Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une croisière initiatique — Chapitre 12 · Franchir le Rubicon
Auteurs
Une croisière initiatique
Chapitre 12 · Franchir le Rubicon
Elle marqua une pause.
— Et il y a encore autre chose.
Pierre ferma brièvement les yeux.
— Je m'en doutais…
Typhanie poursuivit, plus doucement :
— Ralph m'a demandé de lui réserver une place particulière pendant toute la durée de cette croisière. Il voudrait que je sois à lui, que je puisse le retrouver lorsqu'il le souhaite… et lorsque j'en aurai moi-même envie.
Elle observa attentivement la réaction de Pierre.
— Je sais que c'est énorme. Je sais que je te demande beaucoup. Mais je voudrais que nous puissions en parler, que tu me dises sincèrement ce que tu ressens.
Sa voix se fit presque suppliante.
— Est-ce que tu pourrais accepter cela pour moi ? Pour nous ?
Pierre demeura silencieux.
Il avait peine à reconnaître dans cette femme si déterminée la jeune épouse qui, quelques heures auparavant, s'était émerveillée à la simple idée de porter un collier exceptionnel.
Et pourtant, c'était bien sa Typhanie, celle qu'il aimait profondément, qui se tenait maintenant dans ses bras.
Il glissa une main dans le creux de son dos et l'attira plus étroitement contre lui.
Elle sentit son trouble et releva les yeux vers son visage.
Pierre n'avait toujours pas répondu.
Il était partagé entre une jalousie douloureuse, l'incrédulité devant l'audace de cette proposition et une fascination qu'il ne parvenait plus à nier.
Mais une question dominait désormais toutes les autres.
Typhanie lui demandait-elle de partager son bonheur, ou de consentir à devenir le témoin de sa propre dépossession ?
Il resserra doucement son étreinte.
Cette fois, il savait qu'il ne pourrait plus se réfugier dans le silence.
Pierre contempla longuement sa femme. Puis, sans prononcer un mot, il l'attira doucement contre lui et posa ses lèvres sur les siennes.
Leur baiser, d'abord tendre, se prolongea avec une passion qui sembla dissiper, l'espace de quelques instants, toutes les incertitudes de cette soirée.
Lorsqu'ils se séparèrent enfin, Pierre remarqua une larme qui commençait à perler au coin des magnifiques yeux verts de Typhanie.
Il l'essuya délicatement du bout du doigt.
— Tu as ta réponse, mon amour, murmura-t-il en la regardant intensément. J'aimerais tellement que tu puisses avoir ce collier !
Typhanie demeura interdite.
Elle avait manifestement envisagé bien des réactions, depuis la colère jusqu'aux reproches les plus douloureux. Mais certainement pas cette déclaration, prononcée avec autant de tendresse.
— Tu… tu es sérieux, Pierre ?
— Parfaitement.
— Parfaitement.
Elle le dévisagea, cherchant à comprendre.
Puis une expression d'étonnement presque incrédule éclaira son visage.
— Mais alors… tout cela t'excite vraiment ?
Pierre hésita un instant.
Il savait que sa réponse allait révéler à Typhanie une facette de lui-même qu'il avait toujours soigneusement dissimulée, y compris à ses propres yeux.
— Oui, finit-il par avouer. Je t'ai regardée toute la soirée, Typhanie. J'ai vu Ralph se rapprocher de toi, te séduire progressivement, gagner ta confiance… Et je dois reconnaître que cela m'a profondément troublé.
Elle ouvrit de grands yeux.
— Tu avais remarqué tout cela ?
— Bien davantage que tu ne l'imagines.
— Et tu n'as rien fait pour l'arrêter ?
— Bien davantage que tu ne l'imagines.
— Et tu n'as rien fait pour l'arrêter ?
Pierre soutint son regard.
— Non.
Il marqua une pause avant de poursuivre, plus difficilement :
— Au début, j'étais jaloux. Terriblement jaloux. Je ne comprenais pas pourquoi je restais là, à vous observer, alors que j'aurais pu intervenir.
Il inspira profondément.
— Mais plus la soirée avançait, plus je découvrais que cette séduction exerçait sur moi une fascination étrange. Je voulais voir jusqu'où Ralph parviendrait à te troubler… et jusqu'où tu accepterais de le suivre.
Typhanie semblait suspendue à ses paroles.
— Même lorsque nous étions à table ?
Pierre acquiesça lentement.
— Même à ce moment-là. J'ai compris qu'il se passait quelque chose entre vous, malgré tous vos efforts pour rester discrets.
Il la regarda avec une intensité nouvelle.
— Et lorsque j'ai vu ton expression changer quand il te doigtait, j'ai réalisé quelque chose qui m'a moi-même bouleversé : une partie de moi désirait que cette séduction aboutisse.
Typhanie resta silencieuse quelques secondes.
— Tu veux dire que tu souhaitais vraiment que je couche avec lui ?
Pierre sentit sa gorge se serrer.
— Oui, Typhanie. Aussi incroyable que cela puisse te paraître, j'en avais envie. J'avais peur de ce qui pourrait arriver, mais je voulais aussi savoir ce que tu ressentirais, ce que tu choisirais…
Il effleura doucement sa joue.
— Et maintenant que je te l'avoue, je me rends compte que je n'ai jamais été aussi sincère avec toi.
Typhanie le contempla avec une émotion grandissante.
Elle venait de découvrir que son mari avait vécu, de son côté, une aventure intérieure presque aussi bouleversante que la sienne.
Et cette révélation semblait modifier profondément la manière dont elle envisageait désormais la suite de leur soirée.
Typhanie le dévisagea quelques secondes, encore stupéfaite par ce qu'elle venait d'entendre.
