Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Runway à contre-courant — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Runway à contre-courant
Chapitre 1
Chapitre 1
Je sors du métro à la station Châtelet et, dès que je pose le pied sur le quai, je comprends que j'ai fait une énorme connerie.
La foule me percute de tous les côtés comme un courant trop fort. Des gens courent, poussent, slaloment entre les autres sans jamais lever les yeux de leur téléphone. L'air est chargé d'odeurs de métal chaud, de parfums sucrés et de pluie qui commence à tomber dehors. Mon sac à dos me semble soudain trop lourd, trop visible avec ses sangles usées. Je reste planté là, au milieu du flot incessant, le cœur qui tape un peu trop vite dans ma poitrine.
Qu'est-ce qui m'a pris de venir seul à Paris pour tout un week-end ? Moi, Gaspard, vingt-et-un ans, qui n'ai jamais quitté mon village plus de trois jours d'affilée. Mes parents m'avaient prévenu : la capitale, ce n'est pas fait pour des gars comme nous. Pourtant, avant de reprendre la ferme pour de bon et de me lancer complètement dans l'élevage, j'ai eu envie de voir autre chose. Le BTSA Productions Animales, les stages, les cours sur la gestion des troupeaux… tout ça m'a donné cette petite envie de respirer un air différent, juste une fois.
Je remonte les escaliers mécaniques, les jambes lourdes. Quand je sors enfin à l'air libre, la pluie fine me fouette doucement le visage. Les lumières des enseignes clignotent dans tous les sens, les klaxons hurlent sans arrêt, les gens marchent vite, tête baissée sous leur capuche ou leur parapluie. Je me sens minuscule. Complètement perdu.
Mon téléphone vibre dans ma poche. Un message de ma mère : Tu es bien arrivé ? Je tape rapidement oui avec un smiley, même si j'ai déjà envie de lui avouer que je regrette un peu d'être venu seul.
Je commence à marcher au hasard, essayant de suivre le mouvement général vers ce que je pense être la direction de Notre-Dame. Mes chaussures sont propres, je les ai cirées avant de partir, mais elles glissent légèrement sur le trottoir mouillé. Je serre les bretelles de mon sac contre mes épaules. Tout est trop grand ici, trop bruyant, trop rapide.
Et puis ça arrive.
Un choc violent à l'épaule me déséquilibre. Mon pied ripe sur le bord du trottoir et je tombe lourdement sur le bitume. Mon genou cogne fort contre le sol, mon sac s'ouvre à moitié et je sens immédiatement le tissu de mon jean qui craque net sur ma cuisse gauche.
Un choc violent à l'épaule me déséquilibre. Mon pied ripe sur le bord du trottoir et je tombe lourdement sur le bitume. Mon genou cogne fort contre le sol, mon sac s'ouvre à moitié et je sens immédiatement le tissu de mon jean qui craque net sur ma cuisse gauche.
— Putain…
Je marmonne tout doucement, encore assis par terre, la voix basse, presque pour moi-même.
— Les gens sont complètement fous dans cette ville…
Un homme en costume noir, grand et sec, s'arrête net et se retourne, le visage crispé de colère.
— Qu'est-ce que tu viens de dire, toi ?
Je relève légèrement la tête, encore sonné par la chute. Le type me toise de haut, comme si j'étais une saleté collée à sa semelle.
Je bredouille, la voix timide et presque inaudible.
— Rien… juste que… vous auriez pu faire attention. Mon jean est tout déchiré maintenant.
L'homme ricane, un rire sec et méprisant qui me fait baisser les yeux.
— Faire attention ? Tu te fous de moi, le plouc ? Regarde où tu marches au lieu de rester planté comme un demeuré.
Autour de nous, quelques passants ralentissent, curieux. La pluie tombe un peu plus fort. Je reste assis sur le trottoir, les yeux fixés sur le trou dans mon jean neuf. Le tissu est fichu. Je sens la brûlure sur ma peau là où mon genou a frotté le sol.
Il continue, la voix de plus en plus forte et agressive.
— Non mais regarde-toi. L'accent, la dégaine… T'es venu faire le touriste à Paris avec ton petit sac à dos ? Tu sais au moins où tu es ?
