Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sous la peau des silences — Chapitre 2 · L’empreinte d’un regard
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sous la peau des silences
Chapitre 2 · L’empreinte d’un regard
Le lendemain, le ciel avait pris la même teinte que ses yeux : bleu gris, hésitant entre lumière et tempête. Skygge marchait lentement sur les pavés encore humides du matin, le col de son manteau relevé contre le vent piquant. Dans ses écouteurs, Brel grinçait ses vérités à la gueule du monde, et ça lui faisait du bien.
Il n'avait pas fermé l'œil. Impossible. L'image de la fille gothique revenait encore et encore — ce sourire en coin, ce regard presque moqueur, cette intelligence tranchante qui l'avait déstabilisé plus que toutes les dissertations de sociologie. Elle l'avait laissé là, seul, comme un imbécile devant la fenêtre qu'il convoitait tant, sans lui donner son nom.
— Une garce magnétique, grogna-t-il pour lui-même en poussant la porte de l'amphi.
La journée s'étira comme une mauvaise pièce de théâtre. Les mots des profs coulaient sans le toucher. Même ses camarades, d'ordinaire si bavards, ne semblaient pas remarquer son absence mentale. Ce n'était pas rare, après tout. Skygge, on l'écoutait quand il parlait, mais personne ne se souciait de son silence.
À midi, il grignota un sandwich fade devant la BU, espérant inconsciemment l'apercevoir. Rien. Juste des étudiants en retard et des pigeons gras.
Il repensa à ce qu'elle avait dit — cette réplique sur Durkheim qu'elle avait lancée, presque pour le provoquer. Elle n'avait pas tort. Et il détestait ça. Alors il rentra chez lui, prit un carnet noir et commença à écrire, sans trop savoir pourquoi.
— Je n'ai jamais cru à la chance. Juste aux rencontres. Celle-là m'a secoué. Elle n'a rien pris. Elle a juste vu.
Plus tard, alors que la nuit tombait et que les lampadaires projetaient leurs halos jaunes sur les rues vides, Skygge s'était allongé sur son lit, un vieux disque de Brassens en fond sonore et un verre de cognac à la main. La journée lui avait laissé un goût d'inachevé. Alors il ferma les yeux... et la laissa revenir.
Elle surgit dans son esprit comme un orage d'été, sans prévenir. Cette fille a l'air insolente, au rire contenu. Dans cette version-là, elle n'avait pas disparu après lui avoir cédé sa place. Non. Elle s'était approchée encore, appuyée contre la table, et lui avait lancé :
— Tu veux quoi, exactement ? Ma chaise ou ma peau ?
Skygge avait haussé un sourcil dans son rêve.
— J'ai toujours préféré le cuir au tissu, répondit-il, le regard planté dans le sien.
Elle avait ri, un rire bref, plein de sous-entendus. Puis s'était assise sur le bord de la table, les jambes croisées comme une énigme, et avait murmuré :
— On dit que tu cites Freud pour séduire, c'est vrai ? Ou c'est juste un complexe d'Œdipe mal digéré ?
— J'préfère Jung, pour être honnête. Lui, au moins, il laissait de la place à l'ombre.
— J'préfère Jung, pour être honnête. Lui, au moins, il laissait de la place à l'ombre.
Elle s'était penchée, son souffle contre son oreille.
— Et moi, tu me places où, dans ton inconscient ?
Il avait posé son verre sur la table de nuit dans un geste lent. Dans ce rêve-là, les gestes avaient du poids. Chaque mot devenait une promesse ou une provocation.
— T'es pas dans mon inconscient. T'es dans mon foutu cortex préfrontal, en train de me faire perdre toute forme de logique.
Elle s'était déshabillée sans théâtre, sans urgence, comme si tout ça n'était qu'un jeu — un duel d'intellects dégénéré en duel de corps. Elle avait gardé ses bottines noires, comme une provocation de plus. Et lui, dans son fantasme, s'était laissé faire sans lutter, parce que pour une fois, il n'avait pas envie de réfléchir.
Leurs corps s'étaient cherchés, testés, comme leurs esprits plus tôt dans la journée. Chaque gémissement était un sarcasme, chaque baiser un pied de nez à la solitude. Elle lui mordait la lèvre en murmurant des citations de Nietzsche, il lui répondait par des vers de Verlaine. Ils baisaient comme deux âmes perdues dans une bibliothèque brûlée.
Et au moment où l'orgasme lui fit perdre pied, elle lui souffla, moqueuse :
— Et maintenant, philosophe-moi ça...
Il se réveilla en sursaut, une main sur son front, le souffle court. Dehors, les réverbères continuaient de veiller en silence.
