Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Super-héros — Chapitre 8 · Le phare de fer
Auteur
Super-héros
Chapitre 8 · Le phare de fer
Le soleil de midi frappe les poutres de fer et Adrien se tient là, immobile, sur la plateforme du premier étage de la tour Eiffel. Le vent lui fouette le visage, sec et froid, porteur de l'odeur métallique de la structure et des effluves lointains de friture qui montent des kiosques du Champ-de-Mars en contrebas. Son justaucorps noir en spandex et kevlar épouse chaque contour de son corps — le torse large, les abdominaux découpés en plaques, les épaules de déménageur — et le liseré argenté en forme d'éclair sur sa poitrine capte la lumière par éclats brefs quand il bouge. Le demi-masque noir mat lui couvre le haut du visage, ne laissant que ses yeux gris découverts, cernés de bleu.
Il a posé les pieds sur cette grille il y a quatre heures. À l'aube, quand Paris dormait encore et que les agents de la SETE n'avaient pas encore ouvert les accès au public, il s'est posé en silence sur la plateforme, venu par les airs, sans que personne ne le voie arriver. Puis les touristes ont débarqué, par grappes, par autobus entiers, et maintenant ils sont là, des dizaines, des centaines peut-être, massés derrière les barrières de sécurité, les bras tendus, les smartphones braqués sur lui comme autant d'yeux mécaniques. L'information circule à la vitesse des ondes. Le Sauveur est sur la tour Eiffel. Les tweets fusent, les stories Instagram se multiplient, les journalistes de BFM et de CNews branchent leurs micros en bas de la tour, impuissants, confinés au sol. Adrien ne bouge pas. Il attend.
Il attend comme une borne kilométrique attend le voyageur. Statique, patient, apparent. C'est le calcul qu'il a fait hier soir, encore imprégné de la chaleur de la bouche de Sarah, de son regard de triomphe animal quand elle s'est relevée du comptoir en essuyant ses lèvres. Poser un phare. Se rendre visible. Lui, le type qui passe sa vie à se fondre dans le décor, à servir des pintes en silence, à porter des jeans et des vestes quelconques pour dissimuler sa carrure — voilà qu'il se met en vitrine, sur le monument le plus filmé de France, pour qu'elle le voie. La femme brune des distributeurs. Celle que Ribaudi cherche avec ses moyens de policier et ses caméras de mauvaise qualité. Celle qui ne sait pas encore qu'il la cherche.
Les heures s'étirent. Le soleil pivote dans le ciel et l'ombre de la tour pivote avec lui, balayant lentement la plateforme comme l'aiguille d'une horloge géante. Les touristes se lassent, certains repartent, d'autres prennent leur relais. Un enfant en bas âge hurle dans une poussette. Une femme d'un certain âge tente de capter son regard en agitant la main, comme s'il était une attraction foraine. Adrien ne réagit pas. Ses yeux gris balaient l'horizon — les toits de zinc, la coupole des Invalides, la tour Montparnasse à l'horizon — puis reviennent, invariablement, à la structure métallique qui l'entoure. Les poutres, les entretoises, les rivets. Les recoins d'ombre où quelqu'un pourrait se dissimuler.
Rien. Personne. Trois heures. Quatre heures. Cinq heures.
Le doute s'insinue en lui comme de l'eau froide sous une porte. Elle ne viendra pas. Pourquoi viendrait-elle ? Il n'a aucun moyen de la contacter, aucun signal à émettre. Il s'est dit que si elle a des pouvoirs, elle finira bien par entendre parler de sa présence ici. Les réseaux sociaux font le travail de messager. Mais ça ne suffit pas. Elle n'a aucune raison de se déplacer pour lui. Elle prend ce qu'elle veut, quand elle veut, et un type en justaucorps qui fait le pigeon sur la tour Eiffel ne représente rien pour elle.
Six heures. Son dos commence à le faire souffrir — pas à cause de la fatigue, son corps est taillé pour l'endurance, mais à cause de l'immobilité prolongée, de cette tension statique qu'il s'inflige. Il respire lentement, contrôlant chaque inspiration, chaque expiration. Les smartphones tournent toujours. Quelqu'un a apporté une batterie externe pour filmer plus longtemps. Un groupe de lycéens scande son nom en chœur, "Le Sauveur, Le Sauveur", comme s'ils étaient au stade. Adrien ne leur accorde pas un regard.
