Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le carnet bleu — Chapitre 7
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le carnet bleu
Chapitre 7
Chapitre 7
Trois mois se sont écoulés depuis le séisme du vernissage, trois mois où le temps a semblé se dilater et se contracter selon les humeurs de Xavier et l'intensité de ma propre peur. Besançon a fini par s'habituer à voir ma silhouette sur les murs, mais moi, je ne me suis habitué à rien. Chaque matin, je me réveille dans le grand lit de Xavier, l'odeur de sa peau mêlée à celle des draps de lin, avec cette boule au ventre qui refuse de disparaître.
Ma vie quotidienne est devenue un étrange entre-deux, une zone grise entre l'anonymat que j'ai perdu et la gloire que je n'ose pas encore embrasser totalement. Je passe mes journées, enfermé avec lui, à observer le ballet incessant des appels téléphoniques et des mails qui tombent comme une pluie battante sur son ordinateur. Paris, Milan, Londres... les noms de ces capitales résonnent dans l'appartement comme des menaces sourdes. Xavier gère tout, il est mon rempart, mon agent, mon amant, mais il est aussi celui qui pousse chaque jour un peu plus le curseur de mon angoisse.
Mes craintes n'ont pas disparu, elles ont simplement changé de forme. Je ne crains plus d'être reconnu — c'est déjà fait — mais je crains de ne pas être à la hauteur de l'image que Xavier a créée. Je passe des heures devant le miroir à scruter ce corps que le monde entier commente sur les réseaux sociaux. Est-ce vraiment moi ? Cet homme musclé, à la peau luisante et au regard de braise, est-ce le même que celui qui, il y a peu, se contentait de vérifier la précision de lignes techniques ? Le syndrome de l'imposteur me ronge. Parfois, la nuit, l'angoisse me submerge. Je me lève, j'étouffe, et je vais m'asseoir sur le balcon pour regarder les lumières de la ville, me demandant si je ne suis pas en train de commettre la plus grande erreur de ma vie.
Le suspense de cette transition a été insoutenable pour mon entourage. Mes anciens collègues m'envoient des messages restés sans réponse, mon employeur a fini par m'envoyer une lettre de mise en demeure. Et pourtant, je n'avais toujours pas formulé la réponse à haute voix. Xavier ne m'a pas pressé, du moins pas avec des mots. Il a utilisé son corps, sa sensualité, sa manière de me toucher comme si j'étais la chose la plus précieuse et la plus érotique qu'il ait jamais possédée.
Chaque séance photo privée, chaque étreinte sauvage où il me rappelle que mon corps est une arme, a été un pas de plus vers l'abîme. Je me souviens de ce soir-là, il y a quelques jours, où il m'a forcé à regarder un contrat étalé sur la table de la cuisine. Le logo d'une maison de haute couture française brillait sous la lampe.
— Ils attendent une signature, Côme. Pas la mienne. La tienne, a-t-il déclaré.
J'avais reculé, le souffle court.
— Et si je rate ? Et si je ne suis qu'une mode passagère ? ai-je demandé.
Xavier s'était approché, m'encerclant de ses bras, sa chaleur m'envahissant.
— Tu ne rateras pas parce que c'est moi qui te regarde. Et mon regard ne se trompe jamais. Tu as peur parce que tu sais que si tu signes, le petit Côme disparaît pour toujours. Mais pose-toi la question : est-ce que tu veux vraiment qu'il revienne ?
Ce matin, l'atmosphère est différente. Une valise ouverte trône au milieu du salon. Xavier prépare ses objectifs, ses boîtiers, d'un geste machinal. Il ne me regarde pas, il me laisse seul face au silence de l'appartement. C'est le jour du départ pour Paris, le jour où les essais avec la marque doivent avoir lieu.
Je reste debout devant la fenêtre, observant le ciel de Franche-Comté. Mon ancienne vie est là, à quelques rues de là, avec ses horaires fixes et sa sécurité monotone. Et devant moi, il y a l'inconnu, le flash des projecteurs, le luxe, le sexe, et cette identité d'icône qui me colle à la peau. Xavier s'arrête, un sac à l'épaule. Il pose sa main sur la poignée de la porte d'entrée. Il ne se retourne pas. C'est l'ultime moment de suspense, le point de non-retour.
