Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
C’est pour vous... — Chapitre 13 · Je pars
Auteur
C’est pour vous...
Chapitre 13 · Je pars
Sophie prit la décision le lendemain soir.
Pas dans un élan, ni dans la colère. Elle se trouvait dans la salle de bain, le sèche-cheveux à la main, quand l’évidence s’imposa. Rester dans cette maison, dans ce lit, dans ce mutisme, revenait à accepter ce que Serge avait formulé à voix haute. À laisser son corps devenir ce problème qu’il avait nommé. Elle ne le voulait plus.
Elle posa l’appareil, saisit son téléphone et écrivit à Sonia :
« Est-ce que je peux venir chez toi un moment ?
Pas juste une nuit.
J’ai besoin de quitter la maison. »
Pas juste une nuit.
J’ai besoin de quitter la maison. »
Le message partit.
La réponse arriva moins de deux minutes plus tard.
La réponse arriva moins de deux minutes plus tard.
« Oui.
Quand tu veux.
La porte est ouverte. »
Quand tu veux.
La porte est ouverte. »
Sophie fixa l’écran un instant. Aucune question. Aucune hésitation. Un simple oui. Elle rangea le portable, sortit et descendit avec un sac de voyage déjà prêt.
Serge était dans le canapé, le poste allumé. Il releva les yeux lorsqu’elle entra dans le salon.
— Tu vas où comme ça ?
Elle s’arrêta face à lui. Sa voix ne tremblait pas.
— Je m’en vais. Je vais vivre chez Sonia pour un temps.
Il coupa le son de la télécommande. Le silence devint net.
— Tu plaisantes.
— Non.
Il se redressa, le visage fermé.
— Parce que j’ai été franc l’autre soir ? Tu me punis ?
Sophie secoua légèrement la tête.
— Tu n’as pas été franc. Tu as été cruel. Et j’ai compris que je ne pouvais plus dormir ici en faisant semblant. Mon corps n’est pas un défaut que je dois traîner en silence à côté de toi.
Serge la dévisagea, cherchant une faille.
— Et les enfants ? Le commerce ?
— Les enfants sont assez grands. Quant au magasin, j’y serai. Je ne disparais pas. Je change seulement d’endroit pour dormir et me lever.
Il se mit debout.
— C’est chez Sonia que tu trouves maintenant ce que je ne te donne plus, c’est ça ?
Elle soutint son regard.
— Peut-être. Ou peut-être que je me le donne à moi-même. Peu importe. Je pars.
Elle n’attendit pas sa réplique. Elle traversa l’entrée, ouvrit la porte et sortit. Derrière elle, la maison resta éclairée, le téléviseur toujours en sourdine, Serge immobile au milieu de la pièce.
Dans la voiture, Sophie déposa le sac sur le siège passager et démarra vers chez Sonia. Ses mains ne tremblaient pas. Pour la première fois depuis longtemps, chaque kilomètre l’éloignait de quelque chose qu’elle n’acceptait plus.
Elle se gara devant la petite maison. La lumière du salon filtrait à travers les rideaux. Elle prit son bagage, ferma la portière et sonna. La porte s’ouvrit presque aussitôt. Sonia se tenait là.
— Tu es venue, dit-elle.
— Oui.
Sonia s’effaça pour la laisser pénétrer. L’odeur familière du lieu — café, un soupçon de parfum, bois chaud — enveloppa Sophie dès le seuil. Elle posa le sac au sol, comme si ce geste rendait le choix plus concret.
Sonia referma derrière elle.
— Tu veux un thé ? Un verre d’eau ? Ou juste t’asseoir ?
— M’asseoir.
Elles gagnèrent le salon. Sophie s’installa dans un coin du canapé. Sonia prit place en face, une jambe repliée sous elle, sans coller trop près. Elle n’interrogea pas. Elle attendit.
— Je lui ai annoncé, finit par dire Sophie. Que je partais. Que je venais ici.
Sonia hocha lentement la tête.
— Et il a réagi comment ?
— Qu’il avait été honnête. Que je le sanctionnais. Qu’il se demandait si c’était chez toi que je trouvais ce qu’il ne m’offrait plus.
Un silence passa. Sonia ne détourna pas les yeux.
— Et toi ? Tu lui as répondu quoi ?
Sophie eut un mince sourire, sans joie.
— Que peut-être je me le donnais à moi-même.
Sonia resta un moment sans parole. Puis elle se leva, alla chercher un plaid et le déposa près d’elle.
— Tu dors où tu veux. Le canapé, la chambre d’amis… ou mon lit. Il n’y a pas de règle ici. Tu es chez toi le temps nécessaire.
