Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le carnet bleu — Chapitre 5
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le carnet bleu
Chapitre 5
Chapitre 5
La semaine qui suit la visite de la galerie est marquée par une paranoïa douce, une étrange sensation d'être devenu le centre d'un cyclone dont personne ne connaît encore le nom. Partout dans Besançon, le murmure monte. Dans les pages culturelles des journaux locaux, des articles énigmatiques commencent à paraître. On y parle d'un événement photographique majeur rue de Pontarlier, d'une œuvre intitulée "L'Homme de la Place 42", mais tout reste volontairement vague. Aucun tirage n'a fuité, aucune image n'a encore été dévoilée au public. Les journalistes s'interrogent sur l'identité de ce modèle mystérieux, décrivant le projet comme une immersion dans le trouble d'un homme ordinaire. Les gens en parlent au café, dans le bus, mais personne ne sait à quoi s'attendre.
Chaque fois que je descends du train, chaque fois que je traverse la place de la Révolution ou que je m'arrête pour acheter mon journal, je scrute les angles morts. Je cherche un objectif brillant entre deux voitures, une silhouette familière postée sur un balcon ou dissimulée derrière le rideau d'un café. Mais Xavier est invisible. Il joue avec mes nerfs, me laissant seul avec la sensation grisante et terrifiante d'être une proie consentante.
Le vendredi soir arrive, chargé d'une fatigue nerveuse. Alors que je remonte la cage d'escalier de mon immeuble, le silence me semble trop lourd. Une fois dans mon appartement, je pose mes clés, mais je n'arrive pas à me détendre. Je me sens suivi, comme si une paire d'yeux était restée collée à ma nuque. Je vérifie le verrou, je regarde par la fenêtre : rien, seulement les lumières de la ville qui scintillent dans le froid.
Soudain, on frappe à ma porte. Trois coups secs, impérieux. Au moment où j'ouvre, un éclair m'aveugle. Clic. Xavier est là, sur le palier, son appareil à l'œil, le doigt encore sur le déclencheur. Il capture mon expression de surprise totale, la bouche entrouverte, le regard égaré, mes traits figés dans l'instantané de l'imprévisible. Sans dire un mot, il entre chez moi comme s'il possédait les lieux. Il pose sa sacoche sur ma table de cuisine et se tourne vers moi avec un sourire carnassier. Il m'attrape par la nuque et m'embrasse, une étreinte longue, profonde, qui me fait perdre l'équilibre et toute velléité de protestation.
— Ce soir, on sort, déclare-t-il d'un ton qui ne souffre aucune discussion, son regard gris pétillant d'une excitation contenue. Et je veux que tu sois sexy.
Je recule d'un pas, encore étourdi par le baiser et l'agressivité du flash.
— Sexy ? Xavier, je n'ai rien de tel dans mon armoire. Mes vêtements sont... disons, conventionnels, pour ne pas dire ennuyeux.
Il esquisse un sourire mystérieux et ouvre son sac.
— J'ai tout prévu.
Il en sort une chemise noire d'un tissu de soie si fin qu'il en est presque transparent sous la lumière du plafonnier, et un jean slim noir qui semble avoir été taillé directement sur mes hanches. Sous sa direction, je me change dans la chambre. La chemise glisse sur mes épaules comme une caresse interdite, révélant les ombres de mon torse à chaque mouvement. Xavier s'approche, me fait asseoir sur une chaise, et de ses doigts agiles et experts, il défait ma coiffure habituelle de bureau. Il ébouriffe mes cheveux avec un gel mat, travaillant les mèches une à une pour créer un style "décoiffé" savamment sauvage qui durcit mes traits et donne à mon regard une intensité nouvelle. Il reprend son appareil et me mitraille, déjà.
— Où allons-nous ? demandé-je, dévisageant cet étranger provocant dans mon miroir.
— Mon plan est déjà tracé, Côme. Laisse-toi porter. Suis-moi.
— Mon plan est déjà tracé, Côme. Laisse-toi porter. Suis-moi.
Nous commençons la soirée dans un petit restaurant intimiste, niché dans une cave voûtée aux pierres apparentes. La lumière des bougies danse sur les verres de cristal. Nous parlons de l'exposition qui approche.
— Tout avance parfaitement, dit-il en dégustant son vin. La ville commence à murmurer sérieusement. Les articles de presse ont créé une attente incroyable. Tout le monde veut savoir qui tu es, mais je garde le secret sous clé.
