Le séjour n'avait été projeté par personne. Quelques mois auparavant, Johanna avait participé presque machinalement à un concours organisé par son entreprise et gagné deux nuits à Disneyland Paris, avec les entrées pour le parc. Thomas devait naturellement les accompagner ; mais son métier de militaire, qui depuis longtemps avait appris à la famille à ne jamais considérer un départ ni un retour comme absolument certains, l'appela ailleurs quelques jours avant la date prévue. Johanna songea d'abord à renoncer. Milan, qui avait quatre ans et comptait depuis trois semaines le nombre de nuits qui le séparaient de Mickey, accueillit cette perspective avec une détresse si entière que sa grand-mère trouva presque aussitôt une solution : David pouvait venir.
L'idée avait quelque chose de naturel. Les absences répétées de Thomas avaient peu à peu installé Johanna dans sa belle-famille d'une manière que personne n'avait réellement décidée : elle venait souvent en Bretagne avec Milan lorsque son mari était parti, ouvrait les placards sans demander où étaient les verres, laissait parfois quelques vêtements dans une chambre et savait quelles courses rapporter avant même qu'on les lui demandât. David avait grandi dans cette proximité. Elle l'avait connu enfant, puis adolescent, avec cette familiarité presque fraternelle que créent les années lorsqu'aucun événement ne vient obliger à regarder autrement ceux qu'on voit changer.
Seulement, cette dernière année, elle l'avait peu vu. David venait d'obtenir son baccalauréat avec des résultats brillants après des mois durant lesquels il s'était découvert une application presque obstinée au travail. Les cours, les révisions et les longues heures passées dans sa chambre avaient eu raison de plusieurs week-ends en Bretagne ; il continuait à nager, courait parfois le soir pour se vider la tête, mais avait consacré au reste une discipline qui étonnait sa famille. Maintenant que les résultats étaient tombés, il se retrouvait brusquement sans échéance, avec cette étrange vacance des lendemains d'examen où l'on ne sait plus très bien quoi faire du temps que l'on désirait tant retrouver.
Johanna ne mesura réellement ce qu'elle avait manqué de sa transformation que le matin du départ. David venait d'avoir dix-huit ans. Il avait toujours été grand, mais la longueur un peu désaccordée de l'adolescent avait disparu ; la natation avait donné de l'ampleur à ses épaules, la course affermit ses longues jambes, et son visage, régulier depuis l'enfance, s'était dégagé des dernières indécisions de l'âge. Ses yeux gris clair retenaient maintenant les regards avec une facilité dont il ne semblait avoir aucune conscience. Il était devenu très beau sans que cette beauté eût encore produit chez lui l'assurance qu'elle aurait donnée à d'autres, et Johanna, en le voyant jeter son sac dans le coffre, éprouva la surprise légère que l'on ressent devant une maison familière dont quelqu'un aurait changé les fenêtres pendant notre absence.
David, lui, ne posa sur Johanna aucun regard nouveau. Elle était Johanna : la femme de Thomas, la mère de Milan, celle qui connaissait sa famille avant même qu'il fût adolescent et dont la présence avait toujours eu pour lui quelque chose d'une sœur aînée. Il l'embrassa comme d'habitude, prit la place avant lorsque Milan réclama l'arrière pour lui seul et passa le trajet à regarder l'autoroute, à répondre aux questions de l'enfant ou à goûter simplement le soulagement de n'avoir plus rien à réviser. Rien ne commença là.
Le lendemain matin, la chaleur était déjà installée sur l'Île-de-France lorsqu'ils gagnèrent le parc. Sur le vaste parking, l'asphalte renvoyait sous les semelles une chaleur sèche qui montait le long des jambes ; plus près des grilles, les odeurs se mêlaient, crème solaire, café, sucre chaud, poussière soulevée par la foule et, par instants, la senteur métallique des barrières chauffées au soleil. Milan portait des oreilles de Mickey beaucoup trop grandes pour lui et tirait sa mère en avant, tandis que David les suivait avec cette bonne volonté distraite des jeunes gens qui ont dépassé l'âge des attractions pour enfants sans avoir encore atteint celui où ils trouvent amusant d'y revenir.
Johanna remarqua plusieurs regards sur lui avant même qu'ils eussent franchi l'entrée. Une jeune femme croisée près des contrôles ralentit légèrement ; plus loin, deux filles qui attendaient devant un kiosque se retournèrent après son passage et échangèrent quelques mots en riant. David ne vit rien. Il surveillait Milan dans la foule, se plaignait de la chaleur et semblait occuper son corps avec cette inconscience particulière des très beaux garçons qui n'ont pas encore compris que les autres les regardent autrement qu'eux-mêmes se regardent dans une glace. Johanna s'en amusa, sans attacher encore à cette constatation davantage d'importance.
