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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

A la flamme d’une bougie incandescente — Chapitre 1

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Charlotte Light
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A la flamme d’une bougie incandescente

Chapitre 1

A la flamme d'une bougie incandescente
« La réalité est faite de fantasmes dont nous n'oserions ouvrir la porte…
Mais si nous imaginions, le temps d'une soirée, vivre dans un rêve ? »
Charlotte Light
Note de l'autrice
Il m'a été long d'écrire ce récit. Mais je suis heureuse de l'avoir fait. Je ne regrette pas de poser à plat, sur l'écran de mon ordinateur, la vaste nébuleuse d'idées qui gonfle ma tête. Y compris les plus inavouables de toutes celles-ci.
Dans ce récit, j'ai mis un peu de mon temps. Mais surtout beaucoup de moi-même. Il convient de mentionner, d'ordinaire, que toute ressemblance avec des personnages réels est parfaitement fortuite. Mais moi, je n'ai pas le droit de dire cela. Car dans ce récit, tout ce qui pourra être décrit de moi, de mes parents et de notre maison est bien plus une divulgation éhontée de ma vie privée qu'une fiction sortie de nul part.
Néanmoins, j'insiste sur l'imagination de cette histoire. Elle n'est ni un recueil de témoignages ni une autobiographie. Tout ce qui se passe dans ce récit est pure fantaisie. Certaines et certains se poseront sans doute des questions et trouverons que je vais un peu trop loin dans mes mots et mes formulations. Les idées sont crues, débridées, parfois même scandaleuses.
Ce récit est une expérience. Non pas l'apologie de certains comportements ni la défense de certaines pratiques. Juste une expérience de pensée, un songe, une histoire. Drôle, amère, acide et interdite. Celui ou celle qui choisirait de lire ce récit en entier pourraient bien en être marqué à jamais.
Chapitre un
De mes rêves, je conserve parfois un souvenir consistant. Il faut dire que certains d'entre eux sont particulièrement réalistes et me laissent souvent, au réveil, des traces aussi indélébiles que la morsure du serpent. Vous savez, le serpent de la tentation. Celui de la corruption. Celui qui, par ses paroles détournées et son regard captivant, réussit à parasiter l'innocente Ève de pensées absolument interdites.
Avant qu'elle ne croque le fruit défendu et qu'elle n'avale en son corps le délicieux jus d'une bien grosse pomme…
Parfois, je me demande si je tiens de la douce et influençable Eve. Pure mais néanmoins troublée.
Et parfois, je me demande si le sang du vil serpent ne coule pas dans mes veines.
Sans doute suis-je le fruit des deux ?
Un fruit défendu, moi aussi.
— Défendu d'y toucher !
Malgré l'envie irrépressible d'y poser les mains…
Ce à quoi pourrait songer mon père, d'ailleurs, quand il me regarde minauder à la maison en collants.
À sept heures pile, maman fait irruption dans ma chambre, allume la lumière et, alors qu'elle n'avait pas encore terminé de s'habiller davantage qu'avec un débardeur blanc et une paire de collants chair auxquels elle voue une fidélité sans borne, ma mère m'appelle d'une voix aussi douce que lorsque j'étais encore à l'école primaire.
— Cha... Réveille-toi, chérie. C'est l'heure. Ton père a déjà mis les valises dans le coffre de la voiture.
— … Ah super… S'il pouvait me porter et me mettre dans le coffre moi aussi, ce serait pas mal…
— Cha, s'il te plait, lève-toi. On doit être à l'hôtel avant 18 h. On a un peu de route à faire.
— Maman… J'ai sommeil.
— Allez la marmotte ! Habille-toi, je dois finir de préparer les affaires moi aussi.
Voyant ma mère s'en aller dans le couloir, je rassemble le peu de courage qui me caractérise pour m'extirper des bras de Morphée. Et ce dernier est du genre accrocheur quand il s'agit de l'abandonner pour la journée.