— Est-ce que je peux enfin voir les dernières photos ? Celles que tu as prises dans le train ou dans la galerie ?
— Non, répond-il en me fixant avec une intensité qui me traverse. C'est une surprise totale, même pour toi. Tu les découvriras en même temps que les autres, sur les murs de la galerie. Ce soir, je veux que tu te concentres sur le présent, sur ce que tu ressens ici et maintenant.
— Est-ce que je peux enfin voir les dernières photos ? Celles que tu as prises dans le train ou dans la galerie ?
— Non, répond-il en me fixant avec une intensité qui me traverse. C'est une surprise totale, même pour toi. Tu les découvriras en même temps que les autres, sur les murs de la galerie. Ce soir, je veux que tu te concentres sur le présent, sur ce que tu ressens ici et maintenant.
Il prend plusieurs photos de moi durant le dîner : quand je ris d'une de ses remarques, quand je porte mon verre à mes lèvres, quand je rougis violemment sous ses compliments explicites. Je me sens devenir son objet, son prolongement, mais l'alcool et sa présence magnétique rendent cette soumission étrangement grisante.
Vers minuit, il m'entraîne vers une boîte de nuit sélecte de la ville, cachée derrière une porte dérobée sans enseigne. À l'entrée, sous la lumière crue du néon, il s'arrête et me détaille. D'un geste lent, presque cérémonieux, il déboutonne ma chemise jusqu'au milieu du torse, révélant la ligne dessinée de mes muscles et la pâleur de ma peau sous le tissu transparent.
— Voilà, murmure-t-il, sa voix vibrant dans mon cou. Beaucoup mieux.
À l'intérieur, la musique est lourde, une techno lancinante qui fait vibrer le sol. Xavier commande immédiatement une bouteille de champagne. Nous trinquons à "l'Homme de la Place 42", cet être de papier et de lumière qu'il est en train de créer. Puis, il me tire vers la piste de danse bondée. Je suis raide au départ, intimidé par la foule et les regards, mais il se colle à moi, son corps puissant guidant mon bassin sur le rythme.
— Lâche-toi, Côme. Oublie le dessinateur industriel, oublie le train. Oublie qui tu es censé être.
Il s'éloigne soudainement, me laissant seul dans la lumière stroboscopique. Je le vois aller parler à deux hommes magnifiques, aux corps sculptés, qui se tiennent au bar. Quelques secondes plus tard, ils s'approchent de moi, manifestement envoyés par Xavier. Ils m'entourent, me serrant de près. Je suis d'abord pétrifié, mais le champagne et l'adrénaline font leur œuvre. Ils commencent à danser contre moi, leurs corps brûlants pressés contre le mien.
La chaleur devient étouffante sur la piste. Je sens la sueur perler sur mon front, couler le long de ma tempe et s'insinuer dans le creux de mon torse. Ma peau devient luisante sous les néons, rendant le tissu de la chemise noire totalement collant et transparent. Je suis transpirant par la danse, mes cheveux décoiffés collent à ma nuque, et cet éclat humide sur mon corps me rend incroyablement sexy, une aura sauvage se dégageant de moi.
Leurs mains se posent sur mes hanches, glissent sur mon torse mouillé sous la chemise ouverte. L'un d'eux m'embrasse dans le cou avec audace, goûtant le sel de ma peau, tandis que l'autre plaque sa main ferme dans mon dos, me tirant vers lui.
— Vas-y, Côme ! Fais la même chose ! Ne réfléchis plus ! ordonne Xavier, qui a déjà son appareil en main et nous encercle en mitraillant.
Je me laisse enfin aller, une digue cédant en moi. Je suis en transe, porté par le rythme et la chaleur moite de nos corps mêlés. Je réponds à leurs caresses, je pose mes mains sur leurs corps musclés, explorant la texture de leur peau. La danse devient purement sensuelle, une mêlée de membres, de sueur et de soupirs sous les flashs répétés de Xavier qui capte chaque seconde de ma chute.
— Embrasse-les, ordonne-t-il à travers le fracas de la musique.
J'embrasse le premier, un baiser fiévreux, puis le second, avant de me perdre dans un baiser à trois, désordonné, sauvage et interdit. Je sens l'objectif de Xavier partout, il est le témoin de mon abandon, de cette débauche volontaire. Je ne suis plus le dessinateur réservé, je suis l'animal qu'il a patiemment libéré, brillant de sueur et de désir.