Sophie releva les yeux. La phrase était simple, mais elle pesait. Pas de possession. Pas de pression. Une place offerte.
— Merci.
Sonia lui sourit plus doucement.
— Tu veux manger ? Ou tu préfères une douche et ensuite on verra ?
— Une douche.
Elle se leva, prit son sac. Sonia lui indiqua la salle de bain, lui donna une serviette propre, une étagère vide. Des gestes concrets qui rendaient la séparation plus réelle à chaque seconde.
Sous l’eau chaude, Sophie demeura longtemps immobile. Le flot lui coulait sur la nuque, les épaules, le dos. Elle ferma les yeux. Les mots de Serge, la porte refermée, le « oui » de Sonia… tout se mêlait. Elle lava son corps avec des gestes plus lents que d’habitude, comme si elle reprenait possession de chaque zone qu’on lui avait fait remettre en question. Ses seins, son ventre, ses hanches. À elle.
Quand elle ressortit, enveloppée dans la serviette, la buée emplissait la pièce. Elle enfila un t-shirt large et un short de nuit, puis regagna le salon.
Sonia avait tamisé les lumières. Deux verres et une bouteille de blanc reposaient sur la table basse. Une petite lampe diffusait une clarté chaude près du canapé.
— Je me suis dit que tu n’avais peut-être pas envie de dormir tout de suite, fit-elle en tendant un verre.
Sophie s’assit à ses côtés, plus près qu’auparavant. Leurs genoux se frôlèrent. Elle but une gorgée. Le vin était frais.
— C’est étrange, murmura-t-elle. Ce matin j’étais encore là-bas. À présent je suis ici. Et je n’ai aucune envie de revenir en arrière.
Sonia tourna légèrement le visage vers elle.
— Alors n’y reviens pas.
Leurs regards se tinrent. Il y avait dans celui de Sonia cette même liberté : pas de jugement, pas d’urgence, seulement une présence attentive et désirante. Sophie sentit la chaleur de l’alcool et celle de son amie se superposer.
Elle posa son verre.
— Ce qui s’est passé entre nous… au hammam… Ça a modifié quelque chose pour moi.
— Pour moi aussi, répondit Sonia sans détour.
La main de Sonia était ouverte sur le canapé, entre elles. Sophie la regarda un instant, puis posa la sienne par-dessus. Leurs doigts s’entrelacèrent lentement. Sonia caressa du pouce le dos de sa main.
— Tu es fatiguée. On peut juste rester ainsi. Ou aller nous coucher. Ou… autre chose. Tu choisis.
Tu choisis.
La phrase lui traversa la poitrine. Depuis des jours, c’était exactement ce qu’elle apprenait à faire.
La phrase lui traversa la poitrine. Depuis des jours, c’était exactement ce qu’elle apprenait à faire.
Elle se pencha et déposa un baiser sur les lèvres de Sonia. Plus assuré que les précédents. Moins hésitant. Sonia répondit aussitôt, une main montant le long de sa cuisse, sous le short, sans précipitation. Leurs langues se rencontrèrent, lentes, profondes.
Sophie glissa une main sous le haut de son amie, retrouva la chaleur de sa peau mate, le poids de sa poitrine. Un gémissement bas s’échappa de la gorge de Sonia.
— Viens, murmura-t-elle contre sa bouche. Pas ici. Dans le lit.
Sophie hocha la tête.
Elles se levèrent sans vraiment se lâcher. Sonia la guida jusqu’à la chambre, alluma une lampe de chevet à la lueur chaude, et ferma la porte. Dehors, la nuit était tranquille. Dedans, il n’y avait plus de mari, plus de commerce, plus de village.
Seulement elles deux.
Sonia retira le t-shirt de Sophie lentement, en la regardant. Puis le sien. Peau contre peau, elles s’allongèrent. Ses mains connaissaient déjà ce corps, mais cette fois c’était différent. Sophie n’était plus celle qui fuyait. Elle était celle qui était restée… et qui avait choisi d’entrer.
Leurs jambes s’entremêlèrent. Sonia embrassa son cou, sa poitrine, redescendit le long de son ventre. Sophie ouvrit les cuisses sans qu’on le lui demande. Quand la bouche de Sonia se posa enfin entre ses jambes, chaude et précise, elle ferma les yeux et laissa sa tête basculer en arrière contre l’oreiller.
Cette fois, elle ne pensait plus à Serge.
Ni à la gifle.
Ni au regard de Lucas.
Ni à la gifle.
Ni au regard de Lucas.
Seulement à la langue de Sonia, à ses mains qui lui tenaient les hanches, et à ce plaisir qu’elle prenait sans se cacher.
À suivre…
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Ryo Saeba.