Chapitre 2 - La robe noire
Le retour en Bretagne se fit sous un ciel bas, dans cette pluie fine qui ne tombait pas vraiment mais restait suspendue devant les vitres et finissait par donner au paysage une couleur de pierre mouillée. Après les deux journées brûlantes de Disneyland, David retrouva l'odeur du bois humide, les couloirs frais de la maison familiale, le vent venu de la mer et le bruit familier des portes que l'on devait retenir lorsqu'elles claquaient. Thomas était encore retenu par sa mission. Johanna reprit sans y penser la place que les absences de son mari lui avaient faite depuis des années : elle rangea les affaires de Milan, aida à préparer le repas, répondit à un appel de Thomas dans la cuisine et continua de vivre au milieu des siens comme si le séjour parisien n'avait rien déplacé.
Pour David, le retour fut moins simple. La femme au tee-shirt blanc revenait par fragments, jamais son visage, dont il ne parvenait presque plus à se souvenir, mais l'absence de bretelles, le coton tiré par la main de l'enfant et cette courbe entrevue dont la brièveté semblait avoir donné au souvenir davantage de force. Depuis, ses yeux s'arrêtaient sur des détails qu'ils auraient peut-être ignorés auparavant : un tissu plaqué par le vent, une robe assez souple pour laisser deviner le mouvement d'une poitrine, le dos d'un débardeur où aucune bretelle ne paraissait. Et, plus embarrassant encore, Johanna appartenait désormais à ce paysage. Il suffisait qu'il se le rappelle pour retrouver la honte de la chambre d'hôtel.
Une semaine plus tard devait avoir lieu, dans une propriété du golfe du Morbihan, le mariage d'une cousine de la mère de David. L'invitation était accrochée depuis des semaines sur le réfrigérateur et son père avait manifesté, avec une constance remarquable, aussi peu d'enthousiasme le premier jour que le dernier.
— Je ne connais pratiquement personne, répétait-il chaque fois que sa femme abordait le sujet.
— C'est ma cousine.
— Justement. Ta cousine.
Sa mère avait d'abord fait semblant de ne pas prendre ses protestations au sérieux. À mesure que le week-end approchait, elle comprit pourtant qu'il ne s'agissait pas de la mauvaise humeur ordinaire qui précédait chez lui les grandes réunions familiales : cette fois, il n'avait réellement aucune intention de l'accompagner.
— Eh bien je n'irai pas non plus, finit-elle par déclarer.
David, qui déjeunait avec eux, releva les yeux.
— Tu attends ce mariage depuis trois mois.
— Peut-être, mais je ne vais pas traverser la Bretagne toute seule pour arriver dans un mariage où tout le monde me demandera où est ton père.
— Tu leur diras qu'il est mort.
— Très drôle.
Son père continua tranquillement de manger, avec l'expression satisfaite de quelqu'un qui voyait enfin l'affaire se résoudre conformément à ses espérances.
Thomas n'entrait même pas dans la discussion. Il était toujours en mission et son absence, annoncée depuis suffisamment longtemps, avait cessé d'être un imprévu. Johanna et Milan étaient venus passer quelques jours dans la maison familiale sans lui ; elle écoutait depuis l'autre bout de la table la querelle conjugale avec un amusement discret.
— Je peux venir avec toi, proposa-t-elle finalement.
La mère de David se tourna vers elle.
— Tu ferais ça ?
— Bien sûr. Ça me changera un peu. Et puis je connais quand même une partie de la famille maintenant.
Le visage de sa belle-mère s'éclaira presque immédiatement.
— Alors là, oui.
David comprit trop tard que la solution venait également de régler son propre sort.
— Et David vient avec nous, ajouta sa mère.
— Pourquoi moi ?
— Parce que tu es invité.
— Papa aussi.
— Ne me mêle pas à ça, répondit son père.
— Et parce que, poursuivit sa mère sans lui accorder la moindre attention, je ne vais pas expliquer à toute la famille que mon mari et mon fils ont préféré rester à la maison.
David regarda Johanna dans l'espoir assez faible d'y trouver un soutien. Elle souriait.
— Désolée. Je crois que tu es condamné.
— Merci.
Restait Milan.
