Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Super-héros — Chapitre 7 · Derrière le comptoir
Auteur
Super-héros
Chapitre 7 · Derrière le comptoir
Adrien essuie le comptoir de cristal du MacQueen's avec un chiffon humide. Les néons ambrés au-dessus de lui bourdonnent leur ronflement habituel, cette vibration grave qu'il connaît après des années de service. Le bar sent la friture et la bière tiède. Derrière lui, la réserve exhale encore une traînée de cigare corse — Paulo a dû y faire un crochet en début d'après-midi. L'heure tourne. Dix-huit heures trente. Plus que la fin du service à écouler.
Mais son esprit n'est pas au bar.
La femme brune de la vidéo de Ribaudi. Cette silhouette qui apparaît devant le distributeur sans transition, frappe, disparaît. Adrien repasse les images mentalement. La fluidité du geste. L'absence d'hésitation. Elle sait ce qu'elle fait.
Il pose le chiffon, range deux verres sur l'étagère. Comment la contacter ? Pas simple. Des idées, il en a. Il pourrait passer par Ribaudi, faire diffuser un message via les canaux police. Mais ça laisse une trace. Un rapport, une procédure, des gens qui savent. Il pourrait accepter une interview télé — les chaînes le réclament depuis des mois — et lâcher un appel à l'antenne. Mais ça ternit tout. Le Sauveur qui supplie une voleuse de se manifester sur TF1. Non.
Et puis il y a l'autre problème. Le fric. Ce qu'elle a pris au distributeur — quelques centaines d'euros, peut-être mille. Ça peut suffire un moment. Une semaine, deux semaines, un mois selon son train de vie. Si elle se contente de ça, elle disparaît dans la masse parisienne et il ne la retrouve jamais. Mais si elle prend goût au fric facile — et c'est ce qui le travaille — il y aura d'autres distributeurs. D'autres guichets. D'autres victimes. Et la prochaine fois, quelqu'un la filmera mieux. Quelqu'un la reconnaîtra. Ou pire : elle paniquera et blessera quelqu'un.
La meilleure idée qu'il ait, c'est la plus simple. Attendre. Pas traquer, pas chercher, pas interroger. Se planter à un endroit visible et rester là. Le Sauveur, en costume, sur un point haut de Paris. Bien en vue. Si elle s'intéresse à lui — et elle devrait, elle viendra. Ou elle ne viendra pas, et il saura qu'elle n'est pas intéressée par le contact.
La tour Eiffel. Trois cents mètres de ferraille au-dessus de Paris, visible de n'importe quel point de la ville. Il a trois jours de congé qui commencent demain. Il ira s'y poser, en costume, sur le troisième étage ou sur une poutre de la structure. Bien en vue. Comme un phare. À elle de décider.
C'est basique. C'est tout ce qu'il a.
La journée s'achève sans qu'aucune alerte n'ait interrompu son service. Pas d'appel de Ribaudi, pas de SMS codé, pas de sirène au loin qui le tirerait du comptoir pour laisser Paulo grommeler et Jérôme lever les yeux au ciel. Tant mieux. Il n'aime pas partir au milieu d'un service — ça n'arrive pratiquement jamais, d'ailleurs. Lui, il aide la police et les secours, il ne les remplace pas. Les pompiers gèrent les incendies, la police gère les interpellations. Lui, il intervient quand la force humaine ne suffit plus. Le reste du temps, il sert des pintes et range des verres.
Dix-neuf heures. Le bar se vide. Les derniers clients règlent leurs additions, boutonnent leur manteau, poussent la porte. L'air froid de novembre s'engouffre par intermittence, portant une odeur de goudron mouillé et de feuilles mortes. Jérôme passe la tête par la porte de la cuisine, un plateau de frites à la main.
Adrien commence à ranger les bouteilles sous le comptoir quand il la voit.
Sarah.
Elle entre par la porte d'entrée, trench-coat ceinturé, cheveux bruns décoiffés par le vent. Elle le repère immédiatement — leurs regards s'accrochent une demi-seconde, pas plus. Elle avance vers le comptoir d'une démarche qui ne se presse pas. Ses bottines frappent le sol carrelé d'un rythme régulier. Elle s'installe sur un tabouret, pose ses coudes sur le cristal, et le fixe.