Mais aujourd'hui est un jour un peu spécial. Car la petite famille a pris quelques jours de vacances et papa a réservé une chambre dans un hôtel réputé pour être pittoresque, perdu dans les charmes de la campagne reculée. Il est évident que pour une princesse comme moi, l'idée même de prendre congé dans la jungle sauvage du monde rural est une perspective pire que la prison à vie. Imaginez un peu ! De l'herbe haute et grasse à en mouiller mes petites chaussures. Des vaches qui broutent et déversent des excréments par tonnes. Un hôtel froid et lugubre, sculpté dans la pierre humide et fissurée de haut en bas. Des araignées parcourant un parquet grinçant et des cloisons lézardées.
Mais pire encore !
Imaginez un monde sans wifi, sans réseaux sociaux et sans aucun moyen de dialoguer avec mes copines pour se spoiler la fin de la saison cinq de Stranger Things sur Netflix !
Non, vraiment, ce monde horrible n'est pas fait pour moi.
Mais...
Si j'ai néanmoins accepté d'accompagner mes parents dans cette épreuve traumatisante, c'est parce que mon père m'a merveilleusement bien vendu la chose.
Il faut dire qu'il n'a pas eu grand mal à attiser le feu de ma curiosité.
Un hôtel plein de magie et de mystère, m'avait-il confié il y a quelques jours. L'établissement s'appelle « À la Bougie » et promet, sur le site internet chargé des réservations, un séjour aussi sombre et merveilleux qu'un film Harry Potter.
Pour moi qui suis résolument, en plus d'une princesse raffinée et innocente (si si), une petite sorcière en devenir, biberonnée aux romans éponymes mettant en scène le célèbre sorcier à lunettes, il serait inconcevable de ne pas conclure mes études en pouvoirs magiques par ce séjour aux contours si obscurs. Je me vois déjà enfiler mon chapeau pointu et le balai de la cuisine pour m'envoler vers les cieux qui feront de moi la reine de la magie noire.
Et en attendant, retombant sur mes pattes vers un sol plus terre-à-terre, j'enfile un legging par-dessus mes collants et je file dans la salle de bain pour une séance maquillage qui finira de faire de moi l'impératrice du monde mystique.
Il me tarde de voir cet hôtel et ses charmes d'outre-tombe.
Le trajet en voiture était charmant, de l'avis de ma mère. Pourtant, ayant dormi pendant quatre des cinq heures de trajet, je serais bien incapable d'en témoigner moi-même. La seule chose que je peux affirmer, en ouvrant les yeux alors que la voiture cumule les secousses de droite à gauche, c'est que nous roulons en pleine campagne, sur un chemin de terre boueux, criblé de nids-de-poule, et que la maîtrise du volant, en pareille circonstance, demande à papa des efforts de pilote de rallye.
— Et merde, lâche mon père, les dents serrées. Les jantes vont être bien crottées après ça.
Mais si l'avenir des jantes n'a que peu d'intérêt pour moi, celui de mes chaussures est une toute autre histoire. Je regarde, mal réveillée et vautrée sur le siège arrière, le paysage défiler sous mes yeux. Une série d'arbres dépourvus de feuilles entourent par leurs branches épaisses le semblant de route sur laquelle papa fait l'exploit de rouler sans partir dans le fossé. Un ciel obscurci par les platanes, qui semblent tout particulièrement être plantés là afin de dissuader les visiteurs trop aventureux d'avancer davantage, filtre presque entièrement la lumière du soleil. Au loin, du peu que l'on puisse voir, se laissent deviner la campagne, la forêt, le sauvage et l'absence totale de toute construction. Ce serait un euphémisme de dire que nous sommes dans une autre région. Non. J'ai le sentiment d'avoir franchi les frontières d'une autre dimension. Une dimension où la civilisation n'existe plus.
Et mon cœur palpite déjà à l'idée que ce périple se conclue sur la façade d'un château aussi majestueux qu'inquiétant. Où chaque mystère ferait de moi la plus grande des petites sorcières !
Imaginez donc ! Une école de sorcellerie où se côtoieraient livres anciens et artefacts puissants. Autant d'énigmes qui n'attendent que je les fasse sauter !
Mais quand la voiture ralentit la cadence, le retour à la réalité est bien moins coloré.
