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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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À découvert — Chapitre 9

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EntreDeux
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Ce chapitre tient tout entier dans ses regards — ceux que l'on retient, ceux que l'on surprend, ceux que l'on fait semblant de ne pas avoir posés. La scène de pose de nu est d'une justesse rare : drôle, légèrement embarrassante, et pourtant portée par une vraie chaleur. On aime la façon dont Zoé rougit au mauvais moment, dont Manon parle trop, dont Louise rit et s'arrête de dessiner. Le tout avec une voix qui sait exactement quand se taire.

À découvert

Chapitre 9

Le retour à Paris eut une douceur étrange. Après les chambres ouvertes sur le jardin, les repas qui s'étiraient, la piscine, la mer au bout du chemin et cette promiscuité familiale qui avait fini par donner aux journées une densité particulière, l'appartement de Louise parut minuscule ; pourtant, dès le premier soir, David retrouva avec plaisir le désordre familier du cinquième étage, les livres empilés contre le mur, les feuilles glissées sous la table basse, les tasses oubliées sur le rebord de la fenêtre et les vêtements que Louise abandonnait toujours sur le dossier d'une chaise avant de prétendre qu'elle savait parfaitement où ils étaient. Elle ouvrit les fenêtres malgré le bruit de la rue, traversa l'appartement pieds nus dans un tee-shirt trop grand et revint se jeter contre lui avec cette évidence qui lui donna immédiatement le sentiment d'être rentré chez lui.
Les vacances demeurèrent quelque temps présentes par éclats, sans qu'il les convoquât vraiment. Une odeur de bois humide pouvait ramener la plage de nuit ; une cuisine éclairée tard faisait revenir Johanna, sa proximité, sa main et l'orgasme qu'elle lui avait donné sans qu'à aucun moment leurs lèvres se fussent cherchées ; un mouvement de tissu sur Louise lui rappelait parfois le regard de Thomas et l'étrange découverte qu'un autre homme pouvait désirer celle qu'il aimait sans rien lui prendre. Puis un cours à préparer, un métro manqué ou simplement Louise lui prenant la main dans la rue ramenaient Paris et leur vie ordinaire.
Louise, surtout, n'avait rien changé à sa manière de vivre son corps. Chez elle, elle portait ce qui lui tombait sous la main, souvent sans soutien-gorge, et David continuait à regarder malgré l'intimité qu'ils partageaient depuis plus d'un an. Il connaissait son corps et pourtant le mouvement de sa poitrine sous un vieux tee-shirt pouvait encore interrompre sa lecture ; seulement il laissait désormais son regard rester quelques secondes. Louise surprenait parfois son regard, suivait sa direction jusqu'à elle-même et lui adressait ce sourire mi-amusé, mi-tendre qu'il connaissait désormais, avant de reprendre ce qu'elle faisait.
Quelques jours après leur rentrée, la mère de David téléphona directement à Louise pour savoir si son père allait mieux, si elle avait retrouvé la recette glissée dans son sac et si elle avait suffisamment de vêtements chauds pour la reprise des cours. David, installé à la table avec un livre, entendit Louise rire dans la cuisine puis répondre avec cette douceur particulière qu'elle prenait avec sa mère à lui ; lorsqu'elle raccrocha, elle resta quelques secondes le téléphone contre sa poitrine avant de venir s'appuyer contre son épaule.
— Je crois qu'elle m'a adoptée.
— Ça fait longtemps.
Louise sourit, l'embrassa sur les cheveux et repartit sauver le café qui débordait. Cette place prise presque sans décision dans la famille comptait manifestement pour elle : elle appelait désormais la mère de David sans raison particulière et parlait de la Bretagne comme d'un endroit où elle allait revenir.
Un samedi après-midi, trois de ses amies des Beaux-Arts vinrent travailler chez eux. Claire arriva la première, mince, les cheveux bruns coupés court et de petites lunettes rondes qui lui donnaient un air plus sévère qu'elle ne l'était réellement ; Manon la suivit, plus grande, plus expansive, déjà lancée dans une histoire avant même d'avoir retiré son manteau ; Zoé fermait la marche, blonde, très claire de peau, moins bavarde que les deux autres mais parfaitement intégrée à cette complicité faite d'allusions, de moqueries et de confidences dont David avait souvent constaté qu'elle lui échappait dès que les quatre filles se retrouvaient.