Ça commence à devenir une habitude. Mardi soir, mercredi soir, et maintenant ce soir. Trois fois en une semaine. Et chaque fois, la même chose : elle arrive, il la regarde, et quelque chose dans sa poitrine se noue — pas de la tendresse, pas de l'attachement, quelque chose de plus primitif. Quelque chose qui a à voir avec la façon dont elle lui a dit fais-moi mal la première fois, et la façon dont il l'a soulevée comme une plume.
Son sexe gonfle rien qu'à la pensée de ce qu'il peut lui faire subir. La façon dont il peut la plaquer contre le mur de la réserve, la pénétrer debout, la baiser avec une force qui briserait n'importe quel autre partenaire. La façon dont elle gémit quand il la prend — pas des gémissements de douleur, mais des cris rauques, affamés, qui lui demandent plus. Et visiblement, elle n'en attend pas moins. Le regard qu'elle lui lance par-dessus le comptoir est explicite. Ses yeux verts descendent de son visage vers sa ceinture, s'attardent.
Adrien a une énorme érection. Le sang afflue dans son sexe, durcit le tissu de son jean, tend la matière contre son bas-ventre. Il ne peut rien y faire. Son corps réagit à elle comme un aimant à l'acier. Il sent la pression de son membre contre la couture intérieure, cette tension familière qui ne demande qu'à être soulagée.
Sarah le voit. Son regard reste fixé sur la bosse qui déforme son jean. Ses lèvres s'entrouvrent. Elle lèche discrètement sa lèvre inférieure. Puis elle se lève du tabouret, fait le tour du comptoir — personne dans le bar ne remarque le mouvement, les deux derniers clients sont dos tournés, en train d'enfiler leurs écharpes — et s'accroupit derrière le comptoir.
Adrien sent le souffle chaud de Sarah contre sa cuisse avant même de la voir. Elle est à genoux, cachée par le comptoir, son visage à hauteur de sa braguette. Ses doigts trouvent le bouton de son jean, le défont d'un geste précis, tirent la fermeture éclair vers le bas. Son sexe jaillit de l'étoffe, dur, tendu, veines gonflées le long de la hampe. Sarah l'enveloppe de sa main droite, ses doigts ne se refermant qu'à moitié autour de la circonférence. Elle le masse lentement, de la base vers le gland, faisant rouler la peau dans un mouvement de va-et-vient qui fait monter une vague de chaleur dans le bas-ventre d'Adrien.
Puis elle penche la tête et prend le gland dans sa bouche.
La chaleur est immédiate, humide, étroite. Sa langue tourne autour du gland, léchant le frein, pressant la zone sensible en dessous. Adrien pose ses mains à plat sur le comptoir de cristal. Ses doigts s'écartent. Il fixe la porte d'entrée. Un client approche — le dernier, un homme d'une cinquantaine d'années en imperméable beige qui sort un portefeuille.
— L'addition, s'il vous plaît, dit l'homme.
Adrien hoche la tête. Ses mains bougent sur le terminal de paiement avec une précision automatique. Sous le comptoir, Sarah descend plus bas. Sa bouche engloutit la moitié de sa queue, ses lèvres serrées autour de la hampe, sa joue creusée par la pression du membre contre l'intérieur de sa joue. Elle remonte, lâche le gland d'un pop humide, puis redescend d'un coup sec, prenant tout ce qu'elle peut — sept, huit centimètres de chair dure qui heurte l'arrière-gorge. Elle étouffe un bruit. Sa salive coule le long de la hampe, dégouline sur les testicules d'Adrien, mouille le tissu du jean ouvert.
Adrien encaisse le billet du client, rend la monnaie. Ses doigts ne tremblent pas. Son visage ne trahit rien — la mâchoire carrée, les yeux gris sous les cernes bleutées, l'expression neutre du barman qui termine son service. Mais sous le comptoir, le sang pulse dans son sexe au rythme de la succion de Sarah. Elle le pompe avec un rythme régulier, sa main droite masturbant la base pendant que sa bouche travaille le haut, ses lèvres glissant dans un mouvement de piston, salive et pré-sperme mêlés en un mélange visqueux qui brille sur sa peau.