— La voiture est en bas, Côme. Je pars dans cinq minutes. Avec ou sans toi, a-t-il dit d'une voix neutre.
Le silence qui suit est lourd de trois mois d'hésitations, de nuits de doutes et de jours de stupéfaction. Je regarde mes mains qui aujourd'hui tremblent d'excitation. Je sens l'appel du vide, non pas comme une chute, mais comme un envol. Je me détourne de la fenêtre. Je ramasse mon sac que j'avais préparé en secret la veille, le cœur battant à un rythme que je n'avais jamais connu auparavant. Je traverse la pièce d'un pas assuré. J'arrive à sa hauteur. Je pose ma main sur la sienne, celle qui tient la poignée de la porte. Xavier tourne enfin la tête vers moi, un sourire lent et victorieux étirant ses lèvres.
— On y va, Xavier. Emmène-moi à Paris, ai-je enfin lâché.
La porte s'ouvre sur l'escalier, et pour la première fois, je ne baisse pas les yeux. J'ai accepté de changer ma vie. J'ai dit oui à mon destin.
Le trajet jusqu'à Paris s'est fait dans un silence électrique, rompu seulement par le ronronnement puissant de la voiture de Xavier. À mesure que les panneaux indiquaient l'approche de la capitale, mon angoisse mutait en une excitation physique, presque douloureuse. Quand nous avons enfin franchi le seuil de son appartement parisien, situé dans un immeuble de pierre de taille du 8ème arrondissement, j'ai compris que ma vie à Besançon appartenait à une autre époque.
L'appartement est immense, baigné par la lumière des lampadaires qui filtrent à travers de hautes fenêtres donnant sur les toits d'ardoise. Le parquet point de Hongrie craque sous mes pas, et partout, des tirages originaux de Xavier ornent les murs blancs. C'est luxueux, froid et intimidant.
— Pose tes affaires ici, Côme. Bienvenue dans ta nouvelle réalité, a lancé Xavier en jetant ses clés sur une console en marbre.
— C'est... c'est immense. Tu vis ici tout seul ? ai-je demandé, la voix un peu tremblante.
— Seul, non. Je vis avec mon travail. Mais à partir de ce soir, nous vivons ici à deux. Demain, tout commence. Dors, si tu le peux.
— C'est... c'est immense. Tu vis ici tout seul ? ai-je demandé, la voix un peu tremblante.
— Seul, non. Je vis avec mon travail. Mais à partir de ce soir, nous vivons ici à deux. Demain, tout commence. Dors, si tu le peux.
Mais le sommeil n'est pas venu. J'ai passé la nuit à regarder les moulures du plafond, terrifié par l'échéance du lendemain.
Le lendemain matin, le studio de la maison de couture est une fourmilière en pleine effervescence. Des portants chargés de tissus soyeux, des assistants courant dans tous les sens avec des posemètres, et l'odeur entêtante du café et du maquillage. On m'a immédiatement pris en charge. Pendant deux heures, on a lissé ma peau, ajusté ma coiffure, et Elena — qui avait fait le voyage — m'a aidé à enfiler la pièce maîtresse de la collection : un pantalon de cuir si fin qu'il semble être une seconde peau et une veste ouverte sur mon torse nu.
Le shooting a commencé sous une lumière crue. Le photographe principal, un homme sec et nerveux, hurlait des directives, mais je ne voyais que Xavier, debout dans l'ombre derrière les projecteurs, les bras croisés, m'observant comme un fauve.
— Plus de tension dans les épaules, Côme ! Donne-moi ce regard que tu avais sur la Place 42 ! criait le photographe.
