devais pas trop connaître encore les habitudes et goûts de cette société-là. L’avenir me le confirma.
Connaissant bien mon métier, je savais qu’il faudrait composer, quitte à renoncer à vouloir être fidèle à la tradition vestimentaire du dix-huitième siècle : car s’il avait fallu que je ressemble à une gouvernante de cette époque, je me serais retrouvée vêtue d’une robe très longue à fronces (bien qu’élégante), les épaules couvertes d’un foulard, coiffée d’un petit fichu, et chaussée de petits souliers plats. Je ne me voyais pas ainsi attifée, on se serait ri de moi et j’aurais vraiment détonné sur l’assemblée, y compris des domestiques. Heureusement, j’avais bien une idée de tenue qui passerait parfaitement et contenterait - voire enchanterait - tout le monde. Je comptais bien imposer mes choix à ma patronne par des suggestions astucieuses et la convaincre ainsi.
Quand nous nous rendîmes chez le costumier, je trouvai mon bonheur. La baronne fit un peu la grimace quand elle vit la petite veste de cuir que j’avais dénichée. Mais elle dut reconnaître qu’avec la longue jupe sombre, le corsage blanc bien sage et strict, sans être collé monté, les hautes bottines en cuir que j’allais mettre, bien que tout ça fût plutôt dix-neuvième siècle, cela passait. J’y rajoutai un ruban ras-du-cou en velours noir, sans aucun ornement, qui faisait sobre et très Siècle des Lumières, et une mince ceinture de cuir (qui servait aux gouvernantes et intendantes pour y suspendre leurs trousseaux de clefs et quelques outils de couture – mais où je proposai de placer ma cravache de cuir) : et là, me regardant de bas en haut avec un air sérieux, ma maîtresse se retint pour ne pas lâcher un sifflement d’admiration.
— Bien entendu, je garderai mes cheveux attachés très haut sur la tête. À ma manière stricte habituelle, dis-je à ma patronne.
— Fort bien. Vous serez parfaite, conclut-elle.
— Et je porterai le loup, un loup noir. Puisque c’est le code vestimentaire imposé pour la soirée, y compris pour les domestiques. De cuir ou de velours, je ne sais pas…
— Velours. Ça ira avec votre collier, affirma la baronne.
— C’est amusant, s’exclama Omphale en me voyant ainsi vêtue, car on ne saura pas si vous êtes une vraie domestique ou une invitée déguisée.
— Je serai une invitée, puisque c’est le cas, mais une domestique puisque j’aiderai au service. Enfin autant que je le peux.
— Il n’empêche, insista-t-elle, ce pourrait être une invitée qui joue à être une domestique, une gouvernante, n'est-ce pas ?
— Eh bien le mystère demeurera, si c’est le cas, dit la baronne. Mais est-ce si important, après tout ? Et je ne crois pas qu’on vous demandera grand-chose, question service. Peut-être même rien. Vous ferez ce que vous voudrez, vous ne serez pas chez moi, donc je m'en fiche et nous serons toutes anonymes. Cultivez l'ambiguïté si ça vous plaît, ça fera partie du charme de la soirée. Et après tout ce sera une soirée d’amusement pour vous aussi, Alexandrine.
La baronne – le contraire m'aurait étonné – s'était trouvé une très riche tenue, digne d'une marquise ou d'une comtesse : une longue et large robe à fronces dans les tons bleu foncé, un peu brillante, très décolletée qui laissait nus ses bras pleins et ne cachait rien du volume de sa voluptueuse poitrine ; des bas gris perle et des jolis souliers à petits talons qui faisaient à la fois très sage et très coquin (donnant à sa propriétaire l'air de ne pas y toucher... auquel personne n'avait envie de croire.) Elle s'était masquée d'un loup de velours bleu roi, naturellement.
Quant à Omphale, fidèle à sa gaîté et à son âge, elle avait choisi une robe dans le style de l'époque, mais très claire, dans les tons turquoise, brodée de dorures, largement décolletée également - comme dans ces années-là où à la cour il fallait attirer l’œil des hommes, qui laissait ses bras et ses épaules nues dont la rondeur ne pouvait que donner l'envie d'y croquer. Elle portait des bas blancs (qui, vu son âge, faisaient très virginaux) et des souliers dorés. Son loup avait été trouvé assorti à sa robe.