Elles le connaissaient toutes suffisamment pour qu'il ne fût surtout pas un inconnu. Il était David, le copain de Louise, celui qu'elles avaient croisé devant l'école, avec lequel elles avaient déjà bu des verres, qu'elles avaient vu venir chercher Louise et dont elles savaient manifestement beaucoup plus de choses qu'il ne l'aurait imaginé, même si Louise affirmait ne jamais raconter leur vie privée.
Ce fut Manon qui trouva le carnet de Bretagne sous une pile de feuilles. Elle l'ouvrit presque machinalement, tourna deux pages, puis son bavardage s'interrompit si brusquement que Claire se pencha aussitôt par-dessus son épaule. Zoé les rejoignit et David, depuis la fenêtre, reconnut Johanna avant même de distinguer correctement le dessin : allongée sur une première étude, puis de trois quarts sur la suivante, nue, le corps saisi en quelques lignes suffisamment justes pour retrouver la taille marquée, les jambes et les courbes plus pleines de ses hanches et de sa poitrine.
Manon resta un moment devant les dessins avant de lâcher que Johanna était magnifique. Elle voulut savoir qui elle était ; Louise désigna David d'un mouvement du menton et répondit simplement qu'il s'agissait de sa belle-sœur. Les trois filles se tournèrent vers lui presque ensemble, et David confirma en souriant qu'elle existait vraiment. Claire avait déjà rapproché le carnet de la lumière, fascinée par ce corps qu'elle trouvait incroyable à dessiner ; Louise répondit que c'était exactement ce qu'elle avait dit à Johanna. Zoé tourna encore une page, puis demanda si elle avait réellement posé nue. Louise marqua un silence très bref avant de répondre oui.
David releva les yeux. En Bretagne, elle avait entretenu suffisamment d'ambiguïté pour ne jamais lui donner cette réponse aussi nettement ; elle venait pourtant de la livrer devant ses amies avec un naturel qui rendait presque impossible de revenir dessus. Manon considéra encore Johanna avant de refermer le carnet.
Manon rappela que leur modèle les plantait encore ce samedi, puis leva les yeux vers David. Louise suivit immédiatement son regard et refusa avant même qu'elle ait formulé la proposition. Claire, amusée, se mit pourtant à examiner David à son tour, non plus tout à fait comme le compagnon de leur amie, mais comme un corps possible à dessiner : largeur des épaules, longueur du torse, jambes étendues devant lui. David abaissa son livre et demanda ce qu'elles fabriquaient. Manon lui fit comprendre qu'elles parlaient de lui et lui demanda de se lever. Devant son incrédulité, Louise se mit à rire et l'encouragea à obéir.
David se retrouva debout au milieu du salon sous trois regards devenus méthodiques. Claire le résuma comme grand, fin, avec de bonnes épaules ; Manon ajouta qu'il avait de très belles jambes. David protesta qu'elles parlaient de lui comme d'un cheval, ce qui permit à Manon de préciser qu'il s'agissait au moins d'un beau cheval. Zoé éclata de rire. Louise vint passer un bras autour de sa taille et annonça qu'elle le gardait ; Manon répondit qu'elles voulaient seulement l'emprunter.
L'affaire aurait pu en rester là si David n'avait pas demandé, presque pour les provoquer, quel genre de pose elles cherchaient. Lorsqu'il apprit qu'il s'agissait d'études de nu, il sentit immédiatement revenir une gêne ancienne, mais quelque chose dans la situation l'attirait précisément parce qu'elle la renversait entièrement : depuis des années, c'était lui qui regardait et s'interrogeait sur ce que son regard faisait aux autres ; pour une fois, il pouvait savoir ce que cela produisait d'être de l'autre côté.
— Pourquoi pas ?
Manon posa son crayon et lui demanda s'il était sérieux. David sentit déjà ses joues chauffer, mais acquiesça. Il regarda ensuite Louise, presque machinalement, avant de se rappeler qu'il ne lui demandait aucune permission lorsqu'elle posait elle-même ou se déshabillait devant d'autres étudiants. Louise, aussi surprise que les autres, lui demanda seulement s'il était sûr. Il répondit oui. Elle soutint son regard quelques secondes, puis sourit.