Nous rentrons chez moi très tard, alors que les premières lueurs de l'aube pointent sur les toits de Besançon. Je m'écroule sur mon lit, exténué par la danse, les émotions et l'alcool. Mais Xavier est insatiable.
— Déshabille-toi, Côme. Lentement. Devant moi.
Il prend des photos de mes gestes maladroits et las alors que je retire cette chemise noire encore humide. Il me demande des poses timides, le corps à moitié caché par les draps, puis des poses plus sensuelles, offrant ma nudité à la lumière crue de la lampe de chevet. Chaque clic de l'appareil est comme une caresse finale, un point de suture sur ma pudeur envolée.
Une fois satisfait, il pose enfin son matériel sur la commode. Il se déshabille à son tour, me rejoint sous la couette et m'enveloppe de ses bras puissants. Il m'embrasse avec une tendresse infinie qui contraste avec la fureur de la boîte de nuit.
— Tu as été parfait ce soir, murmure-t-il à mon oreille.
Je n'ai pas le temps de répondre. Je m'endors immédiatement, protégé par sa chaleur, exténué d'être devenu, sous son regard et ses ordres, l'œuvre d'art totale qu'il avait imaginée.
Le réveil sonne à neuf heures précises, arrachant mon esprit aux limbes d'un sommeil lourd, peuplé de flashs aveuglants et de basses assourdissantes qui résonnent encore douloureusement dans mon crâne. La lumière grise de cette fin février filtre à travers les rideaux, mais elle me semble d'une agressivité insupportable pour mes yeux fatigués. Ma tête est embrumée par le chaos de la veille et ma peau conserve cette sensation électrique, ce souvenir des mains étrangères qui m'ont frôlé sur la piste de danse. Je tâtonne le côté gauche du lit, cherchant une chaleur, une présence familière : les draps sont froids, lisses, parfaitement tendus. Xavier n'est plus là.
Je me redresse avec une lenteur douloureuse, les muscles de mon dos et de mes jambes endoloris par cette transe sauvage dont je n'aurais jamais cru être capable. Sur ma table de chevet, un petit carré de papier crème, lourd et élégant, attire mon regard. Son écriture est nerveuse, assurée, presque impitoyable dans sa netteté.
— Ne reste pas au lit, Côme. La métamorphose n'attend pas. Rendez-vous à 10h00 au salon "L'Art du Court" à la Boucle. On change de tête. La journée sera longue et riche en surprises. Xavier.
Je regarde l'heure d'un air hébété. Neuf heures cinq. J'ai à peine le temps de me doucher et de traverser la ville. Sous l'eau chaude, je frotte vigoureusement ma peau pour essayer d'effacer cette sensation persistante de sueur, d'alcool et de débauche nocturne. Mais les souvenirs restent gravés derrière mes rétines : le baiser à trois, l'odeur du champagne, le regard prédateur de Xavier derrière son objectif. Je suis un homme dont la vie se résume d'ordinaire à la précision et à la discrétion, et pourtant, me voilà courant à un rendez-vous comme si mon existence entière dépendait désormais du bon vouloir d'un photographe.
J'arrive au salon de coiffure avec une minute d'avance, le souffle court. Xavier est déjà installé dans un fauteuil de cuir noir, discutant à voix basse avec un coiffeur au look avant-gardiste. Dès qu'il m'aperçoit dans le reflet du miroir, il se lève et vient vers moi. Devant les autres clients et le personnel, sans la moindre pudeur, il pose ses mains fermes sur mes hanches et m'embrasse longuement sur la tempe.
— Tu es pâle et tu as des cernes, Côme. C'est parfait pour l'authenticité, mais nous avons une longue journée de prises de vues devant nous, murmure-t-il à mon oreille.
Avant de commencer la coupe, il m'entraîne vers une cabine isolée à l'arrière du salon où une esthéticienne m'attend.
— On va d'abord s'occuper de ces traits fatigués, déclare-t-il d'un ton autoritaire. Je veux que ta peau soit lumineuse sous l'objectif, même si ton regard doit rester celui d'un homme qui n'a pas dormi.
Pendant trente minutes, je subis des soins du visage intenses. On m'applique des serviettes chaudes, des sérums frais et des masques décongestionnants pour camoufler les excès de la veille. Xavier reste dans la cabine, observant chaque geste de l'esthéticienne avec une attention troublante. Il s'approche parfois pour effleurer ma joue du bout des doigts, vérifiant la texture de ma peau. Ce contact, allié à la douceur des soins, me plonge dans un état de somnolence et d'excitation mêlées.