Papa lève le pied de la pédale d'accélération alors que le chemin de terre débouche sur un petit espace gravillonné où quelques voitures sont garées maladroitement au gré des creux et des bosses dessinées par un sol digne des tranchées de la Première Guerre mondiale. Mon regard s'élève alors sur la façade grotesque d'un établissement aux allures peu engageantes. Une pierre sale, enlacée malgré elle par un lierre étrangleur laissé libre de piéger ce semblant d'hôtel dans une flore si mal maîtrisée que l'on penserait, de prime abord, qu'il est fermé pour faillite depuis plus de vingt ans.
Maman, qui avance le nez contre le pare-brise, observe les lieux et tourne la tête vers mon père.
— C'est… ici ? Tu es sûr, Jean-Michel ?
— Oui oui, répond papa, le ton un peu gêné. Regarde, on voit la pancarte « À la Bougie » près de l'entrée.
— La pancarte ? Quelle panca… Ah oui ! Avec le lierre, j'avais pas vu.
Et papa s'empresse, un sourire en coin, de garer le véhicule puis de prendre les affaires dans le coffre. Son enthousiasme ferait presque plaisir à voir. Sans doute est-il le seul à ne pas considérer cet hôtel comme une bâtisse lugubre et décrépite. Pourtant, d'ordinaire, mon père est du genre rationnel et critique. Et je suis prête à parier qu'une façade comme celle qui se présente à nous en ce moment l'aurait invité à avoir une critique quelque peu irrévérencieuse.
Mais très étrangement, papa est pressé d'aller enregistrer notre arrivée…
Passée la grande porte à deux vantaux, grinçante et raclant le dallage du sol à en déchirer les tympans, nous arrivons tous les trois dans une petite entrée à gauche de laquelle un pupitre est installé. Un très grand homme d'une soixantaine d'années, au crâne déplumé et au visage aussi émacié qu'un bagnard qui ne mangerait qu'un oignon chaque soir, nous souhaite la bienvenue d'une voix sourde et caverneuse.
— Soyez les bienvenus dans notre établissement, Monsieur, Dames.
— Bonjour Monsieur ! annonce papa la bouche en cœur. J'ai réservé… Enfin… Nous avons réservé une chambre pour trois personnes.
— Bien sûr, Monsieur, répond le maître d'hôtel avec un ton monotone et distingué. C'est à quel prénom ?
— Prénoms ? Et bien, Jean-Michel, Gwenaëlle et Charlotte, précise papa en baissant un peu la voix.
— Jean-Michel, Gwenaëlle et Charlotte… Oui, je vous avais enregistrés lors de votre réservation la semaine dernière sur notre site. Vous êtes installés en chambre quatre. Une fort belle chambre, comme toutes celles que compte notre établissement. Je vous laisse installer vos bagages. Attention toutefois, l'escalier est très étroit.
— Oh merci, je ferai attention.
Et tandis que papa termine de signer un étrange registre aux allures de grand cahier de magie ancienne, j'observe cette petite entrée qui ne manque pas d'afficher un charme digne d'un film. Mais le film Harry Potter promis n'est ici que vent et mensonges ! Car de toute évidence, les tableaux posés ça et là sur les murs et représentant des portraits en souffrance. Et que dire des obscurs objets posés sur les meubles, ce crâne blanc en premier, qui tiennent bien plus du cinéma d'horreur que du film de gentils sorciers pour adolescents ? Prenant tous trois nos affaires, nous montons, en suivant papa, par un escalier biscornu, tournant d'un quart de cercle sur lui-même et présentant des marches si petites et étroites que même mes pieds au gabarit réduit ont du mal à trouver leur équilibre. Maladroite et peinant à porter ma valise, je pose le regard vers l'accueil comme pour demander de l'aide au maître d'hôtel.
Mais je remarque alors que ce dernier affiche un étonnant sourire dissimulé derrière la façade de son expression fermée. Cet homme sourit et semble même s'amuser de voir la petite famille peiner à monter cet escalier trop étroit pour respecter les réglementations de réception de clients.
Mais qu'importe, je continue de soulever mon bagage tandis que papa, déjà rendu à l'étage, parcourt les portes jusqu'à la numéro quatre.
— C'est ici les filles ! lance mon père avec fierté. Il introduit la grosse clef métallique, très 19ᵉ siècle, que le maître d'hôtel lui a confiée à notre arrivée et rentre dans une chambre issue d'un autre âge.
Rococo ? Non.
Du siècle dernier ? Non plus.
Vieillotte ? Le terme ne suffit bien évidemment pas ici.