Sept heures. Le soleil décline. La lumière devient orange, puis ambrée, puis rouge. L'ombre de la tour s'allonge sur Paris comme un doigt géant. Et Adrien se dit que c'est fini. Qu'il a perdu une journée. Qu'il va rentrer chez lui, dans son studio de vingt mètres carrés, se déshabiller, reprendre sa vie de barman, et que la femme brune restera un fantôme dans les vidéos floues de Ribaudi.
C'est à ce moment précis qu'il entend le premier claquement.
Sec. Net. Métallique. Comme un talon aiguille qui frapperait une plaque d'acier. Ça vient d'en dessous, de la structure, quelque part entre le premier et le deuxième étage, dans ce lacis de poutres et de contreventements que les touristes ne voient jamais. Adrien redresse la tête. Ses yeux gris se plissent derrière le demi-masque. Il tend l'oreille, filtre le bruit ambiant — les conversations, les rires, le vent — et isole le son.
Un second claquement. Plus proche. Plus haut. Quelque chose — quelqu'un — grimpe la structure par l'extérieur, de poutre en poutre, de rivet en rivet.
Un troisième. Un quatrième. Réguliers, rapides, comme un percussionniste qui marquerait le tempo. Le son monte, se rapproche, et Adrien pivote sur lui-même, scrutant les poutres au-dessous de lui, les recoins d'ombre, les angles morts de la charpente. Rien. Il ne voit absolument rien. Les barrières de sécurité, les panneaux, les câbles électriques, les tubes d'acier — tout est vide, inanimé. Et pourtant le son continue, de plus en plus proche, de plus en plus distinct, jusqu'à ce qu'il semble venir de juste devant lui, à deux mètres, à un mètre, à —
Elle est là.
Pas apparue progressivement, pas émergée de l'ombre. Là, d'un coup, comme si l'air venait de se solidifier en une forme humaine. Une femme, debout sur la poutre de périmètre, de l'autre côté de la barrière de sécurité, à moins de trois mètres de lui. Brune. Cheveux courts, coupés au carré, presque garçonne, plaqués contre son crâne par le vent. Un masque noir couvre la partie inférieure de son visage — du nez au menton — laissant découverts ses yeux.
Et ces yeux.
Un bleu que le mot "bleu" ne suffit pas à décrire. Translucide, presque luminescent, comme si quelqu'un avait fondu du verre coloré et l'avait coulé dans deux orbites. Pas le bleu d'un ciel, pas le bleu d'une mer. Quelque chose de minéral, de chimique, de pas tout à fait humain. Et ce bleu-là le transperce, lui, Adrien, droit dans le sternum, comme si elle plantait deux aiguilles de lumière dans sa poitrine et qu'elle tirait, lentement, pour extraire quelque chose qu'il gardait enfoui. Son âme, peut-être. Ou ce qu'il en reste.
Elle porte un legging noir. Extrêmement moulant. Le tissu est si tendu sur son épiderme qu'on dirait une seconde peau, peinte plutôt qu'enfilée. Et ce que cette seconde peau révèle — les jambes d'abord, longues, gainées de muscle, les mollets sculptés, les cuisses dont la séparation entre le quadriceps et le biceps fémoral est visible même sous le tissu, les genoux nets, les chevilles fines — puis ce qui est au-dessus des jambes, ce que le legging moule avec une précision obscène : un cul. Un cul qui défie la gravité, la physique, la décence. Rond, ferme, bombé, haut perché, chaque fesse distincte sous le tissu tendu comme deux hémisphères pleins qu'on aurait sculptés dans du marbre noir. Le genre de cul qui fait se retourner les hommes dans la rue et qui les fait marcher dans un lampadaire. Le genre de cul qui n'a rien à faire sur une poutre métallique à trois cents mètres d'altitude. Le genre de cul à réveiller les morts.
Au-dessus, un corset noir. Lacé devant, serré, qui comprime sa taille et fait jaillir la cambrure de ses hanches comme deux ailes. Le corset ne couvre pas entièrement sa poitrine — de petits seins, fermes, dont le haut est visible, la peau pâle qui affleure au-dessus du tissu noir, et les mamelons qui pointent sous le tissu tendu, durcis par le vent froid. Ses bras sont nus, et la lumière déclinante révèle des biceps visibles, des avant-bras vascularisés, des épaules arrondies — pas la musculature gonflée d'une bodybuildeuse, mais celle d'une femme qui grimpe des tours à mains nues, qui saute de poutre en poutre, dont chaque fibre sert à quelque chose.