Je me sentais d'abord raide, mais dès que Xavier a fait un pas vers moi pour ajuster la position de mes hanches, ses mains froides glissant sur le cuir de mon pantalon, l'étincelle a jailli. Chaque flash était comme une caresse électrique. Je me cambrais, je jouais avec l'objectif, ma sueur luisant sous les spots, mon sexe durcissant imperceptiblement sous le cuir tendu. L'excitation de la performance, mêlée à la présence possessive de Xavier, créait une tension insupportable dans le studio.
À la fin de la séance, alors que les techniciens commençaient à ranger le matériel, Xavier m'a attrapé par le bras et m'a entraîné de force vers ma loge privée. Il a claqué la porte et a tourné le verrou dans un fracas métallique.
— Tu as été... indécent, Côme. Je n'ai jamais vu quelqu'un prendre la lumière comme ça, a-t-il murmuré, sa voix rauque de désir.
— C'est parce que je ne regardais que toi, ai-je répondu en le poussant contre la coiffeuse encombrée de pinceaux.
— C'est parce que je ne regardais que toi, ai-je répondu en le poussant contre la coiffeuse encombrée de pinceaux.
L'excitation accumulée pendant des heures de shooting a explosé. Je n'ai pas attendu. J'ai arraché sa chemise, les boutons volant sur le tapis de la loge. Je voulais sa peau, sa bite, sa force. Je l'ai déshabillé avec une rage sauvage, révélant sa queue déjà dressée, imposante et impatiente. Je me suis agenouillé, ma tête entre ses cuisses, et j'ai pris sa bite entière dans ma bouche, ma langue enroulant son gland tandis que mes mains pétrissaient ses couilles lourdes. Xavier gémissait, ses doigts s'enfonçant dans mon crâne, me pressant contre lui.
— Relève-toi, putain... je veux te sentir, a-t-il grogné.
Il m'a retourné brutalement sur la table de maquillage, éparpillant les flacons de parfum. Il a baissé mon pantalon de cuir juste assez pour libérer mon cul. Sans la moindre douceur, il a enfoncé trois doigts en moi pour m'ouvrir, puis il a positionné sa bite brûlante à l'entrée de mon trou. D'un coup de rein monstrueux, il s'est enfoncé jusqu'aux couilles.
— Ahh ! Xavier ! ai-je hurlé, mon cri étouffé par le velours des rideaux de la loge.
Le sexe était animal, sans retenue. Il me baisait sauvagement, le bruit de ses couilles claquant contre mes fesses résonnant dans la petite pièce. Sa main a glissé vers l'avant pour attraper ma propre queue, la branlant avec une vigueur qui me faisait perdre la tête. Je voyais mon visage dans le miroir de la loge, les yeux révulsés, la bouche ouverte, le visage rouge de plaisir.
— Tu es à moi... personne d'autre ne te touchera comme ça, haletait-il en accélérant la cadence.
— Oui... encore ! Enfonce-toi ! Prends-moi comme ton chien ! crié-je, le corps secoué par des spasmes.
— Oui... encore ! Enfonce-toi ! Prends-moi comme ton chien ! crié-je, le corps secoué par des spasmes.
Il m'a attrapé par les hanches, me soulevant presque de la table pour m'empaler encore plus profondément. La jouissance est montée comme un raz-de-marée. J'ai senti mon sperme jaillir en jets épais, maculant les miroirs et les produits de luxe devant moi. Quelques secondes plus tard, Xavier a lâché un râle guttural, sa queue tressaillant en moi alors qu'il m'inondait de son sperme chaud, une décharge massive qui m'a fait trembler de tous mes membres.
Nous sommes restés là, écrasés l'un contre l'autre, nos souffles saccadés se mêlant dans la chaleur étouffante de la loge. Le luxe de Paris était à nos pieds, mais dans cette pièce close, nous n'étions que deux bêtes liées par le sang, la sueur et le désir.
Les semaines qui suivirent la publication de la campagne parisienne furent un tourbillon que personne, pas même Xavier avec son flair légendaire, n'avait anticipé. L'image de « l'Homme de la Place 42 » ne s'était pas contentée d'apparaître dans les magazines ; elle avait littéralement explosé à l'échelle internationale. De Séoul à New York, mon visage — désormais révélé — et mon corps étaient devenus le nouveau standard d'une masculinité à la fois brute et vulnérable.