Le disque avait fini depuis longtemps. Le cognac était tiède. Et lui, seul, encore.
Mais avec un sourire au coin des lèvres.
Le disque avait fini depuis longtemps. Le cognac était tiède. Et lui, seul, encore.
Mais avec un sourire au coin des lèvres.
Le lendemain, il s'était levé tôt. Trop tôt pour un samedi. Un de ces matins où le sommeil se casse la gueule dans l'escalier et vous laisse les paupières lourdes et l'estomac vide. Skygge fixait sa tasse de café comme si elle contenait des réponses.
Il avait tout essayé pour la chasser de ses pensées. Lire. Réviser. Même appeler son père — une longue conversation banale sur les travaux du voisin, le temps et un vieux cognac retrouvé dans la cave. Rien n'y faisait. L'inconnue de la BU occupait désormais un coin de son esprit comme une écharde qu'on gratte sans jamais l'arracher.
Il avait tout essayé pour la chasser de ses pensées. Lire. Réviser. Même appeler son père — une longue conversation banale sur les travaux du voisin, le temps et un vieux cognac retrouvé dans la cave. Rien n'y faisait. L'inconnue de la BU occupait désormais un coin de son esprit comme une écharde qu'on gratte sans jamais l'arracher.
Et pourtant, tout ça n'était qu'un échange de mots. Une chaise. Une joute. Un sourire.
Alors pourquoi ce poids ? Pourquoi cette sensation de vide, juste là, entre les côtes ?
Alors pourquoi ce poids ? Pourquoi cette sensation de vide, juste là, entre les côtes ?
En début d'après-midi, il décida de retourner à la BU. Pas pour la voir. Enfin, c'est ce qu'il se répétait. Il avait un devoir à finir sur les liens entre perception sociale et marginalité. Le genre de sujet dans lequel il excellait. Sauf que rien ne venait.
Il s'était installé — pas à sa place fétiche, non, elle était déjà prise par un couple de nerds visiblement collés l'un à l'autre par une passion commune pour Kant et la mauvaise haleine. Alors il avait pris une table plus loin. Et s'était contenté de regarder les gens.
Une fille rousse était assise en face. Pas la même. Plus douce. Moins sauvage. Elle lisait un roman d'Amélie Nothomb avec un sérieux presque comique. Elle leva les yeux à un moment, surprenant son regard.
— T'as un problème avec les écrivains belges ? lança-t-elle avec un sourire amusé.
Skygge répondit du tac au tac, sans même réfléchir :
— Seulement quand ils ont pas eu leur thé. C'est une question de rythme de phrase, pas de nationalité.
Elle éclata de rire. Un rire clair, pas du tout moqueur. Il sentit quelque chose se détendre en lui.
— Skygge, dit-il en tendant la main.
— Nina.
— Nina.
Ils n'avaient pas besoin de plus. Pas tout de suite. Elle ne ressemblait pas à l'autre. Et c'était bien. Elle parlait lentement, choisissant ses mots comme on choisit une chanson pour une soirée précise. Ils discutèrent une heure, peut-être deux. De tout. De rien. De la société du spectacle, du fait que les biscuits à la cannelle soient sous-cotés, de la manière dont les gens s'inventent des blessures pour avoir le droit de les montrer.
À un moment, elle dit, doucement :
— Tu parles comme quelqu'un qui rêve beaucoup, mais qui s'autorise jamais à vivre ses rêves.
Il ne sut quoi répondre.
Quand elle partit, elle lui laissa un ticket de cinéma avec un numéro griffonné au dos.
Quand elle partit, elle lui laissa un ticket de cinéma avec un numéro griffonné au dos.
— Si jamais tu veux voir un mauvais film et débattre ensuite comme si c'était du Godard.
Skygge resta là, le ticket en main. Elle s'appelait Nina. Et elle existait vraiment.
Mais, au fond de lui, il savait que l'autre — la fille sans nom — n'en avait pas fini avec lui.
Skygge n'appela pas Nina tout de suite.
Il voulait le faire. Vraiment. Le numéro était là, au fond de sa poche, sur ce ticket de cinéma qu'il repliait machinalement comme un vieux pli de papier froissé. Mais chaque fois qu'il prenait son téléphone, une voix en lui chuchotait qu'il allait la décevoir. Qu'elle s'ennuierait. Qu'elle rirait moins en dehors de la BU. Qu'elle verrait.
Mais, au fond de lui, il savait que l'autre — la fille sans nom — n'en avait pas fini avec lui.
Skygge n'appela pas Nina tout de suite.
