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✦ tounet777 Le carnet bleu XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le carnet bleu — Chapitre 4

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Le carnet bleu

Chapitre 4

Chapitre 4
La lumière grise du matin franc-comtois filtre à travers les persiennes, découpant des lames de clarté sur le parquet de la chambre. Je m'éveille avec une sensation de lourdeur délicieuse, la peau encore sensible des étreintes de la veille. Je suis allongé sur le ventre, une jambe légèrement relevée, le drap n'offrant qu'une protection dérisoire en s'arrêtant au creux de mes reins, laissant mon dos et mes fesses offerts à l'air frais de la pièce.
Un clic métallique me fait sursauter.
J'ouvre les yeux et je vois Xavier. Il est debout au pied du lit, entièrement nu. Son corps est magnifique dans la lumière matinale, et mon regard descend malgré moi : il est déjà en érection, une tension impérieuse qui semble défier le jour qui se lève. Il tient son appareil à l'œil. Un nouveau clic. Il me prend en photo dans mon sommeil, dans mon abandon le plus total.
Pris d'un réflexe de pudeur, je ramène brusquement le drap vers le haut pour me couvrir, le cœur battant la chamade.
— Non, Côme, lâche-t-il d'une voix grave, empreinte de cette autorité tranquille qui me paralyse et m'enchaîne à la fois. Laisse comme ça. Redescends-le.
Je sens la chaleur envahir mes joues. Je rougis violemment, mais sous son regard qui ne cille pas, je n'ai pas la force de désobéir. Mes doigts desserrent leur prise sur le coton blanc et je redescends le drap doucement, millimètre par millimètre, révélant à nouveau la courbure de mon dos et ma nudité. Je me sens exposé, vulnérable, mais l'intensité de son regard est une drogue dont je ne peux plus me passer.
— Viens ici, ordonne-t-il en posant son appareil sur le trépied, tout en gardant une commande à distance dans la main.
Je rampe sur le lit, déboussolé par cette demande matinale. Je ne comprends pas pourquoi je suis ainsi avec lui, pourquoi chaque mot qui sort de sa bouche devient une loi pour mon corps. Je m'approche du bord du matelas.
— Prends-le en bouche, Côme. Maintenant.
Je m'exécute. Je m'agenouille au bord du lit et je laisse mes lèvres envelopper sa chaleur. Tandis que je m'occupe de lui, j'entends le déclencheur de l'appareil qui crépite à intervalles réguliers. Clic. Clic. Il capture chaque mouvement de ma tête, chaque reflet de la lumière sur ma peau, mon trouble visible à la racine de mes cheveux. Je lève les yeux vers lui, cherchant une trace de dérision, mais je ne trouve qu'une concentration extrême, presque sacrée.
Soudain, il pose ses mains sur mes épaules et me force à me redresser.
— Retourne-toi. Présente-moi ton cul.
Je m'exécute encore, le souffle court. Je me mets à quatre pattes sur les draps froissés, le visage enfoui dans l'oreiller qui sent encore son odeur. Je sens ses mains écarter mes fesses, une intrusion audacieuse qui me fait frissonner. Il règle l'angle de l'objectif d'une main, et de l'autre, il guide son sexe.
Il commence à me pénétrer doucement, avec une lenteur calculée pour prolonger mon supplice. Je suis écarlate, le front pressé contre le tissu. Je n'ai aucune habitude de cette mise en scène, de cette façon d'être traité comme un modèle et un amant en même temps. À chaque poussée, plus profonde, plus insistante, l'appareil capture l'instant.
— Regarde l'objectif, Côme. Tourne la tête vers moi.
Je tourne le visage, les yeux embués, les lèvres entrouvertes. Le flash, bien que discret, semble graver mon image dans l'éternité. La pénétration devient plus intense, plus rythmée. Xavier ne me quitte pas des yeux, utilisant l'appareil comme un témoin de ma démission totale. Je gémis, je me perds dans les sensations, oubliant presque l'objectif pour ne plus sentir que lui.
Alors qu'il approche de l'orgasme, il se retire brusquement.
