00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Le carnet de Ninon - tentation — Chapitre 5

11 minutes
79
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

Auteure

Photo de profil de Kristina_sexcret
Kristina_sexcret
Histoires publiées
2
Chapitres publiés
47
Abonnés
28
J'aime cumulés
238
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

On se laisse glisser dans l'appartement dès les premières lignes, où Caro traverse les pièces « comme on traverse sa propre peau ». Les détails sont précis sans être lourds : une fermeture coincée dans le dos d'une robe, une languette à peine saisie entre deux doigts. La voix de Ninon, curieuse et un peu sur la réserve, rend chaque regard savoureux.

Le carnet de Ninon - tentation

Chapitre 5

— Ninon
Je n’avais pas décidé de le dessiner.
C’est arrivé pendant que je révisais, une étude sur les drapés de Delacroix, à ne rien faire de précis. La main a glissé toute seule. D’abord un trait de tissu, un pli de coton. Puis une ligne qui n’avait rien à faire là, une forme qui poussait contre l’étoffe. Quand j’ai relevé les yeux, il y avait sur ma feuille un caleçon entrouvert et non un drapé, un gland lisse qui dépassait, et une goutte, une seule, qui coulait le long d’une cuisse que j’avais rendue plus nette que le reste, comme si mon crayon avait mieux regardé que moi ce matin-là.
J’ai refermé le carnet d’un coup, comme on referme un tiroir sur quelque chose de vivant.
Je me suis dit : c’est pour ça que j’ai fait ces études. Pour dessiner des corps, des drapés, des ombres. Rien à voir avec Fred, avec sa cuisine, avec ce que j’avais vu et pas vu à la fois. Je me suis dit ça très fort, pour que ça devienne vrai.
Ça n’a pas marché.
L’après-midi, Caro a commencé ses allers-retours.
De sa chambre à la salle de bains, un peignoir ouvert sur un soutien-gorge que je n’étais pas censée voir, puis de la salle de bains à la chambre de Léo, pour vérifier qu’il faisait bien sa sieste, puis retour, une serviette autour des cheveux cette fois. Elle traversait l’appartement comme on traverse sa propre peau, sans y penser.
— Ninon ! a-t-elle appelé depuis sa chambre. Tu peux venir une seconde ?
J’ai posé mon stylo. J’ai marché jusqu’à sa porte, restée grande ouverte comme toujours, et je l’ai trouvée debout devant le miroir.
La robe était bordeaux, déjà à moitié enfilée. Le dos nu jusqu’aux reins. En haut seulement, entre les omoplates, deux pans de tissu se rejoignaient sur une courte fermeture, coincée, trop fine pour qu’elle y arrive seule. Aux pieds, encore rien. Sur le lit, un bas de soie sombre, puis l’autre, roulés comme on roule une chose qu’on a l’habitude de mettre en dernier.
— Tu m’aides ? Fred a des doigts de bûcheron pour ce genre de truc.
— Bien sûr.
Je me suis approchée. J’ai pris la petite languette entre deux doigts. En dessous, plus rien : la peau, jusqu’au bas du dos. Sa peau était chaude, sentait le parfum d’avant qu’on le mette vraiment, cette odeur un peu sucrée qui précède le vrai parfum.
C’est là que je les ai vus.
Ils n’étaient pas là le premier soir. Ou plutôt : ils l’étaient, mais le T-shirt trop large, le peignoir, le geste d’une femme qui s’habille chez elle les avaient tenus hors de ma vue. Là, le dos entier s’offrait au miroir, et à moi par accident.
Dans le cou, juste sous la naissance des cheveux, une rose. Pas une rose de magazine. Fine. Ciselée. Discrète au point qu’on aurait pu la prendre pour une ombre si on ne s’arrêtait pas. Un travail de graveur plus que de salon.
Sur l’épaule gauche, un lotus. Ouvert sans être épanoui. Une ligne claire, presque botanique.
Et puis la phrase. Elle partait des cervicales, descendait le long de la colonne, lettre après lettre, entrelacée de motifs travaillés que je n’arrivais pas à lire d’un seul regard. Pas un slogan. Une ligne privée, faite pour rester contre la peau, sous le tissu, sous la main de quelqu’un. Elle s’arrêtait bas, très bas, et là, à la naissance des fesses, juste avant que la robe ne se referme, un cœur. Pas un cœur de collégienne. Un cœur travaillé, dense, comme une gravure trop précise pour une chose qu’on cache.