Dans notre appartement parisien, l'atmosphère changea. Xavier passait des heures au téléphone, son visage se crispant à chaque nouvelle proposition d'un autre photographe de renom. Une jalousie sourde, bien que contenue, commençait à poindre. Ce n'était pas une jalousie d'amant inquiet d'être trompé, mais la jalousie d'un créateur réalisant que sa muse lui échappait pour appartenir au monde entier.
— Ils ne comprennent rien à ta lumière, Côme, grogna-t-il un soir en jetant un exemplaire du Vogue Italia sur la table. Ce photographe t'a lissé la peau, il a enlevé ce qui te rendait humain. Tu es devenu un produit.
— C'est toi qui m'as poussé dans ce monde, Xavier, ai-je répondu avec une assurance nouvelle. Tu ne peux pas me reprocher d'avoir du succès.
— Je ne te le reproche pas. Je regrette juste que n'importe quel imbécile avec un objectif puisse désormais poser ses yeux sur toi. Tu étais mon secret. Maintenant, tu es leur proie.
— C'est toi qui m'as poussé dans ce monde, Xavier, ai-je répondu avec une assurance nouvelle. Tu ne peux pas me reprocher d'avoir du succès.
— Je ne te le reproche pas. Je regrette juste que n'importe quel imbécile avec un objectif puisse désormais poser ses yeux sur toi. Tu étais mon secret. Maintenant, tu es leur proie.
La dispute éclata, vive et tranchante. Des mots furent jetés sur ma nouvelle carrière, sur son besoin de contrôle. Mais au milieu des cris, la tension nerveuse se mua brusquement en un besoin physique dévastateur. Xavier m'attrapa par la nuque, faisant taire mes arguments par un baiser brutal qui nous projeta contre le mur du couloir.
Nous nous sommes effondrés sur le lit, luttant pour arracher nos vêtements dans une urgence animale. La jalousie de Xavier se transformait en une volonté de marquage territorial. Il me retourna violemment, m'écrasant contre le matelas.
— Regarde-moi, Côme. Ils peuvent avoir ton image, mais ils n'auront jamais ça, haleta-t-il.
Il attrapa sa bite, déjà monstrueuse et pulsante, et commença à se frotter contre mon cul avec une ferveur sauvage. Je sentais la chaleur de sa queue contre ma peau, cette verge qu'il m'imposait comme une preuve de possession. Sans lubrifiant, il força l'entrée, cherchant à me faire sentir chaque millimètre de son intrusion. Je lâchai un cri rauque, les mains agrippées aux draps de soie.
— Oui, Xavier... prends-moi ! Montre-moi que je suis à toi ! hurlai-je.
Il commença à me baiser avec une violence désespérée, sa bite s'enfonçant jusqu'au fond de mes entrailles. Le bruit de la chair contre la chair résonnait dans la chambre silencieuse. Il me prit dans toutes les positions : sur le côté, les jambes sur ses épaules pour m'ouvrir totalement, puis à nouveau sur le ventre, me tenant par les cheveux pour m'obliger à regarder notre reflet dans le miroir. Je voyais sa bite entrer et sortir de mon cul, luisante de nos fluides, rouge de l'effort.
Le plaisir était une agonie sublime. Je sentais ma propre queue battre contre le lit, inondant les draps de mon propre désir. Quand l'orgasme arriva, ce fut une déflagration. Je sentis sa bite tressaillir au plus profond de moi alors qu'il m'inondait de son sperme brûlant, tandis que je jouissais sans même me toucher, mon sperme jaillissant sur le matelas dans un râle de pur épuisement.
Les mois qui suivirent furent consacrés à une discipline de fer. Xavier, malgré ses doutes, resta mon pilier. Il m'imposa des cours de maintien. Je devais désapprendre ma démarche de dessinateur pour apprendre celle d'un prédateur des podiums.