Il a posé les pieds sur cette grille il y a quatre heures. À l'aube, quand Paris dormait encore et que les agents de la SETE n'avaient pas encore ouvert les accès au public, il s'est posé en silence sur la plateforme, venu par les airs, sans que personne ne le voie arriver. Puis les touristes ont débarqué, par grappes, par autobus entiers, et maintenant ils sont là, des dizaines, des centaines peut-être, massés derrière les barrières de sécurité, les bras tendus, les smartphones braqués sur lui comme autant d'yeux mécaniques. L'information circule à la vitesse des ondes. Le Sauveur est sur la tour Eiffel. Les tweets fusent, les stories Instagram se multiplient, les journalistes de BFM et de CNews branchent leurs micros en bas de la tour, impuissants, confinés au sol. Adrien ne bouge pas. Il attend.
Il attend comme une borne kilométrique attend le voyageur. Statique, patient, apparent. C'est le calcul qu'il a fait hier soir, encore imprégné de la chaleur de la bouche de Sarah, de son regard de triomphe animal quand elle s'est relevée du comptoir en essuyant ses lèvres. Poser un phare. Se rendre visible. Lui, le type qui passe sa vie à se fondre dans le décor, à servir des pintes en silence, à porter des jeans et des vestes quelconques pour dissimuler sa carrure — voilà qu'il se met en vitrine, sur le monument le plus filmé de France, pour qu'elle le voie. La femme brune des distributeurs. Celle que Ribaudi cherche avec ses moyens de policier et ses caméras de mauvaise qualité. Celle qui ne sait pas encore qu'il la cherche.
Les heures s'étirent. Le soleil pivote dans le ciel et l'ombre de la tour pivote avec lui, balayant lentement la plateforme comme l'aiguille d'une horloge géante. Les touristes se lassent, certains repartent, d'autres prennent leur relais. Un enfant en bas âge hurle dans une poussette. Une femme d'un certain âge tente de capter son regard en agitant la main, comme s'il était une attraction foraine. Adrien ne réagit pas. Ses yeux gris balaient l'horizon — les toits de zinc, la coupole des Invalides, la tour Montparnasse à l'horizon — puis reviennent, invariablement, à la structure métallique qui l'entoure. Les poutres, les entretoises, les rivets. Les recoins d'ombre où quelqu'un pourrait se dissimuler.
Rien. Personne. Trois heures. Quatre heures. Cinq heures.
Le doute s'insinue en lui comme de l'eau froide sous une porte. Elle ne viendra pas. Pourquoi viendrait-elle ? Il n'a aucun moyen de la contacter, aucun signal à émettre. Il s'est dit que si elle a des pouvoirs, elle finira bien par entendre parler de sa présence ici. Les réseaux sociaux font le travail de messager. Mais ça ne suffit pas. Elle n'a aucune raison de se déplacer pour lui. Elle prend ce qu'elle veut, quand elle veut, et un type en justaucorps qui fait le pigeon sur la tour Eiffel ne représente rien pour elle.
Six heures. Son dos commence à le faire souffrir — pas à cause de la fatigue, son corps est taillé pour l'endurance, mais à cause de l'immobilité prolongée, de cette tension statique qu'il s'inflige. Il respire lentement, contrôlant chaque inspiration, chaque expiration. Les smartphones tournent toujours. Quelqu'un a apporté une batterie externe pour filmer plus longtemps. Un groupe de lycéens scande son nom en chœur, "Le Sauveur, Le Sauveur", comme s'ils étaient au stade. Adrien ne leur accorde pas un regard.
Sept heures. Le soleil décline. La lumière devient orange, puis ambrée, puis rouge. L'ombre de la tour s'allonge sur Paris comme un doigt géant. Et Adrien se dit que c'est fini. Qu'il a perdu une journée. Qu'il va rentrer chez lui, dans son studio de vingt mètres carrés, se déshabiller, reprendre sa vie de barman, et que la femme brune restera un fantôme dans les vidéos floues de Ribaudi.
C'est à ce moment précis qu'il entend le premier claquement.