Inquiétante ! Oui voilà ! C'est la meilleure définition que je puisse faire de cette chambre numéro quatre en foulant sa moquette rose tachée de partout comme si les traces d'un meurtre avaient maculé le sol. Elle est inquiétante, cette chambre ! Quatre murs tapissés de décors floraux tels qu'on ne les trouve plus que dans les musées, une fenêtre au bois mité et donnant sur une campagne si brumeuse qu'on ne saurait dire s'il fait jour ou nuit. Des tableaux présentant des portraits lugubres aux yeux si perçants qu'ils semblent vivants. Une toile d'araignée accrochée dans un angle et laissant imaginer que sa propriétaire fait au moins deux mètres d'envergure. Et le pire de tout ! Le plus abject, le plus inconcevable !
Pas de WC !!!!
— Ah tiens, dit papa mollement comme pour éviter qu'on lui fasse le reproche d'avoir lui-même choisi cet hôtel plus qu'un autre, les WC doivent être dans le couloir.
— Ah nan, me dis pas ça, Jean-Michel ! lance maman sèchement. Je déteste quand il faut utiliser des toilettes communes dans un hôtel !
— Bah en même temps, répond-il avec logique, à la maison, on a qu'un seul WC pour les deux chambres aussi.
— Ça n'a rien à voir, siffle maman, ici on ne sait pas qui va aux toilettes avant nous. Et pour faire pipi la nuit, c'est vraiment pas pratique…
En parcourant les détails de cette chambre de l'horreur, je remarque une porte incrustée dans le mur, à côté de la fenêtre. Une porte dans un mur qui donne sur l'extérieur ? Comment est-ce possible ? Et surtout quel peut en être l'intérêt ?
— Papa ? Pourquoi il y a une petite porte qui va nulle part, dans le mur ?
— Quoi ? Cette porte-là ? dit papa en plissant les yeux. Je n'avais pas vu qu'il y avait une porte ici.
— Mais la porte ne va nulle part ? Et puis… Je n'arrive pas à l'ouvrir de toute façon.
— Tu sais, continua mon père, dans les vieilles maisons ou châteaux, on trouvait des passages secrets pour permettre aux gens de s'enfuir en cas d'incendie.
— Ah oui ?! Vraiment ?! Un passage secret ?! Trop bien !!!!
— Oui, mais visiblement il est définitivement condamné. Ça ne doit plus être utilisé depuis des décennies. Peut-être même une centaine d'années.
Et rêvant à mille mystères poétiques, je pose mon bagage sur le lit. Je m'assois dessus. Laissant le matelas dur comme du bois écraser mes petites fesses et me laisser imaginer des nuits prochaines plutôt inconfortables. Je grelotte un peu, même beaucoup. Songeant assez facilement que les radiateurs ne sont pas allumés. Voire pire, qu'ils ne fonctionnent tout simplement pas. Je regarde le plafond, affichant des traces en tous genres mais sans aucun lustre. Me laissant enfin comprendre le sens du nom de l'hôtel « À la Bougie ». Et enfin, j'alerte mes parents sur un détail qui, ici, semblerait quasi négligeable au vu des nombreux griefs que nous pouvons avoir contre cette chambre.
— Au fait, c'est normal qu'il n'y ait qu'un seul lit ?
Papa ne réagit pas à ma remarque. Sans doute n'aura-t-il pas entendu ma voix. Il ouvre sa valise et commence à disposer, comme le fait maman également, ses affaires et vêtements dans la petite armoire de bois sculpté.
— Brrr, il fait vraiment froid ici. Je me demande si les radiateurs fonctionnent bien, dit maman en grelottant un peu.
— Oh je pense simplement que la chambre était inoccupée, c'est pour ça qu'elle semble froide, répond papa en coupant court à toute idée alarmante.
— Eh bien en tout cas, rajoute maman, cette nuit je dors en gardant mes collants, sinon je sens que je ne pourrai pas dormir.
— Et bien voilà, comme ça tu n'auras pas froid, glisse papa tout bas en se réjouissant d'avance de pouvoir laisser traîner une main indélicate sous la couverture.
— Bah de toute façon on sera trois dans le lit !
— Comment ça, Cha ? demande ma mère qui n'avait rien écouté de ma remarque quelques secondes avant.
— Il n'y a qu'un seul grand lit, regardez. On va devoir dormir tous les trois ensemble. Comme lorsque j'étais petite.
— Mais... Je ne comprends vraiment pas cet hôtel, se questionne maman tout haut. On dirait qu'ils font tout pour faire fuir les clients, ici.