— Ne bouge pas.
Je sens la chaleur de sa jouissance s'étaler sur mon dos, une trace liquide et brûlante qui coule lentement le long de ma colonne vertébrale. Xavier prend plusieurs photos de cette marque, de ce sceau qu'il vient de poser sur moi. C'est cru, c'est direct, et pourtant, dans sa bouche, cela semble être l'expression la plus pure de son art.
— Suce-moi encore un peu, murmure-t-il en se penchant vers moi. Pour tout nettoyer.
Je me retourne, encore tremblant, et j'obéis sans un mot, goûtant à lui une dernière fois. Quand j'ai fini, il me redresse et, pour la première fois ce matin, il brise sa distance professionnelle. Il plaque ses lèvres contre les miennes dans un baiser profond, passionné, ses mains encadrant mon visage.
— Tu es si beau quand tu rougis, Côme, me souffle-t-il contre la bouche. C'est pour ça que je ne peux pas m'arrêter de te photographier. Ta peau raconte tout ce que tu essaies de cacher.
Il s'écarte enfin, un léger sourire aux lèvres.
— Allez, va te rincer. Viens prendre ton petit-déjeuner avec moi. J'ai quelque chose à te montrer.
Pendant que je suis sous la douche, l'esprit encore embrumé par cette sauvagerie matinale, je me demande comment j'ai pu changer autant en une seule nuit. Une fois habillé d'une de ses chemises trop grandes pour moi, je le rejoins dans la cuisine. L'odeur du café fort se mêle à une odeur plus chimique.
Sur la table, à côté des tartines, des tirages photographiques sont étalés.
— Je les ai développés pendant que tu dormais, dit-il en désignant les clichés de la veille.
Je m'approche, le cœur battant. Je me vois. Je vois cet homme dans le studio, d'abord raide dans son caban, puis s'effritant sous l'objectif. Les photos à moitié nu sont d'une sensualité que je ne me soupçonnais pas. Mais les dernières, celles où je suis entièrement nu, où je regarde Xavier avec une dévotion mêlée de peur, me coupent le souffle. Je suis là, capturé dans ma vérité la plus crue, les ombres sculptant mon corps, mon trouble figé pour toujours sur le papier glacé.
— C'est... c'est moi ? murmuré-je.
— C'est l'homme que j'ai vu à travers la vitre du wagon 7, répond-il en posant une main ferme sur ma nuque. L'homme que je ne laisserai plus jamais se cacher.
Le trajet vers le bureau se fait dans un état second. Je marche sur les pavés de la Boucle, mais mes pieds ne semblent pas toucher le sol. Dans la poche intérieure de ma veste, là, contre mon cœur, je sens le poids du carnet bleu et, glissée entre deux pages, une photo. Un tirage encore frais que Xavier m'a tendu avant que je ne franchisse le seuil de sa porte. C'est une image de mon dos, l'ombre soulignant chaque vertèbre, une image de moi que je ne connaissais pas.
Quand je pousse la porte de l'agence d'architecture, le contraste est violent. Le bruit des imprimantes, l'odeur du café tiède, les conversations banales sur les dossiers en cours… tout me semble d'une futilité révoltante. Je m'assois à mon bureau, j'ouvre mes logiciels de traçage, mais mes yeux ne voient que des lignes vides. Mon esprit est resté dans cette chambre bleutée, sur ce drap blanc, sous cet objectif qui m'a dépouillé de mon armure.
Toute la matinée, une question me harcèle : qui suis-je devenu ? L'homme qui dessine des plans d'immeubles avec une précision chirurgicale, ou celui qui s'est offert, nu et tremblant, à l'objectif d'un inconnu ?
À l'heure du déjeuner, je m'isole dans un petit square désert. Je sors la photo. Je la regarde longuement. La lumière de Xavier a révélé une fragilité, mais aussi une force que j'ignorais. Je me demande ce que diraient mes collègues, mes parents, s'ils voyaient cette image. Le regard des autres est une prison dont je sens les barreaux pour la première fois.
C'est alors que mon téléphone vibre. Un message de Xavier.