Sec. Net. Métallique. Comme un talon aiguille qui frapperait une plaque d'acier. Ça vient d'en dessous, de la structure, quelque part entre le premier et le deuxième étage, dans ce lacis de poutres et de contreventements que les touristes ne voient jamais. Adrien redresse la tête. Ses yeux gris se plissent derrière le demi-masque. Il tend l'oreille, filtre le bruit ambiant — les conversations, les rires, le vent — et isole le son.
Un second claquement. Plus proche. Plus haut. Quelque chose — quelqu'un — grimpe la structure par l'extérieur, de poutre en poutre, de rivet en rivet.
Un troisième. Un quatrième. Réguliers, rapides, comme un percussionniste qui marquerait le tempo. Le son monte, se rapproche, et Adrien pivote sur lui-même, scrutant les poutres au-dessous de lui, les recoins d'ombre, les angles morts de la charpente. Rien. Il ne voit absolument rien. Les barrières de sécurité, les panneaux, les câbles électriques, les tubes d'acier — tout est vide, inanimé. Et pourtant le son continue, de plus en plus proche, de plus en plus distinct, jusqu'à ce qu'il semble venir de juste devant lui, à deux mètres, à un mètre, à —
Elle est là.
Pas apparue progressivement, pas émergée de l'ombre. Là, d'un coup, comme si l'air venait de se solidifier en une forme humaine. Une femme, debout sur la poutre de périmètre, de l'autre côté de la barrière de sécurité, à moins de trois mètres de lui. Brune. Cheveux courts, coupés au carré, presque garçonne, plaqués contre son crâne par le vent. Un masque noir couvre la partie inférieure de son visage — du nez au menton — laissant découverts ses yeux.
Et ces yeux.
Un bleu que le mot "bleu" ne suffit pas à décrire. Translucide, presque luminescent, comme si quelqu'un avait fondu du verre coloré et l'avait coulé dans deux orbites. Pas le bleu d'un ciel, pas le bleu d'une mer. Quelque chose de minéral, de chimique, de pas tout à fait humain. Et ce bleu-là le transperce, lui, Adrien, droit dans le sternum, comme si elle plantait deux aiguilles de lumière dans sa poitrine et qu'elle tirait, lentement, pour extraire quelque chose qu'il gardait enfoui. Son âme, peut-être. Ou ce qu'il en reste.
Elle porte un legging noir. Extrêmement moulant. Le tissu est si tendu sur son épiderme qu'on dirait une seconde peau, peinte plutôt qu'enfilée. Et ce que cette seconde peau révèle — les jambes d'abord, longues, gainées de muscle, les mollets sculptés, les cuisses dont la séparation entre le quadriceps et le biceps fémoral est visible même sous le tissu, les genoux nets, les chevilles fines — puis ce qui est au-dessus des jambes, ce que le legging moule avec une précision obscène : un cul. Un cul qui défie la gravité, la physique, la décence. Rond, ferme, bombé, haut perché, chaque fesse distincte sous le tissu tendu comme deux hémisphères pleins qu'on aurait sculptés dans du marbre noir. Le genre de cul qui fait se retourner les hommes dans la rue et qui les fait marcher dans un lampadaire. Le genre de cul qui n'a rien à faire sur une poutre métallique à trois cents mètres d'altitude. Le genre de cul à réveiller les morts.
Au-dessus, un corset noir. Lacé devant, serré, qui comprime sa taille et fait jaillir la cambrure de ses hanches comme deux ailes. Le corset ne couvre pas entièrement sa poitrine — de petits seins, fermes, dont le haut est visible, la peau pâle qui affleure au-dessus du tissu noir, et les mamelons qui pointent sous le tissu tendu, durcis par le vent froid. Ses bras sont nus, et la lumière déclinante révèle des biceps visibles, des avant-bras vascularisés, des épaules arrondies — pas la musculature gonflée d'une bodybuildeuse, mais celle d'une femme qui grimpe des tours à mains nues, qui saute de poutre en poutre, dont chaque fibre sert à quelque chose.
— Tu me cherches, héros ?
La voix est étouffée par le masque, mais claire, un peu rauque, un peu moqueuse. Adrien met une seconde à réaliser qu'elle lui parle, qu'elle est là, réelle, à trois mètres, et qu'elle vient de poser une question dont la réponse est évidente. Il ajuste sa posture, carré sur ses jambes, les épaules droites.
— Oui. J'espérais bien te voir.