— Bon, en même temps, rajoute papa, tu te plaignais d'avoir froid. À trois, on aura chaud dans le lit.
À ce moment-là, espiègle comme je suis, je sens que l'on est à l'instant propice pour glisser une phrase bien sentie. Je m'apprête à dire que moi aussi je vais dormir en collants, espérant ainsi croiser le visage de mon père et lire sur ses traits une expression qui trahirait ses pensées, mais papa coupe net toutes mes inspirations et prend la parole avant moi.
— Tiens ! Je vais demander en bas quel est le menu du restaurant !
— Parce qu'il y a un restaurant ici ?!
— Bah oui, Cha, répond papa, il y a toujours un restaurant dans un hôtel.
— Vu la gueule de la chambre, je suis certaine que le restaurant sert du chien ou du cadavre. Hey dites, je suis persuadée que l'hôtel est construit sur un cimetière !
— Oh non Charlotte, cingla maman, ne dis pas des choses comme ça, j'ai horreur de ces histoires-là !
— Dis papa, je peux venir avec toi à l'accueil ? J'aimerais visiter l'hôtel.
— Ah bah euh… Oui… Oui si tu veux.
Et délaissant maman quelques instants à la tâche délicate de faire rentrer toutes mes affaires dans la penderie lilliputienne, j'accompagne mon père dans l'expédition dangereuse de descendre cet escalier de la mort et dans la délicate aventure de parcourir le rez-de-chaussée.
Mon père se dirige vers l'accueil où le maître d'hôtel semble affairé à consulter son registre mystérieux. Pendant ce temps, je m'avance dans un couloir froid, au dallage dur et aux murs témoignant de plusieurs siècles de décorations de mauvais goût. Que dire de ce tableau représentant une femme mondaine, habillée comme il y a deux cents ans et toisant du regard celles et ceux qui croisent son cadre ? Que dire encore de ce vase fissuré et posé comme un trésor d'antan sur une table basse au bois délavé par les années ? Tout semble vieux. Tout semble poussiéreux. Les tâches au sol font écho à celles maculant la moquette de notre chambre et laissent imaginer que les pires crimes ont ici fait jaillir le sang de pauvres jeunes vierges égorgées après avoir subi les pires sévices.
Sur le côté du couloir se dévoile une alcôve qui mène à une salle de restauration où quelques tables sont disposées sans ordre ni symétrie.
Mais si l'on omet cette salle et que l'on poursuit dans le couloir, jusqu'au fond, une étrange porte de bois, surmontée de bas-reliefs, alimente ma curiosité et mon imaginaire. Quel genre de pièce peut se cacher derrière cette porte ? Timidement, peinant à distinguer les ornements sculptés dans le bois à cause d'une luminosité trop faible, je m'avance et entends quelques bribes de voix dont je n'arrive pas à comprendre le moindre mot.
— Je voulais vous voir pour voir avec vous les « détails » du séjour, dit papa au maître d'hôtel à voix basse et se tenant sur le comptoir comme s'il voulait chuchoter directement à l'oreille de son interlocuteur.
— Oui, Monsieur doit être soucieux de savoir quel programme est d'ordinaire prévu dans notre club, répond-il en veillant à ne pas parler trop fort lui non plus.
— Oui... J'avoue que votre site internet m'a laissé imaginer de très belles choses. Mais certains points étaient un peu flous pour moi. Volontairement flous, j'imagine d'ailleurs…
— Effectivement, notre site doit savoir rester discret. Et bien voici, cher Jean-Michel, les détails qui articuleront votre séjour ici, explique le très grand homme en sortant un registre de cuir rouge sang de son pupitre et posant celui-ci, ouvert à la page d'aujourd'hui. Vous êtes ce soir trois couples enregistrés dans notre hôtel. Trois hommes à avoir fait une réservation pour quelques nuits. J'ai déjà communiqué les détails vous concernant aux deux autres clients qui sont arrivés avant vous, dans la matinée.
— Ah… Ah bon ? Déjà ? Mais… C'est-dire-à ? Quels détails ? Demande papa avec une gêne palpable mais aussi une pointe de curiosité piquée au vif.