— Je regarde les négatifs de ce matin. Côme, c'est plus qu'une rencontre. C'est une œuvre. Je veux préparer une exposition pour le printemps à la galerie de la rue de Pontarlier. Je veux que tu en sois le centre. La série s'appellera "L'Homme de la Place 42". Qu'en penses-tu ?
Le sang me glace les veines. Une exposition. Mon corps, mon trouble, mon intimité étalés sur des murs blancs, offerts aux regards des passants de Besançon, à la critique, au jugement. Mes doigts tremblent en tapant ma réponse.
— Xavier... une exposition ? Je ne sais pas. C'est trop tôt. Les gens vont me reconnaître. Et puis... on se connaît à peine. On a passé une nuit ensemble, même si elle a tout changé. Comment peux-tu vouloir m'exposer ainsi alors que tu ne sais rien de ma vie, de mes peurs, de mon quotidien ?
La réponse ne tarde pas. Elle est cinglante de certitude.
— Je ne connais peut-être pas ton plat préféré ou le nom de ton premier chat, Côme. Mais je connais la façon dont ta peau réagit à la lumière quand tu as peur. Je connais le son de ton souffle quand tu abandonnes ton contrôle. Je connais la vérité de ton corps mieux que n'importe qui l'a jamais connue. Je te connais plus qu'il ne le faut pour savoir que tu es né pour être regardé. Réfléchis. Mais ne laisse pas ta peur de la normalité étouffer l'animal qu'on a libéré hier soir.
Je range mon téléphone, le souffle court. "Plus qu'il ne le faut". Cette phrase résonne en moi comme un défi et une menace. Il prétend avoir percé mon mystère en quelques heures de pose et une nuit d'étreintes. Est-ce de l'amour ou de la possession artistique ?
Tout l'après-midi est un calvaire de questionnements. Je me regarde dans le miroir des toilettes de l'agence. Je cherche l'homme de la photo. Il est là, derrière mes yeux un peu plus brillants, derrière la raideur de mon col de chemise. Je me demande si je suis capable de franchir ce pas. Passer de l'ombre d'un wagon anonyme à la lumière crue d'une galerie d'art.
Suis-je prêt à devenir l'objet de Xavier ? À être son "œuvre" ?
Le soir venu, sur le quai de la gare pour le trajet retour, je ne cherche plus Xavier dans la foule. Je sais qu'il n'est pas là physiquement, mais il occupe tout l'espace de ma pensée. Je m'assois à la place 42. Le carnet est sur mes genoux. Je réalise que je n'ai plus peur de lui, mais de ce qu'il a révélé de moi.
Je sors mon téléphone et je commence à écrire une réponse, le cœur battant à l'unisson du train qui s'élance.
— J'ai besoin de temps, Xavier. Le regard des autres me terrifie encore. Mais... je n'arrive pas à te dire non. Viens me chercher à la gare demain. On parlera de cette exposition. On parlera de nous, au-delà de l'objectif.
Je pose mon front contre la vitre froide. Le reflet qui me fait face n'est plus celui d'un inconnu. C'est celui d'un homme qui commence enfin à exister, même si c'est à travers l'œil d'un autre.
En cette fin du mois de février, le froid de Besançon est plus tranchant que jamais. La bise siffle entre les pierres de la Boucle et les rives du Doubs sont bordées d'une fine pellicule de glace qui craque sous le vent. Xavier m'attend à la sortie du train, sa silhouette imposante se découpant dans la brume givrée du quai de la gare Viotte. Sans dire un mot, il saisit ma main avec cette fermeté qui m'intimide autant qu'elle me rassure. Il m'entraîne d'un pas rapide à travers les rues pavées, nos souffles formant de petits nuages blancs, jusqu'à une porte discrète dans la rue de Pontarlier. C'est là, dans cette ancienne remise transformée en galerie aux murs de pierre de Chailluz et de briques sombres, qu'il projette de m'exposer au regard du monde.
— Entre, murmure-t-il en tournant la clé ancienne dans la serrure massive.