Les mots sortent plats, neutres, maîtrisés. La voix de service. Celle qu'il utilise quand il intervient sur un accident, quand il porte un bus rempli de lycéens, quand les caméras le filment. Mais sous le masque, sa mâchoire est serrée et ses yeux gris ne la lâchent pas.
— Qui es-tu ?
Elle penche la tête sur le côté. Un mouvement lent, délibéré, comme un prédateur qui évalue sa proie. Le vent agite une mèche brune sur son front. Ses yeux bleus ne clignent pas.
— Je te retourne la question. Qui es-tu ?
Adrien garde le silence pendant une seconde. Deux secondes. Le bruit des touristes derrière lui s'est tu — ou peut-être qu'ils crient toujours, mais il ne les entend plus, le monde s'est réduit à cette femme et à ce bleu qui le fixe.
— Je ne peux malheureusement pas répondre à cette question. Tu dois bien t'en douter.
Il désigne du menton les smartphones braqués sur eux, la foule en contrebas, les caméras qui filment. Il est Le Sauveur. Pas Adrien. Pas le barman. Pas le type qui vit seul dans un studio et qui sert des pintes de Guinness à des inconnus. Ici, sur cette tour, il est le héros. Et le héros n'a pas de nom.
La femme émet un son — un souffle court, presque un rire, étouffé par le tissu de son masque. Ses épaules bougent à peine. Puis elle parle, et chaque mot tombe comme un couperet.
La femme émet un son — un souffle court, presque un rire, étouffé par le tissu de son masque. Ses épaules bougent à peine. Puis elle parle, et chaque mot tombe comme un couperet.
— De toute façon, je sais qui tu es.
Le sang d'Adrien se fige. Pas une image, pas une métaphore — il sent littéralement le froid partir de son cœur et irradier dans ses veines, jusqu'au bout de ses doigts, jusqu'à la racine de ses cheveux.
— Barman et super-héros. Original.
Elle prononce "barman" avec une légère intonation ascendante, comme si elle goûtait le mot, comme si elle le trouvait drôle. Et "super-héros" avec une pointe de dérision, le genre de dérision de quelqu'un qui a vu de l'intérieur ce que les pouvoirs font aux gens et qui n'est plus impressionné depuis longtemps.
— Avec mes pouvoirs, ce n'était pas bien compliqué de te suivre et d'apprendre plein de choses sur toi.
Adrien ne bouge pas. Son visage ne trahit rien — pas un froncement, pas un pli, pas une contraction. Mais à l'intérieur, quelque chose se brise. Un mur. Un mur qu'il a construit pendant neuf ans, depuis ses dix-huit ans, depuis le jour où sa mutation tardive lui a donné la force de soulever un camion et la capacité de voler. Neuf ans de silence, de prudence, de vie double, d'anonymat soigneusement entretenu. Neuf ans à servir des pintes en souriant à peine, à porter des vêtements trop grands, à rentrer chez lui par les toits pour ne pas croiser ses voisins. Et maintenant, en moins d'une semaine, deux personnes connaissent son secret. Sarah et cette femme. Cette inconnue masquée qui se tient sur une poutre et qui le regarde avec ses yeux de verre bleu. Elle sait tout. Barman. Super-héros. Les deux faces. L'entière vérité.
Ça fait l'effet d'une douche froide. Un seau d'eau glacée vidé sur sa nuque. Son estomac se noue, ses doigts se crispent imperceptiblement le long de son corps, et pendant un instant — un instant bref, fulgurant — il envisage de la saisir, de la retenir, de l'empêcher de partir avec ce qu'elle sait. Mais il ne bouge pas. Parce qu'il est Le Sauveur, pas un agresseur. Parce que les smartphones filment. Parce qu'elle est de l'autre côté de la barrière et qu'elle disparaîtrait avant qu'il ait fait un pas.
— Que veux-tu ? demande-t-il.
Ça fait l'effet d'une douche froide. Un seau d'eau glacée vidé sur sa nuque. Son estomac se noue, ses doigts se crispent imperceptiblement le long de son corps, et pendant un instant — un instant bref, fulgurant — il envisage de la saisir, de la retenir, de l'empêcher de partir avec ce qu'elle sait. Mais il ne bouge pas. Parce qu'il est Le Sauveur, pas un agresseur. Parce que les smartphones filment. Parce qu'elle est de l'autre côté de la barrière et qu'elle disparaîtrait avant qu'il ait fait un pas.
— Que veux-tu ? demande-t-il.
