Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
C’est pour vous... — Chapitre 14 · Premier matin
Auteur
C’est pour vous...
Chapitre 14 · Premier matin
Le matin, la lumière filtrait à travers les volets entrebâillés. Sophie ouvrit les yeux avant Sonia. Elle mit quelques secondes à comprendre où elle se trouvait.
Le plafond n’était pas celui de sa chambre. L’odeur non plus. Une jambe chaude reposait sur la sienne, le bras de Sonia lui barrait presque la poitrine. La réalité de la veille lui revint d’un seul bloc : le sac de voyage, les mots lancés à Serge, la porte de la maison refermée, cette intimité nouvelle. Elle ne bougea pas tout de suite. Elle observa le visage de Sonia endormie, ses cheveux frisés éparpillés sur l’oreiller, la courbe de son épaule mate. Aucune culpabilité. Seulement une forme de clarté. Elle était là parce qu’elle l’avait décidé.
Sonia s’éveilla à son tour, les yeux encore voilés de sommeil. Un sourire lent apparut sur ses lèvres.
— Salut, murmura-t-elle.
Elles prirent un café ensemble dans la cuisine ouverte, presque en silence. Dehors, le village s’éveillait. Avant que Sophie parte, Sonia posa une main brève au bas de son dos, un geste simple, libre.
— Tu reviens ce soir ?
— Oui. Je reviens.
— Oui. Je reviens.
Elle arriva au tabac-presse avec quelques minutes d’avance. Elle levait déjà le rideau métallique quand elle aperçut une silhouette derrière la vitrine.
Lucas.
Il était là, les mains dans les poches, beaucoup trop tôt. D’habitude, il ne prenait son service que l’après-midi. Sophie ouvrit la porte, surprise, presque méfiante.
— Que fais-tu là à cette heure ?
Il entra, rangea sa veste sans se presser, puis croisa enfin son regard.
— Votre mari m’a demandé de venir le remplacer ce matin. Il m’a appelé hier soir. Il a dit qu’il avait un truc à faire. Que je devais ouvrir avec vous et rester jusqu’à midi.
Sophie sentit un mauvais pressentiment lui traverser la poitrine.
— Un truc à faire… où ?
— Il n’a pas dit. Juste qu’il passait pas ce matin.
— Il n’a pas dit. Juste qu’il passait pas ce matin.
Elle tourna la clé dans la serrure de la caisse, l’esprit déjà ailleurs. Serge qui envoyait Lucas à sa place au pied levé. Serge qui disparaissait le lendemain précis de son départ. Une image désagréable s’imposa.
Pendant qu’elle allumait les néons du magasin, de l’autre côté du village, Serge stationnait déjà devant la petite maison de Sonia.
Il resta une minute dans la voiture, les mains sur le volant, avant de sortir. Quand il sonna, Sonia ouvrit rapidement, encore en nuisette sous un gilet. Son visage changea dès qu’elle le reconnut.
— Serge…
— Faut qu’on parle.
— Faut qu’on parle.
Il n’attendit pas d’être invité. Il entra d’un pas ferme. Sonia referma la porte. Son regard tomba sur le sac de voyage près du canapé. Sa mâchoire se crispa.
— Tu es contente de toi ? Vingt-cinq ans de mariage. Des enfants. Un commerce. Et en une semaine, tu réussis à lui mettre en tête de tout quitter.
Sonia croisa les bras sur sa poitrine.
— Je ne lui ai rien mis en tête. C’est elle qui a décidé.
— Arrête. Sans toi, elle serait encore à la maison. C’est chez toi qu’elle se réfugie depuis le début. C’est chez toi qu’elle a dormi. C’est chez toi qu’elle vit maintenant.
— Arrête. Sans toi, elle serait encore à la maison. C’est chez toi qu’elle se réfugie depuis le début. C’est chez toi qu’elle a dormi. C’est chez toi qu’elle vit maintenant.
Il s’approcha d’un pas.