Ces choix furent naturellement le fruit d'une longue recherche chez la costumière, avec moult séances d'essayage, de réflexions, d'ajustages, et d'hésitations, et je dus attendre de longues heures assise chez la loueuse, afin que ces dames se décident, tandis que j'avais déniché moi la tenue qui me convenait en un tournemain.
Toutes les deux costumées, elles n'arrêtaient pas de s'admirer dans les grands miroirs en pied, se tournant, se retournant, souriant, faisant des mines, prenant des airs coquins, mimant des révérences, pour finalement conclure avec satisfaction : on était magnifique !
° ° °
Le carton d’invitation officiel était arrivé une semaine avant la date du bal. C’était un carton pour nous trois (que nous devions présenter à l’entrée de la maison de M. Charles) et qui était ainsi libellé :
« À l’occasion du retour de la paix et afin de célébrer le renouveau des joies mondaines, M. E. Charles a l’honneur de convier dans sa demeure, Villa La Castellane, Juan-les-Pins :
- Madame La baronne d’Arschficken
- Mademoiselle Eloïse Habelar, sa nièce
- Madame Alexandrine Alexevitch
À UN GRAND BAL COSTUMÉ ET MASQUÉ sur le thème du Siècle des Lumières, qui se tiendra le 28 mars 1919 à partir de 8 heures et demi P.M.
Réponse souhaitée avant le 18 mars. »
Naturellement, si la baronne avait donné son vrai nom (M. Charles étant en affaire avec elle, il n’était pas un secret pour lui. De même qu’elle savait que M. Charles se faisait appeler Charles Hamilton, alors que son vrai patronyme était Charles, seul son prénom n’était connu que de certains de ses amis proches), elle nous avait affublé de noms d’emprunt, ce qui ne le trompait probablement pas, mais il semblait évident qu’il s’en moquait. Et puis il était très respectueux des femmes et tout à fait en accord avec le principe de respecter leur vie privée.
Le grand soir arriva. Omphale était tout excitée – il est vrai que c’était son premier bal, ses parents ne l’avaient pas encore introduite dans le monde et elle avait bien entendu acquiescé à la demande de la baronne de ne jamais leur en parler. Cela devait rester un secret entre elles deux (partagé par moi-même bien entendu, mais ma discrétion allait de soi, étant inhérente à ma fonction.)
Ma maîtresse, quant à elle, affichait son calme habituel, mais je la connaissais, et je devinais en observant ses gestes, ses mimiques, qu’une certaine nervosité devait l’habiter à l’intérieur, et qu’elle faisait de grands efforts pour la dissimuler.
Je ne sus jamais si elle avait déjà assisté à une telle soirée, voire un simple bal il y a bien des années de cela, et si cette invitation lui rappelait des émois de sa jeunesse, ou si c’était une première pour elle. Selon moi, étant données la discrétion de feu son mari et la simplicité et l’austérité de sa vie durant son vivant, du moins telles qu’elle me les avait évoquées, j’avais la conviction qu’elle n’était jamais sortie pour une soirée de ce type, ou alors une fois ou deux ; mais je pouvais me tromper.
Nous montâmes dans l’auto déjà toutes les trois costumées et Gaston qui allait nous conduire jusqu’à la villa de M. Charles en resta comme baba en nous voyant ainsi vêtues, toutes froufroutantes, nos robes brillantes, nos perruques impeccables (gris pâle pour la baronne, blonde pour Omphale.) Seule moi n’en portais pas : j’avais résisté à la pression de me conformer à ce diktat car je tenais à garder ma coiffure naturelle – mes cheveux noirs attachés très hauts qui me donnaient cet air strict. Après tout, j’étais et demeurerais une domestique, mais avant tout une gouvernante !
Pourtant cet homme un peu rustre n’avait pas l’habitude de manifester ses émotions (que ce fût la surprise ou l’admiration) et son expression quitta son visage au bout d’à peine une seconde mais elle fit sourire de plaisir la baronne et sa prétendue nièce ; non point qu’elles se moquassent, mais elles étaient ravies et devaient se dire qu’elles provoquaient leur petit effet, et qu’il en serait probablement de même chez ces messieurs-dames, invités de notre hôte, qu’elles allaient très bientôt découvrir, même s’ils ne le montraient pas de cette façon. Elles auraient sans doute droit à des compliments et des flatteries. Enfin, elles l’espéraient car elles ne connaissaient pas encore ces gens.
Quand l’Hispano-Suiza franchit le portail d’entrée de la villa, nous mîmes nos masques, car il s’agissait dès lors de rester anonymes, c’était le jeu.