Johanna avait naturellement prévu de l'emmener avec elle, mais son beau-père intervint avec une promptitude qui éveilla immédiatement les soupçons de sa femme.
— Je peux le garder.
Elle le regarda.
— Tiens donc.
— Quoi ?
— Rien. Je trouve simplement admirable que ton sens de la famille se réveille précisément au moment où il te permet de ne pas aller à un mariage.
— Il faut bien que quelqu'un s'occupe de cet enfant.
Milan, qui jusque-là n'avait suivi la conversation que d'une oreille, comprit soudain qu'il était question de passer le week-end seul avec son grand-père.
— Je reste avec Papi ?
— Si ta mère est d'accord.
Johanna hésita.
— Je peux très bien l'emmener.
— Pour qu'il passe trois heures à table et qu'il demande toutes les cinq minutes quand on rentre ? répondit son beau-père. Laisse-le-moi. On ira voir les bateaux.
— Et manger une glace, ajouta immédiatement Milan.
— Ça peut se négocier.
La mère de David secoua la tête.
— Ne sois pas dupe, Johanna. Il ne te rend pas service. Il vient de se fabriquer un alibi.
— Un alibi parfaitement honorable, protesta-t-il en attirant Milan contre lui.
Johanna finit par céder. Milan paraissait ravi, son grand-père davantage encore, et elle devait reconnaître que l'idée de passer une journée sans avoir à surveiller l'heure d'un repas, une fatigue ou un enfant qui s'ennuyait n'était pas entièrement désagréable.
Le samedi matin, ils ne furent donc que trois à partir pour le Morbihan : la mère de David, Johanna et David, qui avait fini par comprendre que son avis n'avait jamais réellement fait partie des paramètres du voyage.
Sa mère, en revanche, avait retrouvé tout son enthousiasme. Durant presque tout le trajet, elle parla de la mariée, des cousins qu'ils allaient revoir, des vieilles histoires familiales que Johanna connaissait déjà en partie et de celles qu'elle entreprit de lui raconter. David, depuis l'arrière, intervenait de temps en temps pour rectifier un souvenir ou se défendre lorsqu'il devenait lui-même le sujet d'une anecdote embarrassante.
Il aimait entendre sa mère et Johanna rire ensemble. Thomas absent, leur relation apparaissait plus nettement : Johanna n'était plus depuis longtemps seulement « la femme de Thomas ». Sa mère l'avait adoptée dans la famille à sa manière, avec une affection familière qui lui permettait aussi bien de lui parler de Milan que de se plaindre de son fils aîné.
Ce fut au cours du trajet qu'elle demanda :
— Tu as pris quelle robe finalement ?
— La bleue.
— Celle que tu avais à Noël ?
— Non. Celle avec le dos ouvert.
La mère de David eut un petit sourire.
— Ah oui. Celle-là.
— Quoi, celle-là ? demanda Johanna en riant.
— Rien. Thomas va être contrarié d'avoir raté le mariage.
Johanna sourit à son tour.
— Je lui enverrai une photo.
David, derrière elles, continuait de regarder la route et n'accorda pas davantage d'importance à leur conversation.
Quelques heures plus tard, lorsque Johanna descendit l'escalier, il reconnut la longue robe bleu nuit qu'elle avait préparée sur le lit.
Il l'avait déjà vue habillée pour des mariages ou des soirées familiales, mais jamais depuis que Disneyland avait modifié son regard. De dos, la robe découvrait presque entièrement sa peau jusqu'au creux des reins ; de face, elle suivait une poitrine généreuse qu'aucun soutien-gorge ne pouvait contenir sous cette coupe. À chacun de ses pas, le tissu accompagnait librement son corps et David retrouva aussitôt ce qui, quelques jours plus tôt, avait exercé sur lui une fascination qu'il ne savait encore ni comprendre ni maîtriser. Seulement, cette fois, la femme n'était pas une inconnue dont il pouvait oublier le visage : c'était Johanna.
