Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une croisière initiatique — Chapitre 10 · Vers une nouvelle étape
Auteurs
Une croisière initiatique
Chapitre 10 · Vers une nouvelle étape
Et Pierre commençait à se demander combien d'autres étapes l'attendaient encore.
À peine furent-ils revenus à table que Ralph rapprocha légèrement sa chaise de celle de Typhanie, avec cette assurance tranquille qui semblait désormais caractériser chacun de ses gestes.
À la grande surprise de Pierre, il se tourna presque aussitôt vers lui et engagea une conversation parfaitement sérieuse sur ses activités professionnelles.
— Dites-moi, Pierre, vous ne m'avez pas encore vraiment parlé de votre entreprise. Dans quel secteur concentrez-vous vos investissements ?
Surpris par ce changement de sujet, Pierre lui répondit avec une certaine réserve. Mais Ralph se révéla un interlocuteur particulièrement averti. Il posa des questions précises, évoqua plusieurs opérations financières et partagea quelques réflexions pertinentes sur les perspectives de leurs secteurs respectifs.
Peu à peu, la conversation prit un tour presque exclusivement professionnel.
Pourtant, Pierre ne tarda pas à remarquer quelque chose d'inhabituel chez Typhanie.
Elle avait cessé de participer aux échanges. Son regard, jusque-là si pétillant, s'était abaissé, tandis qu'un sourire discret, presque contenu, flottait sur ses lèvres. Elle semblait concentrée sur des sensations ou des pensées qui n'avaient manifestement aucun rapport avec les considérations financières de son voisin.
Pierre l'observa plus attentivement.
La position du bras de Ralph, dissimulé sous la table, et la manière dont Typhanie se tenait légèrement penchée en avant éveillèrent brusquement ses soupçons. Il était évident qu'il la doigtait savamment maintenant que son sexe était libre de toute entrave.
Il sentit son estomac se contracter.
Était-il possible que Ralph se permette une telle familiarité, ici même, à quelques centimètres de lui ?
La pensée lui parut d'abord invraisemblable. Pourtant, certains détails semblaient lui donner raison : le silence inhabituel de Typhanie, sa respiration devenue plus profonde, ses paupières qui se baissaient par instants.
Pierre eut soudain l'impression de comprendre.
Voilà donc le nouveau test de Ralph.
Il s'efforça de conserver une expression impassible et poursuivit la conversation, regardant son interlocuteur droit dans les yeux.
Ralph, lui, ne manifesta pas le moindre embarras. Il continuait de parler d'investissements avec une précision remarquable, comme si rien ne pouvait détourner son attention de leur échange.
Cette maîtrise déconcertait Pierre.
Il éprouvait pour cet homme une irritation grandissante, presque de l'aversion devant une arrogance aussi tranquille. Et pourtant, il devait reconnaître, à contrecœur, qu'il était impressionné par son aplomb.
C'est alors que Lauren se leva.
Elle contourna lentement la table et vint se placer derrière son mari. Avec une tendresse naturelle, elle posa ses mains sur ses épaules et entreprit de les masser doucement.
Ralph leva brièvement les yeux vers elle et lui adressa un sourire affectueux.
Lauren glissa ensuite les doigts dans ses cheveux, effleurant sa nuque avec cette familiarité amoureuse qui témoignait de leur profonde complicité.
Mais son attention ne se limitait pas à Ralph.
Par-dessus l'épaule de son mari, elle observait discrètement Pierre, attentive à la moindre variation de son expression, comme si elle cherchait à déterminer s'il avait compris ce qui se passait et quelle serait sa réaction.
Pierre soutint son regard.
Il aurait pu interrompre la conversation, se lever ou simplement demander à Typhanie si tout allait bien.
Il n'en fit rien.
De l'autre côté de la table, sa femme demeurait silencieuse. Ses joues s'étaient colorées et elle semblait lutter pour conserver une contenance parfaitement naturelle.
À un moment, elle ferma brièvement les yeux et laissa échapper un léger frisson. Elle venait de jouir sous ses doigts habiles.