Ce fut dans une file d'attente que quelque chose changea. L'attraction se trouvait en grande partie sous un auvent de toile qui protégeait du soleil sans réellement rafraîchir l'air. Les barrières métalliques formaient de longs lacets serrés où la foule avançait par courtes poussées : trois mètres gagnés, puis plusieurs minutes d'immobilité. La chaleur des corps s'ajoutait à celle du soleil ; les épaules luisaient de crème, des enfants se plaignaient, des bouteilles d'eau circulaient de main en main, et l'air retenait les odeurs de peau chauffée, de parfum, de coton humide et de sucre que quelqu'un mangeait quelques rangées plus loin.
Devant David se tenait une femme d'une trentaine d'années accompagnée d'un petit garçon. Il ne la remarqua pas immédiatement. Elle portait un tee-shirt blanc très simple et un short en jean ; ses cheveux, relevés en queue-de-cheval, dégageaient entièrement le haut de son dos. Ce fut là que le regard de David s'arrêta une première fois, sur un détail si insignifiant qu'il ne comprit pas tout de suite pourquoi il y revenait : aucune bretelle n'apparaissait sous le tissu.
Il regarda ailleurs, suivit quelques secondes Milan qui tentait de passer la tête entre deux barrières, puis ses yeux revinrent vers le dos de la femme. Toujours rien. La certitude qu'elle ne portait pas de soutien-gorge produisit en lui une curiosité neuve, plus précise que l'attirance vague qu'il avait pu éprouver jusqu'alors pour une jolie fille. De l'endroit où il se trouvait, il ne voyait presque rien ; le tee-shirt suivait le corps sans en révéler davantage qu'une ligne générale. Mais chaque fois que la file tournait et que la femme se présentait un peu de profil, David attendait ce changement de position avec une attention croissante.
Il aperçut enfin la courbe souple d'un sein sous le coton et cette mobilité particulière que rien ne semblait retenir. Son cœur accéléra. Son regard retomba aussitôt devant lui, gêné moins par ce qu'il venait de voir que par le désir très net de regarder encore. Jusque-là, il aurait pu croire qu'une image s'était simplement présentée à lui ; désormais il guettait le mouvement suivant. Il commença même, sans se l'avouer, à tirer parti des sinuosités de la file, avançant parfois d'un demi-pas ou restant légèrement en retrait pour retrouver le profil qui lui permettait de mieux deviner le corps sous le tissu.
Il avança encore d'un demi-pas. Puis un autre.
La femme parlait à son fils, lui donnait à boire, essuyait son front avec un mouchoir. L'enfant finit par réclamer les bras. Elle se pencha, le souleva contre elle et, tandis qu'il s'accrochait à son cou, une de ses mains tira involontairement sur l'encolure du tee-shirt. Le tissu descendit davantage que la femme ne parut le sentir. David vit alors, pendant une seconde qui lui sembla beaucoup plus longue, la courbe presque entière d'un sein et, à sa limite, le commencement plus sombre de l'aréole avant que le coton ne reprît sa place lorsque l'enfant changea de position.
L'image entra en lui avec une netteté déraisonnable. Il regarda les rails de l'attraction, sentit une chaleur qui n'avait plus rien à voir avec celle du parc lui monter au visage, regarda les rails de l'attraction, les panneaux, les personnes derrière lui, n'importe quoi qui pût lui rendre un air naturel. Puis, quelques secondes plus tard, ses yeux revinrent vers la femme. Le tee-shirt avait repris sa place. La déception qu'il éprouva le bouleversa presque davantage que ce qu'il venait de voir.
Il aurait voulu revoir.
La file avança. David suivit le mouvement, puis se décala légèrement lorsque le coude suivant lui rendit le profil de la femme. Il attendit que le tissu bouge encore.
La longueur de la file changea alors de nature. David sentait son tee-shirt coller dans son dos, la sueur descendre le long de ses tempes et l'impatience générale grandir autour de lui ; pourtant, chaque fois qu'un panneau annonçait qu'ils approchaient de l'embarquement, une appréhension singulière lui venait. La femme allait disparaître. Il ne la reverrait probablement jamais. Il se surprit à souhaiter que l'attente durât encore, uniquement pour conserver devant lui ce dos sans bretelle et la possibilité, devenue presque obsessionnelle, qu'un autre hasard lui rendît l'image entrevue.
Johanna observait autre chose. Elle avait d'abord remarqué les regards de David sans comprendre ce qui les retenait, puis suivit leur direction et deviné assez vite ce qui l'intéressait. Cela l'avait amusée ; elle connaissait sa maladresse et la facilité avec laquelle il rougissait lorsqu'il se croyait surpris. Mais peu à peu, son attention avait quitté la femme pour revenir sur lui.
La chaleur avait coloré son visage, rendu ses cheveux légèrement humides sur le front ; debout dans son tee-shirt clair, une main sur la barrière, il avait cette longue silhouette ferme qu'elle n'avait pas eu le temps de voir se former. Le garçon dont elle gardait le souvenir revenait lorsqu'il répondait à Milan ou baissait les yeux, et l'instant suivant son profil, sa mâchoire et ses épaules lui rendaient un homme qu'elle n'avait pas encore appris à reconnaître.