Il essaya de ne pas regarder et ce fut précisément cet effort qui alerta Johanna. Elle surprit d'abord ses yeux sur elle lorsqu'elle atteignit le bas de l'escalier, puis la manière presque trop rapide dont ils remontèrent vers son visage. Quelques instants plus tard, lorsqu'elle se pencha pour reprendre son sac, elle sentit de nouveau son attention avant même de relever la tête. Rien dans le comportement de David n'était insistant et il paraissait au contraire faire tout ce qu'il pouvait pour ne pas recommencer, mais Johanna connaissait désormais assez bien sa gêne pour reconnaître ce qu'elle signifiait. Pour la première fois, elle comprit sans ambiguïté qu'il venait de regarder son corps de la même manière qu'il lui avait avoué regarder certaines femmes à Disneyland.
Elle n'avait alors fait qu'imaginer, sans aucune certitude, que son propre corps avait pu se mêler aux pensées de David ; elle savait maintenant qu'il le regardait. Elle ne rajusta pourtant rien. La robe avait été choisie bien avant cette prise de conscience et elle refusa l'idée de modifier sa manière de la porter pour lui. Mais cette décision ne suffisait pas à effacer ce qu'elle venait de comprendre. En traversant le vestibule devant lui, Johanna devint malgré elle consciente de son dos découvert, du mouvement de sa poitrine sous l'étoffe et même du contact du tissu sur sa peau, comme si le regard qu'elle savait derrière elle lui révélait soudain sa propre robe.
La propriété dominait la mer. Dans le jardin, les grands arbres tordus par le vent mêlaient leur ombre aux robes claires, aux costumes et aux verres de champagne qui accrochaient le soleil revenu entre deux nuages. David, serré dans un costume qu'il portait rarement, eut très vite l'impression d'être trop visible. Le vêtement allongeait encore sa silhouette, dessinait ses épaules et sa taille étroite ; plusieurs jeunes femmes le regardèrent avant qu'il eût seulement atteint la terrasse, et Johanna les remarqua avec cette vigilance nouvelle qu'elle avait découverte à Disneyland.
Une jeune blonde trouva bientôt un prétexte pour lui demander où se trouvait la table des cadeaux. David répondit avec sa politesse un peu raide, puis resta là lorsqu'elle prolongea la conversation. Johanna revenait du buffet avec deux coupes de champagne et se plaça naturellement près de lui, suffisamment près pour que leur familiarité prêtât à confusion. La jeune femme regarda David, puis Johanna dans sa robe bleu nuit, et finit par s'éloigner.
Johanna suivit son départ avec un amusement auquel se mêla un sentiment moins facile à justifier. Elle venait de faire écran sans l'avoir décidé et avait éprouvé un plaisir discret à constater que sa seule présence avait suffi. Lorsqu'une autre fille de l'âge de David vint plus tard lui parler et posa en riant une main sur son bras, Johanna resta volontairement à distance, agacée d'avoir seulement eu envie de revenir près de lui. David ne lui appartenait d'aucune manière ; il était le frère de Thomas et elle avait passé des années à le regarder grandir. Cette évidence aurait dû suffire, mais elle avait désormais besoin de se la répéter.
Après cela, Johanna resta quelque temps près de David. La réception leur offrait presque malgré elle un prolongement à la conversation commencée à Disneyland. Les invités circulaient entre la terrasse et le jardin, les femmes dans des robes que le vent venu de la mer rendait parfois plus révélatrices qu'elles ne l'avaient sans doute prévu, et Johanna s'aperçut qu'elle savait désormais reconnaître ce qui allait retenir l'attention de David avant même qu'il eût tourné la tête.
Une femme passa devant eux dans une robe très décolletée, manifestement choisie pour mettre sa poitrine en valeur. Johanna attendit quelques secondes, puis regarda David. Il avait remarqué la femme, bien sûr, mais son attention était déjà revenue vers le jardin. Un peu plus tard, une autre invitée se pencha pour récupérer son sac sur une chaise ; sa robe, beaucoup plus sage, suivit librement son corps et laissa deviner sous l'étoffe l'absence de soutien-gorge. Johanna vit aussitôt le regard de David s'y arrêter.
Elle se rapprocha légèrement.
— Celle-là.
David tourna la tête vers elle.
— Quoi, celle-là ?
Johanna eut un sourire.
— Je commence à te connaître.
Il rougit presque par réflexe et regarda autour d'eux pour vérifier que personne ne les avait entendus. Johanna n'ajouta rien. David finit par sourire à son tour.