J’ai refermé le haut, doucement. Mes doigts ont frôlé la colonne en passant, un instant, avant que le tissu ne se rejoigne à la nuque. En dessous, le dos restait ouvert. L’encre était sous la peau, pas dessus. Je l’ai sentie sans la toucher vraiment.
— Voilà, ai-je dit.
Ma voix était trop égale. J’ai eu peur qu’elle l’entende.
— Tu es un ange.
Elle s’est tournée vers le miroir, a tiré sur le tissu à hauteur de la poitrine, a fait la moue. Puis elle s’est assise au bord du lit, a pris le premier bas, l’a déroulé le long du mollet avec cette précision des gestes qu’on ne montre pas quand on est seule. La soie est montée. La jarretière a claqué, un tout petit bruit. L’autre jambe. Même geste. Le bordeaux de la robe s’arrêtait assez haut pour que le début du bas existe, et assez bas pour qu’on puisse faire semblant de ne pas le voir.
J’aurais dû regarder ailleurs. J’ai regardé le lotus bouger quand elle penchait l’épaule.
— Tu sors ? ai-je demandé, en essayant que ça sonne comme une question ordinaire.
— Oui. Entre filles, ce soir.
— Fred sort aussi ?
Elle a eu un petit rire, comme si la question était plus drôle que je ne le pensais.
— Non, non. Fred reste sage à la maison. Ce soir c’est pour moi. Fred je te le laisse… avec Léo.
Elle a mis une boucle d’oreille, puis l’autre, penchant la tête de chaque côté. La rose du cou a disparu un instant sous une mèche, puis est revenue.
— Tu es très jolie, ai-je dit, et je l’ai vraiment pensé, sans savoir pourquoi ça m’a coûté quelque chose de le dire.
— Toi aussi, tu sais. Tu ne te mets jamais en valeur, Ninon. C’est dommage.
— Je n’ai pas d’aussi belle robe.
— Tu peux m’en emprunter, si tu veux. On en a trop, ici. Un de ces après-midi, tu viens, tu essayes, tu prends ce qui te plaît. On doit faire un peu la même taille.
Elle l’a dit en mettant sa deuxième boucle, comme on propose un café.
— D’accord. Merci.
— Ce n’est rien. Les filles se prêtent bien ça.
J’ai regardé ses jambes, la ligne de la robe, le rouge qu’elle passait maintenant sur ses lèvres avec un geste précis, machinal, appris depuis longtemps. Je me suis demandé combien de fois elle avait fait ce geste avant un rendez-vous qui n’était pas avec Fred. Je me suis demandé si la phrase dans son dos disait quelque chose qu’on pouvait lire à l’endroit, ou seulement à l’envers, depuis un lit.
— Il rentre bientôt, a-t-elle dit, en refermant son tube de rouge. Je voudrais lui dire au revoir avant de filer.
Fred est rentré alors qu’elle enfilait ses talons, un pied sur le tabouret de l’entrée. Il a posé son sac, l’a regardée de haut en bas, sans se cacher de le faire.
— Bordeaux, du coup. J’aime bien. Adieu la guêpière.
— Je savais que tu dirais ça.
Il s’est approché, lui a pris la taille, a posé un baiser dans son cou, juste sous l’oreille, sur la rose. Elle a fermé les yeux une seconde. Je me tenais un peu en retrait, près de la cuisine, et je ne savais pas si je devais partir ou rester, alors je suis restée, immobile, avec l’impression d’être devenue un meuble.
Sa main a glissé dans le dos ouvert, à plat, comme on vérifie une chose qu’on connaît par cœur. Les doigts ont suivi la phrase. Je l’ai vu. Il n’a pas cherché les lettres. Il savait déjà où elles allaient.
— Tu me raconteras, bébé ? a demandé Fred, la voix plus basse tout à coup.
— Comme toujours.
— Tu me dis surtout si tout va bien. Si tu t’amuses. C’est tout ce qui compte.
— Je m’amuserai, a-t-elle dit, en ajustant sa bretelle contre l’épaule du lotus.
Elle a passé un doigt sous le menton de Fred, l’a relevé vers elle.
— Et toi, chéri, qu’est-ce que tu vas faire, en pensant à moi ?
— Je ne sais pas encore.
— Te mater un film ? Écouter une petite histoire dans ton casque ?
Elle a laissé un silence, un sourire au coin des lèvres, avant d’ajouter, plus bas, presque pour lui seul, mais assez fort pour que j’entende chaque mot :
— Te toucher, peut-être ?
Fred a ri, un rire court, gêné et pas gêné du tout à la fois. Il a jeté un regard vers moi, une fraction de seconde, comme on vérifie qu’une fenêtre est bien fermée. Je faisais semblant de chercher quelque chose dans le vide-poche de l’entrée.
— On verra, a-t-il dit.