Je ne réponds pas. Je fixe le trou dans mon jean, les doigts crispés sur la bretelle de mon sac. Mes joues chauffent, mais je reste silencieux. Pas par peur. Juste parce que je n'ai pas envie de me disputer ici, au milieu de tous ces inconnus.
Pourtant, mon silence semble l'énerver encore plus. Il s'emporte, le ton plein de mépris.
— Tu sais combien coûte une minute de notre temps, gamin ? Une minute ! T'as la moindre idée de qui on est ?
Je relève doucement les yeux, toujours sans agressivité, et je dis d'une voix calme, presque trop basse pour couvrir le bruit de la pluie.
— Mon jean… c'est mon père qui me l'a offert pour mon départ à Paris. C'est ça qui compte.
Le silence qui suit est bizarre. L'homme en costume ouvre la bouche pour répliquer, le visage rouge de colère, mais une voix grave et froide le coupe net.
— Ferme-la.
Je tourne légèrement la tête.
Un autre homme s'est arrêté à côté de nous. Il porte un long manteau noir qui semble coûter une fortune. Il regarde l'homme en costume avec une colère contenue, presque violente.
Un autre homme s'est arrêté à côté de nous. Il porte un long manteau noir qui semble coûter une fortune. Il regarde l'homme en costume avec une colère contenue, presque violente.
— Je t'ai dit de fermer ta gueule. Tout de suite.
L'homme en costume se fige, visiblement surpris.
— Vasco, on n'a pas le temps pour ça, on est déjà en retard pour—
— J'ai dit ferme-la.
— J'ai dit ferme-la.
La voix est tranchante. Le dénommé Vasco s'approche de moi. Contre toute attente, il s'accroupit dans la rue, juste devant moi, au milieu des passants qui nous contournent. La pluie tombe sur ses cheveux. Il ne semble pas s'en préoccuper.
Il ne dit rien pendant plusieurs secondes. Ses yeux se posent sur le trou de mon jean. Puis, lentement, il tend la main. Ses doigts effleurent d'abord le tissu déchiré, juste au bord de la déchirure. Le contact est léger, presque hésitant. Ensuite, il pose toute sa paume sur mon genou dénudé.
Sa main est chaude. Douce. Tellement différente de la mienne, habituée au travail manuel. Le contraste crée une décharge bizarre qui remonte le long de ma jambe jusqu'au ventre. Une sensation électrique, chaude, inattendue. Je retiens mon souffle sans vraiment comprendre pourquoi.
Je reste complètement immobile. Mon cœur bat plus fort. Je ne sais pas si c'est la honte de la chute, la colère rentrée ou autre chose de plus troublant.
Vasco reste accroupi là, sa main posée sur mon genou, comme s'il cherchait à comprendre quelque chose à travers ce simple contact. Son pouce fait un tout petit mouvement, presque involontaire, qui frôle doucement l'intérieur de ma cuisse à travers le trou du jean. Une chaleur étrange se répand dans mon corps. Je déglutis discrètement.
Enfin, il relève la tête vers moi. Sa voix est plus basse, plus calme.
— Je suis vraiment désolé pour ça.
Il sort une carte de visite de la poche intérieure de son manteau et me la tend. Quand je la prends, ses doigts effleurent les miens. Encore cette petite décharge électrique, légère mais bien réelle.
— Si tu as besoin de quoi que ce soit… pour le jean, ou pour autre chose… appelle-moi. Je peux te le remplacer.
Je regarde la carte. Il n'y a que son prénom et un numéro. Vasco.
Je secoue doucement la tête, la voix encore timide mais ferme.
Je secoue doucement la tête, la voix encore timide mais ferme.
— Merci… mais non. Ce n'est pas la peine. C'est juste un jean.
Il me regarde un long moment en silence. Quelque chose passe dans son regard. Une curiosité. Une douceur surprenante. Je le trouve vraiment mignon. Grand, athlétique, avec ce visage bien dessiné et ce regard qui me fixe comme si j'étais la seule personne dans toute cette rue chaotique.
Puis il ajoute, la voix un peu plus basse, presque urgente.