Puis, brusquement, elle éclata de rire.
— Oh ! Pierre… Espèce de sale bâtard ! Et dire que tu m'as laissée me tourmenter en imaginant ta réaction !
Elle lui donna une petite tape affectueuse sur l'épaule avant de se jeter à son cou.
Pierre se mit à rire à son tour.
Ils s'embrassèrent longuement, avec une tendresse passionnée qui semblait les rapprocher davantage encore. Toute la tension accumulée depuis le début de la soirée se dissipa soudain, laissant place à une complicité presque euphorique.
Ils éprouvèrent ensemble ce frisson particulier qui accompagne parfois les confidences les plus intimes, lorsque deux êtres découvrent qu'ils peuvent se révéler l'un à l'autre sans craindre de perdre leur amour.
Typhanie se serra davantage contre son mari.
— Tu sais, mon chéri, Lauren m'a raconté beaucoup de choses pendant que nous étions ensemble.
Pierre sourit intérieurement. Il savait combien Lauren pouvait se montrer persuasive lorsqu'elle décidait de dévoiler les règles du monde singulier qu'elle partageait avec Ralph.
— Elle m'a expliqué la liberté qu'ils se sont accordée, poursuivit Typhanie. Leur manière de vivre, les rencontres qu'ils font, les expériences qu'ils partagent… Elle m'a aussi parlé de cette impression grisante de pouvoir choisir sans avoir à se justifier.
Elle leva vers Pierre un regard interrogateur.
— Et elle m'a fait comprendre que je pourrais, moi aussi, découvrir cet univers. Pas pour te rendre service, ni pour obtenir quoi que ce soit en échange. Simplement parce que j'en ai envie. Parce que cette soirée m'a révélé une part de moi-même que je ne soupçonnais pas mais que j'avais commencé à entrevoir rue Quinquempoix à Paris.
Pierre l'écoutait avec attention.
Il commençait à comprendre que Ralph n'avait pas simplement entrepris de séduire sa femme. Il lui avait entrouvert les portes d'un univers où le désir, le pouvoir et la liberté entretenaient des rapports beaucoup plus complexes qu'il ne l'avait jamais imaginé.
— Et cette perspective te plaît ? demanda-t-il.
Typhanie ne chercha pas à éluder la question.
— Oui, Pierre. Je crois que tu l'as compris. Mais je ne veux pas que cela nous éloigne l'un de l'autre.
Il acquiesça lentement. L'idée que sa femme puisse vivre de nouvelles aventures et y trouver du plaisir ne lui paraissait plus aussi inconcevable qu'auparavant.
Il éprouvait même une étrange fierté à découvrir chez Typhanie une audace qu'il ne lui connaissait pas.
Pourtant, une inquiétude persistait.
Accepter qu'elle retrouve Ralph cette nuit était une chose. Envisager qu'elle se mette à sa disposition pendant toute la durée de la croisière en était une autre.
Que resterait-il de leur intimité conjugale après plusieurs jours passés sous l'influence de cet homme ?
Et surtout, dans quel état d'esprit retrouverait-il sa jeune épouse lorsque cette aventure prendrait fin ?
Serait-elle toujours la Typhanie qu'il connaissait, ou cette expérience aurait-elle profondément modifié ses attentes, ses désirs et sa conception de leur mariage ?
Il chassa momentanément ces pensées et lui adressa un sourire malicieux.
— En tout cas, je découvre ce soir que j'ai épousé une sacrée petite salope… et probablement la plus sexy de tout ce paquebot !
Typhanie éclata de rire.
— Pierre ! Tu es impossible !
Mais son expression montrait clairement qu'elle avait accueilli cette provocation comme une marque de complicité plutôt que comme un reproche.
Elle l'embrassa de nouveau.
Puis son sourire s'atténua.
— Il faut pourtant que je te dise encore quelque chose, mon amour.
Pierre sentit immédiatement revenir son appréhension.
— Encore ?
— Oui… Et je crains que ce soit la partie la plus délicate.
— Oui… Et je crains que ce soit la partie la plus délicate.
Elle prit une inspiration avant de poursuivre :
— Ralph a d'autres conditions. Des conditions qui te concernent personnellement et qu'il voudrait que tu acceptes.
Pierre se raidit imperceptiblement.
— Quelles conditions ?
Typhanie posa doucement sa main contre sa joue.
— S'il te plaît, promets-moi de ne pas te montrer trop choqué lorsqu'il t'en parlera.
Elle hésita, puis ajouta :
— Je sais ce qu'il veut. Nous en avons discuté et, en ce qui me concerne, je suis d'accord. Mais il faut absolument que tu le sois aussi.
Pierre la regarda avec une inquiétude grandissante.
— Typhanie, je t'en prie… Qu'est-ce qu'il peut bien vouloir de plus ?
Un sourire énigmatique reparut sur les lèvres de la jeune femme.
— Cela, mon chéri, c'est à lui de te le dire.
Pierre serra les mâchoires.
Elle remarqua immédiatement son expression contrariée et ne put retenir un petit rire.
— Ne fais pas cette tête, voyons !
Mais Pierre n'avait plus vraiment envie de plaisanter.
Il venait d'accepter, non sans trouble, que sa femme poursuive une aventure avec Ralph. Il avait même reconnu combien cette perspective pouvait le fasciner.
Et voilà qu'il découvrait que Ralph avait également conçu des projets le concernant.
Cette fois, Pierre ne serait plus seulement le spectateur de ce qui arrivait à Typhanie. Il risquait de devenir lui-même l'un des acteurs du jeu dont Ralph semblait avoir soigneusement préparé les règles.
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