— On verra toujours, dans cette maison, a répondu Caro en riant, et elle a attrapé son sac.
Elle m’a embrassée sur les deux joues en partant, comme si de rien n’était, comme si la phrase qu’elle venait de dire n’existait déjà plus. Comme si le dos que je venais de fermer n’avait rien montré.
— Sois sage, a-t-elle lancé depuis la porte, sans préciser à qui elle s’adressait.
La porte s’est refermée. Le parfum est resté un instant dans l’entrée, puis plus rien.
Fred a desserré sa cravate, déboutonné le col d’un geste de fin de journée. Il m’a vue. Presque surpris que je sois encore là.
— Tu as faim ? Je vais commander des sushis. Léo adore ça.
— Oui. Merci.
— Tu aimes quoi ? Les california, les trucs sans poisson cru, je ne sais pas ce que tu…
— Tout. Enfin, presque tout.
— D’accord. On se fait un film, après, si tu veux. Rien d’obligé. Moi je vais me changer.
Il est passé devant moi, a ouvert le frigo, pris une bière, refermé avec le pied. La chemise ouverte, la cravate dans la main.
J’ai remonté le couloir vers ma chambre.
Le cœur allait trop vite pour ce que je venais réellement de vivre et d’entendre, c’est-à-dire pas grand-chose : aider à fermer une robe, voir une jolie femme enfiler des bas, des tatouages sexy, un baiser dans le cou d’un mari qui aime sa femme. Elle qui s’en va et lui qui me propose des sushis et de mater un film.
Je n’arrivais pas à faire tenir les morceaux ensemble.
Caro avait dit : entre filles. Elle était sortie comme on sort pour un rendez-vous. La robe, les bas, le rouge, le parfum. Trop juste. Trop cher. Trop pensée. Chez moi, une soirée entre copines, c’était un jean et un pull, un resto, un verre. Pas ça. Pas cette façon de se regarder dans le miroir jusqu’à la dernière seconde. Pas Fred qui lui caressait le dos ouvert en lui demandant de raconter.
Et lui, il restait.
Il déboutonnait sa chemise, il parlait de sushis, d’un film, comme si sa femme venait de partir au yoga.
C’était ça, le plus bizarre. Pas qu’elle soit belle. Qu’il la laisse partir comme ça, habillée comme ça, et qu’il ait l’air content.
Je me suis dit que je n’avais rien compris.
Je me suis dit que les Parisiens avaient des soirées entre filles que je ne connaissais pas.
Dans ma chambre, j’ai rouvert le carnet.
J’ai regardé le dessin du matin, le gland, la goutte sur la cuisse. Je n’ai pas déchiré la page. J’ai repris le crayon. La goutte n’était plus seule : une langue est venue la cueillir, juste le bout, assez nette pour que je ne puisse plus prétendre que c’était une ombre ou un pli. Je n’ai pas mis de visage à la langue. Je n’en avais pas besoin.
J’ai tourné la page.
Sans réfléchir, j’ai commencé la robe bordeaux, le dos nu jusqu’aux reins, la fermeture à moitié remontée. Puis la rose du cou, fine, ciselée. Le lotus sur l’épaule. La phrase que je n’avais pas lue, que j’ai inventée en motifs pour ne pas avoir à inventer les mots. Et tout en bas, le cœur travaillé, à l’endroit exact où le tissu aurait dû tout cacher, et ne le faisait plus.
Je me suis arrêtée avant le visage.
Je ne savais pas encore lequel des deux j’avais envie d’y mettre.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteure en un geste.

ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 6
Caro s'habille pour une soirée qu'elle ne partagera pas avec son mari. Dans l'appartement de Montparnasse, Fred et Ninon restent seuls avec des sushis, un film des années 90 et Léo endormi. Entre eux, un coussin posé comme une frontière que personne n'a voulue, et une scène trop longue qui réveille un malaise que personne n'ose nommer. Que dira-t-on une fois la porte refermée ?
4 minutes
72
0
0
Chapitre suivant

Commentaires ()

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à en laisser un !

Histoires similaires

✦ Lucax Lucas & Blandine, Une relation incandescente XSTORY
Hétéro, Exhibition et 1 autre tag
Lucas & Blandine, Une relation incandescente
Chapitre 1
Par Lucax
139
8
7.2k
✦ Exorium Voisines (1) XSTORY
Hétéro, Exhibition
Voisines (1)
Chapitre 9
Par Exorium
241
21
13k
✦ Charline88 Mon enfer XSTORY
Hétéro, Infidélité
Mon enfer
Chapitre 3
Par
83
2
1.7k

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio