Deux jours plus tard, David et Louise reprennent la route. Ils doivent passer encore quelques jours chez le père de Louise, dans le Sud, avant de rentrer à Paris.
À mesure qu'ils approchent, Louise commente tout : une boulangerie fermée, une façade repeinte, un rond-point qu'elle jure nouveau. Lorsque la maison apparaît enfin au bout de la route, elle a déjà détaché sa ceinture avant que David ait fini de se garer.
Son père ouvre la porte. Louise parcourt presque en courant les derniers mètres et se jette contre lui. Elle le trouve trop maigre, le lui dit deux fois, l'examine avec le sérieux inquiet qu'elle réserve à ce genre de retrouvailles. Il proteste sans conviction et prend David à témoin, occupé à sortir les sacs du coffre.
— Elle commence toujours comme ça.
David répond qu'il a été prévenu. Louise se retourne aussitôt ; lorsqu'elle comprend qu'elle-même lui a répété la même chose pendant tout le trajet, son père sourit. Elle lui lance un regard faussement vexé, puis l'embrasse de nouveau, plus doucement.
Le soir, elle retrouve la maison avec les habitudes de l'enfance : les verres dans leur placard, les assiettes, puis le réfrigérateur dont elle ouvre la porte un peu trop longtemps. Son père la surprend en pleine inspection et lui rappelle qu'il mange parfaitement bien. Louise a un sourire coupable.
— Tu veux vérifier les dates de péremption ? demande David.
Elle lui dit de se taire, mais referme le réfrigérateur.
À table, son père parle d'un voisin avec lequel il va pêcher, d'un dîner prévu la semaine suivante et d'une randonnée faite quelques jours auparavant. Louise l'écoute. Lorsqu'il se lève chercher une bouteille, elle suit son déplacement des yeux. David pose sa main sur la sienne ; elle retourne sa paume et entrelace leurs doigts.
Le lendemain matin, le père de Louise trouve David devant la maison, occupé à remettre en place une latte du volet qui bat depuis leur arrivée. Il pose près de lui une petite caisse à outils, choisit un tournevis, en change après le premier essai et maintient le volet pendant que David s'attaque à une vis rouillée. Ils travaillent presque sans parler.
Louise apparaît sur la terrasse avec son carnet. Elle les trouve accroupis devant le volet démonté, les vis alignées sur le rebord de la fenêtre. Son père lui explique qu'ils essaient enfin d'empêcher le volet de tomber sur quelqu'un ; elle lui rappelle qu'il battait déjà lorsqu'elle était petite.
— Justement. Il était temps.
La vis finit par céder. Il manque deux boulons et le père de Louise propose à David de l'accompagner au village. Louise lève les yeux de son carnet en les voyant partir et demande s'ils l'abandonnent. Son père lui confie gravement la garde de la maison.
Ils reviennent avec les boulons, du pain et une pièce métallique qui n'a rien à voir avec le volet. Louise leur fait remarquer qu'ils ont mis une heure. David pose le pain devant elle et lui apprend que son père connaît manifestement tous les rayons du magasin de bricolage.
— Je sais. C'est inquiétant.
Son père est déjà retourné au volet. David prend un morceau de pain, puis le rejoint. Louise les observe depuis la terrasse : son père montre la charnière, David écoute, le tournevis à la main. Elle l'appelle une fois ; lorsqu'il se retourne, elle répond seulement que ce n'est rien et reprend son dessin.
L'après-midi, elle propose la plage. Ils suivent une petite route, puis un sentier entre les pins. David porte le sac avec les serviettes et l'eau. Le chemin débouche brusquement sur la mer.
La plage est vaste. Des familles ont installé des parasols près des dunes ; des enfants construisent des châteaux dans le sable ; plus loin, deux hommes jouent aux raquettes et un couple âgé lit côte à côte. Presque personne ne porte de maillot. David s'arrête et reproche à Louise, sans grande conviction, de ne pas l'avoir prévenu. Elle lui demande pourquoi il aurait fallu le faire, et il renonce à trouver une réponse.
Au début, son regard s'accroche malgré lui à un corps, puis à un autre. Il remarque une silhouette qui lui plaît, une poitrine, des hanches. Mais personne ne semble se montrer. Une femme cherche de la crème solaire dans un sac pendant que son compagnon gonfle une bouée ; un homme revient de l'eau avec son enfant sur les épaules ; une vieille dame dort sous un immense chapeau. La nudité est partout et ne paraît constituer l'événement de personne.
Louise pose sa serviette et retire ses vêtements avec la même simplicité qu'à la maison. David reste debout quelques secondes, regarde autour de lui, puis se déshabille à son tour et la suit vers l'eau.
Allongés ensuite côte à côte dans le sable chaud, ils parlent de la plage. David admet qu'elle l'impressionne beaucoup moins qu'il ne l'avait imaginé et qu'au bout d'un moment on finit presque par ne plus voir la nudité.
— On la voit, dit Louise. Mais on n'est pas obligé d'en faire quelque chose.
David sourit. Louise attrape alors son téléphone et lance un appel vidéo à Johanna. Lorsqu'elle répond, Louise lui montre d'abord la mer, puis balaie lentement la plage avant de revenir vers David, allongé nu sur sa serviette.
— Regarde où je l'ai emmené.
Johanna éclate de rire. David proteste que Louise ne l'a pas prévenu ; Louise répond qu'elle voulait justement voir sa tête. Elle le cadre encore quelques secondes, assez fière de son adaptation, tandis qu'il tente sans succès de cacher l'objectif d'une main.
Louise ramène ensuite le téléphone vers elle et demande des nouvelles de Thomas. Il a appelé Johanna le matin même et tout va bien. La réponse est brève. Louise la regarde un instant à l'écran, puis annonce qu'ils la rappelleront le soir.
Au moment où elle va raccrocher, Johanna lui demande de lui remontrer David. Louise tourne aussitôt le téléphone vers lui. David lève les yeux, mi-amusé, mi-résigné.
— Ça te va bien, les vacances, dit Johanna.
Louise éclate de rire et raccroche.
Une jeune femme passe près de l'eau. Le regard de David la suit quelques secondes. Lorsqu'il revient vers Louise, elle sourit. Elle a vu la femme elle aussi et la trouve belle ; cela lui suffit.
David reste assis un instant. Un ballon roule jusqu'à la serviette de Louise ; un homme vient le récupérer, s'excuse, puis repart vers ses amis sans lui accorder davantage d'attention. David s'allonge près d'elle. Louise cherche sa main dans le sable et entrelace ses doigts aux siens.
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