Lauren surprit le regard de Pierre et lui adressa un clin d'œil discret, presque complice.
Ralph, quant à lui, poursuivait tranquillement son raisonnement sur les investissements, sans perdre le fil de ses propos.
Pierre n'écoutait plus vraiment.
Il venait de surprendre chez Typhanie une expression qu'il connaissait intimement. Il crut reconnaître dans ce frémissement et dans le relâchement soudain de ses traits les signes d'un plaisir intense qu'elle tentait de dissimuler.
Il n'en avait aucune certitude, mais cette seule possibilité suffisait à le bouleverser.
La délicate rougeur qui s'étendait désormais de son décolleté jusqu'à son cou faisait ressortir davantage encore l'éclat du somptueux collier Van Cleef & Arpels.
Pierre contempla un instant ce bijou dont il avait admiré la beauté quelques heures auparavant.
Il lui apparaissait maintenant sous un jour bien différent.
Le collier n'était plus seulement une parure exceptionnelle. Il était devenu, à ses yeux, le symbole visible de l'influence que Ralph semblait exercer progressivement sur Typhanie.
Et tandis que la conversation d'affaires se poursuivait avec une courtoisie irréprochable, Pierre comprit qu'il venait peut-être d'assister, sans avoir prononcé un mot, au franchissement d'une nouvelle frontière dans leur soirée.
Typhanie rouvrit lentement les yeux et chercha presque aussitôt le regard de Pierre.
Pendant quelques secondes, leurs yeux se rencontrèrent par-dessus la table. Elle lui adressa un léger sourire, empreint d'une satisfaction tranquille, mais ne laissa rien paraître d'autre. Ni embarras manifeste, ni explication, ni même cette petite expression de culpabilité que Pierre aurait peut-être attendue.
Ce sourire, précisément, le déconcerta.
Il connaissait suffisamment sa femme pour reconnaître certains de ses états d'âme, mais, cette fois, il lui était impossible de savoir ce qu'elle pensait réellement.
Il reporta son attention sur Ralph.
Celui-ci arborait une expression de satisfaction à peine dissimulée. Son sourire avait quelque chose de conquérant, presque insolent, comme celui d'un homme qui venait de franchir une étape importante dans une entreprise longuement préparée.
Leurs regards se croisèrent.
Pierre eut alors la désagréable impression que Ralph savait parfaitement ce qu'il avait compris.
Et surtout, qu'il avait remarqué son absence de réaction.
Était-ce donc cela, le véritable test ?
Ralph ne cherchait peut-être pas seulement à mesurer l'influence qu'il pouvait exercer sur Typhanie. Il voulait également découvrir jusqu'où Pierre accepterait de le laisser agir.
Cette pensée lui donna un frisson.
Il lui semblait désormais que Ralph se croyait assuré de sa victoire, persuadé d'avoir trouvé chez Typhanie une fascination grandissante et chez son mari une passivité dont il saurait tirer parti.
Pierre ne partageait pas cette certitude. Mais il devait reconnaître que, depuis le début de la soirée, les initiatives de Ralph s'étaient succédé sans qu'il ait véritablement tenté de les interrompre.
Lauren choisit précisément cet instant pour intervenir.
— Venez, Typhanie ! déclara-t-elle avec un sourire enjoué. Faisons ce que les femmes savent si bien faire : allons-nous refaire une beauté !
Typhanie accueillit cette proposition avec enthousiasme.
— Excellente idée ! répondit-elle en se levant.
Les deux femmes échangèrent un sourire complice avant de s'éloigner ensemble en direction des toilettes.
Pierre les suivit un instant du regard.
Il s'attendait maintenant à ce que Ralph profite de leur absence pour aborder franchement le sujet de Typhanie, voire pour lui révéler ses intentions.
Mais, à sa grande surprise, il n'en fut rien.