Puis elle remarqua son sac.
David le tenait depuis quelques minutes devant lui d'une manière un peu étrange, plaqué contre le bas de son ventre alors qu'il l'avait jusque-là laissé pendre négligemment à son épaule. Johanna crut d'abord qu'il cherchait simplement une position plus confortable. Lorsqu'il changea d'appui et que le sac glissa légèrement de côté, elle comprit.
Son regard s'arrêta malgré elle.
Sous son short, le trouble de David était devenu suffisamment manifeste pour expliquer la précaution maladroite avec laquelle il cherchait à le cacher. Il rabattit aussitôt le sac devant lui, avec cette brusquerie embarrassée qui confirma à Johanna qu'il avait parfaitement conscience de son état.
Elle releva les yeux vers son visage.
Quelque chose changea alors profondément dans la façon dont elle le regardait. Ce n'était plus seulement sa taille, ses épaules ou les traits de son visage qui lui apprenaient que David avait grandi. Son corps venait de l'affirmer devant elle avec une évidence beaucoup plus intime. L'adolescent qu'elle avait connu était devenu un homme capable d'éprouver un désir assez puissant pour s'inscrire malgré lui dans son corps.
Cette découverte aurait pu seulement la gêner. Elle l'intrigua davantage qu'elle ne l'aurait voulu.
Johanna regarda de nouveau la femme devant eux. Elle était jolie, certainement. Mais ce qu'elle voyait sur le visage de David lui paraissait disproportionné avec cette simple constatation. Il ne regardait pas comme on remarque une belle femme dans une foule. Il semblait happé par quelque chose de beaucoup plus précis : le tissu sans bretelles apparentes, ce qu'il laissait deviner, l'attente d'un mouvement qui en révélerait davantage. Chaque fois qu'il détournait les yeux, il paraissait lutter contre l'envie presque immédiate d'y revenir.
Et son corps, lui, ne savait rien dissimuler.
Johanna sentit sa curiosité changer de nature. Elle ne se demandait plus seulement ce que David regardait. Elle voulait comprendre ce qu'il ressentait pour qu'un détail aussi banal puisse produire en lui un trouble aussi visible. Il y avait là quelque chose qu'elle ne lui connaissait pas : une intensité, presque une vulnérabilité, comme si le désir qui venait de surgir en lui le dépassait autant qu'il l'attirait.
Lorsqu'il ramena une nouvelle fois son sac devant lui et baissa les yeux, essayant maladroitement de cacher ce que son propre corps venait de révéler, Johanna éprouva une tendresse inattendue, mêlée d'un trouble plus difficile à nommer.
Pour la première fois, elle ne se contentait plus de constater que David était devenu un homme.
Elle se demandait quel homme il était en train de devenir.
Plusieurs femmes placées dans les rangées voisines regardèrent David au cours de cette attente. Une jeune brune le fit avec assez d'insistance pour que Johanna s'en aperçût immédiatement. David, absorbé par le tee-shirt blanc quelques mètres devant lui, ne vit rien. Cette ignorance acheva de déplacer le regard de Johanna : elle savait évidemment qu'il avait dix-huit ans, qu'il venait d'avoir son bac et qu'il allait commencer ses études ; mais aucune de ces données n'avait la force de ce qu'elle voyait maintenant, le désir sur son visage, les regards féminins qui revenaient vers lui, et cette beauté dont il semblait presque inconscient.
La file arriva enfin à son terme. La femme et son enfant furent dirigés vers une rangée différente ; David la suivit des yeux jusqu'au moment où il ne vit plus que son dos, le coton blanc et toujours cette absence de bretelles qui avait tout commencé. Puis la foule la prit. Pendant l'attraction, il pensa encore à elle. Ce qui le surprit fut la précision du souvenir : il n'avait pas besoin de fermer les yeux pour revoir le tee-shirt déplacé et la peau découverte, alors qu'il aurait été incapable de décrire correctement le visage de la femme.
En ressortant, David resta plus silencieux. La foule les reprit presque aussitôt, Milan marchant quelques pas devant eux en racontant déjà l'attraction avec une excitation qui ne laissait aucune place aux réponses. Johanna attendit qu'ils se fussent suffisamment éloignés de la file.
Elle repensait surtout au sac que David avait ramené devant lui, à sa manière maladroite de le maintenir contre son corps et à ce qu'elle avait aperçu avant qu'il ne réussît à le dissimuler. Cette image avait changé la nature de sa curiosité. Elle ne s'interrogeait plus seulement sur ce qu'il avait regardé pendant toute cette attente ; elle savait désormais avec quelle intensité son corps avait réagi.
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
— Elle était jolie ?
David lui adressa un regard véritablement surpris.
— Qui ?
— La femme devant toi.