— Écoute… je suis vraiment désolé de devoir partir aussi vite. Envoie-moi un message tout à l'heure, juste pour me dire que tout va bien. Même un simple « ça va ». Promets-le-moi.
Je cligne des yeux, surpris par la demande. Son regard est sincère, presque inquiet. Je sens une chaleur bizarre monter dans ma poitrine.
— D'accord… je te promets.
Il hoche la tête, visiblement soulagé. Il reste encore une seconde, accroupi, comme s'il hésitait à se relever, puis il se redresse enfin.
Il jette un dernier regard glacial à l'homme en costume qui n'ose plus rien dire, puis me fait un petit signe de tête.
— Je dois vraiment y aller. Fais attention à toi.
Ils repartent tous les deux, rapidement avalés par la foule et la pluie.
Je reste assis encore quelques secondes sur le trottoir mouillé. La carte est chaude dans ma main. Mon genou picote encore là où il m'a touché. Mon cœur bat bizarrement, trop vite pour une simple chute. La promesse que je viens de faire résonne dans ma tête.
Je me relève enfin, essuie tant bien que mal mon jean trempé et je reprends ma marche, le sac sur l'épaule.
Mais dans ma tête, deux questions tournent maintenant en boucle :
C'est qui, ce type ?
C'est qui, ce type ?
Et pourquoi est-ce que le simple contact de sa main sur ma peau, combiné à cette demande, me fait encore frissonner comme ça ?
Je passe le reste de l'après-midi à errer dans Paris comme un fantôme.
Je marche jusqu'à Notre-Dame, mais je reste planté devant la cathédrale sans vraiment la voir. Les touristes prennent des photos autour de moi, les cloches sonnent, le ciel est gris clair maintenant que la pluie a cessé. Pourtant mon esprit est ailleurs. Ma main droite glisse régulièrement dans la poche de mon jean déchiré. Je touche la carte de visite sans m'en rendre compte, encore et encore. Le papier est déjà un peu chaud d'avoir été froissé toute la journée.
Je longe ensuite les quais de la Seine. L'eau coule, sombre et calme. Des couples se promènent, des gens courent, des bateaux-mouches passent avec leurs lumières. Je m'assois sur un banc, les coudes sur les genoux. J'essaie de respirer normalement, de profiter de ce week-end que j'ai tant voulu. Mais chaque fois que je ferme les yeux une seconde, je revois la scène : la main de Vasco sur mon genou, la chaleur de sa paume, ce petit mouvement de son pouce sur l'intérieur de ma cuisse. Une décharge bizarre me traverse à nouveau le ventre. Je secoue la tête, gêné.
— Qu'est-ce qui m'arrive… je murmure pour moi-même.
Je ne comprends pas ce trouble. Ce n'est pas la première fois que quelqu'un me touche, pourtant aucun contact ne m'avait jamais fait cet effet-là. C'est comme si ma peau se souvenait encore de la douceur de ses doigts, alors que tout le reste de mon corps est habitué à la rudesse du travail à la ferme.
La soirée avance. Je rentre à l'hôtel vers vingt-et-une heure. La chambre est minuscule, les murs jaunis, le lit double trop mou. Je prends une douche chaude, enfile un sweat propre et un pantalon de jogging. Assis sur le bord du matelas, je fixe mon téléphone posé à côté de la carte de Vasco.
Pendant presque quarante minutes, je n'ose pas bouger. Mon pouce hésite au-dessus de l'écran. Finalement, vers vingt-deux heures quinze, je tape un message simple, timide.
— C'est Gaspard. Celui de cet après-midi. Tout va bien, merci.
J'appuie sur envoyer avant de pouvoir me raviser.
La réponse arrive en moins de dix secondes.
La réponse arrive en moins de dix secondes.
— Enfin ! J'étais vraiment inquiet. Tu n'as pas eu mal en tombant ? Tu as mangé ce soir ?
Je reste bloqué devant l'écran, le cœur qui accélère.
— Non, pas encore.
— Parfait. Je passe te chercher. On va manger quelque part. Donne-moi le nom et l'adresse de ton hôtel.
— Parfait. Je passe te chercher. On va manger quelque part. Donne-moi le nom et l'adresse de ton hôtel.