— Venez donc avec moi, Pierre, lança Ralph en se levant. Il y a quelques personnes que je souhaiterais vous présenter. Je pense que certaines rencontres pourraient vous être particulièrement utiles.
Sans lui laisser beaucoup de temps pour réfléchir, il l'invita à le suivre à travers la salle.
Ils s'arrêtèrent successivement auprès de plusieurs tables où Ralph fut accueilli avec une déférence manifeste. Les conversations portaient sur les investissements, les affaires internationales et diverses opportunités financières.
Pierre découvrait peu à peu l'étendue du réseau de relations de son nouvel interlocuteur.
Ralph semblait connaître personnellement une grande partie des hommes les plus fortunés présents à cette réception. Il les abordait avec une aisance souveraine, passant d'un groupe à l'autre comme s'il évoluait dans son propre domaine.
Deux hommes retinrent particulièrement son attention.
— Pierre, permettez-moi de vous présenter Grant et Davis, deux de mes plus anciens et meilleurs amis.
Les deux hommes se levèrent pour le saluer et lui serrèrent chaleureusement la main.
Ralph poursuivit avec une cordialité appuyée :
— Pierre est un homme d'affaires particulièrement intéressant, que je viens d'avoir le plaisir de rencontrer ce soir. Il est accompagné de sa ravissante épouse, Typhanie, une jeune femme absolument exquise.
Il marqua une légère pause avant d'ajouter :
— J'aimerais beaucoup que vous leur réserviez le meilleur accueil. Je suis certain qu'ils apprécieront de découvrir notre petit cercle d'amis. D'ailleurs, j'espère que nous aurons tous l'occasion de nous retrouver plus longuement avant la fin de cette croisière.
Grant et Davis accueillirent cette perspective avec un enthousiasme manifeste.
Pierre échangea quelques propos avec eux, évoquant ses activités professionnelles et les possibilités de collaboration qui pouvaient éventuellement se présenter.
Pourtant, une interrogation persistait dans son esprit.
Pourquoi Ralph tenait-il tant à le présenter à ces hommes ? Était-ce une simple marque de courtoisie ou cherchait-il à préparer quelque chose de plus personnel ?
Lorsqu'ils prirent congé de leurs interlocuteurs, Ralph posa familièrement une main sur l'épaule de Pierre et le raccompagna vers leur table.
— Vous avez beaucoup de chance, Pierre, lui déclara-t-il avec un sourire satisfait. Typhanie est une femme absolument magnifique. Et croyez-moi, une épouse aussi séduisante et distinguée peut représenter un véritable atout dans certaines relations professionnelles.
Pierre tourna brusquement la tête vers lui.
Il ne savait comment interpréter cette remarque, dont le caractère équivoque lui déplaisait profondément.
Ralph s'arrêta alors et se plaça face à lui.
Son expression changea presque imperceptiblement.
Le sourire mondain s'effaça pour laisser place à un regard froid, précis, celui d'un financier habitué aux négociations importantes et parfaitement conscient de la valeur de ses relations.
Il tendit la main à Pierre et la serra avec une fermeté inhabituelle.
— Réfléchissez-y sérieusement. Je pourrais devenir pour vous un client extrêmement précieux. Et Grant et Davis également. Nous avons les moyens de vous ouvrir des portes auxquelles vous n'auriez peut-être jamais imaginé accéder.
Pierre soutint son regard.
Il comprenait parfaitement la portée professionnelle de cette proposition. Mais il ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur le rapprochement que Ralph semblait établir entre les perspectives d'affaires et la présence de Typhanie.
Était-ce une offre sincère ? Une manière de l'impressionner ? Ou une tentative plus subtile de lui faire comprendre ce qu'il avait à gagner en demeurant accommodant ?
Il s'apprêtait à répondre lorsque Ralph aperçut les deux femmes qui revenaient vers leur table.
Il se rapprocha une dernière fois de Pierre et baissa la voix.
— Une chose encore, Pierre. Ne dites rien à Typhanie de notre conversation.
Le ton n'avait plus rien d'une simple recommandation.