Une fois le visage reposé, la coupe commence. Je sens les ciseaux courir avec une hâte experte, la tondeuse raser ma nuque avec une froideur métallique. On me dégage le visage, on sculpte mes mèches pour briser ma silhouette habituelle. Quand le fauteuil se retourne enfin vers le miroir, je pousse un soupir de stupeur. L'homme effacé, celui qui se fondait dans la masse du wagon 7, a disparu. Il y a maintenant un homme aux traits soulignés, une allure plus agressive, plus moderne. Xavier s'approche par derrière, passe sa main dans mes nouveaux cheveux courts, ses doigts effleurant ma peau fraîchement dénudée. Ce contact provoque un frisson immédiat.
— Voilà l'homme que je veux montrer au monde, dit-il en ancrant son regard dans le mien.
La suite de la matinée se déroule dans l'atelier d'une styliste, Elena. Xavier m'installe sur une petite estrade de bois.
— On commence par le versant "sujet timide", annonce-t-il.
Elena me fait enfiler des vêtements d'une sobriété étudiée : des pulls en cachemire trop larges qui tombent sur une épaule, des pantalons de laine anthracite. Xavier s'approche pour ajuster le col. Il fait glisser ses doigts sur ma clavicule, ralentissant délibérément le geste.
— Ici, tu es le Côme du train. Réservé. L'homme que j'ai traqué du regard, souffle-t-il.
Puis, l'ambiance change. Elena sort des pièces de cuir sombre, des tissus de soie noire presque transparents. Je me sens exposé, vulnérable dans ces tenues. Xavier tourne autour de moi, son appareil à la main. Il s'arrête, pose sa main chaude sur mon ventre pour m'ordonner de me cambrer davantage. Ses caresses sont délibérées, destinées à faire monter le sang à mes joues.
— Et là... là, tu es ma création. Sexy. Provocateur.
Je suis rouge de confusion, mon corps réagissant malgré moi à son contact incessant, mon désir s'éveillant sous le regard analytique de la styliste.
L'après-midi devient une course effrénée à travers Besançon. Xavier a tout organisé. Nous commençons sur les remparts de la Citadelle, face au vent glacial qui plaque mes vêtements contre ma peau. Puis, nous descendons dans les sous-sols sombres d'une ancienne usine désaffectée, où la rouille et le béton servent de décor à ma nouvelle allure de "sujet sombre". Enfin, il m'entraîne dans la cour intérieure d'un hôtel particulier, où la pierre ancienne contraste avec la modernité de mon visage.
À chaque arrêt, Xavier est d'une sensualité débordante et tactile. Il me place, me tord le corps, me touche sans cesse pour ajuster une mèche ou la position d'une épaule. Il pose ses lèvres contre les miennes entre deux prises, me susurrant des mots crus pour obtenir l'expression de désir qu'il recherche. Je suis totalement déboussolé, flottant dans un état d'appréhension et d'excitation totale.
C'est alors que nous sommes assis dans sa voiture, rejoignant le dernier lieu, qu'il lâche l'information.
— L'exposition ouvre dans quinze jours, Côme.
Je manque de m'étouffer.
— Quinze jours ? Mais... c'est demain ! Et les médias, Xavier ?
— Tous les médias sont déjà au courant. L'Est Républicain, les radios locales, et même quelques magazines d'art nationaux. Le buzz est énorme. Le mystère entourant "l'Homme de la Place 42" a fonctionné au-delà de mes espérances.
— Tous les médias sont déjà au courant. L'Est Républicain, les radios locales, et même quelques magazines d'art nationaux. Le buzz est énorme. Le mystère entourant "l'Homme de la Place 42" a fonctionné au-delà de mes espérances.
Je le regarde, sidéré par sa puissance d'organisation.
— Comment fais-tu ? Comment as-tu autant de contacts pour transformer un simple inconnu en événement médiatique ?
Xavier gare brusquement la voiture sur le bas-côté. Il se tourne vers moi, un sourire énigmatique. Il pose sa main sur ma cuisse, ses doigts remontant vers l'intérieur de ma jambe, provoquant un rougissement immédiat.
— Disons que j'ai eu une vie bien remplie avant ce train, Côme. Ne pose pas trop de questions. Contente-toi d'être mien.
Il se penche et m'embrasse langoureusement, sa main me pressant contre le siège. L'appréhension me tord l'estomac, mais l'excitation est devenue une drogue.
— Dans quinze jours, tout Besançon verra ce que je vois en toi, murmure-t-il. Tu es prêt ?