— Alors vas-y.
Une demi-heure plus tard, la table avait été poussée contre le mur et un vieux drap tendu près de la fenêtre. David revint de la chambre, enveloppé dans le peignoir de Louise, beaucoup trop court pour lui, ce qui provoqua immédiatement les rires de Manon et de Claire et lui permit de retrouver un peu de l'insouciance avec laquelle il avait accepté. La plaisanterie disparut pourtant lorsqu'il prit place devant le drap.
Il posa les mains sur la ceinture du peignoir et sentit les quatre regards revenir sur lui avant même d'avoir commencé à la défaire. Claire avait déjà repris son sérieux d'étudiante ; Manon ne cherchait pas vraiment à dissimuler sa curiosité ; Zoé, au contraire, s'appliquait avec tant d'énergie à paraître parfaitement naturelle que cela la trahissait ; Louise enfin le regardait d'une manière qu'il connaissait intimement et qui, mêlée aux trois autres, lui semblait pourtant nouvelle.
David dénoua la ceinture et retira le peignoir. Le silence dura une seconde de trop. Manon fut la première à remarquer qu'il n'avait vraiment aucun poil. David rougit aussitôt et désigna Louise comme responsable. Elle protesta, puis dut reconnaître que l'idée ne venait pas complètement d'elle. Cette hésitation suffit à éveiller la curiosité de Manon et David demanda ce qu'elle voulait dire.
Louise soupira, déjà vaincue. Johanna avait donné l'idée ; Louise l'avait trouvée intéressante, artistiquement, ajouta-t-elle avec un sourire, mais pas seulement. David resta silencieux. Il revit Johanna au bord de la piscine, son regard sur ses jambes fraîchement rasées puis le sourire échangé avec Louise. À l'époque, il avait cru qu'elle découvrait le résultat. Il comprenait seulement maintenant qu'elle avait participé à la plaisanterie avant même qu'il ne le sache. Rien, dans la façon dont Louise le racontait, ne lui permit d'imaginer une autre raison.
Manon fit aussitôt le rapprochement avec le carnet : Johanna était donc la belle-sœur qui avait posé nue. Claire éclata de rire devant cette femme qui posait pour Louise tout en donnant des idées pour David. Louise les traita d'insupportables sans parvenir à cesser de rire, tandis que Manon la qualifiait de cachottière. Claire reprit vite son regard d'étudiante et admit que Johanna n'avait pas tort : sans pilosité, les lignes étaient plus nettes. Zoé ajouta qu'on distinguait mieux les volumes. Louise conclut qu'au moment de passer à l'acte elle avait surtout pensé à elle.
Cette fois, David rit avec les autres, malgré sa rougeur, et ce rire fit tomber quelque chose. Une minute auparavant, elles pouvaient encore essayer de le considérer comme un modèle improvisé ; maintenant, Louise venait de leur révéler malgré elle un détail appartenant à leur intimité, et personne dans la pièce ne pouvait plus vraiment oublier qu'il s'agissait du compagnon de leur amie.
Claire lui demanda de tourner légèrement le bassin vers la lumière, de relâcher une épaule et de déplacer son poids sur une jambe. Les fusains commencèrent à courir sur les feuilles et, pendant quelques minutes, le sérieux du travail reprit le dessus. David apprit cependant très vite à différencier leurs regards. Claire regardait pour comprendre une ligne et revenait presque immédiatement au papier ; Manon s'attardait davantage et ne semblait pas particulièrement gênée d'être surprise ; Zoé procédait par coups d'œil rapides, comme si elle espérait pouvoir dessiner sans que David sache exactement ce qu'elle venait d'observer.
Elle releva justement les yeux et rencontra les siens. La rougeur qui lui monta aux joues fut si immédiate que David sourit. Manon surprit justement Zoé en train de regarder plus longtemps qu'elle ne l'aurait voulu et la prévint qu'à ce rythme Louise allait finir par devenir jalouse. Zoé protesta qu'elle dessinait ; personne ne parut réellement convaincu. Louise riait, mais son fusain s'était arrêté.
La séance continua et, à mesure que les minutes passaient, la gêne de David diminuait tandis que celle des filles prenait paradoxalement une forme plus libre. Elles s'habituaient à sa nudité sans devenir indifférentes à elle ; les remarques revenaient, les silences eux-mêmes devenaient parfois éloquents et, surtout, David sentait qu'il n'était plus devant elles seulement comme un ensemble de lignes à reproduire.