Je cligne des yeux, surpris.
— Mais… il est 22h30.
— Et alors ? Tu as faim, non ? Moi aussi. Je ne vais pas te laisser dormir le ventre vide après la journée que tu as passée.
— Et alors ? Tu as faim, non ? Moi aussi. Je ne vais pas te laisser dormir le ventre vide après la journée que tu as passée.
Je reste un moment sans répondre, la gorge serrée. Je ne connais rien à Paris. L'idée qu'un inconnu vienne me chercher à cette heure me fait un peu peur… et en même temps, une chaleur étrange monte dans ma poitrine.
— D'accord… Hôtel Ibis Budget Gare de Lyon. Chambre 312.
— J'arrive dans vingt minutes. Attends-moi devant l'hôtel.
— J'arrive dans vingt minutes. Attends-moi devant l'hôtel.
Je me change rapidement, enfile un jean propre. Je descends devant l'hôtel, les mains dans les poches, le cœur qui bat trop fort.
Une berline noire aux vitres teintées s'arrête doucement. Le chauffeur reste au volant. Vasco descend de l'arrière, toujours avec ce long manteau noir qui lui va si bien. Il me sourit, un sourire discret mais sincère.
— Monte.
Je m'installe à côté de lui. La voiture redémarre sans un bruit.
Nous roulons une dizaine de minutes. Vasco ne parle pas beaucoup pendant le trajet, il me regarde juste de temps en temps. Je sens son regard sur moi et ça me rend nerveux. Mes mains sont moites.
Nous roulons une dizaine de minutes. Vasco ne parle pas beaucoup pendant le trajet, il me regarde juste de temps en temps. Je sens son regard sur moi et ça me rend nerveux. Mes mains sont moites.
La voiture s'arrête devant un petit restaurant discret, dans une rue calme. Quand nous entrons, je remarque tout de suite quelque chose de bizarre : il n'y a personne. Pas un seul client. Juste un serveur qui nous accueille avec un sourire poli et nous installe à une table au fond, près d'une fenêtre.
Je regarde autour de moi, mal à l'aise.
— On est… seuls ?
Vasco hausse légèrement les épaules, l'air détendu.
— Je ne sais pas pourquoi, c'est peut-être qu'on est les derniers clients.
Je ne sais pas si je dois le croire, mais je n'ose pas insister. Je me contente de hocher la tête et de m'asseoir en face de lui.
Nous commandons rapidement. Pendant que nous attendons les plats, la conversation commence vraiment.
— Alors… raconte-moi. Tu fais quoi dans la vie, Gaspard ?
— Je suis en BTSA Productions Animales. Je vais reprendre la ferme de mes parents après. On fait de l'élevage.
— Tu vis où exactement ?
— Dans un petit village dans le Jura.
— Je suis en BTSA Productions Animales. Je vais reprendre la ferme de mes parents après. On fait de l'élevage.
— Tu vis où exactement ?
— Dans un petit village dans le Jura.
Vasco m'écoute attentivement, le menton posé sur sa main. Il pose beaucoup de questions : sur les animaux, sur mon quotidien, sur pourquoi j'ai voulu venir à Paris seul. Je réponds doucement, un peu gêné par son intérêt. Personne ne m'avait jamais écouté comme ça.
Quand vient mon tour, je rassemble mon courage.
— Et toi… tu fais quoi dans la vie ?
Vasco sourit légèrement, presque amusé.
— Je travaille dans la production de contenu visuel pour des marques de mode.
Je hoche la tête, même si je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire. Il n'entre pas dans les détails et je n'ose pas insister.
Le repas passe vite. Nous parlons longtemps. Je me surprends à rire plusieurs fois, même si je reste timide. À un moment, Vasco me regarde plus sérieusement.
— J'aimerais bien te revoir, Gaspard.
Je baisse les yeux sur mon assiette vide.
— Je repars demain après-midi. Mon train est à 16h à la gare de Lyon.
— Tant pis. Je travaille demain matin, mais on peut s'écrire. Si tu veux.
— Oui… je veux bien.
— Tant pis. Je travaille demain matin, mais on peut s'écrire. Si tu veux.
— Oui… je veux bien.