Omphale demanda :
— Vous avez bien le carton d’invitation… ?!
— Mais oui, grosse bête, répondit sa « tante » avec un petit sourire qui ne masquait pas totalement sa légère appréhension.
Nous descendîmes toutes trois et nous dirigeâmes vers le grand escalier en pierre (qui avait été garni d’un tapis rouge pour la circonstance) qui donnait accès à la vaste demeure tandis que Gaston parquait l’Hispano-Suiza dans un coin de la cour.
Naturellement notre chauffeur devrait attendre durant toute la soirée dans l’automobile. Mais il connaissait maintenant les lieux et il est certain qu’il allait à un moment donné se rendre à l’office dans le quartier des domestiques et se faire offrir un rafraîchissement, durant leur pause.
Bien que nous n’arrivions une bonne heure après l’heure indiquée (par une habitude de politesse convenue dans ce grand monde, et sans doute aussi pour nous faire mieux remarquer – je soupçonnais en effet ma maîtresse d’avoir ce genre d’arrière-pensées) beaucoup d’invités semblaient déjà présents car nous entendions déjà au dehors de la musique, des rires, et des conversations un peu bruyantes.
Deux domestiques en livrée, masqués, poudrés et perruqués, nous saluèrent et prirent le carton d’invitation pour vérifier que nous étions bien sur la liste.
— La fête ne se déroulera pas à l’extérieur ? demanda Omphale avec un ton plein d’assurance.
— Non Madame, rétorqua le domestique. Le temps est hélas orageux et M. Charles n’a voulu prendre aucun risque.
— Ç’aurait été pourtant amusant de devoir rentrer en courant sous la pluie, dit la baronne sur un ton léger.
— Sans doute en effet, répondit l’homme avec un grand sérieux, mais avec tous ces grands arbres majestueux dans le parc il y aurait risque de prendre la foudre.
— Vous voyez, ma nièce, vous risqueriez de provoquer un coup de foudre.
Omphale ricana bêtement, et nous montâmes les marches, pénétrâmes dans la demeure où le faste, les dorures, la musique, nous aveuglèrent immédiatement. Bien que n’étant pas novice, je dois avouer que j’étais un peu impressionnée par tant de luxe.
Là nous découvrîmes une assemblée animée et déjà consistante d’invités, des hommes et des femmes de tous âges, en grande conversation. Tous étaient costumés avec goût et selon le thème demandé, leurs habits étaient somptueux et colorés. Dans le fond de cette vénérable salle un quintet à corde (de musiciens costumés et masqués eux aussi) jouait une musique de chambre enjouée et agréable. Plus loin un magnifique piano à queue en bois de rose trônait avec majesté et embellissait la pièce.
Nous n’avions pas eu l’occasion de voir cette grande salle lors de notre première visite chez notre hôte, car nous étions rentrés par une autre porte, latérale. Sa demeure était vraiment immense, bien plus que nous l’avions cru.
Un autre domestique en livrée nous présenta un plateau et nous prîmes toutes les trois une coupe de champagne. L’organisation de cette fête semblait parfaite, jusque dans le moindre détail. Des buffets étaient dressés sur des tables recouvertes de nappes blanches.
Madame me dit que je pouvais boire ma coupe tranquillement puis qu’il siérait que je proposasse ensuite mon aide aux gens de maison présents, en me présentant comme étant la gouvernante d’invitées, bien qu’invitée elle-même. Cependant il ne semblait pas manquer de personnel, les domestiques étaient en nombre et ils devaient très probablement être encadrés.
Plusieurs hommes entrèrent en conversation avec la baronne. Le premier, un homme arborant la cinquantaine, l’avait abordée sur le ton de plaisanterie :
— Madame de Montespan, je présume ?
La baronne, loin d’en être courroucée, répliqua immédiatement :
— Vous vous trompez de siècle, cher Monsieur. Et je ne fréquente aucun roi. D’ailleurs je ne lui aurais pas laissé me faire sept enfants…
— J’imagine.
— Et vous, vous êtes Casanova ?
— Tout juste, Madame. Pour vous servir.
Et il s’inclina pour lui faire le baise-main, tel un grand seigneur. La plaisanterie lui plut. Je ne lui avais jamais connu d’occasions de parler avec des hommes, et encore moins des hommes distingués. La compagnie des hommes devait lui manquer, finalement. Ce dont je m’aperçus. Pourquoi s’était-elle enfermée si longtemps chez elle, je l’ignorais.