C'était presque un ordre.
Puis Ralph ajouta, en le regardant droit dans les yeux :
— Désormais, tout dépend d'elle.
Pierre demeura un instant silencieux.
Il mesurait le caractère troublant de cette dernière phrase. Ralph venait de lui laisser entrevoir des perspectives professionnelles considérables, tout en lui demandant de garder le silence auprès de sa propre épouse.
Et pourtant, il affirmait maintenant que la décision appartenait entièrement à Typhanie.
— Je comprends, répondit finalement Pierre d'une voix contenue.
Mais comprenait-il réellement ?
Il n'en était plus certain.
À quelques mètres de là, Typhanie et Lauren approchaient, souriantes et parfaitement détendues, comme si cette soirée n'avait été qu'une succession de plaisirs mondains.
Pierre les regarda revenir avec une inquiétude nouvelle.
Il avait désormais le sentiment que Ralph ne cherchait plus seulement à séduire sa femme.
Il cherchait aussi à faire de lui un allié silencieux.
Et cette perspective le troublait bien davantage qu'il n'aurait voulu l'admettre.
Pierre demeurait complètement désarçonné.
Les dernières paroles de Ralph résonnaient encore dans son esprit. Il ne savait plus très bien comment interpréter les événements de cette soirée, ni surtout jusqu'où ils risquaient de les entraîner, Typhanie et lui.
Il avait le sentiment étrange de s'être engagé dans une aventure dont il ne connaissait ni les règles ni les limites.
Lorsque les deux femmes revinrent, Typhanie se dirigea tout naturellement vers sa place, à côté de Ralph.
Elle se tint quelques instants près de lui, souriante, le regard brillant d'une malice nouvelle. Puis, levant vers lui ses magnifiques yeux verts, elle lui adressa un sourire prolongé, presque provocateur.
— Je suppose que je vous dois encore une danse ? demanda-t-elle avec une charmante désinvolture. Je n'ose pas imaginer que j'ai déjà entièrement acquitté le prix de ce merveilleux collier !
Ralph éclata de rire.
— Vous avez parfaitement raison, ma chère Typhanie ! Et je peux vous assurer que nous sommes encore loin du compte !
Il prononça ces mots avec une assurance amusée, sans quitter la jeune femme des yeux.
Puis, lui offrant galamment son bras, il l'entraîna de nouveau vers la piste de danse.
Pierre les regarda s'éloigner, partagé entre l'étonnement et une inquiétude grandissante.
Cette fois, ce n'était plus Ralph qui avait sollicité Typhanie.
C'était elle qui était venue le chercher.
Et cette initiative spontanée le troublait peut-être davantage que toutes les précédentes audaces du financier.
— Et si nous dansions, nous aussi ? proposa soudain Lauren en lui tendant la main.
Pierre hésita à peine.
— Avec grand plaisir.
Quelques instants plus tard, ils rejoignirent à leur tour la piste.
Pierre choisit délibérément de s'installer à bonne distance de Ralph et Typhanie. Il aurait pu se rapprocher d'eux, échanger quelques sourires avec sa femme ou chercher à attirer son attention.
Mais il n'en fit rien.
Il préféra leur laisser cet espace d'intimité, comme s'il craignait désormais de troubler une complicité dont il avait pourtant tant de mal à accepter l'existence.
Lauren se rapprocha doucement de lui.
Elle dansait avec une élégance naturelle, se laissant guider avec souplesse. Bientôt, elle vint se blottir tout contre lui, réduisant presque entièrement la distance qui les séparait.
Pierre sentit son trouble s'accentuer.
La proximité de cette femme, son parfum délicat, la douceur de ses mouvements et les confidences qu'elle lui avait faites depuis le début de la soirée contribuaient à entretenir une érection qu'il ne parvenait plus à maîtriser.
Il avait pleinement conscience que Lauren ne pouvait ignorer son état.
Cette pensée lui procura un embarras supplémentaire.