La rougeur qui lui monta aussitôt aux joues aurait suffi à répondre. Son premier réflexe fut même de baisser les yeux, presque comme s'il craignait que Johanna regardât de nouveau vers son sac.
— J'en sais rien.
Johanna eut un petit rire.
— Tu l'as regardée pendant presque toute la queue et tu ne sais même pas si elle était jolie ?
Elle s'attendait à le voir protester ou sourire. Il n'en fit rien.
— C'était pas ça, finit-il par reconnaître.
Johanna cessa de sourire.
Cette réponse confirmait précisément ce qui l'intriguait depuis la file. Une jolie femme pouvait attirer un regard ; elle comprenait cela sans difficulté. Mais elle avait vu chez David quelque chose de beaucoup plus puissant. Elle avait observé ses yeux revenir malgré lui, son agitation lorsqu'il essayait de regarder ailleurs, puis cette réaction physique assez forte pour qu'il éprouvât le besoin de la cacher. Et maintenant il lui disait qu'il ne savait même pas si cette femme était jolie.
— Alors c'était quoi ?
David regarda Milan devant eux, puis la foule, comme s'il cherchait autour de lui une réponse qui lui éviterait d'avoir à la formuler.
— Je sais pas.
Johanna ne le pressa pas. Elle marcha simplement à côté de lui.
— Si, reprit-il finalement. Je sais.
Il hésita encore.
— Elle n'avait pas de soutien-gorge.
Il avait presque baissé la voix sur les derniers mots. Johanna regarda devant elle afin de lui épargner la sensation d'être examiné, mais quelque chose s'éclairait dans son esprit. Elle revit le tee-shirt blanc, l'absence de bretelles et les mouvements de la femme lorsqu'elle avait pris son enfant dans ses bras.
Pas réellement la femme. Pas même sa beauté. Un détail.
Johanna tourna de nouveau les yeux vers David. Elle aurait pu en rester là, plaisanter et lui rendre l'épisode insignifiant. Mais elle avait vu ce que ce détail avait provoqué chez lui. Sa curiosité l'emporta.
— Et ça t'a plu à ce point-là ?
David la regarda brusquement.
La question semblait l'avoir atteint exactement à l'endroit qu'il aurait préféré garder caché. Pendant une seconde, Johanna crut qu'il allait nier. Puis quelque chose céda dans son expression.
— Oui.
Ce simple aveu produisit entre eux un silence différent.
David hocha la tête. Johanna attendit sans le relancer.
— Qu'est-ce qui t'a fait cet effet ?
David haussa les épaules.
— Je ne sais pas exactement.
Puis, puisqu'elle ne riait toujours pas :
— Au début, j'ai juste vu qu'il n'y avait pas de bretelles. Après... j'ai attendu.
— Attendu quoi ?
Il rougit davantage.
— Qu'on voie quelque chose.
Il lui raconta alors le mouvement du tee-shirt, sans entrer dans des détails qu'il aurait été incapable de prononcer devant elle, puis cette seconde pendant laquelle le vêtement avait bougé davantage. Mais ce qui intéressa Johanna fut moins ce qu'il avait aperçu que la manière dont il parlait de l'attente.
— Après, j'espérais que ça recommence, avoua-t-il.
Il passa une main dans ses cheveux.
— C'est ça qui est bizarre.
— Pourquoi ?
— Parce que je le faisais exprès, après. Je regardais pour voir si ça allait recommencer.
Johanna le regarda tirer sur la fermeture de son sac, l'ouvrir, la refermer, puis recommencer sans raison.
— J'ai l'impression d'avoir volé un truc, dit-il enfin.
Johanna le regarda.
Johanna posa brièvement la main sur son avant-bras. David cessa de jouer avec la fermeture du sac.
— Tu as regardé, David. Tu n'as rien pris.
Il ne répondit pas.
— Et puis elle continuait sa vie. Elle parlait avec son fils, elle lui donnait à boire, elle ne savait même pas que tu étais derrière elle. Tant que tu ne la fixes pas au point de la mettre mal à l'aise, elle continue sa vie et toi la tienne.
David acquiesça sans paraître entièrement convaincu.
Johanna regarda David marcher à côté d'elle.
Le reste de l'après-midi, Milan les entraîna d'une attraction à l'autre. Dans la foule, le regard de David s'attarda parfois ; lorsqu'il croisait celui de Johanna, il revenait vers Milan ou vers le plan du parc.
Une ou deux fois, Johanna surprit son regard sur elle. David reprit aussitôt sa marche. Elle ajusta la bretelle de son sac et rejoignit Milan.
Le soir, lorsqu'ils regagnèrent la chambre d'hôtel, la chaleur avait laissé dans leurs vêtements une fatigue moite. Milan s'endormit presque immédiatement. David resta allongé sur son lit avec son téléphone pendant que Johanna passait dans la salle de bain ; il lisait sans réellement lire, car l'image de la femme au tee-shirt blanc revenait encore, toujours plus précise que son visage. Il s'en agaçait presque lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir.
