Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Léa — Chapitre 4 · Le raffinement d'un slow hongrois - 4/4
Auteur
Léa
Chapitre 4 · Le raffinement d'un slow hongrois - 4/4
Je ne sais pas exactement pourquoi je suis montée à l'étage. Sur le moment, cela m'a paru naturel. Presque évident.
C'est Sandor qui en a parlé, juste avant, en bas, dans le prolongement direct de ce qu'il me murmurait déjà pendant le slow.
Il n'a pas eu besoin d'en dire beaucoup. Une œuvre à l'étage. Un endroit à part. Et la manière dont il l'a dit suffisait. Je savais très bien ce qu'il me proposait.
Pas le tableau. Pas vraiment. Autre chose.
Moi.
Et pourtant, j'ai suivi cette idée-là sans résister, comme on accepte une évidence qui nous précède déjà, avec cette sensation très nette de ne pas me tromper… mais de ne pas m'arrêter non plus.
J'ai quitté la salle de bal, la musique, les regards, le mouvement, avec cette impression étrange de m'extraire de quelque chose qui continuait pourtant de m'appartenir encore, comme si une partie de moi était restée en bas, dans cette lenteur un peu trouble du slow, dans cette chaleur diffuse que je sentais encore sur ma peau.
Ici, tout est plus calme. La porte refermée derrière moi, le silence n'est pas complet, la musique monte encore, étouffée, mais elle n'a plus la même emprise. Elle devient un fond, presque un souvenir immédiat, et je me retrouve seule avec cet espace, cette lumière un peu trop directe, et cette image posée là.
Je m'approche sans me presser. Je lis la légende, juste après le nom des artistes : Formento & Formento.
— Donc voilà l'œuvre… Lucie, hôtesse de l'air, dis-je.
Une femme nue, blonde, assise dans un siège d'avion, les jambes légèrement repliées, comme si elle avait oublié dans quelle position se tenir. Une carcasse d'avion, en fait. Le cuir marque sa peau par endroits. Un collier de perles repose sur sa poitrine, trop sage, presque déplacé dans cette nudité.
Rien n'est théâtral. Rien n'est vraiment offert. Et pourtant, tout est visible.
Je la regarde. Longtemps.
Ce n'est pas son corps qui me trouble en premier. C'est autre chose. Une absence. Ou peut-être une fatigue.
Son regard ne cherche rien. Il ne provoque pas. Il ne fuit pas non plus. Il est là, comme si elle était arrivée au bout de quelque chose… sans vraiment savoir quoi faire ensuite.
Je ne sais pas si elle attend. Je ne sais pas si elle vient de refuser. Ou si elle a déjà cédé.
Mais il y a dans sa manière d'être là une forme de décalage, presque imperceptible, comme si son corps était encore présent… et son esprit légèrement en retrait.
Je sens un malaise. Quelque chose de discret. Comme si cette nudité n'était pas un choix complet. Ou pas un choix terminé.
Je reste immobile. Et, sans vraiment comprendre pourquoi, j'ai l'impression de la reconnaître. Pas dans ses traits. Dans cette façon d'être exposée… sans être entièrement là.
Je penche légèrement la tête. Et, sans même m'en rendre compte, mes bras viennent se croiser sous ma poitrine. Le tissu de ma robe se tend un peu, je le sens immédiatement, et cette sensation suffit à me ramener à moi.
Je ne regarde plus seulement l'image. Je me regarde en train de la regarder.
Je sais qu'il est là avant de l'entendre. Ce n'est pas un bruit. C'est une présence qui modifie l'air, imperceptiblement.
Je ne me retourne pas. Il ne parle pas tout de suite. Je devine son regard, qui passe de l'image à moi.
— C'est étrange… on dirait que le corps ne sait pas s'il se donne ou s'il résiste, dit Sandor.
Je laisse passer un silence.
— Un peu comme moi, dis-je.