— Ne marche pas avec tes pieds, Côme. Marche avec tes hanches. Projette ton bassin. Ton corps doit raconter une histoire à chaque pas, me répétait-il inlassablement dans le grand salon transformé en piste de fortune.
Et puis, le moment ultime arriva : la Fashion Week de New York.
L'effervescence de Manhattan était à mille lieues du calme de Besançon. Nous étions logés dans un penthouse surplombant Central Park. Le stress était à son comble. J'avais été choisi comme "Opening and Closing Look" pour le défilé le plus attendu de la saison, celui d'un créateur d'avant-garde qui avait fait de moi sa muse absolue.
L'effervescence de Manhattan était à mille lieues du calme de Besançon. Nous étions logés dans un penthouse surplombant Central Park. Le stress était à son comble. J'avais été choisi comme "Opening and Closing Look" pour le défilé le plus attendu de la saison, celui d'un créateur d'avant-garde qui avait fait de moi sa muse absolue.
Le soir du défilé, dans les backstages du Park Avenue Armory, l'air était irrespirable. Maquilleurs, coiffeurs, habilleurs... tout le monde s'affairait autour de moi. Xavier était là, discret mais présent, son regard ne me quittant pas.
— Côme, c'est le moment, murmura-t-il juste avant que les lumières ne s'éteignent. N'oublie pas d'où tu viens. N'oublie pas le wagon 7. Mais sois celui qu'ils attendent.
La musique commença, une ligne de basse lourde et lancinante qui faisait vibrer le sol. Je sors dans la lumière crue. Le silence se fit dans la salle comble. Des centaines de téléphones se levèrent simultanément. Je marchais, le regard fixe, le corps parfaitement aligné dans une tenue de soie transparente et de cuir brut qui ne laissait aucune place à l'imagination.
Je n'étais plus Côme. J'étais l'Homme de la Place 42, une icône mondiale, la pièce maîtresse du plus grand spectacle de la terre. À la fin du défilé, le créateur me prit par la main pour saluer la foule en délire. Les applaudissements étaient un tonnerre qui semblait ne jamais vouloir s'arrêter.
De retour dans la loge, après avoir traversé une nuée de journalistes, je retrouvai Xavier. Il me regarda longuement, un sourire triste mais fier aux lèvres.
— Tu as réussi, Côme. New York est à tes pieds.
— Non, Xavier, répondis-je en m'approchant de lui pour l'embrasser devant les assistants médusés. C'est nous qui avons réussi.
— Non, Xavier, répondis-je en m'approchant de lui pour l'embrasser devant les assistants médusés. C'est nous qui avons réussi.
Ma vie avait changé à jamais. Le dessinateur industriel de Franche-Comté était mort, et sur ses cendres, un dieu de papier glacé s'était levé, prêt à conquérir le reste du monde.
Epilogue
Dix ans ont passé.
Le fracas des podiums, les flashs aveuglants de Manhattan et l'agitation fiévreuse de Paris ne sont plus qu'un écho lointain, une mélodie feutrée que j'écoute désormais avec la sérénité d'un homme qui a enfin trouvé son port. Je suis revenu ici, en Franche-Comté, non pas pour m'enfermer à nouveau dans la grisaille d'un bureau, mais pour habiter cette vieille ferme de pierre de taille qui surplombe les vallées embrumées. Ce sont ces mêmes paysages que j'aimais tant observer, autrefois, par la fenêtre givrée du wagon 7, quand je n'étais qu'une ombre parmi les ombres, un homme qui s'excusait presque d'exister.
Le fracas des podiums, les flashs aveuglants de Manhattan et l'agitation fiévreuse de Paris ne sont plus qu'un écho lointain, une mélodie feutrée que j'écoute désormais avec la sérénité d'un homme qui a enfin trouvé son port. Je suis revenu ici, en Franche-Comté, non pas pour m'enfermer à nouveau dans la grisaille d'un bureau, mais pour habiter cette vieille ferme de pierre de taille qui surplombe les vallées embrumées. Ce sont ces mêmes paysages que j'aimais tant observer, autrefois, par la fenêtre givrée du wagon 7, quand je n'étais qu'une ombre parmi les ombres, un homme qui s'excusait presque d'exister.