Je ne réponds pas. Je ferme les yeux, terrifié par le gouffre qui s'ouvre, mais incapable de lâcher la main de celui qui m'y pousse.
À la fin du mois de mars, Besançon semble s'éveiller d'une longue léthargie hivernale sous un ciel d'un bleu perçant, mais l'air printanier n'apporte aucun calme à mes nerfs. Le secret que je partage avec Xavier est devenu une entité vivante, un monstre de papier et d'encre qui s'apprête à dévorer la cité. Ce matin-là, je sors de mon appartement, le col de mon nouveau manteau relevé, l'esprit encore embrumé par les dernières directives de mon mentor et les résidus de nos nuits fiévreuses.
C'est à l'angle de la rue de la République, là où les passants s'empressent vers les boutiques, que le choc me frappe de plein fouet.
Je m'arrête net, le monde autour de moi semblant s'arrêter de tourner. Mon cœur manque un battement avant de s'emballer comme une machine folle. Là, sur un panneau publicitaire de trois mètres de haut, je me vois. Ou plutôt, je vois ce que Xavier a fait de moi. Ce n'est pas mon visage que le monde découvre — il reste plongé dans une pénombre savante, une décision délibérée pour attiser un mystère insoutenable — mais mon intimité la plus brute, exposée à tous les vents.
Je m'arrête net, le monde autour de moi semblant s'arrêter de tourner. Mon cœur manque un battement avant de s'emballer comme une machine folle. Là, sur un panneau publicitaire de trois mètres de haut, je me vois. Ou plutôt, je vois ce que Xavier a fait de moi. Ce n'est pas mon visage que le monde découvre — il reste plongé dans une pénombre savante, une décision délibérée pour attiser un mystère insoutenable — mais mon intimité la plus brute, exposée à tous les vents.
La photo est d'une sensualité dévastatrice. Je suis représenté de dos, mais mon corps est tordu dans une pose de tension extrême, presque douloureuse. On voit la cambrure profonde de mes reins, chaque vertèbre saillant sous la peau, le grain de mon épiderme luisant d'une sueur artificielle qui capte la lumière comme du cristal liquide. Mes mains sont levées, les doigts crispés avec une force désespérée dans mes cheveux courts, tirant sur les mèches dans un geste de frustration ou d'extase pure. Le jean noir descend si bas sur mes hanches qu'il laisse apparaître la naissance de mes fesses et le creux de mes fossettes lombaires, une ligne de poils sombres s'enfonçant sous le tissu avec une précision érotique. La mise en scène est d'un noir d'encre, un vide sidéral qui fait ressortir la pâleur presque irréelle de mon corps musclé.
Sur l'affiche, en lettres capitales et élégantes, s'étalent les informations que je redoutais : « L'HOMME DE LA PLACE 42 » VERNISSAGE DANS 3 JOURS À 19H00 GALERIE RUE DE PONTARLIER
Je vacille. Ce n'est que le début de l'onde de choc. En marchant vers le centre-ville, je réalise l'ampleur de l'invasion. Mon corps est partout. Sur les abribus de la place de la Révolution, sur les colonnes Morris près du théâtre, et même sur les flancs des bus Ginko qui traversent le pont Battant avec fracas. Des milliers de personnes fixent ma peau, mes muscles, ma vulnérabilité offerte sans savoir que l'homme qu'ils admirent est en train de passer juste à côté d'eux, dissimulé sous sa capuche. Les passants s'arrêtent, murmurent, pointent du doigt cette image provocante. Je me sens violé par le regard de la ville, mais en même temps, une chaleur sombre et pulsante s'installe au creux de mon ventre. Je suis son œuvre. Je suis le secret le plus désiré de Besançon.
Quand j'arrive chez Xavier ce soir-là, je suis dans un état de transe nerveuse. L'excitation a pris le dessus sur la pudeur. Dès qu'il ouvre la porte, je ne le laisse pas prononcer un seul mot de bienvenue. Je le pousse à l'intérieur et le plaque contre le bois dur de la porte, mes yeux brûlant d'une rage de désir que je ne cherche même plus à contrôler.
— Tu m'as exposé... partout, Xavier. Tout le monde me déshabille du regard dans la rue, murmuré-je d'une voix rauque, mon souffle court venant mourir sur ses lèvres.
