C’est pour vous...
Sophie poussa la porte de la véranda et entra.
La chaleur de la pièce l’enveloppa immédiatement, mêlée à l’odeur lourde du sexe. La musique continuait de jouer, trop forte. Elle referma la porte derrière elle et resta un instant sur le seuil, le dos contre le verre. Face à elle, Sonia était toujours nue, la respiration encore courte, les seins lourds soulevés par l’émotion. Lucas se tenait juste derrière, sa verge encore dressée et brillante. Théo observait en silence, un peu en retrait.
Personne ne parlait.
Sonia détacha enfin son regard de Sophie et se tourna vers les deux jeunes.
— Partez, dit-elle d’une voix plus ferme, encore rauque.
Lucas releva un sourcil. Théo ne bougea pas tout de suite.
— Maintenant, insista-t-elle.
Ils obéirent. Lucas se rhabilla sans se presser, récupéra son t-shirt et son jean. Théo l’imita en silence. Aucun des deux ne prononça un mot. Ils passèrent près de Sophie sans la frôler et disparurent dans le jardin. Leurs pas s’éloignèrent. Puis le silence retomba, plus lourd qu’avant.
Sonia s’approcha du fauteuil, prit le plaid qui traînait dessus et s’enroula dedans sans se précipiter. Le tissu couvrit ses épaules et sa poitrine, mais laissa encore deviner la courbe de ses hanches et le haut de ses cuisses. Elle se rassit lentement et releva les yeux vers Sophie.
Elle tenta de parler.
— Sophie… je peux t’expliquer pour Lucas et Théo…
— Je m’en fiche, la coupa net Sophie.
Sa voix était sèche, fatiguée. Elle restait debout, le sac à l’épaule, les yeux encore rougis.
— Je ne suis pas là pour ça. Serge et moi, on s’est disputés. Je ne voulais pas dormir à la maison ce soir. Je t’ai appelée. Tu n’as pas répondu. Alors je suis venue.
Elle raconta les mots durs de Serge à son égard.
Sonia resta silencieuse un long moment. La gêne d’avoir été surprise s’effaçait peu à peu derrière une autre expression : de la tristesse, de la compréhension, presque de la colère envers Serge. Elle repoussa une mèche de cheveux frisés et parla d’une voix plus douce.
— Il t’a dit ça… vraiment ?
Sophie hocha la tête.
Sonia se décala sur le canapé et tapa légèrement la place à côté d’elle.
— Viens. Assieds-toi. Tu n’as pas à rester debout avec ça.
Sophie hésita, puis s’approcha. Sonia se leva peu après.
— Je vais prendre une douche et je nous fais un café.
Elle quitta la pièce. Sophie resta seule dans la véranda. L’odeur du sexe flottait encore, tenace. Sur les vitres, les traces de mains de Sonia restaient clairement visibles, pressées, étalées. Sophie s’approcha sans les toucher et les fixa longuement, le cœur trop rapide, le corps traversé par tout ce qu’elle avait vu ce soir.
Quelques minutes plus tard, l’odeur du café frais commença à se répandre, chaude et ronde, chassant peu à peu celle du désir. Sonia reparut dans le salon. Elle avait enfilé une petite nuisette satinée, claire, qui glissait sur sa peau mate et s’arrêtait haut sur ses cuisses. Ses cheveux frisés étaient encore humides. Elle posa deux tasses sur la table basse.
Sophie la rejoignit. Elles s’installèrent sur le canapé, chacune à une extrémité. Le silence n’était plus aussi pesant, juste fragile.
Sonia fut la première à reprendre la parole.
— Tu veux en parler… de ce que Serge t’a dit ?
Sophie posa sa tasse.
— Il n’a même pas essayé de mentir. Des années à côté de lui… et voilà ce qu’il restait. Que mon corps ne lui fait plus envie.
Sa voix se brisa un peu. Sonia la regardait sans l’interrompre.
— Tu ne mérites pas ça, dit-elle. Personne ne mérite d’entendre ça. Surtout pas de la personne avec qui on vit.
Sophie eut un petit rire sans joie.
— Et ce soir j’ai cru que venir ici m’aiderait. Que je serais en sécurité.
Le souvenir de la véranda passa entre elles sans qu’elles aient besoin de le nommer. Sonia baissa un instant les yeux.
— Je ne savais pas que tu allais venir. Je n’aurais jamais voulu que tu voies ça… pas comme ça.
Sophie soupira.
— Je ne sais même plus ce que je ressens. Pour Serge. Pour toi. Pour tout le reste.
Sonia posa sa tasse et se tourna vers elle.
— Écoute. Ce soir tu vas dormir là. Tu n’as pas à rentrer. Demain, on se fait une journée fille. Rien que nous deux.
Sophie hocha lentement la tête.
— D’accord.
Sonia prépara le canapé avec des draps propres, un oreiller et une couverture. Elle indiqua la salle de bain à Sophie, puis éteignit la plupart des lumières. Il ne resta qu’une petite lampe.
— Tu as tout ce qu’il te faut ?
— Oui. Merci d’être là.
Sonia lui sourit faiblement et regagna sa chambre. La porte se referma doucement.
Sophie s’allongea sous la couverture. Elle resta longtemps les yeux ouverts dans le noir. Les mots de Serge et les images de la véranda tournaient encore. Elle finit par sombrer dans une demi-conscience, sans vraiment dormir.
Au milieu de la nuit, un bruit léger la tira de sa torpeur. Sonia avait quitté sa chambre et s’avançait sur la pointe des pieds vers la petite cuisine ouverte, convaincue que Sophie dormait. Elle ouvrit la porte du réfrigérateur.
La lumière blanche et froide découpa son corps dans l’obscurité. Elle était nue. Entièrement. La clarté souligna la courbe de ses seins lourds, la rondeur de son ventre, la ligne de ses hanches, sa toison sombre, et la peau mate de ses cuisses. Elle se pencha pour attraper une bouteille d’eau, offrant un instant son profil entier.
Sophie resta parfaitement immobile sous la couverture. Elle observait sans oser bouger. Une envie soudaine, presque douloureuse, lui monta. L’envie d’embrasser cette peau mate. De poser ses lèvres sur l’épaule, sur la naissance des seins, sur le bas du dos de son amie. Le désir était net, précis, et la prit par surprise.
Sonia referma le frigo. L’obscurité revint. Son ombre retraversa le salon en silence et disparut dans la chambre.
À suivre…
Commentaires ()