— Et bien je leur ai exposé que vous étiez accompagné de votre épouse, Gwenaëlle, 59 ans, un mètre soixante-huit pour soixante-dix-sept kilos, et de votre fille, Charlotte, 24 ans, un mètre soixante-quatre pour cinquante-six kilos. Regardez, vous avez ici le détail de vos « camarades » de jeu. Bernard, 67 ans, nous a amené sa femme Keiko, une Japonaise de 62 ans, qui, selon la description de son mari, parle merveilleusement bien le français, avec une pointe d'accent exotique. Et Stéphane, 32 ans, nous a apporté quant à lui sa petite épouse, Juliette, 28 ans. Elle est enceinte jusqu'au cou.
— Ah bon ? Réagit papa à demi mot en sentant immédiatement un gonflement lui serrer le caleçon.
— Je vous félicite, cher Jean-Michel, car grâce à vous, nous pourrons nous amuser de la mère et de sa fille. C'est assez rare chez nous pour le souligner !
— Et… et aucune de ces femmes n'est au courant de…
— Bien entendu ! Répond sèchement le maître d'hôtel en mimant une moue hautaine. Seuls les maris sont complices. Notre club est essentiellement masculin et nous partageons ici nos moitiés dans la plus grande discrétion. On regarde. On espionne. On photographie parfois. Mais on ne touche pas.
— On regarde et on espionne… Oui ça me plaît beaucoup. Mais comment on procède ?
— Ah ça, mon cher Jean-Michel, vous allez le découvrir très rapidement. Sachez que nos murs cachent ici des secrets très bien gardés. Et très savoureux, croyez-moi.
— Je… J'en suis certain ! Rajoute papa, dont la tension du caleçon ne cesse de croître.
— Si je puis me permettre, poursuit le maître d'hôtel, vous devriez vous rendre dès à présent dans notre bibliothèque. C'est ici que se joue le point de départ de bon nombre de nos petits jeux entre amis. Les hommes aiment s'y rendre pour discuter, fumer quelques cigares, goûter à nos excellentes bouteilles de scotch écossais et planifier le programme de la nuit. Un endroit jalousement conservé à l'écart des femmes. Y pénétrer leur est d'ailleurs rigoureusement interdit ! Nous sommes un club d'hommes, après tout ! De gentlemen, dirais-je même.
— Et vous parliez à l'instant de planifier les programmes de la nuit ? se questionne papa, l'esprit tendu.
— Dans cette bibliothèque, poursuit le grand homme au visage sombre, nous nous réunissons souvent très tard le soir, quand les épouses dorment à poings fermés dans les chambres, pour échafauder ensemble les plans nocturnes qui nous verrons nous amuser d'elles. Vous devez savoir, cher Jean-Michel, qu'à La Bougie, les nuits sont longues. Très longues. Nuits de sommeil pour ces dames et nuits d'ivresse perverse pour nous, messieurs.
— Ah oui ?! C'est très intéressant ça…
Je pose la main sur l'un des battants de l'épaisse porte de bois. Et de mon autre main, je pousse le second volet pour tenter de l'ouvrir. Se dévoile alors une pièce d'une petite dizaine de mètres carrés où trônent avec une fierté royale des étagères de bois ancien, pleines de livres et d'ouvrages aux couvertures de cuir tanné. Une épaisse brume blanchâtre, aux senteurs lourdes, vient immédiatement remplir mes narines à m'en faire tourner la tête, alors que deux hommes, l'un d'âge mûr et l'autre plus jeune, sont avachis sur deux fauteuils anglais élégants et fument chacun un cigare épais au bout rougeoyant. Ces hommes me fixent, surpris de me voir débouler sans avoir frappé et, après un silence de quelques secondes, me sourient avec une expression aussi rassurante et bienveillante qu'un exhibitionniste à la sortie d'une école.
— Tiens donc. Bonjour Mademoiselle, me lance le plus âgé des deux clients, tout en m'observant du bout de mes chaussures, me léchant des yeux sur mon legging moulant et finissant de m'analyser, comme on le ferait avec un morceau de viande dans une boucherie, sur mon visage et mes cheveux.
— Je... Et bien... Et bah bonjour à tous !
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Jinnzo7
8 octobre 2026 à 15:32
Je me demandais par laquelle de tes histoires j'allais commencer...
Je t'ai envoyé un MP pour que tu me conseilles mais tu ne l'as peut-être pas vu ou pas reçu (je ne maîtrise pas encore toutes les arcanes de la nouvelle messagerie entre ce qui est gratuit ou payant)