Mais Lauren ne manifesta aucune surprise. Elle conserva simplement son sourire mystérieux et poursuivit la danse avec cette tranquillité déconcertante qui semblait lui permettre de deviner les émotions de son partenaire sans jamais avoir besoin de les nommer.
Pierre détourna un instant les yeux vers l'autre extrémité de la piste.
Typhanie dansait toujours dans les bras de Ralph.
Et il prit soudain conscience d'un paradoxe qui le bouleversa : alors qu'il avait volontairement choisi de ne pas interrompre leur rapprochement, il se trouvait lui-même dans les bras de la femme qui, depuis le début de la soirée, semblait l'encourager à accepter l'inacceptable.
Il ne savait plus très bien lequel des deux couples était en train de jouer avec le feu.
Ils dansaient depuis quelques instants lorsque Lauren releva doucement la tête vers Pierre. Un sourire malicieux éclairait son visage.
— Tu ne vas donc pas me demander ce que j'ai raconté à Typhanie pendant notre petite escapade ?
Pierre la regarda avec une curiosité qu'il ne chercha même pas à dissimuler.
— Si tu savais ! Je meurs littéralement d'envie de le savoir !
Lauren laissa échapper un petit rire.
— Eh bien, je lui ai simplement dit que tout allait parfaitement bien pour moi, malgré ce qui se passait entre elle et Ralph.
Pierre sentit son cœur accélérer.
— Tu lui as vraiment dit cela ?
— Absolument.
— Et… comment a-t-elle réagi ?
— Absolument.
— Et… comment a-t-elle réagi ?
Lauren prit quelques secondes avant de répondre, comme si elle savourait l'effet de sa révélation.
— Elle a d'abord été très surprise. Je crois même qu'elle ne savait plus quoi me répondre. Puis elle m'a remerciée de ma compréhension.
Pierre attendait la suite, suspendu à ses lèvres.
— Et ensuite ? demanda-t-il avec impatience.
— Ensuite, elle m'a demandé deux choses.
— Ensuite, elle m'a demandé deux choses.
Lauren se rapprocha légèrement de lui, baissant la voix pour que personne ne puisse les entendre.
— D'abord, de ne surtout rien te raconter de ce qui se passe entre Ralph et elle.
Pierre demeura silencieux.
— Et puis, ajouta Lauren avec un sourire énigmatique, elle m'a demandé de m'occuper de toi… au cas où elle déciderait de franchir le pas avec mon mari.
Pierre eut l'impression de manquer une mesure dans la danse.
Il fixa Lauren, incrédule.
— Attends… Tu veux dire que Typhanie t'a demandé de me tenir compagnie pendant qu'elle serait avec Ralph ?
— C'est exactement ce qu'elle m'a demandé.
— C'est exactement ce qu'elle m'a demandé.
Il resta quelques secondes sans trouver ses mots.
Cette confidence dépassait tout ce qu'il avait imaginé.
Typhanie n'était donc pas simplement entraînée dans un jeu de séduction dont elle ignorait les conséquences. Elle envisageait elle-même la possibilité d'aller plus loin et, plus troublant encore, elle avait pensé à la manière dont son mari pourrait être occupé pendant ce temps.
— Mais alors… reprit-il enfin, elle croit toujours que je ne sais rien ? Que je n'ai rien vu, rien compris ?
Lauren acquiesça tranquillement.
— Oui, Pierre. Elle pense que tu ignores tout.
Il la contempla, profondément déconcerté.
Depuis le début de la soirée, il avait cru être le seul à dissimuler ses véritables pensées. Il découvrait maintenant que Typhanie entretenait, elle aussi, son propre secret.
Et qu'elle avait choisi Lauren pour le partager.
Une question, cependant, lui traversa l'esprit : Typhanie avait-elle formulé cette demande avec une réelle intention de poursuivre l'aventure, ou cherchait-elle seulement à savoir jusqu'où elle pouvait aller sans provoquer de scandale ?
Il n'en savait rien.
Mais une chose était certaine : sa femme envisageait désormais une possibilité qu'il n'aurait jamais imaginée quelques heures auparavant.