Le client s'en va. La porte se referme. Le bar est presque vide.
Jérôme surgit de la cuisine, plateau de frites vides à la main, tablier taché de graisse. Il dépose le plateau sur le rebord de l'évier, s'essuie les mains sur un torchon.
— Hé, Adrien, fait-il en s'appuyant contre le chambranle de la porte. Tu veux aller boire un coup après ? Y'a le Panthéon qui fait des pintes à quatre euros avant vingt et une heures.
Sous le comptoir, Sarah accélère. Sa tête va et vient plus vite, ses cheveux bruns balayant les cuisses d'Adrien. Elle lâche la base, prend ses testicules dans sa main libre, les pétrit doucement tout en continuant de pomper sa queue avec sa bouche. Le gland heurte le fond de sa gorge à chaque descente. Elle étouffe un haut-le-cœur, le supprime, continue. Sa gorge se contracte autour du membre — un spasme involontaire qui arrache une vague de plaisir brut dans le bas-ventre d'Adrien.
Adrien sent la montée. Cette pression dans ses testicules, cette chaleur qui irradie depuis son périnée vers le bas de sa colonne vertébrale. Il serre le bord du comptoir. Ses phalanges blanchissent. Le cristal grince sous la pression.
— Pris ce soir, dit-il à Jérôme.
Sa voix est plate. Rien ne la distingue du ton habituel. Pas une syllabe qui tremble.
Jérôme hausse les épaules.
— Comme tu veux. Une autre fois.
Il disparaît en cuisine. La porte battante oscille deux fois puis s'immobilise.
Adrien lâche un souffle par les narines. Sous le comptoir, Sarah pompe avec une frénésie qui ne laisse plus de doute — elle le veut, elle veut tout. Sa bouche est un piston lubrifié de salive, ses joues sont creuses sous l'effet de l'aspiration, ses yeux verts levés vers lui avec une intensité qui lui coupe le souffle. Elle le regarde en le suçant. Ses paupières sont mi-closes, ses cils humides de larmes de gorge. Un filet de salive relie ses lèvres à la base de sa queue chaque fois qu'elle remonte.
La vague le prend. Pas un avertissement — une détonation. Le spasme part de ses testicules, remonte la hampe, et il décharge dans la bouche de Sarah. Un jet épais, chaud, blanc, qui frappe le fond de sa gorge. Elle ne recule pas. Elle avale — un mouvement de déglutition visible dans son cou, ses muscles palpitant autour du gland. Un deuxième jet suit, puis un troisième, moins abondant, pulsant contre sa langue. Le sperme remplit sa cavité buccale, gluant, salé, et elle continue de sucer, extrayant les dernières gouttes avec des mouvements de tête courts et précis, ses lèvres serrées autour du gland comme un anneau de chair.
Elle lâche sa queue avec un bruit mouillé. Un filet de sperme et de salive pend entre ses lèvres et le gland. Elle l'essuie du revers de la main, se relève en s'essuyant la bouche du dos de la main. Ses yeux verts croisent ceux d'Adrien. Un sourire — non, pas un sourire. Une satisfaction animale, un éclat de triomphe dans le regard. Elle a pris ce qu'elle voulait.
Adrien range son sexe dans son jean, refait la fermeture éclair, boutonne. Ses gestes sont lents, méthodiques. Son souffle est un peu plus court que d'habitude. C'est le seul signe.
Sarah fait le tour du comptoir, retourne à son tabouret, croise les jambes. Elle lisse ses cheveux d'un revers de main. Le trench-coat est légèrement froissé aux genoux. Personne ne la verrait autrement que comme une cliente qui a attendu la fin du service.
Le bar est vide. Les néons ambrés bourdonnent. L'odeur de friture se mêle à celle de la bière tiède et, sous le comptoir de cristal, à celle du sperme et de la salive.
Adrien range les derniers verres. Demain, il sera sur la tour Eiffel. Trois jours de congé. La femme au pouvoir de téléportation, ou quoi que ce soit. Il la trouvera, ou elle le trouvera.
Mais ce soir, il pense à la chaleur de la bouche de Sarah, au poids de ses testicules vidés, et à la façon dont elle le regarde — comme si elle venait de marquer un point dont lui seul connaît l'existence.
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