Je m'acharne sur les boutons de sa chemise avec une urgence sauvage. Mes mains tremblent, mes doigts s'emmêlent dans le tissu, mais je veux le voir nu, là, tout de suite. Je veux qu'il ressente la même vulnérabilité que celle qu'il m'a imposée. Je déshabille Xavier avec une envie pressante, arrachant presque ses vêtements, les laissant choir au sol pour libérer son corps puissant que j'ai appris à adorer. Il ne résiste pas, il rit doucement, un rire de prédateur satisfait qui ne fait qu'attiser l'incendie en moi.
Nous tombons sur le tapis épais du salon, incapables d'attendre une seconde de plus pour rejoindre le lit. Nos bouches se percutent dans un baiser violent, une lutte acharnée de langues et de dents. Je me glisse sur lui, ma peau brûlante contre la sienne, sentant son sexe déjà dur presser contre ma cuisse. Je le regarde dans les yeux, mon désir dépassant ma raison, et je lui souffle avec une autorité nouvelle :
— Prends-moi, Xavier. Prends-moi sauvagement, tout de suite. Je veux sentir que je t'appartiens autant que cette image appartient à la ville.
Il ne se le fait pas dire deux fois. Il me retourne d'un geste brusque, me plaçant à quatre pattes sur le tapis. Je veux qu'il me domine, je veux qu'il sente la fureur qu'il a allumée. Il commence par me dévorer de baisers, mes lèvres parcourant son dos, ses mains pétrissant mes fesses avec une force qui laissera des marques. Mes gémissements montent dans le silence de la pièce, des sons graves et rauques qui m'enivrent.
La pénétration est brutale, sans aucun préambule, un choc de plaisir si pur qu'il nous fait crier tous les deux. Je me fonds en lui, mes hanches frappant les siennes dans un rythme frénétique, presque animal. C'est une communion de sueur, de souffle et de cris de jouissance. On change de position, il me bascule avec force sur le dos, mes jambes encerclant sa taille, mes talons s'enfonçant dans ses reins pour le tirer toujours plus profondément en moi. Les gémissements deviennent des râles de plaisir, des appels déchirants.
— Plus fort, Xavier... plus fort ! je supplie, la tête rejetée en arrière, mes doigts griffant ses épaules musclées.
Il me prend avec une ardeur dévastatrice, répondant à ma demande de sauvagerie. Ses mains maintiennent mes poignets au-dessus de ma tête contre le sol. Chaque coup de rein est une déflagration qui me fait perdre pied avec la réalité. Je ne suis plus qu'un nerf à vif, une extension de son désir. Nos corps sont luisants de sueur, glissant l'un contre l'autre dans une jouissance totale.
Puis, il me redresse et m'emporte contre le mur froid. Mes jambes s'enroulent étroitement autour de lui, je m'accroche à son cou tandis qu'il continue de me pénétrer avec une puissance qui me fait gémir de plaisir. Je sens ses dents mordre mon épaule, ses gémissements se transformer en cris de triomphe. L'orgasme nous foudroie simultanément dans une explosion de lumière et de chaleur insoutenable, nous laissant vides, pantelants, suspendus l'un à l'autre dans un abandon absolu.
De longues minutes plus tard, nous sommes enfin allongés sur le lit, la respiration encore courte, le corps en proie à des tressaillements de plaisir résiduel. Xavier caresse mon torse, sa main traçant des cercles lents, possessifs.
— Tu l'as senti, n'est-ce pas ? murmure-t-il d'une voix basse, pleine de fierté.
Je hoche la tête, le regard perdu au plafond, incapable de formuler une phrase cohérente.
— Ce soir, tu n'étais plus l'homme qui se cache. Tu étais l'homme de l'affiche. Tu as accepté ton pouvoir, ton érotisme brut. Tu es enfin toi-même, Côme. L'homme que j'ai vu ce premier jour dans le train, celui qui ne demandait qu'à briser la vitre.
Je me tourne vers lui, plongeant mes yeux dans les siens. La peur de l'exposition publique est toujours là, nichée dans un coin de mon esprit, mais elle est maintenant noyée sous une fierté nouvelle et brûlante. Je ne suis plus seulement l'objet de son objectif. Je suis son complice, sa moitié de lumière et d'ombre.
— Dans trois jours, le vernissage, continue-t-il en embrassant tendrement mon front. La ville saura qui tu es. Et tu vas adorer les voir te désirer.
Je ferme les yeux, savourant le poids de son corps contre le mien, terrifié par la célébrité qui approche mais exalté par la gloire de ce que nous avons créé ensemble.
Fin du chapitre 5.
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