Johanna reparut et, pour la première fois de la journée, l'attention de David quitta complètement l'inconnue. Elle avait défait ses cheveux. Ce fut d'abord cela qu'il remarqua : leur masse sombre, beaucoup plus abondante qu'il ne l'avait jamais considérée, les longues ondulations laissées par l'élastique, quelques mèches encore humides qui s'accrochaient à ses épaules. Il les connaissait depuis des années et pourtant les voyait comme une chose nouvelle, simplement parce que son regard, depuis quelques heures, n'était plus tout à fait le même.
Elle portait un short de nuit et un caraco clair. David comprit presque aussitôt qu'elle avait retiré son soutien-gorge. La constatation lui produisit une secousse plus vive qu'il ne l'aurait imaginé. Toute la journée, il avait appris à chercher ce détail sur des inconnues ; il le rencontrait maintenant, sans l'avoir cherché, sur une femme qui jusque-là n'avait appartenu à aucune de ces catégories. Son regard descendit malgré lui. Sous le tissu souple, la poitrine de Johanna lui apparut beaucoup plus généreuse qu'il ne l'avait jamais réellement regardée, pleine, lourde sans mollesse, avec ce poids naturel que le caraco accompagnait au lieu de le retenir. Lorsqu'elle leva un bras pour rassembler ses cheveux avant de les laisser finalement retomber, ses seins se déplacèrent sous l'étoffe et David sentit son ventre se contracter.
Il baissa aussitôt les yeux vers son téléphone. La femme au tee-shirt blanc était une inconnue qu'il ne reverrait jamais ; Johanna avait une voix, un mari qui était son frère, un fils endormi à quelques mètres, et elle connaissait les photos de David enfant, ses habitudes, ses anciennes maladresses. Pendant des années, elle avait vécu auprès de lui avec cette évidence d'une sœur plus âgée. Pourtant, lorsqu'elle se pencha devant son sac pour chercher son chargeur, David regarda de nouveau la chevelure qui tombait vers le sol, la peau bronzée des épaules et le caraco qui suivait la courbe charnelle de sa poitrine.
Cette fois, il sut exactement ce qu'il faisait : il cherchait. Le mécanisme découvert quelques heures plus tôt venait de se retourner vers Johanna, mais avec une force nouvelle parce qu'il connaissait le corps qu'il était en train d'imaginer sans l'avoir jamais réellement regardé. Il se surprit à attendre qu'elle se penchât davantage, que le caraco s'écartât un peu de sa poitrine ou qu'un mouvement lui laissât apercevoir ce que le tissu continuait à cacher. Cette attente lui parut plus troublante encore que le désir lui-même. Il ne s'agissait plus d'un regard surpris et aussitôt détourné : une part de lui souhaitait désormais qu'un hasard lui permît d'en voir davantage.
Johanna se redressa sans que rien se fût produit et David éprouva une déception si brève qu'elle aurait pu lui échapper s'il n'avait passé l'après-midi à essayer de comprendre ses propres réactions. Il se reprocha aussitôt cette déception. Quelques heures auparavant, il lui avait expliqué cette attente devant une inconnue et Johanna avait écouté avec une indulgence qui l'avait rassuré ; il découvrait maintenant que la même curiosité pouvait s'appliquer à elle, et cette idée rendait leur conversation soudain beaucoup plus intime qu'elle ne l'avait été sur le moment.
Il tenta de revenir à son téléphone, mais la présence de Johanna occupait désormais une partie de son attention. Chaque déplacement dans la chambre devenait susceptible de révéler quelque chose : lorsqu'elle se penchait, lorsqu'elle levait les bras, lorsqu'elle s'asseyait en ramenant une jambe sous elle. Il connaissait à présent le détail qui suffisait à retenir son regard, cette liberté de la poitrine sous un vêtement qui ne la contraignait plus, et le fait qu'il s'agît de Johanna ne diminuait pas son désir ; au contraire, la familiarité même de son visage et de sa voix donnait à ce qu'il entrevoyait une intimité qui n'existait pas avec les femmes croisées dans le parc.
Johanna se pencha de nouveau vers Milan. David fixa quelques secondes la télévision éteinte, puis ses yeux revinrent vers elle.
Il se leva bientôt et gagna la salle de bain. Le verrou fonctionnait mal ; il tira néanmoins la porte jusqu'au bout et resta un instant appuyé contre elle, le souffle court. La petite pièce gardait la chaleur de la douche de Johanna et une odeur mêlée de savon, de serviettes humides et de peau chauffée par la journée. Dans le miroir, son visage était encore rouge. Il essaya de penser à autre chose, mais les images revinrent aussitôt : le tee-shirt blanc dans la file, la courbe du sein découverte par accident, puis Johanna quelques minutes plus tôt, les cheveux défaits, le caraco clair épousant librement sa poitrine. Son excitation était devenue douloureusement nette sous son short. Il baissa le vêtement et prit son sexe dans sa main, déjà dur, surpris presque par la force de sa propre réaction.