Sa voix est restée plate. Contrôlée. Mais il y a un grain, maintenant, une texture rugueuse dans le ton, comme du papier de verre sous la soie. Elle l'entend, forcément. Ses yeux bleus le scannent, lisent les micro-tensions dans sa mâchoire, dans ses épaules, dans la façon dont ses pieds se sont légèrement écartés sur la grille.
— Que tu me laisses tranquille.
Simple. Direct. Pas de détour, pas de préambule. Elle ajuste son poids sur la poutre — un mouvement infime, un transfert de deux centimètres — et le métal résonne sous ses pieds.
— Je ne suis pas comme toi. Je ne suis pas le bon samaritain.
Une pause. Le vent s'engouffre entre les poutres et fait flotter une mèche de ses cheveux. Le corset grince légèrement quand elle respire.
— Rassure-toi, je ne veux pas faire de mal à personne. Mais si j'ai besoin ou envie de quelque chose, je le prends. C'est tout.
Et hop.
Elle disparaît.
Pas comme un mirage qui se dissipe. Pas comme un fondu au noir. Un instant elle est là — debout, bleue des yeux, noire de tissu, pleine de présence — et l'instant d'après il n'y a plus rien. L'air occupe l'espace qu'elle occupait. La poutre est vide. Le vent passe à travers.
Adrien reste immobile. Ses yeux fixent le point où elle se trouvait. Trois secondes. Cinq secondes. Puis il entend les claquements. Les mêmes qu'avant — secs, métalliques, réguliers — qui descendent maintenant, qui s'éloignent, qui sautent de poutre en poutre, de rivet en rivet, dans la structure de la tour. Elle redescend. Il ne la voit pas. Il ne voit rien. Mais il l'entend. Et plus que l'entendre, il la sent — quelque chose en lui, un sixième sens lié à sa force surhumaine, une perception diffuse des masses en mouvement dans son environnement, enregistre ses déplacements comme un sonar enregistre les objets sous l'eau. Elle est là, à trente mètres en contrebas, puis à cinquante, puis à quatre-vingts, puis le son s'amenuise, s'efface, se fond dans le bruit de fond de la ville, et elle n'est plus.
Adrien se retrouve seul sur la plateforme. Les smartphones filment toujours. Les touristes chuchotent, certains ont filmé la scène — le héros face à un espace vide, pour ce qu'ils en ont vu. Peut-être qu'ils ont vu une silhouette avant. Peut-être que non. Peut-être que demain, les vidéos circuleront et que les théories fuseront. Il s'en fout.
Son cerveau est en ébullition.
Elle sait qui il est. Cette inconnue. Cette femme qui vole des distributeurs et qui saute sur la tour Eiffel comme un chat sur un mur. Elle sait qu'il est Adrien, barman au MacQueen's, et Le Sauveur, héros de Paris. Elle l'a suivi. Elle l'a observé. Elle a appris "plein de choses" sur lui — combien de choses ? Quelles choses ? Sait-elle où il habite ? Sait-elle pour Sarah ? Connaît-elle ses horaires, ses habitudes, ses trajets ? Le mur de neuf ans d'anonymat vient de se fissurer en deux endroits simultanément, et cette femme — avec ses pouvoirs d'invisibilité, sa force surhumaine, son agilité de primate urbain — représente une menace qu'il ne sait pas évaluer. Ce n'est pas une gentille. Elle l'a dit elle-même : elle prend ce qu'elle veut. Pas par méchanceté, pas par cruauté, mais par appétit. Et les gens qui prennent ce qu'ils veulent finissent toujours par prendre quelque chose qui ne leur appartient pas, quelque chose qui compte, quelque chose qui détruit.
Invisibilité. Force. Agilité surhumaine. Le trio de pouvoirs le plus emmerdant possible pour quelqu'un qui veut rester caché. Elle peut entrer n'importe où, prendre n'importe quoi, frapper n'importe qui, et disparaître avant que quiconque cligne des yeux. Ribaudi n'a aucune chance contre ça. Les caméras n'ont aucune chance. Lui-même, avec sa force de soulever des avions et son invulnérabilité aux balles — difficile de combattre ce qu'il ne voit pas.
Et pourtant.
Et pourtant, depuis qu'il a vu son cul — ce putain de cul moulé dans le legging noir, ces deux hémisphères parfaits qui défient la gravité et la décence, cette cambrure qui transforme une poutre métallique en podium — il a la bite dure.