Manon fut la première à rendre cette évidence impossible à ignorer. Elle avait levé les yeux de sa feuille et son fusain était resté immobile suffisamment longtemps pour que Claire finisse par regarder dans la même direction. Louise les surprit toutes les deux et prévint Manon de ne rien dire. Celle-ci prit son expression la plus innocente et assura qu'elle voulait seulement rappeler à Louise qu'elle avait de la chance.
Le visage de David s'embrasa. Sous cette attention insistante, la réaction de son corps commençait à devenir visible. Louise resta une seconde interdite avant d'éclater franchement de rire et de déclarer ses amies impossibles. Claire lui demanda si elle contestait vraiment leur jugement ; Louise répondit qu'elle n'allait certainement pas discuter du corps de son copain alors qu'il se trouvait à deux mètres. Manon parla alors, avec beaucoup trop de satisfaction, de toutes les « pièces du dossier ». David demanda quel dossier. Le silence changea aussitôt de camp. Louise tourna lentement la tête vers Manon, déjà amusée ; celle-ci leva les mains et retira prudemment sa remarque, ce qui ne fit qu'accroître les rires.
Même Zoé riait maintenant et David finit par rire avec elles. Manon reprit son crayon sans cesser de sourire ; Claire lui demanda de tourner légèrement l'épaule ; Zoé releva enfin les yeux plus franchement. La réaction de son corps à cette attention devint pourtant impossible à dissimuler et David comprit que les trois filles l'avaient remarquée en même temps.
Cette fois, personne ne fit de commentaire. Zoé se réfugia dans son dessin avec une application remarquable, Claire remonta machinalement ses lunettes et Manon conserva pour elle un sourire qui en disait assez. David chercha surtout Louise. Elle avait cessé de dessiner. Son regard passa sur lui avant de remonter jusqu'à son visage et il y retrouva d'abord cette petite tension qu'il connaissait pour l'avoir éprouvée lui-même lorsqu'un homme regardait Louise ; pourtant, autre chose s'y mêlait maintenant, une curiosité plus chaude, réveillée précisément par l'attention de ses amies. Elle soutint ses yeux, puis reprit son fusain avec un léger sourire.
Après la pause, la séance devint beaucoup moins solennelle. David accepta une seconde pose, cette fois de dos, et le fait de ne plus voir les trois filles rendit curieusement leur attention plus perceptible : derrière lui, les fusains grattaient le papier, s'interrompaient parfois quelques secondes, puis repartaient, tandis que Claire demandait une légère rotation des épaules et que Manon constatait à voix haute que l'absence de pilosité rendait effectivement les lignes beaucoup plus faciles à saisir.
Manon proposa bientôt de le dessiner dans une chemise blanche ouverte. Louise lui demanda pourquoi elle devait nécessairement être ouverte ; l'excuse des plis fit rire Claire. Elles imaginèrent ensuite David allongé, peut-être sur le côté, avant de se tourner vers Zoé pour savoir comment elle, l'imaginerait. La jeune femme tenta de répondre qu'elle le dessinait très bien comme il était, mais Manon insista assez pour lui faire admettre qu'elle avait évidemment d'autres idées. Zoé comprit son erreur dès la fin de sa phrase. David entendit leur rire derrière lui, sourit et conserva la pose.
Plus tard, lorsqu'elles comparèrent leurs feuilles, Claire rapprocha presque machinalement une étude de David du carnet de Bretagne resté ouvert sur la table. Elle passa plusieurs fois de la silhouette longue de David aux courbes plus pleines de Johanna, puis recula légèrement les deux dessins comme pour vérifier une composition.
Claire finit par dire que David et Johanna devraient poser ensemble. David releva la tête, surpris, et elle posa le doigt près du dessin de Johanna pour préciser son idée. Manon approuva aussitôt : leurs constructions étaient presque opposées, expliqua Claire, lui tout en longueur et assez sec, elle beaucoup plus en courbes, avec en plus des carnations qui fonctionneraient ensemble. Manon rappela qu'on savait désormais que Johanna acceptait de poser nue. Louise eut un rire un peu trop rapide et répondit qu'une séance ne suffisait pas à transformer sa belle-sœur en modèle familial.