Je m'attends à découvrir une pièce vide, des murs blancs et froids en attente de mes réflexions. Mais quand il actionne l'interrupteur, le souffle me manque et mon cœur manque un battement dans ma poitrine. La galerie n'est pas vide du tout. Xavier a déjà commencé. Il a travaillé avec une intensité et une rapidité fulgurante depuis qu'il m'a lancé cette idée d'exposition quelques jours plus tôt.
Des tirages en format immense pendent du plafond par des fils d'acier invisibles ou sont fixés avec une précision millimétrée contre les parois rugueuses. Ce ne sont pas des photos de paysages ou d'inconnus anonymes. Ce sont des images de moi. Mais ce ne sont pas les photos de notre séance intime. Ce sont des photos extrêmement récentes, prises durant cette dernière semaine de février, après qu'il m'a parlé pour la première fois de ce projet.
Le choc est total quand je m'approche des cadres. Je me vois dans le train. Ce sont des images prises à travers la vitre, ou depuis le bout du couloir. Sur l'une d'elles, je suis assis à la place 42, la tête appuyée contre la vitre froide. Le reflet de mon visage se superpose au paysage nocturne qui défile, flou et lointain. Mes yeux sont perdus, noyés dans une mélancolie que je pensais avoir cachée à tout le monde. Je me vois, le regard vide, une main posée sur le carnet fermé, l'air si seul que cela me fait mal de me regarder.
Sur une autre, je suis en train de descendre du train, mon sac sur l'épaule, mon visage à moitié caché par mon écharpe, mais mon regard cherche quelque chose — ou quelqu'un — dans la foule avec une anxiété que l'objectif a figée pour l'éternité. Ce sont des portraits volés, d'une netteté effrayante qui capture chaque détail de mon trouble actuel.
Sous chaque photo, Xavier a ajouté de longues annotations calligraphiées à l'encre noire, des phrases qui semblent tirées d'un roman oublié, chargées d'une tristesse poétique :
— 22 février. Il y a dans l'inclinaison de son front contre la vitre froide le poids d'un hiver qui ne finit jamais, le reflet d'une âme qui regarde le monde défiler sans jamais oser y prendre part, comme si la vitre était la seule frontière entre son cœur de glace et la vie.
— 24 février. Il marche parmi les hommes comme une ombre étrangère, portant sa solitude comme un manteau trop lourd, les yeux fixés sur un horizon que lui seul semble percevoir, là où les rêves se brisent contre les murs gris de la ville.
— 26 février. La beauté de son désarroi réside dans ce silence qu'il s'impose, un prisonnier magnifique de sa propre pudeur qui ignore encore que chaque battement de ses cils est un cri que j'ai appris à traduire en lumière.
•
Je recule d'un pas, le vertige me prenant à la gorge. Un mélange de colère sourde et de choc pur m'envahit les sens.
— Comment as-tu fait ? balbutié-je, ma voix tremblant d'émotion et de stupeur. Je ne t'ai jamais vu ! Je prenais le train, je vivais ma vie, je pensais à toi, à nous, à cette idée folle d'exposition... et tu étais là ? Tu me prenais en photo dans le train pendant tout ce temps sans que je le sache ? Comment as-tu pu me prendre ainsi, sans mon accord, alors que je t'avais dit que je devais encore réfléchir ?
Je me tourne vers lui, les poings serrés contre mes cuisses, mon visage s'échauffant violemment sous le coup de l'indignation. Cette intrusion me semble soudainement démesurée, presque insupportable.
— C'est une trahison, Xavier ! Tu as commencé avant même que je dise oui ! Tu m'as volé ces instants de solitude, tu m'as volé mon image alors que je ne te voyais pas ! Tu as écrit des choses... c'est trop personnel, c'est trop triste !
Xavier reste d'un calme olympien, serein, adossé à un pilier de pierre séculaire, me regardant avec cette assurance tranquille qui me prive toujours de mes moyens. Ses yeux gris, profonds, ne montrent aucune trace de culpabilité.