Il commença lentement, comme s'il pouvait encore faire de ce geste une simple manière de calmer son corps, puis le rythme s'accéléra. À chaque mouvement revenait un fragment : le coton tiré, la peau entrevue, le balancement lourd et naturel de la poitrine de Johanna sous le caraco. Il serra les lèvres. Les images revenaient malgré lui, plus nettes à chaque mouvement. Il dut serrer les lèvres pour ne laisser échapper aucun son. Son ventre se contracta, ses cuisses se tendirent et, lorsqu'il jouit enfin dans sa main, l'orgasme le traversa avec une violence brève qui le laissa quelques secondes immobile, le front presque contre le miroir froid. C'est à ce moment que la poignée s'abaissa.
Johanna se souvint alors d'un médicament resté dans sa trousse de toilette et abaissa la poignée sans réfléchir. La porte s'entrouvrit de quelques centimètres. Johanna aperçut d'abord le mouvement brusque de David, puis son short abaissé et sa main encore refermée sur son sexe en érection. La vision fut si inattendue qu'elle resta une fraction de seconde sans réagir, suffisamment longtemps pourtant pour saisir ce qu'elle n'aurait jamais dû voir : la nudité de David, son excitation manifeste, la tension de son corps et surtout la panique qui traversa son visage lorsqu'il comprit qu'elle l'avait surpris.
Elle referma aussitôt la porte.
Mais l'image demeura avec une précision embarrassante. Dans la file, elle n'avait fait que deviner son érection derrière un vêtement et comprendre la maladresse avec laquelle il tentait de la dissimuler ; cette fois, elle venait de voir sans intermédiaire ce que son corps exprimait. La découverte la troubla d'autant plus qu'elle donnait rétrospectivement une réalité nouvelle à tout ce qu'il lui avait raconté pendant l'après-midi. Son attirance pour la femme au tee-shirt blanc, l'attente d'en apercevoir davantage, les regards qu'il s'était ensuite reprochés n'étaient pas de simples curiosités de jeune homme : le désir avait continué à travailler en lui jusqu'à le conduire à s'isoler pour y céder.
Johanna resta un instant devant la porte fermée, partagée entre l'envie de disparaître pour lui épargner un embarras supplémentaire et une curiosité qu'elle se reprocha presque immédiatement. Ce qui revenait malgré elle n'était pas seulement sa nudité, mais le contraste entre cette intimité d'homme qu'elle venait d'entrevoir et le David rougissant qui, quelques heures auparavant, cherchait encore ses mots pour lui expliquer ce qui l'attirait chez une femme. Elle avait passé la journée à découvrir qu'il n'était plus le garçon dont elle gardait le souvenir ; en une seconde maladroite, cette transformation venait de s'imposer à elle avec une évidence beaucoup plus difficile à tenir à distance.
Il se nettoya longuement, davantage pour retrouver une contenance que par nécessité. L'eau froide sur ses doigts, le bruit du robinet, la lumière trop blanche de la salle de bain lui rendirent peu à peu la réalité de la chambre d'hôtel. Pourtant, lorsqu'il remonta son short, son corps gardait encore la mémoire de l'orgasme et son esprit celle de Johanna.
Lorsqu'il revint, il ne parvint pas à la regarder longtemps. Johanna lui souhaita bonne nuit comme elle l'aurait fait autrefois, mais cette normalité lui demanda à elle aussi un effort. Elle n'avait presque rien vu dans la salle de bain, pourtant assez pour comprendre que la journée avait laissé David dans un état de tension dont il avait eu besoin de se délivrer. Plus troublant encore, une intuition lui venait qu'elle refusa de pousser plus loin : peut-être son propre corps s'était-il mêlé aux images qui l'avaient poursuivi.
Elle éteignit la lampe et se coucha en lui tournant le dos, comme si cette position suffisait à remettre entre eux une distance familière. Dans l'obscurité, elle entendait la respiration régulière de Milan et, derrière elle, les mouvements discrets de David qui cherchait lui aussi le sommeil. La fatigue aurait dû effacer le reste, mais Johanna demeurait trop consciente de sa présence et surtout de ce qu'elle avait surpris dans la salle de bain. L'image revenait malgré elle, moins pour ce qu'elle avait réellement eu le temps d'en voir que pour ce qu'elle lui révélait de l'intensité d'un désir dont David lui avait parlé quelques heures auparavant avec tant de gêne.
Elle ramena une main sous le drap, contre son ventre puis plus bas, dans un geste presque instinctif destiné moins à prolonger ce trouble qu'à l'apaiser. Elle découvrit alors qu'il avait laissé en elle une tension physique qu'elle n'avait pas voulu reconnaître jusque-là. Cette constatation la déconcerta davantage que le geste lui-même. Durant toute la journée, elle avait cru observer David de l'extérieur, comprendre son désir et mesurer la transformation du garçon qu'elle avait connu ; elle devait maintenant admettre que cette découverte avait éveillé quelque chose en elle aussi, sans qu'elle sût encore exactement quoi.