— Tu crois que les gens du village sont aveugles ? Qu’ils vont longtemps croire qu’elle est juste « chez une amie » ? Je n’ai qu’un mot à dire. Un seul. Et tout le monde saura qu’elle a quitté mon lit pour le tien. Les enfants n’ont pas à porter ça. Ni le magasin. Ni moi. Tu lui parles. Tu lui dis de rentrer. Sinon je raconte exactement ce qui se passe ici.
Le silence s’étira, lourd. Sonia serra le gilet contre elle. Pour la première fois, l’espace qu’elle avait offert à Sophie n’était plus tout à fait sûr.
— Sors, finit-elle par dire d’une voix basse mais nette.
Serge se dirigea vers la porte. Avant de partir, il ajouta sans se retourner :
— Tu as jusqu’à ce soir.
La porte claqua. Sonia resta seule au milieu du salon, le cœur battant trop fort, le regard fixé sur le sac de Sophie. Puis elle saisit son téléphone.
Au magasin, l’ambiance restait étrange. Sophie rangeait les journaux du matin. Lucas allumait les lumières du fond. Elle le sentait trop présent, trop attentif. Chaque fois qu’elle se baissait ou se tournait, elle devinait son regard.
— Tu savais qu’il t’enverrait à sa place ce matin ? demanda-t-elle sans lever la tête.
— Non. Il a juste dit qu’il pouvait pas venir. Que je devais être là à l’ouverture.
— Non. Il a juste dit qu’il pouvait pas venir. Que je devais être là à l’ouverture.
Il s’approcha du comptoir, s’appuya légèrement contre le zinc.
— Ça va pas. Je vous vois.
Sophie releva enfin les yeux, plus ferme qu’avant.
— Tu n’as rien à voir là-dedans, Lucas.
— Peut-être. Mais je suis là. Et votre mari, lui, l’est pas.
— Peut-être. Mais je suis là. Et votre mari, lui, l’est pas.
Son téléphone vibra dans sa poche. Elle le sortit. Un message de Sonia s’affichait :
« Serge est passé à la maison »
Sophie sentit son estomac se contracter. Elle referma l’écran trop vite. Lucas avait vu le changement sur son visage.
— Mauvaise nouvelle ? demanda-t-il d’une voix calme, presque douce.
Elle rangea le téléphone.
— Occupe-toi des rayons. S’il te plaît.
Il resta une seconde immobile, puis obéit. Mais en s’éloignant, un demi-sourire inquiet et intéressé à la fois passa sur ses lèvres. Il avait compris qu’autre chose venait de basculer.
Vers onze heures, le magasin se vida un moment. Sophie comptait la monnaie dans le tiroir-caisse. Lucas s’approcha pour déposer une pile de grattages. Il ne tenta aucun contact. Pas de main dans le dos. Pas de souffle trop près. Il parla simplement, à voix basse :
— Je ne sais pas ce qui se passe avec votre mari. Mais vous avez l’air ailleurs depuis tout à l’heure.
Sophie ne répondit pas. Il posa les tickets, puis ajouta plus lentement, sans sourire :
— Je vous désire toujours.
— Même après ce que vous m’avez fait. Surtout après.
— Je ne demanderai rien. Je ne toucherai pas.
— Mais je voulais que vous le sachiez.
— Même après ce que vous m’avez fait. Surtout après.
— Je ne demanderai rien. Je ne toucherai pas.
— Mais je voulais que vous le sachiez.
Il releva enfin les yeux vers elle. Le vouvoiement restait en place, presque insolent de politesse. Son regard, lui, ne l’était pas. Puis il reprit un carton et retourna vers la réserve, lui laissant le dernier mot et le silence.
Sophie resta derrière le comptoir, les doigts crispés sur une pièce de deux euros. Ce n’était plus la provocation d’avant. C’était plus précis. Plus dangereux. Et malgré elle, la phrase restait collée sous sa peau.
Le premier matin de sa nouvelle vie venait déjà de se compliquer.
À suivre…
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Commentaires ()
Se rendant compte qu'elle peut réussir sans lui. Pensant qu'aprés des années de vies commune après un mariage, des enfants, cette femme était sa propriété. Excellent dans l'écrit, les réactions des personnages.