Pierre continua de danser presque machinalement, tandis que Lauren demeurait blottie contre lui.
Cette fois, ce n'était plus seulement l'audace de Ralph qui le bouleversait.
C'était la découverte que Typhanie pouvait, de sa propre initiative, désirer prolonger cette étrange aventure.
Et surtout qu'elle croyait encore pouvoir le lui cacher.
À moins de quinze mètres de lui, sa femme dansait dans les bras d'un autre homme. Et, si les confidences de Lauren étaient exactes, elle envisageait désormais de se donner à lui, tout en gardant soigneusement le secret pour son mari.
Cette pensée avait quelque chose de vertigineux.
Pierre ne quittait plus Typhanie des yeux.
Il vit Ralph se pencher vers elle et lui murmurer quelques mots à l'oreille. Typhanie releva la tête, plongea longuement son regard dans le sien, puis acquiesça d'un lent mouvement de tête.
Un simple oui.
Mais ce geste, aperçu à distance, suffit à bouleverser Pierre.
Presque aussitôt, Ralph interrompit leur danse. Il prit délicatement Typhanie par la main et l'entraîna vers l'une des portes latérales de la salle de bal.
Elle le suivit sans hésitation apparente.
À aucun moment elle ne se retourna pour chercher son mari du regard.
Pierre les observa jusqu'à ce qu'ils disparaissent derrière la porte.
— Ils s'éclipsent… murmura-t-il à Lauren.
Sa voix avait légèrement tremblé.
Il éprouvait un mélange presque insupportable d'appréhension, de jalousie et d'excitation. Il aurait voulu les suivre, découvrir où Ralph conduisait sa femme et savoir ce qu'elle venait d'accepter.
Mais il demeura immobile, Lauren toujours dans ses bras.
Celle-ci avait parfaitement perçu son trouble.
Elle releva doucement la tête et le regarda avec une attention inhabituelle.
— Au fond, Pierre, tu as envie qu'elle le fasse, n'est-ce pas ?
La question le prit au dépourvu.
Il chercha une réponse, mais les mots lui manquèrent.
— Je… je ne peux pas l'en empêcher, finit-il par avouer.
Lauren soutint son regard.
— Ce n'est pas exactement ce que je t'ai demandé.
Pierre baissa un instant les yeux.
Elle avait raison. Il venait d'esquiver la véritable question, celle à laquelle il n'osait pas répondre, même intérieurement.
Lauren se rapprocha légèrement de lui, comme pour lui offrir un peu de réconfort.
— Je suis désolée, Pierre, murmura-t-elle avec une sincérité qui le surprit. J'aimerais pouvoir t'aider à comprendre ce que tu ressens, mais je ne peux pas décider à ta place.
Il la regarda, touché malgré lui par cette marque de sollicitude.
Un silence s'installa entre eux, seulement troublé par la musique qui continuait d'envelopper la salle.
Puis Lauren esquissa un sourire plus ambigu.
— Qui sait ? Si tu fais affaire avec Ralph, peut-être qu'un jour il me demandera de coucher avec toi.
Elle marqua une pause, sans détourner les yeux.
— Et, pour tout te dire, j'espère qu'il le fera.
Pierre demeura interdit.
Cette confidence, prononcée avec une simplicité presque désarmante, lui révélait une nouvelle facette de Lauren.
Elle ne se contentait donc pas de faciliter les initiatives de son mari. Elle semblait également envisager, pour elle-même, une intimité avec Pierre, tout en subordonnant cette éventualité à la volonté de Ralph.
Il ne savait plus s'il devait se sentir flatté, troublé ou inquiet.
Quelques instants auparavant, il avait vu Typhanie disparaître au bras d'un autre homme.
À présent, c'était l'épouse de cet homme qui lui confiait son propre désir.
Pierre eut soudain la sensation que les frontières de son univers familier s'effaçaient les unes après les autres.