Il voulait le faire. Vraiment. Le numéro était là, au fond de sa poche, sur ce ticket de cinéma qu'il repliait machinalement comme un vieux pli de papier froissé. Mais chaque fois qu'il prenait son téléphone, une voix en lui chuchotait qu'il allait la décevoir. Qu'elle s'ennuierait. Qu'elle rirait moins en dehors de la BU. Qu'elle verrait.
Il repoussa. Demain. Puis après-demain.
Et entre-temps, l'autre revenait.
Pas Nina.
Elle.
La fille à la joute, au regard sombre, à la place volée.
Et entre-temps, l'autre revenait.
Pas Nina.
Elle.
La fille à la joute, au regard sombre, à la place volée.
Il ne connaissait toujours pas son nom, mais elle apparaissait partout. Dans les ombres des couloirs de la fac. Dans les visages croisés trop vite. Dans les éclats de voix quand il fermait les yeux pour dormir. Elle devenait une idée, un symbole plus qu'une personne.
Un soir, en pleine insomnie, Skygge rouvrit son vieux carnet noir — celui qu'il n'osait plus toucher. Il y gribouilla quelques lignes. D'abord un poème qui ne rimait à rien. Puis une phrase. Puis une autre. Jusqu'à ce que, sans même s'en rendre compte, il écrive une lettre.
À elle.
Un soir, en pleine insomnie, Skygge rouvrit son vieux carnet noir — celui qu'il n'osait plus toucher. Il y gribouilla quelques lignes. D'abord un poème qui ne rimait à rien. Puis une phrase. Puis une autre. Jusqu'à ce que, sans même s'en rendre compte, il écrive une lettre.
À elle.
Tu m'as volé une chaise et tu m'as laissé le doute. Bravo. Maintenant, c'est toi qui t'assois dans ma tête. Si c'était une guerre, tu l'as gagnée sans armée. J'espère que tu t'étoufferas dans tes non-dits. Ou que tu reviendras m'expliquer.
Il referma brusquement le carnet. S'habilla à la va-vite, mit sa chemise noire et son veston gris, attrapa ses écouteurs. La pluie tombait. Fine, froide, continue. Il sortit malgré tout.
Direction : la ville basse. Celle où la nuit a toujours un goût d'alcool et de regret.
Direction : la ville basse. Celle où la nuit a toujours un goût d'alcool et de regret.
Il entra dans un bar de quartier, un de ceux qu'on ne trouve pas par hasard. Le genre de lieu avec du rock des années 70 en fond, du cognac poussiéreux sur l'étagère, et une serveuse qui vous regarde comme si elle savait tout de votre vie.
Il s'assit seul. Commanda un verre. Puis un deuxième. Écouteurs toujours vissés dans les oreilles, il laissa tourner les chansons : Brassens, Piaf, puis Brel. Toujours Brel quand le monde devient trop rugueux.
Il s'assit seul. Commanda un verre. Puis un deuxième. Écouteurs toujours vissés dans les oreilles, il laissa tourner les chansons : Brassens, Piaf, puis Brel. Toujours Brel quand le monde devient trop rugueux.
Et c'est là qu'il la vit.
Elle. Encore elle.
Pas un mirage. Pas une hallucination. Elle était bien là. À l'autre bout du bar. Vêtue de noir, lunettes sur le nez, un bouquin entre les mains. Elle ne le regardait pas. Ou faisait semblant.
Skygge ne bougea pas. Pas tout de suite.
Il pensa : Si elle me voit, elle viendra. Si elle ne vient pas, je pars. Simple.
Elle leva les yeux.
Et cette fois, ce fut elle qui sourit la première.
Elle ne releva pas.
Olympe se contenta d'observer ses mains. Il avait les doigts nerveux, agités, comme ceux d'un homme qui pense plus vite qu'il ne parle. Ses mains étaient grandes, un peu râpeuses, mais étrangement soignées. Des mains de garçon qui a connu la crasse, mais qui fait l'effort de rester digne. D'un revers de manche, il essuya la buée laissée par le cognac sur le verre, comme s'il effaçait un souvenir.
Elle. Encore elle.
Pas un mirage. Pas une hallucination. Elle était bien là. À l'autre bout du bar. Vêtue de noir, lunettes sur le nez, un bouquin entre les mains. Elle ne le regardait pas. Ou faisait semblant.
Skygge ne bougea pas. Pas tout de suite.
Il pensa : Si elle me voit, elle viendra. Si elle ne vient pas, je pars. Simple.
Elle leva les yeux.
Et cette fois, ce fut elle qui sourit la première.
Elle ne releva pas.