Pas une demi-érection. Pas un frémissement. Une vraie érection, complète, tendue, qui gonfle le spandex du justaucorps au niveau de l'entrejambe comme jamais. Le tissu kevlar-spandex est conçu pour épouser le corps, pas pour dissimuler — Ribaudi l'a fait fabriquer par un atelier militaire pour résister aux balles et aux déchirures, pas pour préserver la pudeur de son porteur. Et là, maintenant, le gland, la tige, les veines — tout est visible à travers le tissu tendu, dessiné en relief comme un moulage anatomique. Sa queue palpite contre le spandex, et chaque pulsation envoie une vague de chaleur dans son bas-ventre qui contredit totalement le froid glacial de la révélation qu'il vient de subir.
Un putain de cul de déesse.
Il repense à Sarah hier soir, à sa bouche, à sa gorge, à la façon dont elle l'avait avalé jusqu'à la racine. Il repense à la femme brune d'aujourd'hui, à ses yeux bleus qui le transpercent, à ses petits seins qui affleurent au-dessus du corset, à ses bras musclés, à ses jambes athlétiques. Et surtout — surtout — à ce cul. Ce cul noir, moulé, bombé, parfait, qui se tenait à trois mètres de lui et qu'il n'a pas pu toucher, qu'il n'a pas pu saisir, qu'il n'a pas pu pétrir dans ses mains comme il l'a fait avec les hanches de Sarah hier soir derrière le comptoir.
Son cerveau est un champ de bataille. D'un côté : la peur, la paranoïa, le calcul stratégique, la nécessité de protéger son secret, de trouver cette femme, de comprendre ce qu'elle sait, de limiter les dégâts. De l'autre : le désir, brut, animal, irrationnel, qui lui durcit la queue dans son justaucorps et qui fait que, au lieu de penser à la menace qu'elle représente, il pense à la façon dont ses fesses se contractaient quand elle sautait sur la poutre, à la tension du legging entre ses cuisses, au grain de sa peau pâle au-dessus du corset.
Les smartphones filment. Quelqu'un va voir la bosse. Quelqu'un va faire un zoom. Quelqu'un va poster ça sur Twitter avec une légende grasse et des emojis d'aubergine. Et Adrien s'en fout. Il s'en fout parce que son cerveau est en ébullition et que sa bite est dure comme de l'acier et que la femme aux yeux bleus est quelque part dans Paris, invisible, intouchable, et qu'elle sait qui il est.
Il reste debout sur la plateforme du premier étage, seul, filmé, le vent dans le dos, le soleil qui meurt derrière la tour Montparnasse. Et il pense à son cul.
Elle disparaît.
Pas comme un mirage qui se dissipe. Pas comme un fondu au noir. Un instant elle est là — debout, bleue des yeux, noire de tissu, pleine de présence — et l'instant d'après il n'y a plus rien. L'air occupe l'espace qu'elle occupait. La poutre est vide. Le vent passe à travers.
Adrien reste immobile. Ses yeux fixent le point où elle se trouvait. Trois secondes. Cinq secondes. Puis il entend les claquements. Les mêmes qu'avant — secs, métalliques, réguliers — qui descendent maintenant, qui s'éloignent, qui sautent de poutre en poutre, de rivet en rivet, dans la structure de la tour. Elle redescend. Il ne la voit pas. Il ne voit rien. Mais il l'entend. Et plus que l'entendre, il la sent — quelque chose en lui, un sixième sens lié à sa force surhumaine, une perception diffuse des masses en mouvement dans son environnement, enregistre ses déplacements comme un sonar enregistre les objets sous l'eau. Elle est là, à trente mètres en contrebas, puis à cinquante, puis à quatre-vingts, puis le son s'amenuise, s'efface, se fond dans le bruit de fond de la ville, et elle n'est plus.
Adrien se retrouve seul sur la plateforme. Les smartphones filment toujours. Les touristes chuchotent, certains ont filmé la scène — le héros face à un espace vide, pour ce qu'ils en ont vu. Peut-être qu'ils ont vu une silhouette avant. Peut-être que non. Peut-être que demain, les vidéos circuleront et que les théories fuseront. Il s'en fout.
Son cerveau est en ébullition.