Après le repas, Vasco me raccompagne jusqu'à mon hôtel. La voiture s'arrête devant l'entrée. Nous descendons tous les deux. Le chauffeur reste discret, un peu plus loin.
Nous restons plantés sur le trottoir, face à face. Le silence tombe soudain, lourd, chargé.
Je regarde ses yeux. Longuement. Puis, sans que je puisse me contrôler, mon regard descend fugitivement sur ses lèvres. Elles sont bien dessinées, légèrement entrouvertes. Une chaleur inconnue me traverse le ventre. Je remonte aussitôt aux yeux, le cœur qui cogne.
Nous restons là, sans rien dire. Le blanc dans la conversation devient immense, presque insupportable. Tout a déjà été dit, et pourtant rien ne l'a été vraiment.
J'entrouvre la bouche, comme pour parler, mais aucun son ne sort. Je me ravise et finis par mordre doucement ma lèvre inférieure, gêné.
Nos mains se frôlent une dernière fois sur le montant de la portière quand je m'apprête à partir. Je sens le pouce de Vasco s'attarder une seconde de trop sur mon poignet. Ce contact simple me fait frissonner jusqu'au bas du dos. Nous restons suspendus à un souffle l'un de l'autre. Le silence pèse plus lourd que n'importe quelle confession.
Finalement, je recule d'un pas, un sourire un peu triste aux lèvres.
— Bonne nuit, Vasco.
— Bonne nuit, Gaspard. On s'écrit demain.
— Bonne nuit, Gaspard. On s'écrit demain.
Je tourne les talons et rentre dans l'hôtel. Je monte les escaliers jusqu'à ma chambre, le corps encore parcouru de picotements étranges.
Une fois la porte fermée, je m'adosse contre elle et je passe une main sur mon visage.
— Putain… mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Je ne comprends pas ce désir bizarre qui monte en moi. Je n'ai jamais ressenti ça pour un garçon. Pourtant, chaque fois que je repense à sa main sur ma cuisse cet après-midi, à son regard ce soir, à ce frôlement sur mon poignet… une chaleur sourde s'installe au creux de mon ventre et je n'arrive pas à la faire partir.
Je me laisse tomber sur le lit, les yeux fixés au plafond.
Demain je repars. Mais quelque chose me dit que cette rencontre ne va pas s'arrêter là.
Le lendemain matin, je me réveille avec une sensation étrange dans la poitrine. La chambre d'hôtel me paraît encore plus petite et vide que la veille. Mon téléphone est posé sur la table de nuit. Dès que je l'allume, il vibre.
— Comment tu vas ce matin ?
Je reste quelques secondes à fixer l'écran, le cœur qui s'accélère déjà. Je tape une réponse simple.
— Bien, merci. Et toi ?
— Bien aussi. J'ai bien dormi, mais j'ai pensé à toi. Tu as bien dormi ?
— Oui… même si j'ai mis du temps à trouver le sommeil.
— Bien aussi. J'ai bien dormi, mais j'ai pensé à toi. Tu as bien dormi ?
— Oui… même si j'ai mis du temps à trouver le sommeil.
Nous continuons à échanger pendant presque une heure. Les messages sont simples, légers, mais chaque vibration me fait sourire malgré moi.
— Tu fais quoi ce matin ?
— Je vais juste traîner un peu dans le quartier avant d'aller à la gare.
— Tu me diras quand tu seras à la gare ? J'aimerais bien te dire au revoir correctement.
— D'accord.
— Je vais juste traîner un peu dans le quartier avant d'aller à la gare.
— Tu me diras quand tu seras à la gare ? J'aimerais bien te dire au revoir correctement.
— D'accord.
Je passe la matinée à flâner sans but près de la gare de Lyon. Je bois un café debout au comptoir d'un petit bar, je regarde les vitrines sans vraiment les voir. Mon esprit est ailleurs. Chaque fois que je repense à la soirée d'hier – à sa main sur mon genou, à ce long silence devant l'hôtel, à ce frôlement sur mon poignet – une chaleur sourde et incompréhensible monte dans mon ventre. Je ne sais pas pourquoi ce garçon que je connais à peine me trouble autant.