Olympe se contenta d'observer ses mains. Il avait les doigts nerveux, agités, comme ceux d'un homme qui pense plus vite qu'il ne parle. Ses mains étaient grandes, un peu râpeuses, mais étrangement soignées. Des mains de garçon qui a connu la crasse, mais qui fait l'effort de rester digne. D'un revers de manche, il essuya la buée laissée par le cognac sur le verre, comme s'il effaçait un souvenir.
Le silence s'installa. Dense, tendu, mais pas pesant. Ils s'étudiaient. Deux joueurs assis à une table invisible, chacun avançant un pion sans toucher l'échiquier.
Elle croisa les jambes, lentement. Et Skygge la vit vraiment pour la première fois.
Elle croisa les jambes, lentement. Et Skygge la vit vraiment pour la première fois.
Olympe n'était pas belle au sens simple du mot. Elle était saisissante. Une beauté trouble, cassée par endroits, et peut-être pour cela même inoubliable. Sa peau avait ce grain mat des filles du nord qui n'ont jamais bronzé, mais qui s'en foutent. Un teint d'ombre tiède, pas fragile, mais vivant. Son nez, droit et un peu aquilin, tranchait avec la douceur de ses lèvres pleines, naturellement rosées. Rien sur la bouche, pas de rouge criard. Juste elle, brute. Et c'était pire que du maquillage.
Ses cheveux, noirs eux aussi, mi-longs, encore humides, pendaient en désordre sur ses épaules. Une mèche collait contre sa tempe. Le reste tombait sur un manteau noir usé, trop grand, froissé comme un souvenir.
Mais c'est en dessous que le regard s'attardait, malgré lui.
Son pull fin laissait deviner la courbe douce de sa poitrine — pas trop forte, mais bien dessinée. Des seins hauts, fermes, qui ne s'imposaient pas, mais qui existaient. Là, présents, silencieux. Vivants. Sous le tissu, tout était suggestion. Pas une provocation, pas une invitation. Juste une évidence. Son corps parlait la langue des femmes qui n'ont rien à prouver.
Elle portait un pantalon noir, moulant sans être vulgaire. Le genre de coupe qui épouse sans trahir. Ses hanches étaient marquées, pleines, affirmées. Et quand elle bougeait, on devinait ce balancier tranquille que seules les filles sûres d'elles possèdent. Son fessier, rond, ferme, bien campé dans le tissu, dessinait une ligne nette quand elle se levait. Ça ne criait pas, ça ne mentait pas. C'était là. Réel.
Son pull fin laissait deviner la courbe douce de sa poitrine — pas trop forte, mais bien dessinée. Des seins hauts, fermes, qui ne s'imposaient pas, mais qui existaient. Là, présents, silencieux. Vivants. Sous le tissu, tout était suggestion. Pas une provocation, pas une invitation. Juste une évidence. Son corps parlait la langue des femmes qui n'ont rien à prouver.
Elle portait un pantalon noir, moulant sans être vulgaire. Le genre de coupe qui épouse sans trahir. Ses hanches étaient marquées, pleines, affirmées. Et quand elle bougeait, on devinait ce balancier tranquille que seules les filles sûres d'elles possèdent. Son fessier, rond, ferme, bien campé dans le tissu, dessinait une ligne nette quand elle se levait. Ça ne criait pas, ça ne mentait pas. C'était là. Réel.
Ses jambes, longues, droites, bien dessinées. Des jambes de marcheuse. Musclées sans lourdeur. Une ligne pure, nerveuse, presque féline. Elle portait des bottines épaisses, usées, avec un laçage rapide. Ce n'était pas des chaussures de coquette : c'étaient des chaussures de fille qui trace sa route. Et qui écrase ceux qui traînent.
Elle était droite, fine, mais pas fragile. Plutôt comme ces statues qu'on croit délicates, mais qu'on découvre solides et lourdes si on tente de les déplacer. Et sa voix, quand elle reprit, avait ce timbre bas, volontaire, qui n'avait pas besoin de grimper dans les aigus pour se faire entendre.
— C'est étrange... murmura-t-elle. Tes mains ne vont pas avec ton costume.
Skygge haussa un sourcil.
— Et toi, tu ne vas pas avec cette époque.
— C'est une insulte ou un compliment ?
— Une évidence.
— C'est une insulte ou un compliment ?
— Une évidence.
Elle sourit, imperceptiblement. Deux pions déplacés en silence.
À ce moment-là, un bruit de chaise qui racle le sol fendit l'air.
Un homme, la cinquantaine mal portée, le crâne luisant de sueur, s'élevait d'un coin du bar. Il titubait légèrement, une main encore agrippée à son verre vide. Les mots sortaient déjà, trempés dans la colère et le pastis.