Du coup, je m'y suis lancé tout seul...
L'android et le canin m'inspiraient moins de prime abord, la partie de poker me tentait bien mais je suis finalement parti pour découvrir ton univers en m'éclairant à la bougie.

Déjà, c'est très bien écrit, j'aime la façon dont tu prends le temps de détailler, et ça se lit très bien.

On sent que ce n'est que la mise en place mais on est de suite intrigué à la fin du point final de ce qui va se passer par la suite.

Même si certaines idées commencent déjà à germer, je sens que je ne suis pas au bout de mes surprises sur ce que ta magie, que j'imagine noire et perverse, en accord avec les lieux, nous réserve.

Possible que je n'adhère pas forcément à tout ce qui va arriver mais je pense que ta façon de conter aidera dans tous les cas

Quoiqu'il en soit, je garde l'envie et la curiosité de lire la suite !
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Charlotte Light
3 octobre 2026 à 09:00
Merci, ça fait plaisir ^_^
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Photo de profil de renard55
renard55
3 octobre 2026 à 08:41
chère Cha hummmmerciiii pour ce 1er chapitre donnant envie de lire la suite
félicitation
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Charlotte Light
23 septembre 2026 à 20:06
Le service après vente est facile à gérer pour moi, mes lecteurs semblent toujours contents de ce qu'ils lisent :)
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Tlemcen
23 septembre 2026 à 15:18
Merci pour la précision qui perfectionnera mon imagerie mentale de ton récit ... ça c'est du service après-vente !
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Charlotte Light
23 septembre 2026 à 10:06
Ce maître d'hôtel ressemble bien plus à Nosferatu qu'à un gentil Pokémon.
Pourtant, il semble si poli...
Soyez respectueux
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Tlemcen
23 septembre 2026 à 09:11
@charlotte : pour entamer l'illustration mentale quand je vais parcourir (à de nombreuses reprises, je n'en doute pas) ce nouveau récit, est-ce judicieux de ma part de me figurer le maître d'hôtel / réceptionniste sous les traits de Nosferatu en personne ?
Soyez respectueux
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Charlotte Light
23 septembre 2026 à 08:21
Le chapitre 2 pourrait bien être un pas de plus vers le mystère et le tendancieux.

Vous voilà prévenus !
Ne le lisez surtout pas !
Ou alors... Vous réclamerez le chapitre trois en laissant un filet de bave s'échapper de vos lèvres.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Ricket89
Ricket89
23 septembre 2026 à 08:13
Quel belle introduction pleine de mystère et de.... hâte de te lire
Soyez respectueux
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Docsevere
22 septembre 2026 à 13:00
Connaissant ton esprit pervers, ma petite Cha, je m'attends au pire... C'est à dire aux plus inavouables développements de tes fantasmes. Et à un festival lubrique et échangiste dans une ambiance glauque.

Ce récit pourrait bien vous faire aller lentement vers un chemin que vous n'auriez osé entreprendre ;)

Du fantastique ? Du gore ? Chouette...!!!
Soyez respectueux
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