David regarda le dessin de Johanna sans répondre. La proposition réveillait immédiatement chez lui une intimité qu'aucune des filles ne pouvait soupçonner. Louise, à côté, observait surtout les deux dessins comme une composition : la peau claire de David, la carnation plus chaude de Johanna, la longueur de l'un, les courbes de l'autre. Elle connaissait le corps de Johanna d'une manière que David ignorait ; elle ignorait entièrement, en revanche, le désir que Johanna avait commencé à éprouver pour lui.
Zoé rapprocha encore les dessins et admit que l'ensemble serait visuellement très beau. Manon annonça déjà qu'elle demanderait à Johanna. Louise leur répondit qu'elles se débrouilleraient elles-mêmes, tout en reconnaissant que Claire n'avait pas tort sur la composition. Elle les prévint seulement que Johanna n'était pas un modèle qu'on convoquait avec un simple message.
Les filles éclatèrent de rire. David aussi, avec un léger retard. Lorsqu'il chercha les yeux de Louise, elle comparait encore les deux feuilles avec une concentration presque professionnelle. Le même rapprochement produisait donc chez eux deux pensées entièrement différentes, et aucun des deux n'avait les informations nécessaires pour comprendre celle de l'autre.
Elles restèrent pourtant encore longtemps, comparant leurs dessins, se moquant de Manon qui prétendait avoir travaillé avec un sérieux irréprochable et de Zoé qui refusait obstinément de montrer une page de son carnet. Lorsqu'elles finirent par remettre leurs manteaux, Manon regarda David puis Louise.
Au moment de partir, Manon demanda une dernière fois si elles pourraient reprendre David pour une autre séance. Louise refusa. Manon plaida pour une seule fois, fit valoir qu'il était déjà épilé et se fit finalement chasser en riant. Claire embrassa Louise, Zoé fit la bise à David en parvenant presque à ne pas rougir, et Manon, la dernière sur le palier, maintint tout de même ce qu'elle avait dit : Louise avait de la chance.
Louise lui ferma la porte au nez au milieu de son rire. Les voix des trois filles descendirent l'escalier, puis disparurent. Louise resta un instant la main sur la poignée avant de tourner la clé. Quand elle se retourna, David était toujours debout près du canapé, le peignoir à peine renoué. Louise s'approcha et posa les doigts sur la ceinture.
— Elles ont passé l'après-midi à te regarder.
— Et toi ?
Louise sourit.
— Moi, je sais ce que j'aime regarder.
Ils reculèrent ensemble et heurtèrent le canapé. Louise étouffa un rire contre sa bouche ; David rit aussi, puis elle l'embrassa de nouveau. Les feuilles glissèrent sous leurs pieds, un fusain roula jusqu'au tapis. David la ramena contre lui. Louise le fit reculer à son tour. Ils changèrent encore de place, se heurtèrent au bord de la table, repartirent vers le canapé en riant à mi-voix.
Ils ne gagnèrent pas immédiatement la chambre. Plus tard, allongée près de lui au milieu des feuilles et des fusains abandonnés, Louise posa le front contre son épaule et resta silencieuse. Quand ils gagnèrent enfin le lit, Louise se glissa contre lui, une jambe passée sur les siennes, et traça distraitement des cercles sur son ventre.
Louise remarqua que Manon lui redemanderait certainement de poser. David voulut savoir si elle comptait encore refuser à sa place ; elle répondit sans hésiter que oui, l'embrassa, puis se redressa brusquement, alla chercher son carnet et revint nue s'asseoir en tailleur au bord du lit. Devant l'étonnement de David, elle expliqua que ses amies avaient eu deux heures avec leur modèle et qu'elle, presque rien.
David s'allongea de nouveau, encore marqué par ce qu'ils venaient de vivre, tandis que Louise commençait à dessiner. Ses yeux passaient de son visage à ses épaules, de son ventre lisse à la ligne de ses jambes, avec cette attention calme qui contrastait étrangement avec l'urgence de quelques minutes plus tôt. Au bout d'un moment, elle sentit son regard sur elle et leva les yeux.
— Encore ?
David sourit.
— Oui.
Louise lui rendit son sourire et reprit son fusain.
— Alors regarde.
David soutint son regard.
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