Quant à Omphale, à part les premières minutes de la soirée où elle sembla un peu perdue et désemparée, elle ne le resta pas bien longtemps. Tout sourire, toute jolie, il fallut très peu de temps pour que des hommes trinquent avec elle et se mettent à bavarder et à plaisanter. Ils semblaient pleins d’humour, et comme il n’était pas difficile de la séduire avec quelques bons mots, j’entendis son rire retentir à dix pas. Fidèle à sa nature, elle laissait libre cours à ses émotions, comme une enfant débridée. Était-ce son jeune âge ? Elle fut vite entourée d’une véritable cour d’hommes distingués mais entreprenants. Étaient-ils sensibles à ses charmes ? Car il est vrai que son décolleté montrait largement sa poitrine voluptueuse si blanche, et ses bras nus charnus d’un albâtre parfait étaient à l’évidence faits pour l’amour - du moins, cela sautait aux yeux de toutes les personnes présentes à trois mètres à la ronde. Ou bien était-ce la candeur de ses paroles, son rire cristallin et juvénile ? Elle semblait être un aimant comme le miel sur les abeilles. Enfin, je devrais dire les bourdons.
D’autant que ça n’étaient que des hommes bien élevés et tous dans leur maturité. Je constatai en effet très vite, qu’hormis les domestiques, la gent masculine composant les amis de M. Charles avaient tous au minimum dans la quarantaine. Les jeunes gens avaient-ils été décimés au front ? C’était triste de le penser mais je préférai conclure que M. Charles lui-même étant dans la cinquantaine il était plutôt entouré de connaissances de son âge : des hommes d’affaires qui avaient réussi, des artistes, des hommes de lettres.
L’ambiance devint vite pleine de gaîté, et il ne manquait pas de personnages pittoresques dans cette soirée. Certains faisaient des pitreries, d’autres imitant des pas de danse. Un homme tentait d’entraîner Omphale à faire quelques pas d’un menuet improvisé. Elle était rentrée de bonne grâce dans son jeu et le suivait tant bien que mal en se retenant de rire.
L’excitation des gens monta encore d’un cran quand les domestiques construisirent à la perfection une fontaine de champagne. Toutes ces coupes empilées dans une pyramide à l’équilibre précaire eurent son franc succès car elles restèrent en place tandis qu’on versa le roi des vins. Il est vrai qu’avec l’éclairage les bulles brillaient comme une source de diamant. On acclama l’habileté et le savoir-faire des valets, on rit, on applaudit.
Je remarquai alors un homme au fort accent américain, très élégant, au sourire communicatif qui traînait avec lui son épouse, une petite brune qui semblait fragile et discrète. Un couple à peine dans la trentaine. En tout cas, ils ne devaient être plus vieux qu’Omphale mais sa prestance donnait au jeune mari l’allure d’un homme affirmé et en tout cas habitué des soirées mondaines.
Il fit une remarque à moitié en français, à moitié en anglais, qui voulait exprimer combien il aimait la France et la côte d’Azur, et il eut des mots élogieux pour « The great M. Charles ! » et ses fêtes « incredible ».
Je ne le vis cependant pas longtemps. Plus tard dans la soirée, alors qu’elle avait pris un autre tournant, il s’était affalé dans un coin, totalement saoul (il avait bu beaucoup de champagne, avant et après un nombre incroyable de bourbons et de gins.) Avant la fin de la nuit, il était parti, soutenu par son épouse, une certaine Zelda - je l’avais entendu prononcer son prénom - car il tenait à peine debout.
J’avais bien vu ma maîtresse reluquer le magnifique piano, le caresser, comme hypnotisée. Mais il avait fallu qu’on l’interpelle, lui pose des questions sur la raison de sa fascination pour cet instrument, pour qu’elle avoue qu'elle était pianiste et qu'elle finisse par s’enhardir et ouvrir le clavier.
Puis elle s'était mise à jouer. D’abord timidement. De la musique qui lui était familière, du Chopin, du Schubert. C’est vrai qu’elle jouait admirablement. Mais ça n’était pas trop dans les goûts de l’époque. On lui demanda du Debussy, du Tatie. Elle acquiesça mais il lui fallut des partitions.
Elle réclama sa nièce, et Omphale vint lui tourner les pages.