À ce moment-là, un bruit de chaise qui racle le sol fendit l'air.
Un homme, la cinquantaine mal portée, le crâne luisant de sueur, s'élevait d'un coin du bar. Il titubait légèrement, une main encore agrippée à son verre vide. Les mots sortaient déjà, trempés dans la colère et le pastis.
— C'est quoi c't'addition ?! On m'prend pour un con ou quoi ?!
La serveuse, une jeune fille maigre à la voix douce, tenta de répondre.
Mais l'homme frappa la table de son poing, assez fort pour faire sursauter les clients proches.
Skygge ne réfléchit pas. Il se leva.
Pas brusquement. Pas avec l'arrogance d'un justicier de comptoir. Non. Avec lenteur. Gravité. Comme s'il avait pris une décision ancienne et inévitable.
Il s'approcha, laissant son verre vide sur la table. Sa carrure s'imposa sans qu'il ait besoin de hausser la voix. Une ombre plantée entre l'homme et la serveuse.
Mais l'homme frappa la table de son poing, assez fort pour faire sursauter les clients proches.
Skygge ne réfléchit pas. Il se leva.
Pas brusquement. Pas avec l'arrogance d'un justicier de comptoir. Non. Avec lenteur. Gravité. Comme s'il avait pris une décision ancienne et inévitable.
Il s'approcha, laissant son verre vide sur la table. Sa carrure s'imposa sans qu'il ait besoin de hausser la voix. Une ombre plantée entre l'homme et la serveuse.
— Vous avez un souci avec la note, monsieur ? demanda-t-il, calme.
L'homme ricana.
— T'es qui toi ? Son garde du corps ? J'te parle pas, dégage.
Skygge ne bougea pas. Il regardait l'homme droit dans les yeux. Plus que le ton, c'était le regard qui blessait. Un regard lourd. Rempli de choses qu'on n'ose pas affronter. Ce genre de regard qui fait taire les chiens et trembler les fauteurs.
— Elle travaille ici. Toi, t'as vidé trois verres et insulté une gamine qui gagne sa vie en encaissant des types comme toi. Alors soit tu payes et tu sors, soit tu continues à hurler, et je te réduis à ce que t'es déjà : un bruit gênant.
L'homme, rouge, chercha ses mots.
— Tu veux te battre ? Hein ? Tu crois que j'ai peur de toi ?
— Non, dit Skygge. Je crois que t'as peur de toi-même. Et tu fais du bruit pour couvrir cette peur.
— Non, dit Skygge. Je crois que t'as peur de toi-même. Et tu fais du bruit pour couvrir cette peur.
Mais voilà... j'entends encore très bien.
Un souffle. Un silence glacé.
L'homme, confus, perdu dans l'alcool et la honte, cracha à côté de ses chaussures et quitta le bar en titubant. Sans payer.
Skygge n'ajouta rien. Il se retourna lentement, revint vers sa table. Olympe l'observait, le menton appuyé dans la paume. Fascinée, peut-être. Intriguée, sûrement.
L'homme, confus, perdu dans l'alcool et la honte, cracha à côté de ses chaussures et quitta le bar en titubant. Sans payer.
Skygge n'ajouta rien. Il se retourna lentement, revint vers sa table. Olympe l'observait, le menton appuyé dans la paume. Fascinée, peut-être. Intriguée, sûrement.
— Ça arrive souvent, ce genre de scène ? demanda-t-elle.
— Non. Mais ça m'a manqué.
— Non. Mais ça m'a manqué.
Elle éclata d'un rire bref, rauque. Le genre de rire qu'on entend peu, mais qu'on n'oublie pas.
— Tu sais que t'es flippant, parfois ?
— Je sais. Mais je préfère ça à être flou.
— Je sais. Mais je préfère ça à être flou.
Elle se leva, s'approcha, posa une main sur son épaule.
— Dommage... j'aime bien les choses floues, moi. On peut y voir ce qu'on veut.
Elle lui glissa un papier dans la main. Il n'eut même pas le temps de réagir. Elle était déjà dehors, happée par la nuit.
Skygge ouvrit le papier. Une adresse. Et quelques mots griffonnés :
Reviens quand t'en as marre de faire semblant.
Skygge ouvrit le papier. Une adresse. Et quelques mots griffonnés :
Reviens quand t'en as marre de faire semblant.
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Commentaires ()
Le style. Direct, concis, percutant. Et compréhensif : on ressent direct ce que le narrateur sent. La vie, pour lui, est une évidence. Pas d'hésitation.
Ça fait du bien (comme chantait Arno...)