À partir de là, quelque chose qui aurait pu demeurer embarrassant devint presque un jeu entre eux. Johanna lui indiqua discrètement une jeune femme dont la robe blanche semblait correspondre exactement à ce qu'il lui avait décrit quelques jours auparavant ; David regarda, puis secoua la tête parce que les bretelles d'un soutien-gorge apparaissaient lorsqu'elle se retournait. Une autre, beaucoup plus spectaculaire, attira l'attention de tous les hommes qui l'entouraient et laissa David presque indifférent. Johanna commençait à comprendre les nuances avant même qu'il les lui expliquât : ce n'était ni la quantité de peau découverte ni la beauté évidente qui comptaient le plus, mais cette impression qu'un vêtement pouvait à tout instant cesser de remplir parfaitement son rôle.
David, d'abord gêné de se savoir ainsi déchiffré, finit par y trouver un soulagement inattendu. À Disneyland, chaque regard lui avait paru devoir être aussitôt dissimulé ; ici, le simple fait que Johanna puisse voir la même femme, comprendre ce qui l'attirait et continuer ensuite leur conversation sans que rien de grave ne se produisît retirait progressivement à son désir une partie de son caractère clandestin. Il pouvait remarquer une poitrine sous une robe, laisser son regard s'y attarder une seconde puis revenir vers Johanna sans avoir aussitôt l'impression d'avoir commis une faute. Elle ne l'encourageait pas à fixer les femmes et se moquait même de lui lorsqu'il oubliait trop longtemps ce qu'elle venait de lui dire ; elle lui montrait seulement, par son naturel, que regarder et désirer pouvaient appartenir à la vie ordinaire.
Leur complicité en fut renforcée. Par moments, un simple échange de regards leur suffisait. Johanna apercevait une femme, puis tournait les yeux vers David avec une interrogation amusée ; il comprenait immédiatement et répondait par un sourire, un mouvement de tête ou une expression embarrassée qui la faisait rire. Une fois, il lui désigna lui-même très discrètement une invitée dont la robe semblait parfaitement opaque de face mais devenait presque transparente lorsque le soleil la traversait. Johanna regarda à son tour, constata ce qu'il avait vu puis revint vers lui avec un sourire qui signifiait qu'elle comprenait. David rit, et cette fois aucune honte ne suivit son regard.
Johanna fut sensible à ce changement. Quelques jours auparavant, il avait eu besoin de longues hésitations pour lui avouer ce qui l'attirait chez l'inconnue de Disneyland ; il pouvait maintenant partager avec elle une observation sans que son visage se ferme aussitôt. Elle avait l'impression de l'aider moins en lui donnant des conseils qu'en rendant banal ce qu'il avait jusque-là chargé de culpabilité. Son désir ne disparaissait pas, mais il cessait peu à peu d'être une chose qu'il devait combattre dès qu'elle apparaissait.
Cette facilité nouvelle eut pourtant une conséquence plus délicate. À force de regarder avec lui, Johanna n'oubliait jamais complètement qu'elle était elle-même une femme dans une robe dont elle connaissait parfaitement l'effet. Elle savait désormais avec une précision presque embarrassante quels détails attiraient David et, lorsqu'elle surprenait son regard revenant parfois vers elle après qu'ils avaient observé ensemble une autre invitée, elle ne pouvait plus prétendre ignorer ce qu'il pouvait remarquer. La complicité qui rendait son désir pour les autres femmes plus innocent rendait paradoxalement son propre corps plus présent entre eux.
Ce fut dans cette disposition nouvelle, David plus détendu et Johanna persuadée de savoir désormais lire presque immédiatement ce qui attirait son regard, que Louise entra dans le jardin.
Et, cette fois, Johanna comprit presque aussitôt que ce qu'elle voyait n'obéissait plus tout à fait aux règles qu'elle venait d'apprendre.
Johanna la remarqua d'abord à cause de ses cheveux, une masse rousse et bouclée qui semblait retenir la lumière au milieu des couleurs plus pâles du jardin ; elle remarqua presque aussitôt David, parce que toute cette attention incertaine qu'elle avait sentie circuler entre eux depuis le début de l'après-midi se déplaça brusquement.