La complicité que celle de ces deux-là. Un groupe d’hommes et de femmes s’était approché et entourait l’instrument. Un violoniste de la formation improvisa même un accompagnement, et ce fut réussi. La baronne recueillit un franc succès. On finit même par l’applaudir. Troublée, rougissant, elle referma le clavier, gênée.
— Le récital est terminé ! déclara-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
Les hommes l’applaudirent encore, les femmes lui firent une petite révérence comique. Elle fit de même.
L’orchestre reprit, cette fois des musiques plus enjouées, plus martiales. On fit une ronde. Les esprits s’échauffaient, on sentait que l’alcool bu en quantité montait à la tête de tous les invités.
Les dames faisaient remonter leur robe plus haut que l’on ne l’aurait fait au XVIIIème siècle, on put voir des jarretelles apparaître en haut des cuisses nues.
Et soudain apparut une femme à la perruque blonde, vêtue d’un long peignoir de soie bleue brillante qui lui tombait aux chevilles, et elle s’exclama :
— Je suis Lady Godiva !
Et immédiatement elle ouvrit son peignoir qu’elle rejeta par-dessus des épaules et l’envoya promener derrière elle : hormis des escarpins de velours vert elle était totalement nue !
Loin d’être choquée, l’assistance battit des mains. Quelqu’un demanda d’une voix forte :
— Mais où est votre monture ?!
— Oui, où est ma monture ?! rebondit-elle.
Aussitôt un invité un peu corpulent se jeta au sol devant elle et se mit à quatre pattes, et lui présenta sa croupe. Sans hésiter elle l’enfourcha. Elle me regarda et tendit sa main vers moi. Je compris : je lui donnai ma cravache.
— Mais redonnez-la moi après, dis-je, j’en ai besoin.
Des rires fusèrent. Elle me sourit d’un air entendu et cravacha sa monture.
— Hue, en avant ! Sus à l’ennemi !
L’homme avança tant bien que mal, sans protester quand sa cavalière dans le plus simple appareil (et avec un corps de rêve) le cravacha dans l'euphorie générale. Les invités lui firent une haie d'honneur et elle, les saluait en avançant, d'un geste royal et comique. Ils déambulèrent ainsi lentement en traversant la grande salle mais sa monture fatigua qu'elle finit par s'écrouler, vultueux et en sueur.
À ce moment-là, à demi-accroupie au sol, elle découvrit qu'un homme lui faisait face : grand, imposant, en habit gris, il affichait un air sévère et autoritaire ; ceci et son âge respectable faisaient qu'on aurait cru voir le Commandeur des croyants de Don Giovanni. À ce moment-là, comme par hasard, le quintet à cordes jouait Mozart, comme d'un fait exprès.
L'homme, d'un air sévère, lui tendit la main tout en faisant semblant de la sermonner :
— Il est temps que Lady Godiva paie pour ses péchés. À quatre pattes !
La femme ne discuta pas, lui donna la cravache qu'il réclamait, et se mit dans la posture demandée. Il enfourcha sa monture, sortit un foulard de sa poche, puis le tenant à chaque extrémité il le plaça devant son visage. Soumise, sans protester, elle ouvrit la bouche et se retrouva avec ce drôle de mors. Ils avancèrent ainsi durant quelques mètres, la cravache artistiquement posée sur les reins creusés de la belle femme, telle un ornement, puis il la saisit par les cheveux et la fit s'arrêter à côté d'un guéridon. Je les avais suivis à distance et j'observais la scène, fascinée. Et je n'étais pas la seule : les spectateurs semblaient tout excités mais ne disaient mot.
Tout en restant assis sur ses reins, le « Commandeur » prit la cravache et lui cravacha les fesses l'une après l'autre, une dizaine de fois ; elle accueillit ces coups avec des petits cris et des gémissements.
Son cavalier plongea la main dans la grande coupe qui avait été placée sur le meuble bas et il prit un objet qui s'y trouvait parmi d'autres. Je tendis le cou pour mieux voir. Mon voisin qui m'avait pris par la taille me murmura :
— Ce sont des capotes anglaises. M. Charles en a obtenu tout un stock grâce à des officiers britanniques qu'il fréquente et qui sont actuellement sur la côte.
Et en effet je vis le « Commandeur » déboutonner prestement son pantalon, il en sortit un vit dressé et d'une belle taille qu'il enfonça dans l'étui de caoutchouc noir, puis il se plaça accroupi derrière la croupe splendide de la femme, approcha son engin et sans difficulté il l'enfila !