— Je ne t'ai pas trahi, Côme. Je t'ai capturé dans ton essence mélancolique. Si je t'avais prévenu que j'étais là avec mon appareil, tu aurais changé. Tu aurais redressé tes épaules pour avoir l'air digne, tu aurais détourné la tête de cette vitre. Ces photos dans le train sont les plus vraies, elles sont le témoignage vivant de ton trouble de cette fin d'hiver. C'est la poésie brute de ta solitude.
— Mais ces photos... elles sont immenses ! crié-je en balayant la salle du regard, effrayé par ma propre vulnérabilité sur ces murs. Tout le monde va me reconnaître ! Et si tu ajoutes celles de notre nuit... Xavier, j'ai peur ! J'ai peur que l'on me voie nu, que l'on voie mon intimité étalée ici pour des inconnus. Je ne suis pas un modèle, je suis un architecte. Que vont penser les gens s'ils voient tout ? Mon sexe, mes fesses, mon abandon... C'est trop !
Il se décolle lentement du mur et s'approche de moi, réduisant l'espace jusqu'à ce que je sente la chaleur de son corps malgré le froid de la pièce. Il pose ses mains sur mes joues, m'obligeant à ancrer mes yeux dans les siens.
— Écoute-moi bien, Côme. Je te promets solennellement qu'il n'y aura rien de pornographique dans cette exposition. Rien de vulgaire. Ce sera une série sensuelle, une étude sur l'ombre, la lumière et la peau. Tout ira bien. On ne verra pas "tout" de manière crue. On verra juste ce qu'il faut pour comprendre le désir et le mystère. Les jeux d'ombre cacheront ce qui doit l'être, ne laissant paraître que la beauté plastique de ton corps. Les gens ne verront pas ton anatomie comme sur un manuel, ils verront l'émotion d'un homme qui se révèle enfin.
Je le regarde, mon souffle s'apaisant un peu au contact de sa peau. Son ton autoritaire mais étrangement protecteur commence à faire son effet. Il a ce don de rendre l'inacceptable nécessaire.
— Tu es sûr ? murmuré-je, encore déboussolé. On ne verra pas... tout ?
— On verra l'essentiel, Côme. On verra la vérité de ce que nous vivons depuis que tu as ouvert ce carnet. Je te connais plus qu'il ne le faut pour savoir que cette série doit exister. Fais-moi confiance.
Je déglutis, mes yeux dérivant à nouveau sur ces portraits géants, et surtout sur cette image de moi la tête contre la vitre, si tragiquement beau. La peur est toujours là, mais elle est talonnée par une étrange et sombre fascination.
— Ok..., soufflé-je enfin, l'esprit en déroute complète. Ok, on peut essayer. Je suis d'accord pour l'exposition.
Xavier esquisse un sourire victorieux, un éclat de triomphe sauvage dans le regard. Il m'embrasse avec une ferveur qui scelle mon destin, ses mains se perdant dans mes cheveux.
— Parfait. Mais sache une chose pour la suite : pour que cette série soit complète et vibrante, je vais continuer. Parfois, je te prendrai en photo quand tu ne le sauras pas, dans ton sommeil, quand tu liras, quand tu seras perdu dans tes pensées chez moi. C'est là que j'aurai les meilleures expressions, les postures les plus sincères. Et d'autres fois, ce sera moi qui dirigerai la séance, comme dans mon studio. Je te donnerai des ordres, je te placerai sous la lumière, et tu m'obéiras.
Je frissonne de tout mon être, réalisant que je viens de lui donner les clés de mon image et de mon intimité la plus profonde. Je me sens comme hypnotisé, incapable de refuser quoi que ce soit à cet homme qui semble avoir lu en moi mieux que je ne le fais moi-même.
— Tu vas faire de moi ton objet, Xavier, murmuré-je.
— Non, Côme. Je vais faire de toi ma muse. Et tu vas adorer ça.
Nous restons là, seuls au milieu de ces photos géantes qui me fixent dans le silence de la galerie, et je réalise que je ne suis plus seulement l'homme de la place 42. Je suis devenu l'homme de Xavier.
Fin du chapitre 4.
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