Elle resta ainsi quelques instants, immobile, la main posée contre elle, tentant davantage de calmer cette agitation que de s'y abandonner. L'idée que David se trouvait à quelques mètres, peut-être encore éveillé, suffisait à rendre ce trouble embarrassant et elle refusa d'en chercher davantage la cause. Heureusement, la fatigue accumulée depuis le matin finit par être plus forte. Ses pensées se brouillèrent, son corps se détendit progressivement et le sommeil la rattrapa avant qu'elle n'eût à décider ce qui, dans cette journée, l'avait réellement troublée : ce qu'elle avait découvert du désir de David, ou simplement le fait de ne plus parvenir à le regarder tout à fait comme le garçon qu'elle avait connu.
Le lendemain matin, Johanna choisit une robe blanche très légère parce que la chaleur s'annonçait plus lourde encore que la veille. Elle la portait souvent sans soutien-gorge ; la coupe s'y prêtait, elle trouvait cela plus confortable et ne pensa pas réellement à David en s'habillant. Elle descendit avant lui avec Milan.
Lorsque David entra dans la salle du petit-déjeuner, il la vit presque immédiatement et s'arrêta intérieurement avant même que son pas ne ralentît. La robe lui révélait davantage que le caraco, non par son décolleté, qui demeurait sage, mais parce qu'elle accompagnait tout le mouvement du corps. Ses cheveux, encore humides, tombaient en une masse sombre autour d'un visage que le soleil de l'été avait bruni ; sous le coton clair, ses seins volumineux vivaient librement à chacun de ses pas, leur poids faisant bouger le tissu avec cette franchise même qui avait éveillé la veille quelque chose chez David. Plus bas, la robe se resserrait sur une taille nettement dessinée avant de suivre des hanches pleines dont il découvrait soudain la courbe.
Pour la première fois, il ne vit pas seulement un détail. Les cheveux, la peau bronzée, la poitrine généreuse, la taille et les hanches appartenaient au même corps ; et ce corps appartenait à Johanna. Quelque chose se rompit dans l'ancienne image familière. Elle n'était plus seulement la femme de Thomas, la mère de Milan ou cette grande sœur imaginaire derrière laquelle l'habitude l'avait rangée. Elle était une femme, et David la trouvait désirable.
Cette vérité fut si simple qu'elle lui fit peur. Il regarda une seconde de trop avant de relever les yeux.
Johanna le vit. Elle reconnut immédiatement l'attention qu'elle avait observée la veille dans la file : cette immobilité trop concentrée, le regard qui descendait avec une intensité presque involontaire, puis l'effort brusque pour revenir vers le visage comme si les secondes précédentes pouvaient être effacées. Seulement, la femme regardée, cette fois, c'était elle. Elle avait passé la veille à découvrir que David était devenu un homme parce que d'autres femmes le regardaient et parce qu'elle avait surpris son désir pour une inconnue ; elle comprenait maintenant qu'il la regardait, elle, comme une femme.
La constatation lui causa une chaleur brève qu'elle aurait difficilement pu attribuer à la température de la pièce. Johanna aurait pu tirer sur sa robe, croiser les bras ou remonter chercher quelque chose. Elle n'en fit rien. Elle n'avait pas choisi cette tenue pour David et refusa que son regard transformât rétrospectivement un geste ordinaire en provocation. Elle servit le café de Milan, consulta le plan du parc, attacha ses cheveux puis les détacha plus tard parce qu'elle avait trop chaud. La robe resta une robe, portée comme elle l'aurait été en son absence.
David regarda encore, plus discrètement. La différence était qu'il savait désormais qu'elle savait. La veille, il avait cru voler aux femmes des images qu'elles ignoraient lui donner ; avec Johanna, cela devenait impossible. Elle avait conscience de son regard, mais ne lui offrait rien pour autant. Elle existait simplement devant lui, et cette présence, précisément parce qu'elle refusait à la fois la dissimulation et la mise en scène, le troubla presque davantage que la poitrine libre sous le coton.
Dans le parc, son attention continua pourtant de chercher les autres femmes. L'obsession née dans la file avait déjà trouvé sa forme : une absence de bretelle attirait ses yeux, puis venait l'attente d'un mouvement, d'une confirmation sous le tissu. Johanna ne l'interrogea plus. Elle observait seulement que David revenait plus vite vers Milan, vers une conversation, vers elle. Dans l'après-midi, l'étudiante au carnet qu'ils avaient déjà croisée leva de nouveau les yeux vers lui. Cette fois, lorsqu'elle sourit, David soutint son regard assez longtemps pour lui rendre son sourire. Johanna assista à cet échange avec une sensation difficile à définir, un léger pincement mêlé d'une fierté presque tendre : la transformation du garçon ne lui appartenait pas, et d'autres femmes connaîtraient bientôt de lui des choses auxquelles elle n'aurait aucune part.