Mordant toujours le foulard, elle poussa un cri où le plaisir primait sur la surprise. Il faut dire que j'avais pu voir sa fente juste avant l'assaut et je peux affirmer – m'y connaissant sur ce sujet – que vu sa teinte bordeaux et l'humidité qui en tombait déjà en petites gouttes, ainsi que le gonflement de ses lèvres sexuelles, cette chienne n'attendait que ça.
J'ignorais qui était cette femme, bien entendu, et son masque de velours bleu roi préservait son anonymat, mais je puis dire que malgré le foulard qui obstruait en partie sa bouche, ses cris de plaisirs montèrent crescendo sous les assauts de l'homme qui la pilonna sans relâche.
Je m'éloignai néanmoins, en partie pour échapper à mon voisin qui se montrait de plus en plus collant, mais aussi pour aller voir comment se distrayaient les autres invités.
J'arrivai à une petite table ronde, encore garnie d'une nappe blanche immaculée, mais qui commençait à glisser du meuble qu'elle était censée garnir. Il faut dire que de l'autre côté, une petite dame ronde aux cheveux couleur de neige – elle avait perdu sa perruque, mais point son loup qu'elle remettait régulièrement en place – s'y cramponnait, penchée sur la table, sa belle robe retroussée sur sa croupe épanouie et nue. Des claquements sonores retentissaient dans la pièce : il faut dire qu’un jeune homme debout derrière elle la fessait à un rythme lent, alternant fesse droite fesse gauche, ébranlant tout son corps trapu et replet. Elle me regardait droit dans les yeux, poussant un petit cri à chaque claque qui tombait sur son gros fessier, mais elle tenait bon.
Puis soudain, la claquée s’arrêta, le garçon prit dans sa main son dard arqué et tout gonflé, le positionna au bon endroit et la dame me fit un sourire béat, un sourire de plaisir qui me fit comprendre qu’elle ne devait attendre ça depuis un moment. Le jeune homme posa et referma ses mains sur ses hanches rondes et se mit à lui asséner de lents mais puissants coups de boutoir. La dame se mit à ahaner, et son front crispé m'indiqua qu'elle s'en prenait plein sa chatte.
Son décolleté généreux laissait voir les ondulations que prenait sa molle poitrine à chaque coup de boutoir de son vigoureux partenaire.
Je m'indignai du manque d'attention du jeune blanc-bec qui ne savait manifestement pas s'occuper d'une vénérable dame avec suffisamment de soin : je fis donc le tour de la table, déboutonnai le haut de son corsage et en extirpai deux lourdes mamelles un peu flasques mais volumineuses dont les tétons dressaient cependant bien fièrement.
— Quand on prend une femme, la moindre des choses est de libérer sa poitrine pour qu'elle respire mieux, jeune homme. Vous manquez d'éducation en ce qui concerne les bonnes manières.
Le garçon sourit, un peu étonné de mes mots, cependant, mais continua à la besogner hardiment et en augmentant le rythme, tout concentré sur sa tâche du moment. Voyant qu'il ne s'intéresserait visiblement pas plus aux appas de cette femme qui aurait presque pu être sa grand-mère, je réparai cette injustice sur le champ : je saisis les mamelons roses de cette belle dame et me mis à les travailler entre mes doigts avec de plus en plus de poigne. Elle écarquilla ses yeux, ouvrit une bouche ronde, et se mit à gémir de plus en plus fort.
— Voyez, jeune homme, il ne faut pas grand-chose pour contenter une dame, elle commence à jouir.
Je me penchai, et enfonçant mes ongles dans ses fraises grenues, mon visage à quelques centimètres du sien, je lui intimai :
— Tirez la langue, belle dame.
Elle obéit bien docilement. Je lui suçai la langue, la galochai avec fougue. Puis ma main droite descendit entre ses cuisses, je trouvai ses nymphes et me mis à la branler doucement, puis en accélérant. Elle déchargea bruyamment.
Je lâchai sa bouche, sa chatte et ses tétons, et m'éloignai, la laissant se faire longuement saillir par son vigoureux partenaire du moment.
(À suivre…)
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hpassage
17 octobre 2026 à 15:05
C'est chaud, très chaud... On s'y croirait, d'ailleurs j'aimerais bien participer à cette fête. Ils savaient s'amuser à cette époque là :)
Merci mon cher Doc

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