Elle sait qui il est. Cette inconnue. Cette femme qui vole des distributeurs et qui saute sur la tour Eiffel comme un chat sur un mur. Elle sait qu'il est Adrien, barman au MacQueen's, et Le Sauveur, héros de Paris. Elle l'a suivi. Elle l'a observé. Elle a appris "plein de choses" sur lui — combien de choses ? Quelles choses ? Sait-elle où il habite ? Sait-elle pour Sarah ? Connaît-elle ses horaires, ses habitudes, ses trajets ? Le mur de neuf ans d'anonymat vient de se fissurer en deux endroits simultanément, et cette femme — avec ses pouvoirs d'invisibilité, sa force surhumaine, son agilité de primate urbain — représente une menace qu'il ne sait pas évaluer. Ce n'est pas une gentille. Elle l'a dit elle-même : elle prend ce qu'elle veut. Pas par méchanceté, pas par cruauté, mais par appétit. Et les gens qui prennent ce qu'ils veulent finissent toujours par prendre quelque chose qui ne leur appartient pas, quelque chose qui compte, quelque chose qui détruit.
Invisibilité. Force. Agilité surhumaine. Le trio de pouvoirs le plus emmerdant possible pour quelqu'un qui veut rester caché. Elle peut entrer n'importe où, prendre n'importe quoi, frapper n'importe qui, et disparaître avant que quiconque cligne des yeux. Ribaudi n'a aucune chance contre ça. Les caméras n'ont aucune chance. Lui-même, avec sa force de soulever des avions et son invulnérabilité aux balles — difficile de combattre ce qu'il ne voit pas.
Et pourtant.
Et pourtant, depuis qu'il a vu son cul — ce putain de cul moulé dans le legging noir, ces deux hémisphères parfaits qui défient la gravité et la décence, cette cambrure qui transforme une poutre métallique en podium — il a la bite dure.
Pas une demi-érection. Pas un frémissement. Une vraie érection, complète, tendue, qui gonfle le spandex du justaucorps au niveau de l'entrejambe comme jamais. Le tissu kevlar-spandex est conçu pour épouser le corps, pas pour dissimuler — Ribaudi l'a fait fabriquer par un atelier militaire pour résister aux balles et aux déchirures, pas pour préserver la pudeur de son porteur. Et là, maintenant, le gland, la tige, les veines — tout est visible à travers le tissu tendu, dessiné en relief comme un moulage anatomique. Sa queue palpite contre le spandex, et chaque pulsation envoie une vague de chaleur dans son bas-ventre qui contredit totalement le froid glacial de la révélation qu'il vient de subir.
Un putain de cul de déesse.
Il repense à Sarah hier soir, à sa bouche, à sa gorge, à la façon dont elle l'avait avalé jusqu'à la racine. Il repense à la femme brune d'aujourd'hui, à ses yeux bleus qui le transpercent, à ses petits seins qui affleurent au-dessus du corset, à ses bras musclés, à ses jambes athlétiques. Et surtout — surtout — à ce cul. Ce cul noir, moulé, bombé, parfait, qui se tenait à trois mètres de lui et qu'il n'a pas pu toucher, qu'il n'a pas pu saisir, qu'il n'a pas pu pétrir dans ses mains comme il l'a fait avec les hanches de Sarah hier soir derrière le comptoir.
Son cerveau est un champ de bataille. D'un côté : la peur, la paranoïa, le calcul stratégique, la nécessité de protéger son secret, de trouver cette femme, de comprendre ce qu'elle sait, de limiter les dégâts. De l'autre : le désir, brut, animal, irrationnel, qui lui durcit la queue dans son justaucorps et qui fait que, au lieu de penser à la menace qu'elle représente, il pense à la façon dont ses fesses se contractaient quand elle sautait sur la poutre, à la tension du legging entre ses cuisses, au grain de sa peau pâle au-dessus du corset.
Les smartphones filment. Quelqu'un va voir la bosse. Quelqu'un va faire un zoom. Quelqu'un va poster ça sur Twitter avec une légende grasse et des emojis d'aubergine. Et Adrien s'en fout. Il s'en fout parce que son cerveau est en ébullition et que sa bite est dure comme de l'acier et que la femme aux yeux bleus est quelque part dans Paris, invisible, intouchable, et qu'elle sait qui il est.
Il reste debout sur la plateforme du premier étage, seul, filmé, le vent dans le dos, le soleil qui meurt derrière la tour Montparnasse. Et il pense à son cul.
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