Et que, dans cette étrange soirée, chacun semblait connaître ses désirs bien mieux que lui-même.
Pierre remercia Lauren d'un sourire reconnaissant. Malgré l'étrangeté de la situation, il avait été touché par la sincérité de ses paroles et par cette attention presque tendre qu'elle lui témoignait.
Mais ses pensées revenaient obstinément vers Typhanie.
Où Ralph l'avait-il emmenée ? Que faisaient-ils à cet instant précis ? Et surtout, jusqu'où sa femme avait-elle décidé d'aller ?
La musique continuait de résonner dans la salle, mais Pierre n'avait plus aucune envie de danser.
Lauren le comprit et lui proposa de regagner leur table.
Ils reprirent place côte à côte, dans l'attente d'un retour dont Pierre ignorait tout, jusqu'à l'heure et aux circonstances.
Il avait le sentiment que les événements suivaient désormais leur cours sans qu'il puisse exercer la moindre influence sur eux.
Lauren observait discrètement son visage. Elle voyait son agitation, ses regards répétés vers la porte par laquelle le couple avait disparu, et cette nervosité qui le faisait changer sans cesse de position sur sa chaise.
Elle posa doucement une main sur son avant-bras.
— Pierre, ne t'inquiète pas autant. Typhanie ne va pas te quitter pour Ralph. Crois-moi, ce n'est pas ce qu'il recherche.
Il tourna vers elle un regard interrogateur.
— Alors qu'est-ce qu'il recherche exactement ?
— Tu le sais déjà. Il aime séduire, conquérir, faire vivre à une femme une aventure qu'elle n'aurait peut-être jamais osé imaginer. Mais cela ne signifie pas qu'il souhaite bouleverser définitivement son existence.
— Tu le sais déjà. Il aime séduire, conquérir, faire vivre à une femme une aventure qu'elle n'aurait peut-être jamais osé imaginer. Mais cela ne signifie pas qu'il souhaite bouleverser définitivement son existence.
Elle lui adressa un sourire encourageant.
— Essaie de te détendre un peu. Laisse-la profiter de cette soirée si c'est réellement ce qu'elle désire.
Puis, avec une franchise presque désarmante, elle ajouta :
— Et rassure-toi sur un point : Ralph est un amant très expérimenté. Même s'il est particulièrement bien doté par la nature, il sait parfaitement être attentif à sa partenaire. Il ne la blessera pas. C'est un sacré séducteur, et crois-moi, il sait donner beaucoup de plaisir à une femme.
Elle avait prononcé ces derniers mots avec une admiration si naturelle que Pierre en resta momentanément sans voix.
Lauren semblait sincèrement persuadée de lui apporter un réconfort précieux. Mais c'était exactement l'inverse qui se produisait.
À mesure qu'elle parlait, l'imagination de Pierre s'emballait. Il ne pouvait s'empêcher de se représenter Typhanie seule avec Ralph, loin des regards, dans une intimité dont il ignorait tout.
L'assurance de Lauren, sa connaissance manifeste des qualités de son mari et la tranquillité avec laquelle elle évoquait cette éventualité ne faisaient qu'accentuer son désarroi.
Il aurait voulu lui demander de se taire. Il savait sa douce épouse très étroite et craignait pour elle.
Pourtant, il demeurait suspendu à ses paroles, partagé entre le désir d'en apprendre davantage et la crainte de ce qu'il pourrait entendre.
Une boule d'angoisse lui serrait toujours la gorge.
Et, comble de cette contradiction qu'il ne parvenait plus à s'expliquer, les confidences de Lauren, loin d'apaiser son excitation, semblaient encore l'attiser.
Pierre se renversa légèrement dans son fauteuil et tenta de reprendre une respiration normale.
Il était reconnaissant à Lauren de chercher à le rassurer.
Mais il commençait à comprendre qu'aucune parole, aussi bienveillante fût-elle, ne pourrait dissiper son inquiétude tant que Typhanie ne serait pas revenue.
Il ne lui restait plus qu'à attendre.
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