Je sens qu'il s'est rapproché. Je garde les yeux devant moi. Je sens. C'est tout.
Son souffle arrive d'abord. Très proche. Chaud. Il glisse contre mon cou, et quelque chose descend en moi sans que je la contrôle — une tension qui cherche où aller.
Puis sa main. D'abord dans la robe. Dans cette fente que je connais. Le tissu bouge à peine, mais je le sens. Sa paume se pose sur ma cuisse.
Je pourrais me décaler. Je le sais. Je ne le fais pas.
Sa main remonte lentement. Chaque centimètre devient plus précis, plus présent. Je sais où elle va. Sa paume est douce contre ma peau.
Je ferme les yeux. Une seconde. Puis une autre. Pas pour refuser. Pour tenir.
Mon souffle change. Plus court. Plus dense. Il y a du trouble. Et autre chose. Une forme de plaisir incontrôlé, qui se glisse sans prévenir, et c'est peut-être ça qui me déstabilise le plus.
Parce que je suis consciente. Parfaitement. Et pourtant, je ne mets pas fin au geste. Je reste là, immobile en apparence, traversée par cette lutte silencieuse entre ce que je devrais faire… et ce que je laisse faire.
Je rouvre les yeux. Je vois l'image. Cette position. Cette exposition incomplète. Et je comprends, presque trop tard, que ce que je ressens est de la même nature.
Je me sens observée. Pas seulement par lui. Par moi-même.
Sa main atteint ma culotte. Un doigt longe la couture, à la frontière entre lingerie et peau. J'ai chaud. Je souffle. Ou je gémis. Je ne sais plus. Puis je ferme les yeux. Je laisse venir. Encore un instant. Encore. Et je m'enfuis ailleurs.
Le bruit, cette fois, est réel. Et tout s'arrête. J'ouvre les yeux. Je me tourne. Gérard est là.
Il n'a pas bougé depuis le seuil. Il regarde le tableau. Il y a quelque chose de très calme dans son visage — un calme qui ressemble à de la maîtrise, ou à de la résignation, et je ne sais pas laquelle c'est. Puis son regard vient sur moi. Puis sur lui.
— C'est ça que tu veux ?, demande Gérard.
Je ne réponds pas tout de suite. Je sens encore la trace de la main de Sandor. Et en même temps, autre chose monte. La conscience. Il a vu.
Alors je bouge. Ma main descend, cherche celle de Sandor sous le tissu. Je la trouve. Je la saisis. Et je la retire moi-même. Lentement. Sans brusquerie.
Je me tourne vers Sandor. Nos regards se croisent. Encore une minute. Et nous y étions. Je le sais. Il le sait. Je souris. À peine. Puis je me détourne.
Je vais vers Gérard. Je m'arrête face à lui. Je me penche.
— Je l'ai voulu, oui.
Je marque une pause.
— Mais je me suis arrêtée.
— Pourquoi ?, demande Gérard.
— Tu es arrivé trop tôt, dis-je.
— Vraiment ?
— Pourquoi ?, demande Gérard.
— Tu es arrivé trop tôt, dis-je.
— Vraiment ?
Je soutiens son regard une seconde.
— C'est ce que tu penses, dis-je.
Je ne détourne pas les yeux.
— Tu aurais pu, dit Gérard.
— Vraiment ?, dis-je.
— C'est ce que tu pourrais penser, réplique Gérard.
— Vraiment ?, dis-je.
— C'est ce que tu pourrais penser, réplique Gérard.
Je suis de dos à Sandor. Gérard ne parle plus. Moi non plus.
Sa main retrouve la fente de ma robe. Sans hésiter.
Je ferme les yeux.
Elle remonte.
Je sais où elle va.
Je pense à Sandor. Sa main, à lui, sur cette même peau. Ce même chemin. Ce même silence à tenir.
Comme si rien n'avait été interrompu.
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