Vers 14h30, je prends mon sac et je me dirige vers la gare. Le hall est bondé, bruyant, plein de voyageurs pressés. Je trouve mon quai, le 12, et je m'installe sur un banc en attendant l'heure du départ. Mon train est à 16h pile.
À 15h52, mon téléphone vibre.
— Quel est ton train exactement ? Numéro et heure de départ ?
Je réponds rapidement, les doigts un peu tremblants.
— TGV 6921, départ 16h00 quai 12.
Je range mon téléphone et je regarde autour de moi, le cœur qui bat plus fort. Je ne sais pas s'il va vraiment venir.
À 15h57, je le vois.
Il avance entre les voyageurs, casquette noire bien enfoncée sur la tête, lunettes de soleil qui cachent ses yeux. Son manteau est ouvert, il marche d'un pas rapide mais discret. Plusieurs personnes se retournent sur son passage. Des regards curieux, certains murmurent, d'autres sortent discrètement leur téléphone. Je sens les yeux des gens autour de moi qui nous observent. Mon souffle se coupe net.
Il arrive à ma hauteur sans ralentir. Sans un mot, il pose une main sur ma taille, se penche et m'embrasse.
Ses lèvres sont chaudes, décidées. Le baiser est intense, un peu urgent, comme s'il avait retenu ce geste toute la nuit. Pendant quelques secondes, le monde autour de nous disparaît. Je sens seulement la pression de sa bouche sur la mienne, la chaleur de son corps tout proche et le battement sourd de mon propre cœur dans mes oreilles. Mais je perçois aussi les regards : des gens qui s'arrêtent, qui nous fixent, qui chuchotent. Mon visage devient brûlant.
Quand il s'écarte légèrement, il murmure contre mes lèvres, la voix basse :
— Pour me rattraper de la nuit dernière… je n'ai pas osé hier.
Je reste figé, les lèvres encore entrouvertes, le corps traversé par une vague de chaleur brutale. Mes jambes tremblent un peu.
— Ton train va partir, ajoute-t-il doucement en jetant un coup d'œil vers le quai.
Je recule d'un pas, monte dans le wagon, et je me retourne une dernière fois. Il est toujours là, les mains dans les poches, un petit sourire en coin sous sa casquette.
Le train démarre lentement. Je m'installe à ma place près de la fenêtre, le sourire collé aux lèvres. Je touche machinalement ma bouche du bout des doigts. Mes lèvres picotent encore. Je sens encore la pression de sa main sur ma taille. Une chaleur agréable et troublante reste logée au creux de mon ventre.
Mais au bout de quelques minutes, alors que Paris défile derrière la vitre, je tourne la tête vers le quai qui s'éloigne. Mon sourire s'efface peu à peu.
Vasco est encore là, entouré d'un petit groupe de personnes qui se sont approchées de lui. Certaines lui tendent des papiers, d'autres des carnets ou des téléphones. Il signe rapidement, tête baissée, sans enlever ses lunettes ni sa casquette. Je ne comprends pas ce qui se passe. Pourquoi autant de monde autour de lui ? Pourquoi ces gens veulent-ils tous quelque chose de lui ?
Le train prend de la vitesse. La scène devient de plus en plus petite, puis disparaît complètement.
Je m'adosse contre le siège, le regard perdu dehors. La réalité me rattrape d'un coup.
Je m'adosse contre le siège, le regard perdu dehors. La réalité me rattrape d'un coup.
Je ne le reverrai plus. C'était juste un week-end à Paris. Une rencontre improbable, un baiser volé à la dernière seconde sur un quai de gare. Demain je serai de retour au village, entre les vaches et les cours de BTSA. Lui continuera sa vie dans son monde… quel qu'il soit.
Pourtant, malgré cette pensée triste, je ne peux pas m'empêcher de sourire à nouveau en repensant à ses lèvres sur les miennes. Ce baiser reste gravé sur ma bouche, comme une marque chaude et douce.
Je ne sais pas ce qui vient de se passer. Mais une chose est sûre : ce baiser, ces regards, cette scène étrange sur le quai… tout ça va hanter bien plus que le trajet du retour.
Fin du chapitre 1.
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