Le soir, lorsqu'ils regagnèrent la chambre, la fatigue rendit d'abord tout plus simple. Milan s'endormit rapidement, encore agité par les images du parc, et Johanna éteignit sa lampe après quelques paroles banales sur l'heure du départ. La chambre entra peu à peu dans cette obscurité imparfaite des hôtels, traversée par la lumière du couloir sous la porte et par les reflets lointains du parc sur les rideaux. Johanna ne dormait pas encore lorsqu'elle entendit David se lever et gagner la salle de bain.
Dans la salle de bain, David vérifia deux fois la porte.
Le verrou lui inspira pourtant une confiance médiocre. Depuis l'incident de la veille, il savait qu'il suffisait d'un mauvais mouvement pour qu'elle s'ouvre, et cette pensée lui revint presque aussitôt qu'il fut seul. Il tendit l'oreille. De l'autre côté, la chambre était silencieuse ; Johanna devait être couchée.
Il aurait pu attendre.
C'était même ce qu'il se répéta pendant quelques minutes, debout devant le lavabo, tandis qu'il se brossait les dents avec une application absurde. Attendre le lendemain, rentrer chez lui, retrouver une intimité qui ne risquait pas d'être interrompue par la femme même à laquelle il pensait. L'idée aurait dû suffire.
Mais la journée entière lui revenait par fragments.
Il revit d'abord les femmes croisées dans le parc, les étoffes légères, les mouvements qu'il avait appris à remarquer avant même de savoir qu'il les cherchait. Puis ces images se brouillèrent. Une autre revenait toujours prendre leur place : Johanna dans sa robe blanche, ses cheveux encore humides après la douche, la lumière traversant par moments le tissu ; Johanna surtout lorsqu'elle avait surpris son regard et n'avait pas détourné le sien.
Depuis la veille, quelque chose s'était déplacé. Il avait toujours su que Johanna était belle. Cela appartenait presque aux évidences familiales, au même titre que son mariage avec Thomas ou la présence de Milan. La désirer était tout autre chose, et cette découverte lui paraissait encore assez incongrue pour qu'il essayât de la repousser chaque fois qu'elle revenait.
Elle revenait pourtant.
La proximité de Johanna derrière la porte rendait le désir plus difficile à supporter. David écoutait le moindre bruit de la chambre avec la crainte qu'elle se lève. Il imaginait le parquet craquer, la poignée s'abaisser, le verrou céder une seconde fois. La seule pensée d'être surpris lui serrait le ventre.
Plusieurs fois il faillit renoncer. Mais chaque fois qu'il fermait les yeux pour retrouver son calme, c'était encore Johanna qu'il voyait.
Ce fut finalement cette contradiction qui l'emporta : il avait peur qu'elle le surprenne et ne parvenait pourtant pas à renoncer au désir qu'elle provoquait en lui.
Lorsqu'il ressortit enfin, il évita presque immédiatement de regarder vers le lit.
— Ça va ? demanda Johanna.
— Oui.
Sa réponse avait été beaucoup trop rapide.
Johanna leva les yeux et l'observa une seconde. David sentit la chaleur lui monter au visage avec une violence presque adolescente et se glissa sous sa couverture.
Elle ne posa aucune autre question.
Pourtant, dans l'obscurité, David resta longtemps éveillé. Ce qui le troublait n'était plus seulement d'avoir désiré Johanna. C'était d'avoir découvert que, lorsqu'il avait laissé les autres images s'effacer, c'était elle qu'il avait voulu garder.
Le lendemain matin, sur le parking encore presque vide, l'air était déjà tiède et gardait l'odeur sèche de l'asphalte chauffé de la veille. Milan racontait avec une conviction absolue qu'ils devraient revenir très vite et énumérait les attractions qu'il ferait « la prochaine fois », tandis que Johanna rangeait les sacs dans le coffre et que David, encore fatigué, l'aidait sans beaucoup parler. Lorsqu'elle se redressa, elle lui tendit une bouteille d'eau et posa brièvement sa main sur son bras, exactement comme elle avait pu le faire des années auparavant.
— Ça va ?
David soutint son regard. L'espace d'un instant lui revinrent la femme au tee-shirt blanc, la chevelure sombre de Johanna dans la chambre, sa robe blanche du lendemain et cette porte dont il avait craint que le verrou ne cède une seconde fois. La honte était toujours là, mais moins sûre d'elle-même.
— Oui.
Johanna sourit puis se détourna pour rejoindre Milan. David la regarda marcher vers la voiture ; ses yeux suivirent un instant ses longs cheveux sombres, puis la courbe de son corps lorsqu'elle se pencha pour attacher l'enfant. Ce regard-là, deux jours plus tôt, n'aurait peut-être même pas existé. Quand Johanna se redressa, David ramena les yeux vers son visage. Cette fois, il ne rougit presque pas.
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