Louise avait vingt-deux ans, la peau claire semée de taches de rousseur, des yeux verts très lumineux et cette manière de marcher sans précaution particulière qui donnait l'impression qu'elle était parfaitement à l'aise avec son corps. Sa robe rouge était simple et légère, portée sans soutien-gorge. David en remarqua naturellement le mouvement sur sa poitrine, mais son regard n'y demeura pas. Il remonta presque aussitôt vers son visage et quelque chose dans son expression changea.
Louise le vit au même instant.
Son pas ralentit légèrement. Ce fut peu de chose, suffisamment cependant pour que Johanna, devenue attentive aux regards depuis Disneyland, le remarquât. Louise observa David avec une franchise qui n'avait rien d'indiscret : son visage d'abord, puis sa haute silhouette dans le costume, avant de revenir à ses yeux. Le sourire qu'elle adressait jusque-là aux personnes venues l'accueillir changea imperceptiblement lorsqu'il se posa sur lui, comme si elle venait elle aussi d'être surprise par quelque chose qu'elle n'avait pas prévu.
La mère de David apparut alors à côté d'elle. Elle connaissait manifestement la jeune femme depuis le début de la réception, car elle lui toucha légèrement le bras en lui indiquant le petit groupe qu'ils formaient.
— Louise, viens, je vais te présenter.
Louise la suivit, mais ses yeux revinrent vers David avant même qu'elles les aient rejoints.
— Je te présente Johanna, ma belle-fille. Et ça, c'est David, mon fils.
Puis elle se tourna vers eux.
— Louise est une amie de la mariée.
— Depuis les Beaux-Arts, précisa Louise.
— Voilà. Au moins, comme ça, je ne raconte pas de bêtises.
Louise sourit, puis reporta aussitôt son attention vers David.
— Enchantée.
— Moi aussi.
La banalité des mots contrastait tellement avec la manière dont ils se regardaient que Johanna dut retenir un sourire.
Lorsqu'ils se serrèrent la main, leurs doigts restèrent en contact légèrement plus longtemps que ne l'exigeait la politesse. David rougit, mais ne baissa pas les yeux comme il le faisait habituellement lorsqu'il se sentait découvert. Louise non plus ne se déroba pas.
La mère de David les observa une seconde, puis sourit.
— Bon, fit-elle simplement. Johanna, tu viens m'aider à retrouver les Le Goff avant qu'ils ne repartent ?
Johanna faillit lui faire remarquer que la cérémonie n'avait même pas encore commencé. Le sourire de sa belle-mère l'en dissuada.
— J'arrive.
Elle suivit sa belle-mère et se retourna quelques mètres plus loin. David et Louise étaient déjà en train de parler.
Plus tard, une brise venue de la mer plaqua un instant la robe rouge contre le corps de Louise. Le regard de David descendit avant de remonter presque aussitôt. Louise suivit ce mouvement et comprit. Elle ne se raidit pas, ne chercha pas davantage à remettre le tissu en place ; elle continua simplement de parler en le regardant avec un sourire léger. Pour David, cette absence de gêne fut presque aussi troublante que son corps. Tout ce qu'il avait appris à considérer comme clandestin appartenait chez Louise à une manière parfaitement naturelle d'habiter ses vêtements et, surtout, elle savait maintenant qu'il la regardait sans que cela rompît le lien qui venait de s'établir entre eux.
Lorsque la musique commença, ils dansèrent. David fut d'abord raide, trop conscient de la proximité de leurs corps, mais Louise posa simplement une main sur son épaule et se rapprocha assez pour lui dire quelque chose qui les fit rire. La gêne céda peu à peu. Johanna les regarda quelques instants avant de détourner les yeux ; elle n'avait aucune raison d'assister à chaque étape de cette naissance et comprenait déjà que ce qui s'était passé entre eux en quelques heures dépassait largement les regards auxquels David s'était habitué depuis Disneyland.
À la fin de la soirée, ils échangèrent leurs numéros sans qu'un baiser vînt encore donner un nom à ce qui commençait. Cela n'était presque plus nécessaire. Ils parlaient déjà de Paris comme d'un lieu où ils allaient se revoir et, lorsque Louise s'éloigna pour rejoindre sa famille, elle se retourna une fois vers David. Il la regardait encore. Elle lui sourit, et ce sourire suffit à Johanna pour comprendre que le désir qu'elle avait vu naître n'était pas seulement réciproque : chacun des deux savait désormais qu'il l'était.
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