Xavier n'est plus à mes côtés pour voir ce dernier chapitre de notre histoire. Il s'est éteint il y a deux ans, emportant avec lui l'artiste qui avait créé l'idole, mais me laissant l'homme qu'il m'avait aidé à devenir. Sa toute dernière photographie, celle qu'il considérait comme son chef-d'œuvre absolu, n'est pas celle d'une icône de mode défilant sous les lustres de cristal de New York. C'est un cliché de moi, ici, dans mon jardin, le visage marqué par les premières rides de la sagesse, les mains tachées de terre, souriant à une lumière que moi seul semblais voir dans l'instant présent.
Je marche aujourd'hui sur la Place du 8 Septembre, au cœur de Besançon, là où tout a véritablement commencé pour nous. Je ne porte plus de soie noire, ni de cuir luxueux, ni aucun des artifices de ma vie passée, mais un simple pull de laine épaisse. Personne ne se retourne sur mon passage. Pour les gens pressés par le froid de janvier, je suis redevenu un inconnu, un homme ordinaire parmi les autres. Pourtant, au fond de mes yeux, réside une étincelle que rien ne pourra jamais éteindre, un secret que je porte comme un trésor inestimable.
Je m'assieds sur ce banc de pierre et j'observe un jeune homme qui attend le bus, un sac usé jeté sur l'épaule. Il a l'air si effacé, les épaules voûtées par le poids d'un quotidien qu'il croit sans issue, le regard fixé sur le goudron. En le regardant, j'ai envie de me lever, de lui poser une main sur l'épaule pour lui murmurer que sous son manteau trop large, sous sa timidité maladive, dort un géant de lumière. Que sous la grisaille de ses jours ternes se cache une beauté capable d'embraser le monde entier s'il acceptait de la laisser sortir.
C'est là que réside la véritable morale de mon voyage.
Nous passons nos vies à nous croire de simples courants d'air, des êtres de passage définis par un métier, une routine ou le regard souvent distrait de ceux qui nous croisent. Nous nous pensons poussière, alors que nous sommes des étoiles en sommeil. Chaque être humain porte en lui un territoire inexploré, une force sauvage et insoupçonnée qui ne demande qu'une rencontre, un choc ou un simple regard pour se révéler.
Xavier n'a pas inventé l'Homme de la Place 42. Il l'a simplement reconnu au milieu du tumulte de la vie. Il a vu à travers les murs de verre que je m'étais moi-même construits pour me protéger. Il m'a appris que la plus grande tragédie d'une vie n'est pas de mourir, mais de passer à côté de la splendeur qui vibre dans nos propres veines, de ne jamais oser être soi-même.
Je sors de ma poche cette petite boîte en argent qui contient ses cendres. Je les sème doucement dans le vent de Besançon, là où le mystère est né, là où mon âme s'est éveillée à la vie.
— Merci, Xavier, murmuré-je, les larmes brouillant enfin ma vue. Merci de m'avoir montré que je n'étais pas seulement celui qui trace les lignes des autres, mais celui qui est capable de briser les siennes pour écrire sa propre légende.
Cette fin, ce silence qui retombe après le tumulte des défilés, de la chair et des cris de jouissance, pourrait sembler triste. Mais je sais aujourd'hui qu'elle est une victoire. Car si moi, le simple dessinateur industriel effacé, j'ai pu devenir ce dieu de lumière, alors il n'existe aucune limite à ce qu'une âme peut porter en elle.
Quand je me regarde dans le miroir ce soir, ce n'est plus pour y chercher mes défauts, mes rides ou mes doutes passés, mais pour y déceler ce secret magnifique qui a enfin trouvé son heure. Je suis bien plus que ce que je croyais être. Je suis une promesse tenue.
La vie est courte, mais l'âme est immense. Je ne l'oublierai plus jamais.
Fin.
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